Voyez t. II, p. 8 et suiv
eust eu de longtemps, et l'occasion du temps qui y estoit très propre, je ne m'en pouvois pas beaucoup promettre, avec le ministère du colonel Schregel, pour les raisons que je luy avois dict ; que d'ailleurs retourner moy-mesmes souvent vers luy esventeroit l'affaire ; le suppliant encores une fois de n'entamer poinct ceste négociation-là qu'il ne feust venu, et qu'il en auroit assez de loisir ; aussy bien estois-je contrainct d'aller à Francfort, à la foire, pour solliciter l'exécution de la sentence que, par sa recommendation, j'avois obtenu touchant les bagues de feu led. s'~ prince, mon maistre, et pour quelques aultres petitz affaires que j'y avois ; que de là je mènerois ma femme à Frankenthal, d'où, avant que l'emmener avec moy, je ferois ung voyage en Lorraine, pour sentir quelle seureté j'aurois de la conduire en France, sur ses lectres, et ce que je pourrois espérer de mon affaire avec Dommartin, en jectant les fondemens de ceste négotiation par une connivence que je pratiquerois dud. s"" duc de Lorraine, par le moyem du baron d'Haussonville ; qu'après je retournerois quérir ma femme, selon que j'aurois asseuré mon affaire, et que l'ayant emmenée, retourner plus moy-mesmes vers luy ce seroit faire évidemment congnoistre que je serois allé en Lorraine pour aultre chose que pour passer en France, mays qu'ayant led. s' baron près de luy, il le pourroit envoyer en quelque village de là Veissenbourg, sans passer en la ville, pour n'estre recongneu, comme Fischbach, où je le viendrois trouver et comnicquer avec luy amplement de ce que j'aurois faict et de ce qu'il conviendroit faire, pour advancer la négotiation, ce que je ne pourrois si bien faire avec led. Schregel qui est, oultre son mal
MÉMOIRES DE LA HUGUERYE. Tll
ordinaire, de son naturel fort lent et pesant et dadvantage fort craintif et peu versé aux affaires de France, et qui n'avoit cet honneur d'estre si familiairement près de sa personne pour comnicquer, comme led. baron, qui alloit partout avec luy à la chasse et aultres lieux, d'où il le pouvoit faire partir pour me venir trouver, aux jours que nous prendrions ensemble, de veue en veue, ou à Fischbach ou à Stoulzbronn ou auprès. Ce qu'il trouva bon ; et m'asseura avoir escript aud. baron, duquel il espéroit le retour, à la foire de Francford, où je le pourrois voir et comnicquer avec luy ; que demain après disner je le vinsse retrouver, pour me dire, sur mon mémoyre, ce qu'il verroit estre nécessaire ; comme je fei.
Et prenant la peine led. s'' duc de le relire encores devant moy, m'esclaircissoit des fondemens qu'il jectoit tous les jours envers ses parens et amys et vers le comte de Monbéliard des poinctz qui y estoient couchez ; que véritablement il ne voyoit aultre moyem pour asseurer bien ceste frontière contre les tragédies que la mort de feu mon maistre, son bon frère et amy, luy faisoit prévoir en France, esquelles il ne vouloit plus estre meslé ny donner subject aux princes d'Empire, ennerays de telz comportemens, de croire qu'il eust part en telles procédures, desquelles il avoit eu prou peine à garentir sa vie ; tant de fois qu'y retourner ce seroit tenter Dieu par la grâce duquel il en estoit eschappé ; qu'il ne sçavoit qu'y adjouster que j'allasse à Francford et de là à Frankenthal, où j'aurois encores de ses nouvelles ; et, qu'avant que je prène congé de luy, il donnera ordre à tout ce qu'il me fault ; comme je fei.
