Voyez t. I, p. 360 et note
2. Guillaume de Salluste, seigneur du Bartas, né près d'Auch vers 1544, poète, homme de guerre, négociateur calviniste et serviteur dévoué du roi de Navarre, mort en 1590. Le plus célèbre de ses ouvrages est la Semaine, poème de longue haleine, plusieurs fois réimprimé.
3. Don Juan de la Gerda, duc de Medina-Celi, cinquième duc de son nom, gouverneur des Pays-Bas en 1570, fut remplacé, en 1573, par don Louis de Requesens (Commenlaires de Mendoça, passim).
4. L'invincible Armada, organisée par Philippe II contre l'Angleterre, se mit en mer le -29 mai 1588 sous le commandement du duc de Medina-Geli et fut, au mois d'août, dispersée près de Galais. Yoy. t. II, p. 271, note 4. On trouve dans les Mémoires de la Ligne
la royne d'Angleterre et en a eu bonne response ; que celuy qui estoit là, de la part dud. s' Bernet, pour Boulongne, a parlé à luy et l'a prié, en présence du s"^ de Buzenval \ de parler à la royne, pour son affaire; qu'elle luy avoit accordé 6 milliers de pouldre, et qu'elle luy avoit demandé si le roy de Navarre se fioit au duc d'Espernon ; qu'il avoit respondu qu'on n'estoit pas encores asseuré de luy, qu'on traictoit avec luy et qu'on estimoit qu'il seroit enfin contrainct de s'accommoder ; que, passant par l'Alemaigne, il n'avoit vu aulcun prince. Desquelles choses je l'enquis, pour en rendre compte aud. s"^ duc, qui ne voulut entrer en si particulier discours avec luy. Et sur ce partit led. s"^ de Clermont, le 20*^ septembre, me disant en montant à cheval que, si le roy de Navarre n'estoit secouru, l'esté prochain, que ses affaires iroient mal, en toute apparence.
Led. s' de Clermont estant ainsy renvoyé, s'ourdit une nouvelle poursuite faicte sourdement envers led. s"" duc Casimir, de la part du comte de Montbéliard -, qui avoit une extrême envie de se venger des feuz qui avoient esté mis partout, en son petit estât, par l'armée de Lorraine, lorsqu'elle alloit guetter les reistres ^ à
une série de pièces sur la Santa-Armada et ses suites (t. III, p. 60 et suiv.).
1 . Paul Ghoart de Buzenval. ambassadeur de Henri IV auprès de la reine Elisabeth d'Angleterre, puis en Hollande, mourut en 1607.
2. Frédéric de Wurtemberg, comte de Montbéliard. Un mémoire de Des Réaux au prince Casimir, apporté après l'échec de l'expédition de 1587, reproche au baron de Dohna d'avoir refusé les services de capitaines expérimentés, parmi lesquels il cite le comte de Montbéliard (Vc de Colbert, vol. 401, f. 136).
3. Une lettre de Henri III au comte de Montbéliard, datée du le' mai 1588, reconnaît le mal que les troupes du duc de Guise
leur retour de France, mays en apparence par le cappitaine Beaujeu et aultres gentilzhommes françois retirez à Montbéliard, qui pratiquoient et gouvernoient ce prince, duquel ilz asseuroient tirer une bonne somme, en forme de prest toutesfois ; auquel effect il engageroit de ses terres, tant au comté de Bourgongne qu'en Elsatz^ pourveu que led. s' duc Casimir y voulust aultant contribuer de sa part et regarder conjoinctement à l'asseurance de leurs sommes ; car, encores que led. comte eust esté fort offensé, si est-ce qu'il ne vouloit rien bazarder, et taschoit à se venger, aux despens d'aultruy. A quoy led. s' duc Casimir ayant advisé, feist response propre à ne poinct dégouster ce prince et néantmoings à différer et laisser cependant refroidir sa cholère, faisant congnoistre par led. s"" de Beaujeu aud. comte que la charge qu'il avoit ne luy permettoit pas de plus entreprendre telz voyages, comme il s'en estoit, dès le commencement de ceste guerre, excusé envers le roy de Navarre et depuis encores plusieurs fois, et qu'il avoit assez expérimenté, à son dommage, que, sans y estre en personne, il bazarderoit fort ses deniers et ceux de ses amys, saichant bien à quoy s'en tenir, fraischement pour 150,000 florins du moings ; lesquelz il avoit asseuré, pour le mieux, en son absence, et les tenoit toutesfois comme perduz, craignant qu'aultant ou pis en arriveroit encores ; mays que la bonne volonté dud. s' comte se debvoit adresser aud. s' roy de Navarre, qui en avoit bien affaire et duquel il tire-
ont fait dans ses États (f. fr., vol. 17990, f. 123). Le comte de Montbéliard porta plainte à l'empereur contre le duc de Lorraine. Peu s'en fallut que cette affaire n'amenât des représailles contre Charles III (Voyez de Thou, liv. 87).
