‹ Mémoires inéditesChapitre 48 sur 92 · Nicey, arrondissement de Commercy (Meuse · texte numérisé non relu

Nicey, arrondissement de Commercy (Meuse

combatre, luy donnant au contraire telle asseurance de noz forces qu'il en peust faire estât comme des siennes. Je congneu lors que c'estoit ung des poinctz de l'instruction de Monglat*, arrivé il y avoit quatre jours ^, avec l'aultre poinct, de contremonter Loire pour s'esloigner du roy^ Ce qui me donna ung évident argument de croire l'advis que j'avois eu si souvent de l'intelligence des deux rois, nous voyans conduire, pour nous mectre en la main du roy^ et nous accommoder à ses affaires, en laissant le party derrière, seul but de nostre voyage. Et tira led. s*^ de Glervant une minute de lectre qu'il avoit dressée, laquelle il feist lire en nostre présence, dont on nous

1. Robert de Harlay, baron de Monglas, troisième fils de Robert de Hariay, s. de Sancy, serviteur dévoué du roi de Navarre. Il devint premier maitre d'hôtel de Henri IV et sa femme gouvernante de Louis XIII. Il mourut en 1607.

2. Après le passage de l'Yonne arriva au camp le s. de Monglas, avec charge de demander au duc de Bouillon, de la part du roi de Navarre, de remonter la Loire (Mémoires de Gbastillon, f. fr., vol. 3975, f. 198). Monglas était porteur d'une instruction du roi de Navarre, datée du 15 septembre, qui est publiée dans les Mémoires et Correspondances de Duplcssis-Mornay , 18'24, t. II, p. 515. Monglas rejoignit l'armée allemande à Ars (De Thou, liv. 87). Le secret de sa mission n'échappa pas au duc de Guise, qui le révèle au roi dans une lettre sans date, mais que nous attribuons au milieu d'octobre (Vc de Colbert, vol. 10, f. 256).

3. Une lettre du duc de Guise au roi, datée deCourtenay, et du 25 octobre 1587, parle d'une dépêche que les reitres viennent de recevoir du roi de Navarre et du trouble qu'elle a jeté dans le conseil de leur armée. Cette lettre a été vendue par M. Gabriel Gharavay, en vente publique, le 26 mai 1877.

4. L'assertion deLaHuguerye relative à l'intelligence des deux rois, quelquefois fondée depuis le commencement de la Ligue, est sans aucune vraisemblance à la date d'octobre 1587. La bataille de Coutras en est la preuve.

demanda nostre ad vis. Et nous dismes que le texte de ceste lectre estoit formellement contraire à noz capitulations, en premier lieu; secondement, que telles submissions estoient de si dangereuse conséquence qu'au lieu de nous redoubler on s'en mocquera, et que cela seroit ung subgect de nostre ruine, naissant ordinairement de telz respectz et intelligences, que nous verrons à l'œil ; qu'il ne nous faloit pas amener à ce chemin pour nous faire tomber en ceste poursuicte, et qu'il estoit sans comparaison meilleur de suivre le chemin résolu de Sedan, pour ne tomber en ces termes avec le roy ny en Testât où estoient les Suisses, qui n'eussent esté près de leur pais, pour s'en pouvoir retourner, ny près du roy pour le désirer et nous en faire craindre de dangereux accidens.

Hz attendoient bien de nous ceste response et nous conduisoient pas à pas à leur intention secrète, comme je le prédiz bien, dès le changement du chemin, en la guerre de Lorraine, sur les advis que j'avois. Et, encores qu'ilz t'eussent ung peu estonnez de nostre response, si fortifièrent-ilz leur propos, en nous confessant tout ouvertement que c'estoit la volonté du roy de Navarre^. Lequel se gouvernoit ainsy, s'estant

1. Après la bataille de Coutras, le roi de Navarre renouvela à l'armée allemande les instructions précédemment transmises par Monglas. Il envoya le s. de Chevroche au duc de Bouillon et quelques jours après, encore une fois, le s. de Monglas. Les instructions confiées à ces deux capitaines sont imprimées dans les Mémoires et Correspondances de Duplessis-Mornay , 182i, t. IV, p. 39 et 43. En conseillant à l'armée allemande de remonter la Loire et de s'éloigner de lui, le roi de Navarre n'avait d'autre but que d'écarter ces bandes de pillards, alliés aussi inutiles que dangereux. Voyez les Lettres de Henri IV, t. Il, p. 318.