Et, sur la fin de mars 1 589, je prins congé de luy ; receu ce qu'il luy pleut me bailler pour faire mon voyage et m'en allay à Francford et de là à Frankenthal, où je séjournay, n'ayant point veu à Francford led. baron de Dhona ; qui me feist craindre qu'il ne retourneroit pas. Et bientost après led. s"^ duc m'envoya led. colonel Schregel pour comnicquer avec luy de ceste négotiation, et, en l'absence dud. baron, jusques à son retour, dresser une bonne correspondance avec luy, pour ne perdre temps. Qui fut cause, bien qu'à regret, que je descouvry ce qui se peult du secret aud. s"" colonel. Et n'eu pas grande peine à luy faire gouster, estant tesmoing oculaire du déportement des Françoys, en l'armée dernière, et y estant grandement intéressé. Mays le défault des aultres parties, que j'avois dict aud. s"^ duc, me faisoit tousjours doubler qu'il ne seroit capable de conduire la négotiation à fin près dud. s'^ duc Casimir, ce que l'importance de l'affaire me donna la hardiesse de luy déclairer librement et le prier de contraindre son naturel pesant et trop timide, se tenir près dud. s' duc et s'excuser de tous voyages, l'entretenant seul en la bonne disposition où je l'avois laissé, sans en comnicquer à personne du monde, non pas mesmes au secrétaire Henry ; qu'aultrement, congnoissant ce prince aussy facile à dissuader qu'à persuader et craintif des remonstrances des ministres, qui ne fauldroient à l'importuner sur ceste matière, je n'en espérerois rien et ne m'en eusse voulu mesler, quelque commendement qu'il m'en eust faict ; auquel je ne luy dissimulay que j'avois obéy, sur l'asseurance qu'il m'avoit donné de faire retourner en bref le baron de Dhona ; ce qu'il receut en bonne part de moy, en
me priant d'y faire le mieux qu'il pourroit, selon mon advertissement, et que, craignant de faillir, il presseroit tousjours le retour du baron. Ainsy Tayaiît renvoyé fort content, avec asseurance de l'advertir si tost que je serois de retour de Lorraine, pour venir à Frankenthal et conférer ensemble, je laissé ma femme à Frankenthal et m'en allay à Nancy, sans aultre nouvelle charge, led. s' duc Casimir persistant en la prepremière cy-dessus et n'y pouvant rien adjouster.
J'arrivay à Nancy au commencement d'apvril. Et, m'y estant reposé ung joui", pour adviser à mon affaire, ayant eu de la peine à passer jusque là, à cause des courses de la garnison de Marsal, je commençay à descouvrir le logis du baron d'Haussonville, lequel je visitay. Et, sans luy faire congnoistre le secret de mon voyage, de première abordée, luy dei seulement que j'avois des iectres dud. s' duc Casimir à Son Altesse, auquel je désirerois avoir l'honneur de baiser les mains et les luy présenter moy-mesmes, à part, parce qu'elles pourroient donner subject à S. A, d'entrer en quelque propos et à moy de luy respondre, et, en ce faisant, tomber en quelque conférence des choses passées et des moyems d'y remédier, encores que le but principal de mon voyage ne fut que pour mon particulier, comme il enlendroit plus amplement. Ce gentilhomme, qui avoit ung bel esprit et ung bon jugement, me feist bien congnoistre qu'il sentoit à peu près ce que je voulois dire. Et, se resouvenant de nostre conférence à Luneville, me deist qu'il estoit très aise de me revoir en bonne santé, et qu'avec cette occasion je pourrois faire congnoistre à S. A. le debvoir qu'il feist lors pour éviter le mal qu'il prévoyoit ; et que, pour ceste
cause, bien qu'il se trouvast ung peu mal, il s'efforceroit d'aller voir S. A., après disner, et que nous soupperions seulz ensemble, et il me diroit ce qu'il auroit faict.