{. Elsatz, Alsace.
roit telles asseurances qu'il pourroit, tant pour ses deniers que pour les affaires des dommages et intérestz qu'il prétendoit. Laquelle response, venue à la congnoissance dud. comte, feist le coup que led. s"^ duc Casimir avoit préveu, et le retint longtemps jusques à ce que led. s"" roy de Navarre, adverty de ceste disposition-là, s'en servit depuis, comme il sera dictcy-après. Cependant les estatz se tenoient à Blois^, desquelz quelque autre nouvelle qu'eust led. s"" duc, il craignoit tousjours quelque issue semblable aux discours qu'en avoit faict led. s" de Couvrelles ; comme de faict vers la Noël, en lad. année, nous en eusmes des bruitz divers, tous toutesfois revenans à ce poinct que le roy avoit faict tuer le duc de Guyse et le cardinal, son frère, et emprisonner plusieurs princes de ceste maison, avec le cardinal de Bourbon ^ Dont led. s' duc, discourant
t. L'attilude des députes aux états de Blois fut conforme aux désirs du duc de Guise. Le roi y reçut les plus amers reproches pour son administration, ses prodigalités et ses favoris. Voyez les pièces publiées dans le Recueil des états généraux, de Mayer, année 1588. La harangue de Henri III à l'ouverture des états, le 16 octobre 1588, est imprimée dans lus Mémoires de la Ligue (t. n, p. 481).
2. Le 23 décembre 1588, à Blois, Henri III fit assassiner, par les Quarante-Cinq, le duc de Guise et, le lendemain, son frère, le cardinal de Guise ; il fit emprisonner le cardinal de Bourbon et Pierre d'Espinac, archevêque de Lyon. Les documents sur la mort du duc de Guise sont très nombreux. Nous citerons seulement les pièces imprimées dans les t. III et IV de la Revue rétrospective, dans les t. II et III du Journal de Lestoile (1744), dans le t. V de la Réforme et Ligue de M. Capefigue, dans le t. XI de VHist. de France du P. Daniel. Voy. la bibliographie de cet événement, par M, Tamizey de Larroque, dans la Revue de Gascogne (1871, p. 3831. Parmi les documents inédits nous ne mentionnerons que les mss. suivants, f. fr. 5795, 17300 et 17305, qui sont des recueils factices de pièces presque entièrement consacrés à cet événement.