luy-mesme, en montant na^uères la rivière pour venir vers nous, retiré devant le roy en arrière, en asseurantS. M. qu'il luy céderoit tousjours la place et se reculeroit dix lieues loing de luy. Geste confirmation de leur propos nous asseura du tout de l'intelligence des deux roys aux despens du party et de nous, contre le debvoir et les sermens. Hz adjoustèrent que, quand bien il n'y auroit aultre respect que pour retenir ung peu le roy par celuy qui y seroit envoyé, cela estoit expédient, et que, par ce qu'il pourroit recongnoistre par le moyem de messieurs de Montpensier^ d'Espernon^ et de Biron, il achemineroit quelque chose de bon, nommément sur la coppie de la dépesche qu'il porteroit pour la faire voir à S. M. et les desseings de la Ligue sur son estât.

Lors je congneu où ilz tendoient et que cela estoit résolu entr'eux et qu'ilz le feroient sans nous et peultestre à nostre dommage. Pour quoy nous trouvasmes nécessaire de nous y accommoder par force, réformant toutesfois la lectre, en sorte que les submissions ne feussent telles, que l'authorité et la force nous demeurast en la main pour en faire le service du party,

1. François de Bourbon, duc de Montpensier, dauphin d'Auvergne, né vers 154-2, gouverneur de Normandie, mort à Lisieux le 2 juin 1592.

2. On conserve à la Bibliothèque nationale (f. fr., vol. 5156 et 24168, et Yc de Colbert, vol. 25) plusieurs recueils de minutes ou de lettres du duc d'Épernon au roi, écrites depuis le mois de novembre 1585 jusqu'à la fin de 1587. Elles sont du plus haut intérêt pour l'histoire de cette campagne. Voyez aussi ses lettres au roi, à Beliièvre, à Villeroy, etc., qui sont imprimées dans les Mémoires et instructions servant à l'Hist. de France (par Chevalier), 1626, in-i-, p. 1 à 527.

tant qu'il nous seroit possible. Auquel effect nous examinasmes de près lad. minute, en modérant les submissions et retranchant quelques clauses, dont le roy se pourroit servir à nostre préjudice. Et, quant à la clause de créance sur ung gentilhomme qu'ilz y vouloient envoyer, nous y opposasmes, remonstrans que cela estoit encores du tout contraire aux accords et qu'il sufFisoit, pour s'acquiter de leur respect sans préjudice du party, d'escripre une bonne lectre au roy de la juste occasion de la prise de leurs armes, non contre son service, mays pour les employer, avec le party, à la seureté de sa personne et conservation de son estât et couronne contre la Ligue, luy faisant voir, comme ilz vouloient, les desseings d'icelle sur sa couronne, par la coppie de la dépesche dud. s' de Villy, que je croiois qu'ilz n'avoient attendu si tard à luy comnicquer; suppliant S. M. d'y vouloir bien pourvoir, en recongnoissant ses bons et naturelz subjectz et usant des moyems qu'ilz luy présentoient, pour mectre une fois son royaume en repos ; et que , s'il plaisoit à Sa Majesté voir l'original de ceste dépesche et entendre plus amplement la bonne affection de ceste armée à son service, il luy pleust depputer quelc'un de ses plus confidens serviteurs, auquel on feroit voir les originaux et entendre plus amplement toutes choses, pour luy en faire rapport ; et que, sur la response de S. M., recongnoissans qu'il tendist à quelque chose de bon pour le party et le service du roy de Navarre, lors il seroit temps d'y dépescher de toutes les nations, selon l'ordre de la capitulation, pour entrer plus avant en traicté contre la Ligue, conforme à nostre debvoir, promesses et vocation. Hz feirent con-

tenance de le trouver bon. Et fut, selon cela, par nous la lectre réformée et advisé d'envoyer le pacquet par ung trompette seulement aud. s' duc de Montpensier, pour le présenter au roy^. L'ung de leur compaignye me deist en l'oreille : « Hz ne cherchent pas de s'accommoder au roy par traicté, mays par ung image de victoire, en dissipant ceste armée artificieusement, pour réparer les bresches de sa réputation parmy les catholiques, contre les desseings de la Ligue. » Et je luy diz que nous le voyons bien, il y a longtemps, et en avions eu de bons advis, laissant là le party à une autre fois.