Je me pou vois adresser à mons"^ le comte de Salm, mais la communication ne m'eust pas esté si aisée et familiaire ; et led. s"" baron d'Haussonville avoit desjà bonne congnoissance de beaucoup de particularitez qui servoient à cet affaire. Il ne faillit de m'envoyer quérir, au soir, pour soupper avec luy. Où, pendant le repas, nous n'eusmes propos que de choses communes, à cause de ses serviteurs. Et, après soupper, ne restant en sa salette que luy et moy, il recommença son propos par la resouvenance des dernières paroles que je luy avois dict, en prenant congé de luy à Lunéville, que je m'asseurois qu'ilz regreteroient ung jour et plus tost qu'ilz ne pensoient, à cause des belles apparences, au commencement de leurs affaires, de n'avoir suivy le fil de nostre négotiation et de n'y avoir employé le temps et les persotmes convenables, que ce n'estoit sans fondement ce que je luy disois tant, que si j'osois déclarer ce que je sçavois ilz courroient la poste, à l'effect de lad. négotiation, au lieu d'y procéder si lentement qu'il sembloit qu'ilz n'en tinssent compte ; et que tousjours depuis ilz avoient recongneu beaucoup de choses de telle conséquence ; mays que, si je voulois aussy l'advouer, nous avions bien esprouvé la vérité des advis qu'il m'avoit déclaré, à nostre grande ruine, ce que je luy advoué, en général ; mays que Dieu en avoit jusques icy conservé les chefz et les instrumens, non pour estre si froidz que par le passé, mays pour y remédier de bonne heure et à bon escient,
aultrement que c'estoit à leur tour de recepvoir pis que nous, et qu'ilz en estoient à la veille ; le tout de partetd'aultre, en termes généraux. Desquelz il tomba sur la volonté de Son Altesse, duquel il me deist avoir charge de m'advertir que demain, à quelque heure de son plus grand loisir qu'il choisiroit exprès, il nous donneroit audience et me feroit entrer en sa galerie par l'escalier du jeu de paulme et conduire par ung des siens, affin de n'estre descouvert ; que je demeurasse en mon logis ; et que, si tost que S. A. auroit le loisir, je serois adverty et conduit à luy, me priant lors led. s"^ baron de recepvoir cet advis de luy, comme de mon amy, et, pour la congnoissance du naturel de S. A., de ne luy rien celer ny luy rien déguiser, et, au reste, parler à luy en toute liberté, estant prince qui se plaist en telle naïfveté et rondeur et qui me donneroit subject, par la familiarité de ses responses, de parler hardiment à luy ; et qu'en ce faisant je luy serois plus agréable. Dont je le remerciay. Et, venant le soir, je prins congé de luy et me retiray en mon logis, en une hostelerie, qui estoit lors au coing de la fontaine du Hault Baugeat, où je descendi par compaignie.
Et, le lendemain, ne sorty poinct, actendant qu'on me vint quérir, comme féist, après le disner, le premier valet de chambre de S. A., nommé Clément, que j'ay tousjours depuis congneu fort homme de bien ; lequel me mena droict aud. jeu de paulme, et me feist monter jusques à une porte qu'il m'ouvrit. Et trouvay S. A. en sa galerie, se promenant seul, et ayant fermé la porte, je m'aprochay de S. A., luy baisay les mains de la part dud. s"^ duc et luy présentay ses lectres. Lesquelles ayant ouvert et leu, il me feist
paroistre beaucoup de contentement de voir l'asseurance qu'il avoit telle en son amitié que d'espérer qu'à sa recommendation il féroit pour moy ce que je luy dirois. Et m'ayant interrogé de son bon portement, il me deist qu'il feroit pour moy tout ce qu'il luy seroit possible, ayant eu tousjours bon tesmoignage de moy que je n'avois recherché que le bien. Et prenant sagement la lectre par le dernier poinct de l'amitié qu'il recongneut bien estre le principal, me deist qu'il ne se pouvoit assez resjouyr de voir que, nonobstant les mauvais effectz de la saison, plaine de troubles, monsieur le duc Casimir, son cousin, n'eust poinct oublié l'amitié de leur jeunesse et nourriture, comme il l'avoit tousjours creu, bien que plusieurs se feussent efforcé de luy persuader le contraire, en attribuant aud. s' duc Casimir la ruine qu'il avoit naguères souffert, en son Estât. Sur quoy je prins subject de dire à S. A. qu'encores que je n'eusse jamais eu cet honneur d'estre congneu de luy, si est-ce que je le pouvois bien asseurer du contraire, estant tesmoing oculaire des bons offices que led. s"^ duc a faict et continué à S. A., depuis quinze ans, pour le moings, que tous les affaires qui ont esté traictez avec led. s' duc ont passé par mes mains.