quelquefois avec moy, en appréhendoit de grandz dangers aud. s' duc de Lorraine, qu'il craignoit aussy tomber enfin sur le Palatinat. Et regretta fort de n'avoir suivy mon conseil de me laisser aller, comme pour mes affaires, ainsy que dict est cy-dessus, se réservant de se servir de ce moyem-là pour y pourvoir, par mon entremise, et s'accommoder tant qu'il luy seroit possible avec led. s"^ duc de Lorraine, et d'empescher que rien ne se passast en Alemaigne, à son préjudice ; s'entretenant tousjours ouvertement en l'opinion commune du monde, d'estre du tout dédié au service du party contraire, qu'il avoit tousjours suivy et favorisé. Et d'ailleurs s'asseura aussy que de ce coup-là arriveroit quelque soulagement aux affaires de la duchesse de Bouillon, sa pupille, qui estoit fort pressée, s'en estant allée en fumée la négotiation du mariage d'elle et du comte de Vaudemont^ par le moyem secret du roy, qui ne l'avoit agréable, voulant plustost ruiner ceste maison que de l'augmenter, et se servir, à cet eff'ect, de l'authorité du duc de Monpensier sur les affaires de lad. duchesse de Bouillon. L'advis estant tout certain du coup de Blois , par les lectres du roy mesmes, ceux qui estoient près dud. s' duc et qui ne congnoissoient pas bien le secret de son cueur, sur ung telle affaire, duquel la procédure ne luy sembloit raisonnable et il en craignoit les suittes dangereuses, s'en réjouissoient, et sur tous le ministre Beaumont en faisoit feuz de joye ; et, surprenant led. s"^ duc, au lieu d'ung presche, en féist, le dernier jour dud. an 1588,
1 . François de Lorraine, comte de Vaudemont, né le 27 février 1572, épousa en 1597 Christine de Salm, fut duc de Lorraine en 1625 sous le nom de François II et mourut en 1632.
une harengue d'alégresse publique, en sa présence et de tout le peuple, dont led. s"^ duc me feist depuis congnoistre qu'il estoit mal content ; voyant que c'estoient des moyems qu'on commençoit à tenir pour l'embarquer irréconciliablement contre la maison de Lorraine, au contraire de son intention. Et bien qu'il feust lors contrainct de dissimuler cela, si print-il résolution plus asseurée de se servir de mon voyage en France, pour y pourvoir. En laquelle disposition je mys peine de l'entretenir, recongnoissant ses affaires le requérir et pour avoir occasion d'aller en France faire mes affaires, selon que le temps m'y forçoit ; remonstrant aussy aud. s' duc que, veu le traictement qui avoit esté faict aud. feu s"^ prince, mon maistre, selon l'advis au vray qu'il en avoit eu, j'avois tout subject de craindre encore pis, en mon particulier, pour avoir esté par led. feu s' prince employé en ses plus secretz affaires, concernant sa grandeur, tant dedans que principalement dehors le royaume, qui avoient esmeu l'envie et la jalousie, cause de sa mort ; joinct qu'aussy bien ne pourrois-je plus, à ceste occasion, servir aud. s"^ duc, près de sa personne, en Testât où sont les affaires de France, qui le feroient rechercher plus que devant ; et ma présence et charge, en ses affaires, odieuse, plus que celle de mon maistre, à ceux qui le rechercheroient, ne serviroit que d'empeschement et soupçon, plustost que d'advancement ; et qu'ils ne cesseroient de me calomnier en toutes sortes, pour tascher, en tous cas, à le forcer de m'esloigner de luy. Pourquoy je le suppliay que, pourvoyant à cela et aux inconvéniens qu'il sçavoit assez pouvoir arriver à sa maison, en suitte de la résolution des deux rovs à la ruine de la maison
de Lorraine, qui est la veille de la sienne, il me laissast aller, comme pour donner ordre à mes affaires ; et qu'en ayant seulement une bonne lectre de luy aud. s' duc de Lorraine pour moy, je trouverois moyem de nettoyer toutes les diffîdences qu'on avoit mis entr'eux, asseurerois leur amitié, et ferois sentir aud. s' duc de Lorraine le secret de son intention, en Testât présent des affaires, et ferois au reste tout ce que je congnoistrois appartenir à l'advancement de son service.
