‹ Mémoires (inédits)Chapitre 18 sur 27 · C.-O. Barbarolx · texte numérisé non relu

C.-O. Barbarolx

KCLÂIIICISSEMENS HfS 1 OIUOUES

ET IMKCIIS ()ITICII:LLES.

Noie (A) , pa£^e xxv.

Charles Rarbatvux , de Maiseille ^ député par le département des Tioitches-du-Rhône à la Coiwention nationale , aux citoyens de Marseille.

Marseillais,

Au nùllcii lies nouvelles pcrseciitious dont je m'honore d être la viclinie , je n'ai pu icponilre aux ténioignages d'cslinie que vous m'avez donnes. Ma réponse est dans mes actions : c'est en comhattant la nouvelle tyrannie qui s'est élevée dansPariî; c'est en ^><>rtant , dans les départemens oii j'ai pu pénétrer, la statue brisée de la liberté ; c'est en ralliant les Français autour d'elle pour la relever ; c'est en la couvrant de mon corps , et en mourant pour elle , que je suis , que je serai digne de vous.

Hélas! elles se sont accomplies toutes mes fatales prédictions. Nous sommes livrés aux puissances étrangères par les hommes que j'ai constamment dénoncés , et qui m'ont aussi constamment persécuté. Il existe à Paris un Comité formé par Galonné , et compose d'étrangers. C'est lui qui , coalisé avec les dictateurs de Paris et ses infidèles magistrats, connnande ou apaise les révoltes contre la représentation nationale ; dirige les bureaux de la guerre et de la marine ; dévi>re nos finances ; anéantit, par l'agiotage , le crédit public ; détruit , par des mesures scélérates , la masse de nos subsistances ; spécule enfin sur les fournitures de nos années , et les laisse constamment manquer de tou» , tandis que nous dépensons

100 r.CLAinCISSEMfi.NS I1IS'1(J/{1(^)IES

pour la g lien c fxijOOOjOOo j>,u mois. |j'(îxisl(:n(:f(lcc(:(><)iMilt:(l«.'.- |jiii-, sauces étrangères au miii(Mi(Je Paris n'est plus un prohièiriP. Ton-, les indiviflns (jiii \v. composent sorit connus . l'un flenx , je ( (»iiilr; (î(^ Gusnian , Jvspaj^noi , dislrihuait des assignats de cinq livres auv soldats qui assiégeaient la Convention nationale le 2 juin , en présence même des rcp:é>enlans du pi.'Uplc , icpoussés par les haïonnettes du commandant Ilenriot , et par les boulets qu'on unigissaitsiula place de la Révolution, l'roli , fils naturel du prince de Kaunitz , ministre de l'empereur: Baron , intime ami de Galonné ; Desficux , jadis vendu au tyran , ainsi qu'il résulte des pièces trouvées aux Tuileries dans Tarmoire de lei ; I^oys , dont le frère opéra la révolution d'Arles ; Ilassenfratz, premier commis de Pache, pendant son exécrable ministère ; Pio , jadis secrétaire d'un ambassadeur de Naples à la cour de France : tels sont les autres membres de ce Comité; et voilà les hommes qui, avec Marat , Danton , Robespierre et Lacroix, trahissent et dévorent la lépubîique.

Eh! faut-il d'autres preuves de la coalition de Paris avec les puissances étrangères , que les événcmens delà Vendée? D'abord on nous cache les forces des rebelles ; quelques bataillons devaient les détruire : on nous fait porter une loi de mort, non-seulement contre les chefs des révoltés, ce qui était juste, mais contre les paysans égarés par eux , et de cette manière on les pousse au désespoir. On envoie contre eux des bataillons de nouvelle levée , que les rebelles désarment et renvoient, comme celui d £ure-et-- Loire , qu'on avait dit écharpé, et qui est retourné presque tout entier dans son département. On retire de l'armée du nord, déjà trop affaiblie par la trahison de Dumouriez , douze mille hommes, qui sont pris six hommes par compagnies , et qui , par conséquent, forment des bataillons désorganisés et sans force. Ou place de vieux soldats couverts de haillons à côté de troupes nouvellement habillées, pour exciter entre eux de funestes divisions. Eh ! qui les commande? c'est Bnon ; Birou , la créatme, l'ami de Philippe, chargé de réprimer une révolte excitée par l'or de Philippe. Qui les commande? C'est wSauterre , le même qui abandonna les Marseillais dans la journée du 10 août, et alla se faire reconnaître commandant à la Ville, au lieu de se battre au Carrousel ; Santerre qui vient de livrer aux rebelles Saumur , sa citadelle , et quatre-

i:r i»ii:(:ks officielles. ku

\ iii^ls pièces de cain>u. Va quels sont les agciis ilu Conseil exéciifir <iivt»v('s pour diriger l'action des années contre ces rebelles? »; Csl un ucuiMUti l'\'urliiier,(ju'uu capilained'iidanleriea fiitariètei* aux Sables, en luiilisant: u Mallieiueuv, le lo août lu m'as ollert, aux Tuileries, unecocard»; blanche et un poignard. » El Feiutliier a (k- mis en liberté par l'ordre d»j deu\ autres connnissaires !