Et lors je luy fei une longue déclaration de tous les poinctz que j'ay touché cy-devant, qu'il n'est besoing de répéter, pour brief'veté.
Malgré la promesse contenue dans ces derniers mots, La Huguerye répète tout ce qu'il a déjà dit sur les services qu'il a rendus au duc de Lorraine en ^576 et en ^387 et sur les propositions de Casimir de Bavière. Le duc se défendit d'appartenir à la Ligue, protesta de sa fidélité à l'alliance palatine et accueillit avec empressement l'idée de faire partie d'une confédération
rhénane dont Casimir serait le promoteur. Le lendemain La Huguerye eut une seconde conférence avec d'Haussonville sur le môme sujet et traita les points accessoires de la négociation.
Le passage supprimé occupe dans le manuscrit les fol. 257 v° à 26^.
Et le lendemain matin je fuz, par le mesme ordre, conduit à S. A., pour prendre congé de luy et recepvoir ce qu'il luy plairoit me commender de bouche, qui fut du tout conforme à ce que je luy avois proposé et pour l'asseurance de l'amitié et pour le remède aux dangers et foules de ceste frontière d'Empire, m'asseurant de rechef, pour moy particulièrement, des deux poinctz qu'il m'avoit promis et mieux faire pour moy, veu l'obligation qu'il m'avoit de tant de bons offices receuz dud. s' duc Casimir, par mon ministère. Ainsy, luy ayant baisé les mains, je m'en retournay vers led. s"" d'Hausson ville, où je trouvay ma dépesche preste et asseurance d'ung argoulet, que je trouverrois à cheval, à la porte, qui m'attendroit, après le disner ; comme je fei.
Et estant à cheval, je trouvay celuy qui m'attendoit, avec lequel je me mis en chemin. Et allay coucher à Lunéville. Et le lendemain matin, comme nous estions hors des portes, allans nostre chemin vers Badonvillers, nous veismes de loing une trouppe de cavalerie, courans à la desbandade et venans vers nous, que je doubtois estre quelque mauvaise rencontre. Pourquoy il se mist au devant, ayant sa casaque. Et approchans d'eux, il les recongneut estre tous de la compaignie du cappitaine La Route ', gouverneur de Marsal, d'où
1. Fouquet de La Routto, capitaine français, originaire du Dau-
ilz venoient ; et y voulans entrer de retour d'une cavalcade, qu'ilz avoient faicte de nuict, avoient trouvé la ville prise par ceux de Metz et led. La Route tué; pourquoy ilz se retiroient à Lunéville. Et passans oultre allasmes jusques près la porte de Badonvillers, où l'argoulet me laissa, sans entrer dedans. Et l'ayant contenté de sa peine, j'allay disner aud. Badonvillers et de là coucher à Strasbourg.