Sur lesquelles miennes remonstrances il demeura fort perplex, en son particulier, me disant qu'il n'auroit plus personne versé en Testât des affaires présentes estrangères, pourquoy il avoit prié feu mon maistre de me laisser près de luy, après la mort de Beutterich ; que tous les serviteurs qui luy restoient ne luy pouvoient servir qu'aux affaires d'Alemaigne ; qu'il sçavoit que je luy disois la vérité de mon particulier, mays que mon exemple le faisoit craindre quelque inconvénient en la modération qu'il désiroit tenir; en se meslant en sorte des affaires des deux rois qu'il ne s'engageast aulcunement contre led. s"^ duc de Lorraine ; sur lequel poinct n'ayant plus personne, après mon partement, de qui il peust tirer fidèle et bon conseil, recongnoissant desjà le ministre Beaumont gaigné du tout, son chancelier et aultres serviteurs se laisser aller à ses persuasions, aux affaires de France qu'ilz ignorent, par tous lesquelz il se trouveroit pressé, contre son intention, et en grande peine de se résouldre en la médiocrité qu'il désiroit garder entre deux affaires si contraires des deux rois et dud. s"^ duc de Lorraine ; et que, s'il arrivoit à leur congnoissance, il luy en
pourroit advenir quelque inconvénient, par quelques moyems dont ilz s'efforceroient de faire ouverture, pour tascher à l'obliger du tout contre led. s'^ duc de Lorraine. A quoy je répliquay que, se tenant ferme sur la résolution qu'il a prise pour sa personne de ne sortir poinct d'Alemaigne et de ne faire plus seul ce qu'il a faict naguères, ains faire comme les aultres princes et de réserver tousjours les exceptions ordinaires aux capitulations , après avoir dilayé , tant que faire se pourra, les poursuittes, et actendu les remèdes que le temps peult apporter, je ne pouvois prévoir qu'il en peust tomber en aulcun accident ; que je ne serois pas tousjours si loing de luy que je ne peusse luy servir d'advis, par mes lectres, de tout ce que je verrois appartenir à son service. Auquel effcct je trou vois bon, sans qu'on veist de ses lectres, qu'il ordonnast au colonel Schregel, que je congnoissois pour ung fort homme de bien, d'entretenir une fort estroicte correspondance avec moy, duquel il luy comnicqueroit les lectres entières et sans besoing de discours, dont led. colonel n'estoit capable, aux affaires de France. Lequel poinct led . s' duc gousta ; et force luy fut de se résouldre là-dessus à me laisser aller, par forme de mescontentement, et prendre congé de luy, comme je fei avant le Pasque, en lad. année, pour aller, à la foire de Francford, pourvoir à l'exécution d'une sentence que j'avois obtenue, pour la vente des bagues de feu mon maistre. Et de là, après la foire, m'acheminay à Frankenthal, d'où, avant que conduire ma femme en France, j'allay à Nancy, garny de lectres dud. s' duc Casimir, d'une très affectueuse recommandation, et d'aultres poinctz importans, qui en deppendoient et dont j'avois secrète
charge vers led. s"" duc de Lorraine, pour préparer la seureté de mon voyage de France et jecter les fondemens de ma négotiation, pour l'affermissement de l'amitié de ces deux princes. Et, avant que d'entrer au discours de ceste négotiation, je noteray sommairement les raisons qui me pressoient d'ung costé à retourner en France, par le pais et faveur dud. s' duc de Lorraine, et d'ailleurs les raisons prégnantes qui mouvoient led. s" duc Gazimir à prendre le train de cet affaire.
La Huguerye expose ici la situation difficile que la mort du prince de Condé lui laissait en Allemagne, puisqu'il ne pouvait plus traiter au nom de ce prince. A ce sujet il rappelle toutes ses négociations antérieures depuis la mort de Ludovic de Nassau.
Le passage supprimé occupe dans le manuscrit les fol. 249 v" à 253.
Et, sur le poinct où j'estois de me retirer en France, plusieurs de mes amys me sollicitèrent d'aller avec eux et prendre l'occasion et la seureté d'une trouppe de reistres que levoit Dietz Schonberg, pour joindre aux Suisses et les conduire en France. Dont je m'excusay, sur les remonstrances que je leur fei, conformes à ce que j'ay dict cy-dessus, des raisons que j'avois de prendre aultre chemin. Et recongneu assez, en leur instante poursuitte, qu'elle procédoit de gens qui me vouloient tromper et eux aussy les premiers.