Le trompette retourna le 13^ dud. moys d'octobre, sans aulcune response du roy, rapportant seulement de la bouche dud. s' duc de Montpensier que S. M. feroit response, quand ses affaires le requerroient. Qui me donna subject de leur répéter ce que je leur a vois dict pour empescher ceste dépesche, qu'elle ne feroit aultre effect que d'engendrer ung mespris de l'armée et ung desseing de la ruiner, au lieu de laisser et le roy et la Ligue en ro{)inion qu'ilz en avoient.

Depuis ce temps-là, jusques à ce que l'armée feust arrivée sur le bord de la rivière de Loire, à Neufvy, le 121® d'octobre, qu'elle trouva sur l'autre bord, au lieu

1. Une copie de cette lettre, datée de Ligny, est conservée dans les Vc de Colbert, vol. 16, f. 247. C'est une sorte de protestation au roi dans laquelle le duc de Bouillon déclare que l'armée allemande n'est entrée en France que pour assister le roi contre les ligueurs, leurs ennemis communs. Dans une autre copie de cette pièce, elle est datée du 20 octobre, ce qui est un peu en désaccord avec les dates données par La Huguerye (f. fr., vol. 704, f. 72). Cette divergence de dates provient de la diliérence des calendriers julien et grégorien.

du roy de Navarre, pour le joindre, comme il avoit esté juré et promis, le roy de France en personne, en son armée*, et, pour la crainte qu'avoit S. M. qu'à l'occasion de lad. armée les forces dud. s"^ duc de Lorraine, qui estoient desjà entrées en France, contre sa volonté-, ne passassent oultre et que le duc de Parme^, qui estoit avec une armée, sur la frontière de Picardye,

1. Le roi en personne avec son armée se tenait sur la rive gauche de la Loire, afin d'empêcher la jonction de l'armée allemande et de l'armée du roi de Navarre (Claude de la Ghastre, Discours sur les faits de 1587, p. 97). Sur la composition de l'armée royale voyez un état de troupes (Vc do Golbert, vol. 10, f. 277). Suivant la chronique conservée dans le Ikcueil A-Z, les ambassadeurs du roi de Navarre voulaient que l'armée passât le fleuve et marchât à rencontre du roi, mais La Huguerye insista pour qu'elle se dirigeât vers la Beauce (Lettre G, p. 209). C'était une sorte de retraite qui perdit l'armée.

2. Le 28 octobre le roi expédia au duc de Lorraine le s. de Rieux avec l'ordre de renvoyer les 1600 hommes d'armes, flamands ou bourguignons, que le duc de Parme lui avait prêtés (f. fr., vol. 4734, f. 390, copie). Malgré cet ordre, le duc de Lorraine, poussé par le duc de Guise, se disposait, par esprit de vengeance, à poursuivre l'armée allemande sur le territoire français. Mais le roi ne voulut l'autoriser qu'à la condition que les capitaines lorrains lui prêteraient serment. Le duc de Lorraine refusa. Sur cette affaire, voyez la lettre du duc de Lorraine à la reine-mère du 12 novembre et la réponse de Henri III du 16 (f. fr., vol. 4734, f. 402 et 307). IjO 27 novembre, Henri III, ayant reçu la nouvelle du combat d'Auneau , écrivit au duc de Lorraine qu'il n'avait plus aucun besoin de secours (f. fr., vol. 3396, f. 21).