Et le lendemain, me mis en ung batteau, que je trouvay prest de descendre à Speire, et rendis les chevaux à celuy qui m'avoit mené de Strasbourg. Et puis allay sur le rolle de Spire à Frankenthal, où, si tost que je fuz arrivé, le 22^ apvril, j'escripvy aud. s"^ colonel Schregel, l'advertissant de mon retour, avec response que j'avois aud. s"" duc Casimir et beaucoup de choses en bouche, pour luy faire entendre, affin d'en advertir led. s" duc et prendre ordre de luy de me venir trouver, pour luy faire ample discours de toutes choses et en rendre compte aud. s"^ duc. Si tost qu'il eust receu mes lectres, il alla trouver led. s"^ duc pour les luy comnicquer et recepvoir son commendement ; lequel luy ordonna de me venir trouver à Frankenthal, le 25® apvril, où je luy fei le discours entier de tout ce que j'avois faict à Nancy, comme il est récité cy-dessus. Dont il fut bien esbahy, ne jugeant pas que, pour la première audience, je puisse tant advancer ung tel affaire. Et, pour mon particulier, recongnoissant que les dangers estoient grandz, comme je luy avois escript et il l'avoit faict entendre aud. s' duc, il avoit charge
phiné, se distingua aux sièges de Bourges et de La Rochelle, devint gentilhomme de la chambre du roi et gouverneur de Marsal, et entra dans la Ligue (Lepage et de Thou).
de me dire que je demeurasse à Frankenthal . Mays je luy remonstray qu'il estoit besoing que je feusse à Nancy, pour prendre la première seureté qui se présenteroit, ainsy qu'on m'avoit conseillé, et qu'il estoit expédient ; aultrement les occasions seroient passées avant que j'en feusse adverty. Et puis, j'estois las de telle résidence et voyois bien que led. s"^ duc taschoit à me retenir.
Led. s'^ Schregel ne pouvoit assez louer la façon du discours auquel j'estois entré avec led. s"" duc de Lorraine, et prenoit grand goust en l'espérance que je rapportois de faire ce qui appartenoit aux payemens, qu'il s'estonnoit que j'avois rendu si faciles qu'il ne restoit que l'authorité du prince, sans toucher à ses coffres, et en espérance touteffois d'en tirer de l'advantage à ses affaires ; qu'il craignoit ne pouvoir pas si bien représenter toutes choses aud. s"^ duc ny le conduire là-dessus si bien que l'affaire le méritoit, et que le baron de Dhona ne venoit poinct. Mays je luy diz que le bon succez de l'affaire dépendoit de luy à manier l'esprit de ce prince, en l'absence dud. baron ; qu'il n'estoit plus raisonnable qu'on me veist près de luy, si on ne vouloit tout gaster ; encores m'asseurois-je que, si on sçavoit qu'il feust venu icy vers moy, qu'on seroit en alarme ; qu'il falloit manier ce faict-là délicatement et bien conduire ce prince au chemin où je l'avois laissé, du tout nécessaire à ses affaires ; l'asseurant que, s'il ne prenoit bien garde à luy, aprez avoir esté sauvé de tant de dangers, il se trouveroit enfin en ung inconvénient irrémédiable. Ce qu'il recongneut estre vray, voiant, disoit-il, depuis mon parlement d'Heydelberg, beaucoup de choses qui luy faisoient
craindre ce que je disois; ce prince estant délaissé de ses bons serviteurs et se laissant conduire par les aultres, qui restent près de luy et ne congnoissent rien à ses affaires, ce qui luy faisoit désirer mon séjour à Frankenthal ; recongnoissant, quant à luy, qu'il n'avoit telle auctorité près ce prince, ni telle congnoissance de ses affaires qu'il peust bien conduire ceste barque à bon port, comme il désireroit, y ayant ung notable intérest et sans aultre espérance que du costé d'où je venois.
Ces propos de défiance de sa suffisance ne m'estoient nouveaux, car je l'avois dit aud. s' duc et librement à Schregel mesmes, comme à mon amy, et en avois tousjours craint du destourbier en cet afïaire ; touteffois, puisqu'il estoit enfourné, qu'il faloit prendre courage et tascher à faire bien ; que, si j'eusse esté creu, je ne feusse parti avant l'arrivée du baron de Dhona, mays que led. s"^ duc l'avoit ainsy opiniastrément voulu ; et Dieu vueille qu'il soit aussy opiniastre en la poursuitte qu'au commencement. Et, quant à ce qu'il me disoit qu'il prévoioit desjà quelque grand malheur advenir à ce prince, par les artifices de Beaumont, ministre, et du chancelier Reber, que j'estois bien de son advis, n'y ayant plus personne près de luy de qui il puisse prendre conseil que de ces gens-là, qui l'envelopperont de rechef aux affaires précédentes, pour tascher à y faire leurs affaires ; que c'estoit à luy, qui restoit seul, d'y faire ce qu'il pourroit, se donnant bien garde de rien descouvrir au secrétaire Henry, qui ne fauldroit de les advertir, estant homme qui ne s'affectionne à rien et qui aussy ne congnoist rien en telz affaires.