Et, sur le tort que recepvoit led. s"^ duc Casimir, en faisant telle levée sans luy en parler et en donnant exprès la charge aud. Schonberg, qu'il haïssoit extrêmement et n'avoit voulu permettre qu'il fut employé en l'armée dernière, il recongneut de luy-mesmes le bien que ce luy estoit d'avoir subject de se descharger
de telz affaires et de prendre le chemin que Dieu luy ouvroit, pour asseurer ceux de sa maison. Et s'y résolut encores dadvantage, faisant entendre aud. Schonberg, par gens apostez, qu'il se donnast bien garde de faire sa place monstre en ceste frontière ny d'y attirer lesd. Suisses; et qu'il feist passer ses reistres, selon l'ordre et règlement de l'Empire ; qu'aultrement il sentiroit bientost combien il offenseroit tout le cercle du Rhin, duquel il estoit le premier prince. Par lequel moyem il deschargea led. s' duc de Lorraine d'ung grand dommage et jecta les fondemens du restablissement de l'ancien ordre et règlement, qui s'observoit es levées qui se faisoient en Alemaigne.
Et, pour retourner à mon discours, les lectres que je dressay aud. s' duc de Lorraine ne touchoient en substance litérale que deux miens affaires, lesquelz led. s"" duc Casimir luy recommendoit très affectueusement, sçavoir : de me donner passeport et seureté pour aller et mener ma femme en France, et de me faire payer sur les biens du s' de Dommartin, siz en sa souveraineté, d'une bonne somme qu'il me doibt, usant, à ces deux eflfectz, de tous les termes qu'il pouvoit de l'ancienne amitié qu'ilz avoient contractée dès leur jeunesse, et qui, de sa part, ne mourroit jamais qu'avec luy, comme led. s' duc de Lorraine entendroit plus particulièrement de moy, sur lequel il se remectoit ; et tiendroit comme faitz à luy-mesmes tous les plaisirs et faveurs que je recepvrois de luy. Et estoit ceste lectre dressée de sorte qu'il ne sembloit pas qu'elle eust aultre but que de me favoriser en mes deux affaires. Et le secret estoit caché soubz les termes de l'amitié. Et estoit du moys d'apvril.
Le mémoire estoit que pour bien unir et eslraindre l'amitié de ces deux princes et coupper broche aux pratiijues et artifices, par lesquelz on taschoit de les mectre en mauvais mesnage, affin de brouiller ceste frontière d'Empire et y pescher en eaue trouble, il estoit, en premier lieu, nécessaire de bien raffraischir et r'asseurer ceste leur ancienne amitié et bon voisinage et conséquemment en rendre, en ce mauvais temps, et tousjours l'ung à l'aultre réciproquement, tous bons offices, pour la conservation de leurs estatz et utilité mutuelle de leurs affaires, et y commencer es occasions qui s'en présentent. A cet effect remonstrer qu'on ne peult estimer les dommages et périlz que led. s" duc de Lorraine a souffert, depuis vingt-cinq ou trente ans, jusques à avoir entrepris de le despouiller, ce que led. s' duc Casimir a empesché de tout son pouvoir, encores qu'il s'asseurast bien que led. s' duc de Lorraine emploiroit le verd et le sec pour y remédier ; mays que, considérant les conséquences de telz progrès, aultant dangereuses à ses bons voisins et amis qu'à luy-mesmes et en général à toute ceste frontière d'Empire, il désire y estre pourveu pour Tadvenir plustost par une voye douce et amiable que par les armes ; à quoy led. s' duc Casimir est prest de servir de tous les offices de son amitié, avec l'authorité qu'il a de présent, en ceste frontière, pour y mectre si bon ordre qu'il n'en arrive plus d'inconvénient ; que le moyem plus propre à tel effect semble consister au restablissement de l'ancien ordre et règlement observé, en ceste frontière d'Empire, sçavoir que les passages des gens de guerre ne s'y facent plus en armées et en trouppes ; et, s'il est jugé raisonnable d'en laisser passer, que ce ne soit
2î70 MÉMOIRES DE LA HUGUERYE.
