‹ Mémoires inéditesChapitre 44 sur 92 · Minières (Haute-Marne · texte numérisé non relu

Minières (Haute-Marne

3. Ghastillon n'amena à peine que sept ou huit cents hommes « lesquels encore n'ont de beaucoup servi que à désobéir et à fuir ». (Lettre de Guitry à Ligny datée du 26 décembre 1587, f. fr., vol. 4142, f. 657.)

Mark, trop délicat pour une telle cavalcade, comme il luy avoit esté remonstré, qui fut une fiebvre continue, laquelle ne le laissa poinct depuis jusques à la mort^, ne nous estans peu assez esmerveiller, led. s"" baron et moy, des mouvemens imprudens et inutiles des cappitaines dud. s"^ duc de Lorraine-, attirans sans aulcun efïect de grandz dangers sur son estât, qu'eust couru grand risque, si les François eussent lors passé l'eau et rentré en Lorraine.

Le 12® dud. moys, estans au conseil, à Prey-soubzla-Faulche, cartier dud. s' duc de Bouillon, le s' de Monlouet nous y communiqua une lectre, escripte à luy par le s"^ colonel de Bassompierre, plaine des plaintes qu'il luy faisoit des feuz que les François avoient mis en Lorraine et nommément en son village de Haroué, qu'ilz avoient faict entièrement brusler par le colonel Villeneufve, menaceant d'en avoir sa revenge en France, lorsqu'il auroit ses brusleurs, et que led. s"" duc de Guy se luy avoit donné toutes les maisons

1. Jean de La Marck mourut à Ancy-le-Franc le S octobre, à sept heures du soir. Le duc de Bouillon était tellement malade qu'il ne pouvait voyager qu'en litière. Quant à l'armée, voici le tableau qu'en trace le duc de Guise : « Votre Majesté auroit hor- « reur de voir la route de leur armée où il ne se trouve par jour « moins de trois à quatre cents personnes mortes ou à l'abandon. » (Lettre du duc de Guise au roi, du 9 octobre 1587; f. fr., vol. 4734, f. 323.)

2. Dans une lettre du 23 septembre, le duc de Lorraine exprime à la reine mère tout son regret de n'avoir pu empêcher la jonction de Ghastillon et de l'armée allemande (Vc de Golbert, vol. 10, f. 225). Le 23 septembre, dans une lettre particulière, le duc de Guise raconte à l'ambassadeur Mendoza cette réunion des deux armées ennemies (Arch. nat., K. 1565, n. 57). Le lendemain, 24 septembre, il en donne avis au roi (Lettre au roi; f. fr., vol. 4734, f. 310).

de ceux de la religion qui sont en son gouvernement, pour en faire et disposer à son plaisir. Tous les François furent lors bien estonnez. Et, led. s"" deMonlouet demandant ce qu'il respondroit là-dessus, fut remys à sa discrétion de faire response ou non, s'excusans que ce n'avoit esté de leur sceu et consentement. Et ce fut lors à qui renieroit le plus impudemment leurs délibérations et résolutions faictes en plein conseil, fort imprudemment , de mectre le feu partout , tant près Sarrebourg que Blamont et tousjours depuis. Ce qui nous donna de rechef occasion de leur répliquer là-dessus qu'ilz n'excusassent poinct leurs faultes et passions, de sorte que cela retombe sur les estrangers qui n'y avoient pas pensé seulement, et que, en leur remonstrant à toutes occasions le mal qu'ilz faisoient, pour empescher ung grand bien que nous traictions, nous leur avions souvent prédict qu'après qu'ilz auroient bruslé en Lorraine, les Lorrains brusleroient en France, et que nous estions bien asseurez que les Alemandz n'estoient aulcunement suspectz de tels désordres, par les enquestes et recongnoissances mesmes des Lorrains, comme led. s' d'Hausson ville m'avoit particulièrement asseuré. Sur quoy led. s'' de Chastillon, s'estonnant bien fort d'une si cruelle et barbare guerre, deist que, bien qu'il eust de grandz subjectz d'animosité particulière contre toute la maison de Lorraine et que fraischement ilz luy ayent donné grande occasion de se resentir de la peine qu'ilz ont pris pour l'avoir et faire de sa personne à leur plaisir, si ne s'en vouldroit-il jamais prendre au boys et à la pierre, mays que, s'il se fust trouvé au Pont-Saint-Vincent, il eust exposé sa vie,

pour ne perdre une si belle occasion et eust bien faict danser tous ceux qui avoient lors mal au cueur.

Le vendredy 1 5® septembre, estans logez à Villersle-Sec, delà la rivière de Marne, comme j'estois allé trouver le colonel Berndorff, pour le persuader d'accompaigner led. s'" de Chastillon, en l'exécution d'une entreprise qu'il avoit sur Langres, pendant le séjour que nous allions faire à Chasteauvilain * et es environs pour reposer l'armée qui avoit esté harassée, pour parvenir à la conjonction dud. s"" de Chastillon, arriva ung reistre de son régiment qui avoit esté pris prisonnier en Lorraine et estoit renvoyé de sa' prison avec ung trompette dud. s* duc de Lorraine, pour le conduire en seureté, qui furent amenez aud. s"" Bernsdorff. Duquel ayant apprins ce que disoit le reistre, qu'il estoit renvoyé sans rançon et avoit receu fort bon traictement, et le trompette ne me respondant pas à propos sur ce que je luy demandois quy luy avoit commis la conduite de ce reistre et quel commendement il avoit, j'entray en soupçon. Et, estans prestz de nous mectre à table, je diz aud. s' Bernsdorff que je me doubtois de quelque artifice, au renvoy de ce reistre, et estois d'advis de le faire disner avec nous et le faire enyvrer et en faire aultant par ses gens du trompette ; et qu'après les avoir bien enyvrer, je luy dirois ce qui seroit bon de faire, ce qui fut faict.

Et, après disner, je dizaud. s'^ Bernsdorff qu'il commandast à quelcun des siens de faire coucher le trompette yvre, et, pendant son sommeil, le rechercher en son pourpoinct et en ses chausses s'il y avoit poinct

Page 1