‹ Mémoires (inédits)Chapitre 24 sur 27 · ET PIECES OFFICIELLES · texte numérisé non relu

ET PIECES OFFICIELLES

5f)us le non» de cuiistitution , avait lahiiqur «les litres an despotisme , iiiaich.i sur les traces de ses indignes prédécesseurs. L'ami du peuple dévoila sans ménagemcnl la periidie et les forfaits de ces législateurs crimmols. L'inlàmc Brissol , ce Monk moderne, ce cliei atiocc de la faction qui dernièrement a mis la répuhlicjue à deux doigts de sa perte , malgré sa profonde hypocrisie , ne trompa point l;i vigilance de Maral. Aucune manœuvre liberticidc n'échappa aux regards péncitrans de celle active sentinelle.

Appelé à la (!onventlon par les suilVages des braves Parisicfis , Maral y condiattil en vigouieux athlète la coup.dile liiction dont il dévoilait depuis long-temps les odieux projets. Jl foudroya l'exécrable Uumouri<'Z ,. comme il avait foudro\é La Fayette ; et ce prétendu sauveur de la France , tant proné par la faction , fit la même fin que le soi - disant héros des Deux - .Mondes. Dumouiiez émigra , ses complices restèrent dans le sein de la Convention. Du sommet de la Montagne Marat indiqua ces députés conspirateurs, <'t prédit au marais que dans peu il serait desséché et comblé. Les journées mémorables des 5i mai , i" et 2 juin vérifièrent sa prophétie. Les mâles écrits de Marat inlluèreut beaucoup sur les grands niouveinens du peuple , et personne ne lui contesta la gloire tl avoir eu une pari marquée aux événemcns les plus fameux de la révolution. Tant que \cs époques glorieuses des 1^ juillet, 5 et 6 octobre 1789, loaoïit, 21 .septembre 1790, 21 janvier, i*"' mai et jours suivans 1790 , seront en vénération chez les Français , ou chérira, on honorera la mémoire de ce véritable ami du peuple.

Marat fut vraiment un homme étonnant; l'antiquité n'enoft'ie point de celle trempe. Tel fut son bridant amour pour la patrie, «prou a dit de lui : « Qu'il avait la lièvre du patriotisme. » Telles furent sa sagacité et sa prévoyance, qu'il devina les coups les plus machiavéliques , et déjoua les complots les plus artistemenl ourdis. Semblable à cette prétendue étoile miraculeuse qui précédait les Mages en Palestine , .Marat était toujours en avant de l'esprit public et semblait éclairer la marche de ses braves compagnons d armes , île ces illustres jacobins , l'effroi de tous les tvrans. Telle a été la sagesse de sa politique, qu'on est obligé d'adopter les mesures de rigueur qu'il n'a cessé de proposer. Pourlemal- Iieur de la patrie , le prophète Marat n'eut qM<- trop souvent le >orl

j30 KCLAlHClSSIiMK.NS IIIS'J OHIQLES

«le Cassandrc. On li.ilt tle ses oracles patriotiques , et ses iiilentious toujours pures lurent sans cesse dénigrées par les lihellisles lie l'aristocratie , et plusieurs lois calomniées par les écrivains ordinaires cpii n'avaient point le secael de lire dans l'avenir, (^e <\mi a fait dire à Marat : « Ou il était cruel d'avoir raison dix-liuit w mois d'avance. »

Un orateur patriote a comparé Marat au fils de Marie. Celle comparaison est ju^to sons plus d'un rapport. Comme Jésus, Malat aima ardemment le peuple , et n'aima que lui. Comme Jésus, JMaral détcsîa les rois , las nobles , les prêtres, les riches, les fiipons. ComnîC Jésus , il ne cessa de combattre ces pestes de la société ; et comme Jésus , il mena une vie pauvre et frugale ; après la mort de l'ami du peuple , son honoiable indigence fut constatée à la grande confusion des vils calomniateurs qui, pendant tout le t:oursde la révolution, l'avaient peint comme l'agent elle mercenaire de tous les ennemis de la liberté. Un assignat de vingt-cinq sous faisait tout V avoir de ce législateur désintéressé dont la république a payé les funérailles. Comme Jésus, Marat fut extrêmement sensible et humain ; il avait 1 aine sublime de Piousscau. Il portait dans son cœur tous les infortunés , et l'on sait que la femme abominable qui l'assassina ne parvint à s'approcher de son bain qu'en feignant d'être malheureuse et persécutée.

Marat ', api es avoii' vécu comme Jésus, fût mort comme lui sur l'échafaud , oîi, comme Socrate , il eût bu la cigué , si le peuple français eût été aussi vil ^ aussi brut que le peuple Israélite, ou si le tribunal révolutionnaire eût été aussi mal composé que l'aréopage , et qu'il eût sacrifié la justice et l'innocence au ressentiment des factieux. Mais si le glaive de la loi respecta les jours de cet homme vertueux, la fin de sa carrière ne fut pas plus heureuse que celle du républicain de la Judée ou du sage de la Grèce, Un jnonstre, sous la figure d'une femme, arme son bras parricide en faveur des conjurés, et devient le lâche instrument qu'emploie la faction pour poignarder l'énergique patriote dont elle n'a pu proscrire la tête ni tromper la vigilance. L'ami du peuple est assassiné

et meurt martyr de sa vertu et de son patriotisme Citoyens,

c'est à nous , c'est à tous les vrais républicains qu'est réservé le £oiîi de le venger. Que le sang des traîtres , des rebelles et des esclaves coule à grands flots et apaise les mânes de ce grand homme. Oui ,

i:r iMi'CKS oi I iciKi ii;s. i3i

-Maial, et loi , L('|u'IIclirr, vous tous ^eiiifrcux saiis-culollcs ([iii uvcz versé volrc sang pour l.i tlcrcnso de la lil)erl»f, vous serez veiigi^s.