en plus grande compaignye que de douze chevaux, avec pistoles seulement, faisans porter leurs armes au chariot, allans ainsy par pais, tant à pied qu'à cheval, logeans es hosteleries et payans leurs hostes, jusques à ce qu'ilz soient arrivez au pais de celuy qui les appellera, qui leur donnera de quoy faire le voyage, depuis leurs maisons jusques en son estât, selon l'ancienne institution; que les colonelz, reittermester, gentilzhommes et cappitaines, ayent à demander à chacun prince permission de passer ainsy doucement ; et, en la recepvant par escript, s'il est trouvé que bon soit donner non seulement leurs promesses reversales\ mays aussy bonnes cautions bourgeoises, dans les villes impériales, de se gouverner ainsy et de desdommager ceux qu'ilz pourroient offenser ou traicter aultrement, et ce par toute lad. frontière d'Empire, limitéejusques aux bornes du royaume de France, ou d'aultre prince estranger ; s'obligeans aussy de ne faire leur place monstre que dans le pais de celuy qui les appellera, avec submission en faisant au contraire à toute rigueur de justice ordinaire et extraordinaire si le mal requiert ; pour l'exécution de laquelle ces deux princes adviseroient de composer une bonne milice, et, selon les moyems de ung chacun, de solliciter et exhorter tous les aultres princes et estatz de ceste frontière à mesme fin, sans en cela faire aulcun préjudice à la liberté d'Alemaigne, bien que les princes et estatz du cercle du Rhin ayent aultant de droict et plus d'occasions de n'en laisser passer que les aultres princes d'Alemaigne de n'en
1. Promesses, lettres reversâtes . engagement en retour d'un autre engagement.
laisser sortir de leurs estatz, deschargeans pai' ce moyem leurs pais et subjectz, (qui sont leurs richesses), de toutes foules, oppressions, ruines et dangers passez et s'exemptant de tous fraiz et despenses, jalousies et deffiances, où ils peuvent tomber, en y voulant chacun de sa part remédier par ses moyems et de ses amis, et évitant finalement ce grand mal : de laisser enraciner une liberté d'armes, passer et se j^romener en armes en ceste frontière, et y faire des aguetz et entreprises ; le tout, affin de conserver leurs estatz en repos et tranquillité. A quoy ces deux princes, bien uniz par leur amitié et bonne résolution, pourront chacun, de sa part, disposer leurs amis et voisins en ceste frontière, pour en faire réussir une résolution commune par leur bonne intelligence, qui sera de tel respect et efficace envers les aultres qu'ilz suivront volontiers leurs ad vis et bon exemple.
Que, par ce moyem, led. s' duc Casimir espère d'appaiser, comme il a jà commencé, les doléances du comte de Montbéliard, à cause des ruines qu'il impute aud. s' duc de Lorraine, et luy faire considérer que c'est un mal advenu à luy comme à aultres, par telz passages de gens de guerre ; qui le doibt esmouvoir, non à faire croistre le mal par les moyems qu'on luy propose pour le ruiner, mays à y remédier, de sa part, et se joindre pour cet effect à ceste leur résolution, comme il en a bonne espérance et y travaille tous les jours.