3. A cette date le duc de Parme achevait une brillante campagne; il avait réuni ses troupes aux environs de Bruges et avait surpris L'Écluze. Il se préparait à porter la guerre sur les bords du Rhin en faveur de l'électeur-archevêque de Cologne. Une lettre du duc de Guise à l'ambassadeur Bernardine de Mendoça, du 2 octobre, nous apprend que le roi, sur ses instances pressantes, s'était enfin décidé à demander du secours au duc de Parme (Arch. nat., K. 1565, n" 61).

n'entrast en France en pareilles forces, Testât ne feust en hazard, il fut traicté par le roy, confidemment avec le roy de Navarre et ses agens en lad. armée, pour la dissipation artificieuse d'icelle ; laquelle fut commencée par le traicté faict avec les Suisses ' , lesquelz se retirèrent, et depuis avec les François qui pressèrent les Allemandz de recepvoir les accordz qui leur estoient offertz pour se retirer^, comme il appert, en l'histoire

1. Voici le, précis des phases de la capitulation des Suisses. Le roi écrivit, le 19 octobre, aux Suisses, afin de les détacher de l'armée allemande. Sa lettre fut apportée le 25 oct. au camp par un de leurs fourriers, fait prisonnier quelques jours auparavant, de crainte que les hérauts de l'armée royale ne fussent massacrés par les huguenots (copie; f. fr., vol. 3975, f. 129, et f. fr., vol. 17990, f. 119).

Le même jour fut rédigée par les capitaines des trois régiments suisses l'instruction donnée au plénipotentiaire chargé de traiter avec le roi (copie, f. fr., vol. 3975, f. 131). La réponse du roi est datée du 6 novembre (copie, f. fr., vol. 17990, f, 119 v"). Le 13 nov. les capitaines suisses envoyèrent de nouveaux députés au roi (Instruction; f. fr., vol. 3975, f. 158). Le roi leur répondit, le 19 novembre, une lettre sévère oti il les menaçait de les traiter comme ses « capitaux ennemis », s'ils ne se hâtaient pas d'accepter ses propositions (ibid., f. 156). Le 22, les Suisses capitulèrent et signèrent la promesse de ne plus porter les armes contre le roi (f. fr., vol. 17990, f. 120). Le 27 novembre, au reçu de cet acte, le roi accepta la soumission des Suisses, leur fit donner des vivres et de l'argent et écrivit aux trois cantons protestants (Zurich, Berne et Bâle) (f. fr., vol. 3975, f. 65, 66, 158. —Ibid., vol. 17990, f. 120 V et suiv. — Vc de Golbert, vol. 38, f. 25).

Sur la capitulation des Suisses voyez Zurlauben, Hist. mil. des Suisses, t. V, p. 202. La lettre de Henri III aux trois cantons est imprimée dans cet ouvrage.

2. La Iluguerye, qui s'est étendu avec tant de complaisance sur ses négociations avec les représentants du duc de Lorraine^ glisse, sans en parler, sur les deux incidents les plus importants de la guerre.

Le 26 octobre 1587, le duc de Guise surprit à Vimory, près de

entière, ainsy qu'ilz furent contrainetz d'en traicter avec led. s*" duc d'Espernon et accorder du lieu de leur retraicte par le hault de la Saône, pour tirer à Montbéliard^ Led. s"" duc d'Espernon pratiqua lors le s"" de Monlouet, pour aller trouver le roy de Navarre. Et sceu dud. s' de Monlouet, à Marsigny-aux-Nonnains sur Loire, le subject de son voyage estre pour remon-

Montargis, l'armée allemande, et leur enleva tout ce qui restait de leur cavalerie. Le combat de Vimory est raconté avec détails par Claude de La Ghastre, Discours sur les faits de 1587, p. 102, et dans une lettre du duc de Guise à Mendoça du 30 octobre (Arch. nat., K. 1565, no91). Voyez aussi un récit des marches du duc de Guise du 20 au 26 octobre {Ibid., n" 92).

Le 24 novembre à Auneau, près de Chartres, le duc de Guise surprit de nouveau les Allemands et remporta une victoire encore plus complète. Sur le combat d' Auneau voyez la note suivante et la note 2 de la page 204.

1. Le combat d' Auneau mit l'armée allemande presque en déroute. Le duc d'Épernon arriva dans les derniers jours de novembre sur la queue de l'armée battue par le duc de Guise. Malgré les instances de ses propres capitaines il refusa de les attaquer et de consommer leur défaite (Lettre du duc de Guise à Mendoça du 11 décembre; Arch. nat., K. 1565, n° 134). Dans une autre lettre le duc de Guise signale les ménagements de d'Épernon pour les reitres et même ses efforts pour les sauver {ibid., n° 136).