(l'est un autre scélérat, arrêté à Nantes, et sur lequel on a trouvé un p;isse-port pour pénétrer ilans l'armée des rebelles, et un cachet aux armesde 1 »'m[)ire ,pour leurtaire passer sa criminelhî correspondance.

(Combien d aulics laits je pourrais vous citer ! mais pourqui donc les trahisons des dominateurs de Paris sont-elles encore un doute? pour (jui leuis calomnies envers nous ne sont-elles pas usées? Accapaieurs de toutes les places, ptmr eux ou poui leurs parens , ils nous appelaient inlrigans, nous qui avions fait décréter que les représentansilu peuple seraient exclus de toutes les places pendant six ans! Gorgés d'or, et dans leurs superbes voitures, ils nous accusaient de corruption , nous qui vivions du pain des pauvres, et parcouiions Ie> rues en vrais apôtres de la liberté! Fabre d'E glantine, dont le frère, vendeur d'oi'viétan à Commerci , est aujourd'hui colonel à Commerci; Fabre d Eglantine avouaità Marat, dans le Comité de salut public , 12,000 livres de rente, acquises dans une seule année ; et Brissot restait trente-six lieures à Paris , sous le couteau des assassins , faute d'argent pour son voyage. Diiulou se mariait et constituait à sa femme \ ,4oo,ooo livrcsde dot, 1(^ même jour oîi je recevais , poiu- sortir de Paris , un secours d'argont au nom de Marseille, et do. la main de ses commissaires. Marseillais , voudriez-vous courber votre tète sous la verge de ces vils dominateurs* César, (^romvNcl lurent des tyrans exécrables; mais ceux-là sont mille fois plus exécrables encore , qui n'ont d'.iuties victoires à citer que les assassinats du 2 septembie , d'autres trophées que les dépouilles des malheureux Belges , et d autres titres à la reconnaissanc<^ des peuples que des crimes, et puis encore des crimes.

Savez- vous quel est le but de ces trames dirigées de l'Angleterre par Pitt? C'est de diviser la France en deux portions : d'établir au Nord une monarchie, sur les cadavres des Normands et des Ibe-

102 i:CLAIRClSSE5IE?iS IIISTOHIQUES

tons, cl de laisser le Mi<li s<; constituer un :iulrc ^ouvcrneincnl , qui sans cesse aurait à comhattn; le; gouvoi nen»cnt du Nord. Ainsi , la France niorccl(ic cesserait de [)cser dans la l>alancc de ilùirope , et nos richesses passeraient, avec notre commerce , dans les mains des Anglais. Voyez avec quelle perfidie ils suivent ce système! Déjà, depuis Machecoul jusqu'à la Sarthe,les rebelles, favorisés par les traîtres, occupent les rives de la Loire; et, s'il faut en croire les menaces des agens du Conseil exécutif, Nantes sera punie d'avoir repoussé la doctrine de Marat; et, en cfTcl, les rebelles l'assiègent. Tours, Blois, Orléans , Paris forment la conti- Tiuation de cette barrière que les dicUiteurs élèvent entre le Nord et le Midi. Ces villes sont maralisées, c'est-à-dire , que la terreur , la corruption et les proconsuls y ont comprimé le ressort des amcs honnêtes, et brisé le frein des âmes scélérates. Enfin, depuis Paris jusqu'à la frontière du Nord , tout a été disposé pour livrer notre sol aux ennemis. Heureusement Custine commande sur cette

frontière Ils espéraient donc, les dictateurs de Paris, que les

hommes du Nord et du Midi verraient tranquillement s'élever entre eux une barrière de séparation ! Encore un moment , et la barrière sera renversée Français , levez-vous, et marchez à Paris.

Marchez à Paris , non pour combattre les Parisiens qui vous tendent les bras, mais pour fraterniser avec eux, mais pour les délivrer de l'oppression de leurs tyrans , mais pour jurer avec eux , avec les hommes du Nord, l'unité et l'indivisibilité de la République. Bretons , Marseillais , vous avez, le lo août, sur la place du Carrousel, vaincu la tyrannie des rois y c'est là que le rendez-vous est donné pour vaincre encore la tyrannie des dictateurs.

^iarchezà Paris, non pour dissoudre la Convention nationale, mais pour la réunir, mais pour assurer sa liberté, mais pour la rendre respectable comme le peuple qu'elle représente , jusqu'au moment oii les assemblées primaires auront no!nmé des successeurs aux représentans du peuple.

