C'est-à-dire suivant le calendrier grégorien
France, plaine d'ung commencement de grandz troubles, affin que là-dessus on se haste de pourvoir chacun à ses affaires. Si tost que j'en receu ceste response, j'escripvy aud. s'^ duc Casimir et aud. s' Schregel, et envoyay coppie desd. advis.
^lon pacquet ne trouva led. Schregel à Heydelberg, d'où il estoit party pour Darmstadt, où on luy envoya et d'où il m'escripvit qu'il avoit envoyé de là les lectres de S. A., avec les nouvelles aud. s"" duc Casimir, et qu'il avoit escript au secrétaire Henry, pour faire expédier la response promptement, ne pouvant partir de là de trois ou quatre jours. En quoy led. Schregel feist deux faultes, contre l'advis exprès que je luy avois donné, de s'estre esloigné dud. s"^ duc et d'avoir faict congnoistre quelque chose de nostre affaire au secrétaire Henry. Desquelles faultes je vei l'effect en la response que feist led. s"^ duc, de sa propre main, s'estendant sur les termes de l'amitié et bons offices d'icelle et en asseurant si amplement et d'empescher qu'aulcun domage ne tombast sur Testât de S. A., de ce costé-là, qu'il luy sembloit que ceste bonne affection estant indubitable et réciproque entr'eux, il n'estoit pas besoing d'en traicter plus amplement. C'estoit la substance de sa lectre du 30® may, vieil style •. Sur quoy j'en subject de doubter qu'en l'absence dud. Schregel led. s' duc en eut comnicqué aud. Henry ; ou bien que ce prince qui estoit, de son naturel, si mal pourveu de résolution et de discours es affaires, s'il n'estoit aydé de quelque serviteur, dont il estoit lors fort despour-
1. C'est-à-dire suivant le calendrier julien. Le 30 mai répond au 9 juin du calendrier grégorien. Les Allemands protestants n'avaient pas accepté la réforme. Voyez sur ce point V Introduction.
veu, que craignant de faillir pour se résouldre à la conférence requise, il print le contrepoinct, au lieu qu'il eust peu dire seulement que, n'ayant lors personne près de luy preste pour y employer, il remectroit cela à une aultre fois et adviseroit cependant, s'il seroit bon de commnicquer plus particulièrement, sans le prendre si court. Et si Schregel y eust esté, sa présence l'eust faict mieux résouldre. Voilà que c'est de n'estre pas roide es résolutions ! Il estoit si friand de voyages qu'on ne luy pouvoit faire plus de plaisir que de luy donner quelque commission d'estat, qu'il oublia l'advis que je luy avois donné et feist grand tort à l'affaire. Led. s' duc m'escripvit par mesme moyem, de sa propre main, m'asseurant d'avoir receu et ouvert mon pacquet, en l'absence dud. Schregel, et avoir faict response à S. A., qu'il m'envoyoit, me chargeant de l'envoyer par homme exprès et bien seur. Et sa lectre estoit de mesme date, du 30® may \ 589. Gela ne feust pas advenu si le baron de Dhona eust esté arrivé près dud. s"" duc. Sur laquelle résolution dud. s' duc et les lectres dud. s'' d'Haussonville , qui m'appelloient en quelque sorte que ce feust, voyant par les advis la guerre s'alumer partout et que je pourrois perdre quelque seureté pour passer en France, je me résolu d'estre le porteur de ceste response dud. s' duc et de mener ma femme à Nancy, pour nous tenir prestz à partir, avec la première seureté.