Enfin le 8 décembre , François de Bourbon , prince de Conti , le duc de Bouillon et le baron de Dohna signèrent entre les mains du duc d'Épernon la capitulation générale de l'armée allemande. Cet acte analysé dans les Mémoires de la Ligue (t. II, p. 237) est publié par Haag (La France protestante , t. X, p. 200). Dans certaines copies cette pièce est datée du 5 décembre. Voyez notamment f. fr., vol. 704, f. 86.

Cbastillon refusa de prendre part à la capitulation. Il quitta l'armée à la tète de quelques partisans, fut rencontré par le s. de Mandelot et n'échappa qu'avec peine aux forces catholiques (La Chastre, Discours sur les faits de 1587, p. 158).

Il est à regretter que La Huguerye garde le silence sur les faits d'une aussi grande importance.

strer de la part dud. s' duc d'Espernon aud. s' roy de Navarre qu'il estoit nécessaire qu'il feist de deux choses l'une, ou qu'il s'accommodast du tout à la volonté du roy ou bien qu'il feist la guerre à la Ligue, auquel effect il avoit une bonne somme d'argent toute portée en quelque lieu (et c'estoit à Metz), qu'il y employroit, l'asseurant que le roy ne donneroit à ceux de lad. Ligue aulcun secours et que S. M. avoit moyem propre pour empescher ses subjectz d'y aller; que led. s*" d'Espernon estoit bien marry qu'on n'avoit prins le chemin de Sedan, pour lequel j'avois tant contesté à Taillancourt-sur-Meuze, et qu'il fauldra le faire ceste fois, pour, à la faveur des places du duc de Bouillon, faire la guerre à la Ligue et en Lorraine et es provinces de Champaigne, Bourgongne et Picardye, et que, pendant son voyage, led. s' d'Espernon y disposeroit toutes choses avec le roy.

Le 5^ de décembre, le s"" de Sessac^ ordonné pour la conduite des Alemandz en leur retraicte, selon les accordz faictz avec nions'' d'Espernon, vint trouver led. s' duc de Bouillon à Sarry; et luy comnicqua son instruction, qui luy ordonnoit de nous faire passer la Saône à Mascon , pour de là prendre nostre passage par la Bresse à Genefve. Sur quoy luy fut remonstré une manifeste contravention à la promesse dud . s"" duc d'Espernon de nous conduire au hault de la Saône pour

i . François de Casillac de Cessac , dont nous avons déjà parlé (t. I, p. 37). Après la capitulation des Allemands, le roi le chargea avec Castelnau-Mauvissière de les conduire hors de France sous l'escorte de quelques compagnies (Claude de la Chastre, Discours sur les faits de 1587, p. 157). Cessac ne prit aucune mesure pour les protéger. Aussi furent-ils en butte aux attaques du duc de Guise et aux représailles des paysans soulevés.

passer à Montbéliard, entre les frontières de Lorraine et Bourgongne, sur laquelle il nous donna toute satisfaction, nous faisant entendre de la part dud. s"^ d'Espernon que le roy l'avoit ainsy ordonné pour nostre seureté , sur l'advis qu'il avoit eu que les s*"* marquis du Pont et duc de Guy se, saichant nostre retraicte en ces cartiers-là, nous y attendoient, en résolution de nous tailler en pièces, et que S. M. y avoit voulu pourvoir en nous faisant passer par la Bresse, où nous recepvrions toute courtoisie de mons"^ de Savoye, en faveur de noz princes; et que c'estoit la récompense des faveurs que nous avions faict aud. s'" duc de Lorraine, empeschant de luy faire la guerre et de ruiner ses pais, pour nous aigrir contre led. s' duc de Lorraine, et, en la levée qu'ilz vouloient faire de nouveau, tirer par vengeance une résolution de nous de ne le plus espargner, ce qu'au commencement nous ne voulions croire. Pour quoy nous y dépeschasmes exprès ung jeune gentilhomme, qui estoit au s'^ de Malroy, appelle Stein, qui nous renvoya celuy que nous luy avions baillé pour aller avec luy. Et nous advertit la chose estre véritable, et que, pour éviter cela, il conven oit faire contenance de tirer droict au hault de la Saône, pour amuser l'armée dud. s' marquis et l'entretenir en ceste opinion; qu'aultrement il estoit résolu de nous chercher jusques en Bourgongne et en Bresse, où je fuz envoyé secrètement, à ceste occasion, pour négotier le passage, comme je fei, à Ghambéry, avec le s"^ de Jacot',