Marchez à Paris, non pour soustraire les députés proscrits au glaive de la loi; mais pour exiger au contraire qu'ils soient jugés par un tribunal national; mais paur faire juger aussi tous les représentans du peuple , tous les ministres , tous les administrateurs de Paris. Il faut que tous les hommes dont la fortune s'est accrue

ET PIKCES OFFICIKLI.F.S. 103

«liins leurs loiictioiis publiques, rcstituciit ce qu'ils ont volé. Il f.iul que les assassins soient punis el les ilictateurs prccipiles de l.i roche tai pcïrnne.

Pardon pour les hommes égaix'S : justice pour les brigands, Marseillais , je ne vous dis pas de voler au secours de vos frères (lu !Nord : déjà vous êtes en marche. La racine du mal est à Paris. <^)nand le coniilé des puissances étrangères sera détruit, et la représentation nationale vengée des attentats d'un conseil-général contre-révolutionnaire, les maux de la patrie Uniront , parce que les traîtres n'existeront plus. Voyez les gouffres qu'ils ont ouverts , les honnnes et les choses ([ti'ils ont dévorés. Ils demandent vengeance , le sang de nos l'rèies sacrifiés par leur trahison , et notre marine ruinée , nos vaisseaux enlevés , et nos finances dilapidées : Marseillais, le rendez-vous est à Paris.

On m'accusera de vouloir vous soulever ' Oui , je vous soulève , <'l je soulèverai la France entière contre les brigands. Uappelczvous les jours niémorahles de notre première insurrection en 1781) , quatre mois avant la prise de la Bastille. Tel je fus alors, tel vous nu; verrez encore au poste d honneur. Décrets d'accusation , poignards, éch'fauds , je braverai tout. Deux scnlimcns seuls embrasent et consument mon ame : c'est raiiuuu' de la liberté, et la

haine de la tyrannie J'y joins un sentiment plus doux, c'est la

reconnaissance. Je vous la dois, parce que vous m'avez mis au poste du péi il. Je la dois aux habitans de Caen , parce qu'ils m'ont reçu sur leiu' terre hospitalière, et qu'ils servent bien la patrie. Marseillais , sauvez-la , et que celui-là périsse , maudit du ciel , avec l«)ute sa race , qui parlera , écrira , j^rnscra contre la république une et indivisible.

Caen, le iS juin l'ijTï, lan II' <lcla répr.blicpie , uncM^t indl\ i sible.

Signé ÎJARUAUorx , de .Marseille, député par !«• déparicmen» des liouches-du-Uhùne à la Convention nationale, expulsé, par la force, du poste oîi lavai" placé la volonté du peuple.

i()4 i^(:i.aij{(:issk>ij;ns msioiu^i i..>)

Note (H) , page ?,?..

Li: (Idsaiinemeiit du rëgimciit d'Ernest fut, comme le rciuarquf; Caibaroux, un cvcincmciit iinporlaul; peu d'olRcicrs supérieurs se sont trouves dans des circonstances aussi difficiles que M. de Barbantnne. On le })laina dans le premier moment , avant fie connaître les faits et l'clat d'exaltation des lial»itans du Midi : on lui retira son commandement, on annonça rintention de le traduire devant nn conseil de guerre. Les pièces qu'on va lire prouvent à quel point un exarncn plus approfondi des choses lui fut favorable : non-seulcincnt le conseil de guerre q;;i devait l'entendre ne fut point convoqué, mais encore le général rentra bientôt dans son commandement.

Dumouriez, dans ses Mémoires , paraît inculper la conduite du général Barbantane. Dumouriez ne se rappelait plus alors qu il avait lui-même, ainsi qu'on va le voir, aidé, par une lettre sigcée de lui, à sa justification. Cette justification devint inutile ; mais M. de Barbantane , qui se préparait avec confiance à paraître devant un conseil de guerre, prépara , pour sa défense , un Mémoire que nous joignons aux pièces. Ce Mémoire , qui est écrit d'ailleurs avec la simplicité qui sied à un militaire, mais qu'animent des opinions très-prononcées , a de l'intérêt parce qu'il fait connaître l'esprit de la population provençale à cette époque.

Lettre du ministre de la guerre , Degraves , à M. de Barbantane. — Bureau de la correspondance générale.

a Paris . le 3 avril i~92, l'an IV de la liberté.

» J'ai sous les yeux , Monsieur, la lettre que vous aviez écrite , le 1 6 du mois dernier, à M. de Narbonne , à l'occasion de Tordre du roi qui vous suspend de vos fonctions d'officier-général. Vous en serez moins affecté lorsque vous saurez que Sa Majesté n'avait point pris cette détermination d'après l'opinion oii elle était que votre conduite fût répréhensible , mais seulement parce que des considérations politiques exigeaient cette mesure vis-à-vis des cantons suisses. Le régiment d'Ernest avait mis bas les armes , l'honneur du corps helvétique demandait dès-lors qu'il fût prouvé qu'un pareil effort de subordination était un sacrifice fait pour sauver la vie à des milliers de citoyens , et que la crainte d'un danger personnel

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