Par la force, les armes à la main
ceste occasion aux cheveux d'obliger la nation et princes alemandz par la courtoisie de ce passage, pour lequel il dépescha le s*" comte de Martinengo ^ avec forces. Et escripvit une très courtoise et favorable lectre aud. s"^ baron de Dhona et à tous les colonelz et cappitaines alemandz, que j'ay en original, à laquelle je fei une response semblable d'obligation à son service, à toutes occasions, et du rapport qui seroit faict aux princes de sa faveur, comme il fut faict, et coppie de ses lectres portée à tous les princes. Ayant led. s'' de Jacot admiré la fidélité et prudence des Alemandz envers la bonne fortune du roy de Navarre, leur maistre, jusques à soubzmettre leur honneur, réputation et affaires à mille discours, pour éviter au danger auquel ses affaires feussent tombées parleur résolution, attirant sur les deux roys les armes des ducz de Lorraine et de Parme, non sans ung grand hazard de Testât.
Sur lequel discours je prins subject de luy faire entendre par le menu toute la peine que nous avions eu à conserver Testât dud. s"^ duc de Lorraine contre les animositez des François, selon le commendement exprès que nous en avions d'ung prince, son bon voisin et amy, pour Tintérest notable qu'il avoit en sa conservation et tous les princes et estatz de la frontière de l'empire, le long du Rhin, bien que ceux qui manioient les armes dud. s"" duc semblassent nous vouloir forcer de changer ceste volonté en une force
1. Il ne faut pas confondre ce capitaine avec celui dont La Huguerye a parlé 1. 1, p. 7. Celui-ci est nommé dans les Mémoires de Saint-Auban, comme commandant les compagnies espagnoles au service du duc de Savoie (Panth. litt., p. 400).
ouverte contre luy, comme je luy en discouru les particularitez, affin qu'il congneust combien ce prince-là avoit en recommendation ses amys et les estatz qui appartenoient à l'Empire, comme il feroit, à toutes occasions, congnoistre aud. s' duc de Savoye, en particulier.
Sur quoy led. s' de Jacot me répliqua que, veu ce que je luy disois, led. s' duc de Lorraine luy sembloit encore plus mal conseillé en se voulant opposer à nostre retraicte, laquelle, au lieu d'empescher hors son estât, il debvroit, sinon ouvertement, pour la réputation, au moings sourdement, favoriser, en récompense d'une si bonne volonté, dont les Alemandz luy avoient tant donné de preuves , à leur passage , qu'il se pouvoit dire qu'il n'avoit tenu qu'en luy qu'il n'en feust deschargé , et que ceste mauvaise recongnoissance-là pourroit bien changer le cueur des Allemandz envers luy, à la première levée qui seroit faicte en Alemaigne, et qu'il voyoit évidemment que mons'^ de Guyse le vouloit embarquer en ses desseings irrévocablement, comme il eust bien voulu faire dud. s' duc de Savoye, son maistre, qui avoit esté mieux advisé, s'estant tousjours réservé les resnes de ses affaires. Et me pria de luy faire voir tout ce qui avoit esté traicté pour le soulagement dud. s' duc de Lorraine; ce que je fei, ayant conservé derrière moy la petite valize de mes affaires, quand mon homme fut pris, près Baugé, et emmené à Lyon. Et, ayant tiré la hasse de lad. négotiation, je luy portay toutes les lectres et négotiations par escript. Lesquelz voyant et ayant comnicqué, comme il m'asseura, aud. s"^ président de Ghambéry, ilz ne se pouvoient assez estonner du mauvais
conseil que suivoit led. s'^ duc de Lorraine, employant mons'^ le marquis du Pont, son fîlz, pour poursuivre hors de son estât ceux qui, à la vérité, l'avoient plus curieusement conservé que luy-mesmes, en leur passage. Ce qui affectionna encores davantage led. s*" de Jacot à satisfaire au commendement de son maistre et me presser extrêmement, quand je voulu prendre congé de luy pour aller aussy disposer le passage à Genefve et en Suisse, de faire ce service à mons"^ de Savoye de l'aller trouver en poste à Turin, avec lectres qu'il me délivreroit, pour le plaisir qu'il sçavoit que son maistre recepvroit d'entendre de moy tant d'importantes particularitez , qu'il ne luy pourroit bien représenter, et dont toutesfois il avoit besoing pour la direction de ses affaires ; m'asseurant que j'acquerrois l'amitié de ce prince-là, qui sçauroit bien recongnoistre ma peine et me récompenser de mon dévalizement. Je m'en excusay, sur l'obligation que j'avois d'aller où je luy disois, mays que si, estant à Genefve et y ayant faict ce qui estoit de ma charge et à Bern, il jugeoit que cela feust nécessaire, j'estois content, s'il ne me survenoit nouvel empeschement , de faire le voyage , en m'envoyant personne propre pour me conduire vers led. s"" duc de Savoye. Dont il me remercia , acceptant ma bonne volonté , et me laissa aller à Genefve.