1. Il est qualifié, dans une pièce datée de 1589, Monsieur de Jacob, conseiller d'estat et grand mestre de l'artillerie du duc de Savoie (f. fr., vol. 4716, f. 29 V).

gouverneur de Savoye, le président de Chambéry\ les 1 4^ et 1 S*" de décembre. Lesquelz, pour rendre capables d'ung passage si inopiné et esloigné d'Alemaigne et les disposer à l'accorder, j'adverty que c'estoit contre nostre volonté , qui avions désiré dresser nostre retraicte par Montbéliard, mays que le roy, désirant pourvoir à nostre seureté contre les forces de Lorraine, qui nous attendoient en ce passage-là, l'avoit dressé par la Bresse ; leur faisant congnoistre le secret de nostre retraicte, après celle des Suisses, et que, par intelligence du roy de Navarre avec le roy, ceste armée s'estoit desbandée volontairement et retirée, partye en forme de corruption, comme les Suisses, partye en forme d'accord, comme les François et les Alemandz , pour le bien et conservation de Testât et couronne de France et pour donner subject au roy de désarmer ceux de Lorraine ; n'ayant voulu Sa Majesté tenter une victoire sur nous, pour ne vouloir perdre le roy de Navarre ny nous, ayant esté plus marry que nous du faict d'Aulneau-, ny rien bazarder en estant

\. Le président Pombal nommé dans les Mémoires de Saint- Auban (Panth. litt., p. 399).

2. L'armée allemande s'était retirée le 23 novembre au soir dans la ville d'Auneau. Pendant la nuit le duc de Guise, avec la complicité du commandant du château, envahit la ville et massacra tous les Allemands qu'il put atteindre. La Ghastre raconte avec détail la surprise d'Auneau {Discours sur les faits de 1587, p. 128 et surtout p. 141 et suiv.). Les Allemands perdirent 2000 hommes, morts ou prisonniers. La Huguerye se sauva en se jetant du haut des murailles {Recueil A-Z, lettre G, p. 215). Le duc de Guise ne fit presque aucune perte. Dans une lettre à l'ambassadeur d'Espagne, Bernardine de Mendoça, il nous apprend que la victoire d'Auneau ne lui a coûté que quatre soldats (Lettre du 5 décembre; Arch. nat., K. 1565, n» 129).

forcé de nous combatre ou donner une paix; que S. M. avoit eu grand soing de conserver la noblesse Françoise, qui estoit avec nous, pour ce qu'il s'en pouvoit du tout fier, et avoit à cet effect envoyé led. s' duc d'Espernon pour traicter confidenment avec nous, comme il a faict, de beaucoup de choses importantes à Testât et couronne de France, et du rafraichissement et nouvelles levées, dont ilz verroient les effectz, conformes à la deffaicte du duc de Joyeuse ^ advenue par mesme artifice, pour affoiblir la Ligue que le roy veult ruiner, s'il peult.

Dont led. s'" de Jacot, haulsant les espaules, me remercia, au nom de son maistre, très affectueusement, me promectant toute faveur au passage et en mon particulier, et que led. s"" duc de Savoye, son maistre, vers lequel il avoit dépesché en poste, estant vicaire de l'Empire, parent et amy de noz princes, y donneroit tel ordre que force quelconque ne seroit si hardye d'entrer en son estât pour nous offenser. Et me fut besoing de les disposer ainsy pour les pratiquer et rendre favorables à nostre passage ; comme de faict led. s"" duc de Savoye, qui s'estoit trouvé offensé au passage dud. s"" de Ghastillon par ses terres avec la force-, sans son congé, ne laissa pourtant de prendre

1. Le 20 octobre, le roi de Navarre et le duc de Joyeuse se rencontrèrent à peu de distance de Coutras. L'armée catholique , malgré sa bravoure, fut écrasée par l'armée protestante, inférieure en nombre, mais commandée avec une habileté supérieure. Joyeuse fut tué dans la déroute avec la plupart de ses capitaines. On peut consulter sur cette bataille deux pièces imprimées, l'une dans le t. VII de la Revue rétrospective, l'autre dans le t. Il des Mémoires de la Ligue.

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