Bellefontaine (Vosges
niquay les deux patentes de Lorraine, en original alemand, et la traduction que j'en avois faict faire, en langue Françoise, affin qu'ilz congneussent de quelz moyems on usoit pour tascher à les priver de la force des Alemandz, sans se soucier des aultres ; que ce n'est pas aujourd'huy qu'on y a commencé seulement; et, s'ilz sçavoient les moyems qu'on y a tenuz, lorsque je fuz envoyé à Lunéville, et comment j'y ay pourveu, en ne descouvrant les offres et promesses à personne du monde, qui estoient conformes ausd. patentes, et comment nous les avons descouvertes, ilz s'en estonneroient, comme ilz feirent, après que je leur en eus faict le discours et de Lunéville ; les priant que ce danger, que nous avions évité, leur servist d'une sérieuse exhortation à s'efforcer au contraire de tout leur pouvoir à conserver les Alemandz en leur bonne volonté et leur donner toute satisfaction promise ; leur faisant perdre l'opinion qu'ilz ont trop grande, conforme aux advis dud. s"^ duc de Lorraine, qu'on les veult ruiner de propos délibéré et mener à la boucherie, soubz couleur d'aller joindre le roy de Navarre, lequel led. s' d'Haussonville m'avoit asseuré, en gentilhomme d'honneur, que ceste armée ne verroit poinct ; et que c'estoit ung des pointz résolus entre les deux roys, l'ung desquelz l'avoit tellement asseuré à telle personne d'authorité près de luy, de qui il le sçavoit, qu'il n'en faloit doubter, et qu'on nous menoit au roy pour luy en faire une gorge chaude, et, par ce moyem, réparer ung peu la réputation qu'il a perdue parmy les catholiques; et qu'ayant pitié de tant de noblesse alemande, si misérablement conduite, il avoit charge de faire pareilles offres et promesses de la part de son
maistre, qui ne seroit pas, me deist-il, ingrat envers moy, si je leur voulois représenter ceste sienne bonne volonté, dont je ne voulu jamais donner congnoissance à personne, de crainte que cela ne se divulgast à l'arrivée de l'armée; que, si les advis dud. s"^ duc de Lorraine estoient vraiz, ce seroit une grande et signalée ingratitude de tirer des estrangers (^e leurs maisons exprès pour les perdre. Et, m'adressant au s'" de Guitry, je luy diz que tout ce discours parloit à luy, auquel son maistre envoyoit tous ses secretz commendemens, et auquel on imputeroit (comme on faisoit desjà beaucoup d'aultres désordres) la conduite et négociation d'une telle desloyaulté ; qu'il avoit faict profession de gentilhomme d'honneur ; qu'il ne quictast poinct ce chemin-là, pour servir à telles tragédies qui difïameroient son nom par toute la chrestienté. Et, les priant de faire lecture desd. patentes, je les requis de nous donner advis de la response qu'il y conviendroit faire.
Sur quoy led. s"" duc de Bouillon ayant leu les originaux alemandz, et les François la traduction d'iceux, qu'ilz trouvèrent conformes, le s"^ de Beauvoir La Nocle, confident dud. s' de Guitry, prenant la parole, commença à desployer son éloquence, louant grandement nostre vigilance à descouvrir le mal, nostre prudence à y remédier, et nostre affection et fidélité envers leurs affaires, nous disant que ce n'estoit pas la première fois qu'on avoit usé de telz artifices, dont il nous compta des exemples des guerres passées et une affection semblablement louable au comte Wolrad de Mansfelz à René^ le duc; nous remerciant très