Et y estant arrivé le 1 8% et tost après led. s"" duc de Bouillon, qui avoit prins son chemin par les comté de Beaujolois et principaulté de Bombes, terres dud. s"" duc de Montpensier, son oncle, y arriva et led. s"^ de Guitry avec luy ; le s' de Clervant estant demeuré malade à Ghasteau vieux, chez le s"" de Vauvillers, son
nepveu, où il mourut, nous y attendismes led. s'' baron. Lequel y estant arrivé, le s" de La Noue, qui y résidoit, et le s' Du Fresne-Canaye', recongnoissant Testât des Alemandz et le mescontentement extresme qu'ilz remportoient en Alemaigne, au grand préjudice des affaires advenir dud. s' roy de Navarre, s'employa tant qu'il peult à modérer toutes choses et restablir quelque fondement de nouveau secours. Auquel effect, pendant que led. s' duc de Bouillon estoit au lict, malade d'une grosse fiebvre continue, dont il mourust, regrettant toutes les fois que je l'allois visiter de n'avoir creu mon conseil, selon lequel il seroit en paix et santé en son estât, au lieu qu'il se voyoit malade à la mort, après son frère, de la peine de ce misérable voyage, et son petit estât en danger d'estre ruiné, il convia led. s'" baron de Dhona et nous tous à disner, en intention de nous assembler et tenir conseil après disner. Dont nous doubtans bien, led. s' baron me pria de me tenir prest pour remonstrer bien amplement toutes les faultes qui avoient esté commises par led. s"^ de Guitry pour nous amener à ceste artificieuse dissipation volontaire de l'armée et à la ruine de noz honneur et affaires, comme je fei, au nombre d'ung quarteron des plus signalées et volontaires faultes, laissant pour abréger les aultres derrière.
Et comme led. s' de La Noue, gentilhomme de paix, au milieu des gens du conseil qu'il avoit assemblez
1. Philippe Canaye, s. de Fresne, né à Paris en 1551, fils d'un avocat au Parlement, conseiller au grand conseil, négociateur au service du roi de Navarre , ambassadeur à Venise sous Henri IV, mort le 25 février 1610. Il a laissé plusieurs ouvrages, entre autres un recueil de Lettres et ambassades, 1G45, en 3 vol. in-fol.
avec luy, led. s'' baron, led. s"^ de Guitry, le s"" de Bèze, le s"" de Fresne, les s'* ManfredoBalbiani, Sarrazin^ et moy, eut commencé la proposition de regarder aux moyems de pourvoir à ung secours nouveau dud. s"" roy de Navarre, sans lequel il estoit en évident péril, led. s'" baron supplia la compaignye d'escouter préalablement le discours qu'il m'avoit donné charge de faire des faultes, voire infidélitez volontaires, qui avoient esté commises en la conduite de lad. armée, desquelles personne ne pouvoit estre plus coupable que le s"" de Guitry, là présent, lequel, soubz le nom et authorité des jeunes s"^^ duc de Bouillon et comte de La Mark, qu'il avoit misérablement embrassés en ses passions, dont l'ung estoit desjà mort et l'autre estoit prest de mourir, et leur petit estât en proye, contre l'advis de mons"" le duc Casimir, leur tuteur, et lesquelz il avoit faict establir l'ung en Testât de général et l'autre chef de l'avant-garde, pour commender luy seul à toutes choses, avoit tellement ruiné les affaires qu'il sembloit impossible d'y remédier.
La Huguerye expose ici, dans un long réquisitoire, le tableau des fautes commises par Guitry, Couvrelles et les autres agents du roi de Navarre. Sa conclusion est que le Béarnais s'entendait avec le roi de France pour anéantir l'armée allemande. Cette thèse a déjà été exposée plusieurs fois par l'auteur des Mémoires et la nouvelle démonstration ne présente aucun fait nouveau.
Le passage supprimé occupe dans le manuscrit les f. 228 v° à
Ainsy, après nous avoir laissé vomir tous noz mescontentemens, ausquelz ne fut rien respondu que sur