Ainsy bien instruict, il s'en retourna faire son rapport à Heydelberg avec une minute de response à S. A. de Lorraine, que nous dressasmes en telz termes qu'elle invitoit S. A. à demander communication sur Testât présent des affaires, luy recommendant encores mon particulier, qui estoit la substance, sans qu'il soit besoing de la rapporter icy. Et, si tost que led. s' colonel eut fait son rapport aud. s' duc, il m'escripvit, m'asseurant que led. s"" duc avoit receu ung grand contentement de ma négotiation et m'envoyoit la response telle que nous avions minuté, mays qu'il ne me vouloit celer qu'il avoit remarqué en ce prince quelques doubtes de s'embarasser mal à propos en chose de si grande conséquence, bien que, pour le traictement qu'il recepvoit de ceux qui luy estoient si fort obligez, il recongneust bien que c'estoit son grand advantage en la résolution qu'il avoit prise de ne se plus mesler des affaires de gens si ingrats et si dangereux ; me donnant dadvantage quelques advis d'une assemblée du cercle du Rhin en laquelle je ferois bien d'advertir led. s'^ duc de Lorraine d'envoyer de sa part, et qu'on donneroit ordre qu'il y seroit bien receu, et que les choses y seroient disposées à ses remonstrances.
Si tost que j'en receu la lectre dud. s"" duc Casimir, du o® may, je fei ma dépesche, escripvy ung mot à S. A., l'asseurant de la continuation de l'amitié dud. s' duc, et luy envoyay une requeste, avec coppie de mon contract de Dommartin ^ , le suppliant de m'en
■1. Il s'agit d'un prêt que La Huguerye avait fait au capitaine Dommartin et dont il réclamait le paiement avec opiniâtreté. Il a parié de cette affaire avec détails dans les parties que nous avons supprimées.
faire dresser, selon sa promesse ; remectant le surplus sur ce que j'escripvois bien amplement au s"^ baron d'Haussonville, auquel j'envoyay coppie des lectres de la royne de Dennemark ^ que j'avois promis à S. A. Et escripvy aud. s"^ d'Haussonville l'occasion du retardement, à cause de l'absence dud. s' duc Casimir, que j'avois jugé meilleur d'attendre que de l'aller trouver en lieu mal propre-, où il estoit environné de gens incapables de cet affaire, l'advertissant de l'assemblée du cercle du Rhin^, à Wormes, où estoit arrivé des premiers le chancelier du comte de Montbéliard, pour faire ses plaintes à tout le monde, où led. s"^ duc Casimir feroit ung bon office à S. A., à la discrétion de laquelle il laissoit d'y envoyer ; et que sur cela il pourroit mectre en avant ce que je luy avois dict, pour la conservation et soulagement de ceste frontière; auquel effect, s'ilz voyoient que besoing feust de comnicquer plus amplement par confîdens, ilz en pourroient prier led. s"^ duc Casimir, le remectant à sa discrétion, s'il voyoit que cela peust plus servir que nuyre, et, s'ilz estoient disposez à cela de part et d'aultre, qu'il se résolust d'estre le confident de S. A. , pour ce que led. s"^ duc le désiroit ; et que, sur l'advis que je luy avois donné de la prise de Marsal, il m'a voit donné
1. Renvoi à la lettre de Christine de Danemark, t. III, p. 148.