Et en ayant escript à S. A. et aud. s"" Schregel, je m'acheminay avec ma femme vers Bitch, où je trouvay led. s"^ d'Haussonville m'attendant. Avec lequel ayans souppé au chasteau, chez le s' de Benstein, gouverneur d'icelluy, je luy fei entendre, après soupper, toutes
choses et ce qui avoit esté cause que led. s"^ duc n'avoit embrassé la communication; qui estoit l'arrivée de quelques embassadeurs de France, qui le repaissoient de nouvelles espérances, ausquelles il craignoit de faire tort, s'il se descouvroit si avant que d'entrer en communication, résolu cependant d'entretenir avec S. A. une amitié inviolable et telle qu'il se peult asseurer que, du costé d'Alemaigne où il aura pouvoir, il ne recepvra poinct de dommage; comme il a faict en l'assemblée de Worms, et disposera tellement tous les princes et estatz de ceste frontière qu'ilz feront paroistre, au besoing, qu'ils ont intérest notable en sa conservation ; que ce qu'il escoute ce qui luy vient de France n'est pas qu'il y prene goust ou en face estât, car il congnoist bien à qui il a affaire, mays c'est pour apprendre et empescher le mal, et, s'il le ne peult faire par ce moyem-là, y pourvoir par aultre bon et conforme à leur amitié; que cependant j'ay charge de les advertir qu'on prépare une levée de dix ou douze mil hommes de pied et de cheval pour contrepeser la levée des reistres et landsquenetz, qui se faict pour mons"^ de Mayenne, dont il empeschera que mal n'arrive à l'estat de S. A., qui cependant doibt donner ordre à sa défense; car c'est à luy qu'on en veult le plus, conseillant quant à moy à S. A. de s'accommoder pour ceste levée à l'humeur de ce prince-là et n'oublier rien de ce qui deppend de luy-mesme. Et ayant surtout discouru tout le soir bien amplement, nous partismes le lendemain matin. Et feusmes trois jours depuis lors jusques à Nancy, oîi ayant présenté les lectres dud. s"^ duc à S. A., qui l'asseuroient comme dessus, je luy donnay pareil advertissement ;
sur lequel il remist à adviser, m'asseurant cependant de ce qu'il m'avoit promis pour mon particulier, et qu'en attendant la seureté du voyage, je me reposasse en sa ville de Nancy, comme je fei, y ayant prins logis. Et peu après, comme les affaires s'aigrissoient en France dadvantage , par les advertissemens qu'on en avoit de jour à aultre, ilz furent d'advis de me renvoyer vers led. s"^ duc, pour tascher à le faire passer oultre et asseurer tousjours leurs affaires contre les levées nouvelles, qui commençoient à se négotier, tendans aux fins préparées d'asseurer toute la frontière de telles foules.
Et à cet effect S. A. escripvit, du 9' juing, remectant toutesfois la communication à la discrétion dud. s"" duc Casimir. Avec ceste dépesche je m'en allay droict à Speire, où, si tost que je fuz arrivé, j'escripvy aud. Schregel qu'ayant conduit ma femme à Nancy, pour y attendre la commodité de passer oultre, j'avois apprins beaucoup d'advis et de dispositions qui méritoient d'en advertir led. s'duc, puisque j'avois encores du loisir, et qu'en ce faisant on m'avoit donné response aux lectres que j'avoys porté moy-mesmes, affin qu'il en advertist led. s"^ duc et qu'il luy pleust l'envoyer vers moy aud. Speire. Led. Schregel ayant receu ma lectre m'advertit que led. s' duc n'estoit à Heydelberg et qu'il luy envoyoit mes lectres par son lacquais, qu'il faisoit passer à Speire, à cause des grandes eaues, me conseillant d'escripre ung mot aud. s'" duc par ceste commodité. Ce que je fei de l'occasion de mon voyage vers luy, comme dessus, afifîn d'envoyer led. Schregel vers moy.
Et led. s"^ duc me feist response de sa main, du
1 5^ juing (vieil style) , désirant que le lendemain j'allasse le trouver à la Rochehutten, où il faisoit bastir, sur les huict heures, affîn de discourir ensemble de toutes choses. A quoy j'obéï. Et le trouvay jà arrivé aud. lieu. Et fuz marry de voir avec luy led. secrétaire Henry, qui estoit homme de bien, mays n'estoit pas capable de cet affaire. Et creu lors asseurément que Schregel ou led. s*" duc luy en avoient donné congnoissance. Le commencement de mon discours fut, après avoir présenté les lectres de S. A. aud. s"" duc , qu'il leut et en feut fort joyeux , que j'avoys moy-mesmes esté le porteur des siennes, pour conduire ma femme seurement à Nancy, par le moyem de la seureté du s' de Haussonville, qui s'estoit acheminé jusques à Bitch, estimant que led. s"" duc se résouldroit d'envoyer de sa part comnicquer; et que j'avois, à la présentation de ses lectres, congneu qu'on doubtoit en Lorraine les Suisses, reistres et landzquenetz qui menaçoient d'y passer par force; pour quoy empescher et conserver ses subjectz de toute violence S. A. se préparoit, quand je l'asseuray que led. s"" duc y avoit donné si bon ordre qu'ilz avoient tous pris le chemin de Bourgongne, et que le colonel Créange*, qui estoit arrivé tard , avoit par son advis pris le chemin delà le Rhin pour suivre les aultres, sans aprocher de la Lorraine; dont S. A. le remercioit très affectueusement; qu'en récompense S. A. se préparant pour se conserver actendoit des forces de plusieurs endroicts, mesmes des Pais-Bas, qui vouloient prendre le plus court, pour venir vers luy, et passer