Et, pour ce qui touche les foules et dangers qui procèdent incessamment des garnisons des places qui sont au milieu de ceste frontière d'Empire et luy tiennent le pied sur la gorge, courent et mangent le
pais, à discrétion, empeschent la liberté des chemins, en prenant les passans prisonniers, les rançonnant et dévalizant, et, qui pis est, servans tousjours à bastir nouveaux desseins à choses plus dangereuses, adviser et résouldre des moyems d'y donner ordre, par l'advis commung dud. cercle, pour le bien d'iceluy et de tous les cstatz qui y ont intérest; que, pour donner moyem aud. s' duc Casimir de parvenir à ce que dessus, d'aultant que ce qui affectionne les gens de guerre à faire telz voyages est l'intérest qu'ijz y ont, à cause de ce qui leur est deu de leurs soldes passées, qu'ilz veulent recouvrer et à quoy ilz sollicitent ordinairement led. s' duc Casimir de leur ayder et assister, selon sa promesse, led. s"^ duc de Lorraine peult, de son costé, employer son crédit envers ses amis, pour les faire payer de ce qui leur est deub, en France, sur les hypothèques qui en sont en Flandres et de ce qui leur est aussy deu en Flandres, selon leurs capitulations et obligations, advisant aux moyems plus expédients pour ce faire seurement, sçavoir : au moings ce qui est deu aud. s"^ duc Casimir et à ses serviteurs, promptement et sans condition, et, pour lesd. gens de guerre, à telles conditions honorables et utiles à ceste frontière qu'ilz adviseront ensemble. Et, pour ne laisser rien qui puisse altérer ceste amitié et bonne résolution de ces deux princes, nettoyer amiablement tous les différendz qui peuvent estre entr'eux, à cause de leurs limites et voisinage. De laquelle amitié et bonne correspondance naissent une bonne paix qui les rendra redoutables à leurs voisins, ilz pourront après employer leur crédit et moyems pour composer les affaires de leurs amis, selon le temps et les occasions qui s'en
présenteront, s'employant chacun d'eux de son costé vers ceux avec lesquelz il aura plus de crédit et de congnoissance, à cet efïect.
Et, pour asseurer les remèdes cy-dessus, procédans de leur amitié au soulagement et repos de ceste frontière, led. s' duc Casimir s'efforcera de moyenner une ligue défensive entre les princes et estatz d'icelle pour leur défense commune et particulière, en cas de nécessité, et fera, à cet effect, son debvoir en toute aultre chose que led. s' duc de Lorraine pourra désirer de son amitié. Et, pour esclaircir l'article cy-dessus, touchant ce qui est deu aud. s' duc Casimir et à ses gens de guerre, je dressay, sur les estatz qu'il m'en représenta, ung extrait tel qu'il s'ensuit, en deux chappistres : l'ung de ce qui est deu aud. s"^ duc et à trois de ses serviteurs, qu'il joinct avec luy et employé en cet affaire, et l'aultre de ce qui est deu à ses gens de guerre :
Estât sommaire de ce qui est deu aud. s"" duc Casimir et à ses trois serviteurs en France.
Du premier voyage faict en France ' soubz la charge du mareschal de Hesse, s"" de Volzhausen^, et aux fraiz de feu mess^'s l'Électeur Frédéric, palatin, duc de Virtemberg et landgrave de Hesse, est deu aud. s"" Électeur la somme de cent mil florins, cy 100,000 fl.
Du premier voyage, faict par led. s' duc Casimir
1. Le prince de Condé, au mois de juillet de l'année 156"2, avait expédié d'Orléans en Allemagne François de Coligny d'Andelot, qui avait signé, le 18 août 1562, un accord aux termes duquel les électeurs protestants devaient envoyer en France un corps de troupes qui servirait pendant trois mois. Ce traité est imprimé dans le Bull, de la Société de l'Iiist. du protestantisme français, t. XVI, p. 116.
2. Friedrich Volthausen, maréchal de la cour de Hesse et reistmeistern {Bull, de la Soc. de l'Iiist. du prot. franc., t. XVI, p. 116).
en France, en l'année 1567 \ luy est encores deu
pareille somme de 100,000 fl.
Du second voyage dud. s"" Casimir en France, en l'année 1576 ^, luy est deub cinq moys, à raison de 14,000 escuz par moys, montans à la somme de soixante et dix mille escus 70,000 esc.
