‹ Mémoires inéditesChapitre 45 sur 92 · Château- Villain (Haute-Marne · texte numérisé non relu

Château- Villain (Haute-Marne

de lectres, comme luy et moy ferions seulz de son reistre. Lequel ayans faict coucher sur une paillasse, quand il fut bien endormy, nous le tastasmes par le corps et en ses chausses ; et l'ayant ung peu remué, je senty au derrière de son pourpoinct, entre les doubleures, quelque chose de gros qui n'estoit poinct argent. Et ayant pris ung coustelas et descousu le pourpoinct par le costé, je mis la main entre deux et senty du papier que je tiray, radoubant le pourpoinct le mieux que je peu, sans que le reistre en sentist rien, tant il estoit yvre et endormy. Et, ayant ouvert la couverture, je vei que c'estoient deux patentes signées dud. s"^ duc de Lorraine et scellées de son seel, en langue alemande, que je baillay à lire aud. s"^ Berndorff; qui me deist que nous avions faict ung grand coup d'avoir descouvert cecy, et que les Alemandz, estans fort malcontens, ceste dépesche eust ruiné l'armée, sans doubte, et n'eust pas esté en la puissance des colonelz d'y remédier; me déclarant que l'une desd. patentes contenoit de grandz ad vis certains que led. s"^ duc de Lorraine donnoit aux reistres de leur ruine résolue, avec beaucoup de particularitez vérificatives de cet advis, que led. s"" duc leur asseuroit estre véritable et qu'ilz estoient trahiz et conduitz à la boucherie ; et que l'aultre patente contenoit une offre et promesse dud. s"^ duc de Lorraine, signée de sa main et scellée de son seel, de la somme de 300,000 florins avec vivres et passage pour leur retirer en toute asseurance en Alemaigne. Et me deist led. s"^ Berndorff que Dieu m'avoit envoyé vers luy, qui ne se feust jamais doubté de telle chose, qui estoit sans doubte capable de ruiner l'armée. Je luy respon-

diz que ces deux patentes estoient une suite et réitérée négotiation de ce que led. s' d'Haussonville en avoit voulu traicter avec moy, à Lunéville, où il m'avoit asseuré qu'au lieu d'accorder 1 00,000 escuz à l'armée et vivres pour son passage en France, qui cousteroient plus, led. s' duc de Lorraine, son maistre, donneroit aux Alemandz seurement pareille somme, non de florins, car il me parla lors d'escuz, pour se retirer en leurs maisons et laisser là ces brusleurs, comme il me parloit. Dont jamays je n'avois ouvert la bouche, non pas aud. s' baron de Dhona mesmes, de crainte que la congnoissance en vint aux reistres ; que c'estoit à quoy il luy convenoit travailler et mesnager en sorte ce reistre qu'il recongnoisse de près s'il y a rien de semblable en la bouche, encores qu'il n'en sera pas creu, comme lesd. patentes, et pour voyr de sorte à tout que rien n'en vienne à la congnoissance des reistres ; et, quant au trompette, le faire bien garder et traicter; que j'emporterois avec moy lesd. deux patentes et les ferois traduire en langue francoyse, pour les communiquer au premier conseil et résouldre quelle response on y feroit par led. trompette mesmes. Ce que ayant communiqué aud. s'^ baron, à mon retour, dont il fut bien eshahy, il m'en laissa faire.

Le dymanche, 17*^ septembre, estans au conseil, à Bellefontaine', au cartier de Ghasteauvilain, bien asseuré que les François ne se pourroient plus servir de ceste occasion pour retourner en Lorraine, puisqu'ilz avoient laisser passer celle dud. s' de Ghastillon, après avoir parlé de beaucoup d'aultres affaires, je leur commu-

Page 1