Du derniervoyagefaictenFrance, en l'année 1587, est deu de pur prest aud. s"' duc la somme de six vingtz mil florins, cy 120,000 fl.
A quoy fault adjouster 11,000 florins, payez par luy au rittermeistre Valbronn, en l'acquit du duc d'Alençon. 11,000 fl.
Somme du particulier dud. s"" duc Casimir en France 435,000 fl.
Aux trois serviteurs dud.s'"ducestdeuen France:
Du premier voyage : — Au s"" colonel Schregel 500 fl.
Du premier voyage : — Au commissaire général de l'armée dud. voyage 1576 est deu 2,000 esc.
Du dernier voyage de 1587 est deu au baron de Dhona quatrevingtz sept mil cinq cens escuz pour luy et les deux susd., couchez en son estât 87,500 esc.
Et aud. s"" colonel Schregel à part est deu 7,700 esc.
Somme : 97,500 esc.
Aux gens de guerre dud. s"" duc Casimir est deu, en France :
Dud. voyage de 1576 e.-;t deu sept cens mil escuz, défalqué ce que dessus du particulier dud. s"" duc et de ses trois serviteurs 700,000 esc.
Du voyage du duc de Deux Pontz, comprins et asseuré en la capitulation de lad. année 1576, leur est deu pareille somme de 700,000 esc.
Et du voyage de 1587 est deu ausd. gens de guerre pareille somme de sept cens mil escuz, cy 700,000 esc.
Somme : Deux millions d'or et cent mil escuz 2,100,000 esc.
Somme toute de ce qui peult estre deu en France : 2,450,000 esc.
Asseurez sur hypothèques assizes en Flandres par capitulations et ratifications.
Et en Flandres est deu aud. s»" duc Casimir : Par le prince d'Orenge, aud. feu s"" Électeur son père, cent mil talers 100,000 tal.
1. Voyez t. I, p. 250, note. — 2. Yoyez t. I, p. 362 et suiv.
Du voyage faict en Flandres, par led. s"" duc Casimir, en l'année 1578 ^, luy est deu d'argent preste et advancé deux cens cinquante mil florins, sans ses Estatz, cy 250,000 fl.
Somme pour led. s"" duc Casimir : 370,000 fl.
A ses trois serviteurs est deu en Flandres :
Aud. s' baron est deu quinze mil florins 15,000 fl.
Aud. colonel Schregel douze mil florins, cy 12,000 fl.
Aud. S'" commissaire général, tant pour luy que pour le colonel du régiment françoys, quatre vingtz mil florins ' 80,000 fl.
Somme pour lesd. serviteurs en Flandres : 107,000 fl.
Aux gens de guerre dud. s"" duc Casimir, pour le voyage faict en Flandres, en lad. année 1578 :
Est deu par descompte dix neuf cens mil florins, et, osté la somme précédente, reste deu dix sept cens quatre vingtz treize mil florins 1,793,000 fl.
Somme toute deu en Flandres : Deux millions deux cent soixante et dix mil florins, cy 2,270,000 fl.
Pour lesquelles susd. clebtes doibt estre traicté, en ce qui touche led. s' duc Casimir et ses trois serviteurs, purement et simplement, sans aulcune condition. Et pour lesd. gens de guerre, moyennant quelque condition honorable, en leur advancement, pour armer et faire service, tant soubz le nom de l'Empire que de leurs payemens et en effect, au bien et contentement de ceux qui feront l'advance et asseureront led. payement.
Ayant dressé lesd. lectres et mémoires, je les portay aud. s' duc Casimir en son cabinet, où, estans seulz, il leut lesd. lectres et les signa. Et, quant au mémoyre il le voulut lire et y bien penser et examiner ung peu les sommes, me confessant, après l'avoir leu, que c'estoit son intention. Sur quoy je luy répétay l'advis que je luy a\ois donné du baron de Dliona, affin de le haster de retourner ; qu'aultrement plus je pensois à cet affaire-là, de la plus grande importance qu'il en