fiapportfait à l\îssc/nhlce nationale par le commandant de garde au /xf.sfu des apparte/ncns du traître Louis Xf'I, depuis le jeudi 9 jusqu Iht \endredi 10 ; contenant les détails du rassemble/nent des e/tei'aliers' du poignard , la conduite (qu'ils ont tenue pendant la nuit, le coml^ati/u'ils ont voulu livrer dans le cabinttet en présence lie ce pei/ide\et rinjidélité de ses assassins Suisses

Législateurs ,

.1 ai cru (|u'il était du devoir iluu citoyen Idjie de dévoiler à la l'rauce entière , dans le sein de l'au^^usle sénat de ses représcntans , toutes les ti*anies iiilernaies du complot et du massacre qui a eu lieu au cliàteiu îles Tuileries oii j ;ii connnandé le premier poste.

.le vais vous reiulre un coujpte lidèlc de tous les faits qui sont venus à ma connaissance , dans cette malheureuse ailaire , depuis le jeudi matin jusqu'au vendredi, époque mémorable oli les Français ont encore une fois reconquis leur liberté. J'entrerai dans les ]>lus petits détads, parce que le poste que je commandais était just'Muent celui oii la scène devait se passer.

Le jeudi malin, j'appris que des particuliers avaient été chez (les fourreurs pour y louer des bonnets de grenadiers , offrant de tléposer le montant desdits bonnets , parce que , dirent-ils , ils n'en avaient besoin que pour un jour , leur dessein étant de renforcer la t;arde du roi , qui ne pouvait cire trop forte dans la circonstance oii le château se trouvait menacé.

Ce tlétail devint pour moi un avis , et j'en profitai.

Rendu au chef-lieu du rassemblcuient ôc la légion , et lorsque nous fûmes en bataille , j'instruisis tous les ofliciers, qui , comme moi , devaient commander les dillérens postes , de ce (pie je venais d'apprendie.

Les poiles entre les ofliciers furent tirés au sort, connue il est d'usage, et h' hasaul me donna celui des appartemens du roi. Lorsque j eneus pris possession , je donnai la consigne de ne laisser sortir personne , et je lis faiic une liste exacte , d après laquelle je fis ranger messieurs les volontaires pour en faire l'appel nominal, en les prévenant que je renouvellerais fréquemment ce même appel ,

^'W KClLAIKCrsSKMKNS IIIS TOHK^L'KS

cl uiif:, si quclqii un d'eux y ni.'iiif|ii;iit, jr rapf)oitilcniiH d Une ln-urrr tir j)lus (le faction.

Peu tic temj)S après que j'eus pris possession de mon poste, je reçus un ordre de la parlde I étal-major, qui portait que, s'il se présentait à la porte tle rentrée des appartemens du roi un homme en garde national, soi-disant pour renforcer ou compléter le poste, ayant la taille de cinq pieds un pouce , la figure basannée , le vitage plat , le nez court et écrasé , les yeux brims , cheveux et sourcils noirs , que je le fisse arrêter , parce que. son projet élait d'assassiner le roi. Un second ordre me fut encore apporté de la part de Tétat-major que, s'il se présentait pareillement à la porte des appartemens du roi une députation ou détachement en armes ou sans armes, qui soi-disant devait être envoyée pour parler au roi , de la part ties Marseillais , que je m'opposasse à son entrée, et que j'en avertisse l'élat-major qui, conjointement avec le roi, verrait à décider sur la demande de cette députation , 'parce que , dans ce détachement ou députation , devait se trouver le même particulier ci-dessus désigné. Je transmis sur-le-champ cet ordre à mes sentinelles ; mais aucun de ces déguisés ne se sont présentés.

A quatre heures après-midi, Ton rapporta à 1 état-major que les Marseillais se rassemblaient au faubourg Saint-Antoine pour venir danslanuitassiéger le château; qu'ils devaientvenir au nombre de 5,000; qu'à onze heures l'on devait sonnerie tocsin et battre la générale , et que de minuit à deux heures , l'attaque devait avoir lieu; que leur projet était de ne faire grâce à personne, et que tout garde national, qui serait pris les armes à la main, serait taillé en pièces.

Le maire et plusieurs membres de la municipalité vinrent , à différentes fois dans la soirée, chez le roi. Le maire rassura le roi en lui disant que les prétendus rassemblemens n'étaient que peu conséquens, et fut mandé à l'Assemblée nationale. Dans cet intervalle, il vint également différens oflSciefs du département. A onze heures , un officier de la gendarmerie dit venir de la Bastille et avoir vu le rassemblement, qui pouvait être de douze à quinze cents personnes. Alors la crainte parut se manifestera l'état-major qui prit la résolution d'envoyer un ordre à tous les commandans de bataillons , de rappeler sur-le-champ les citoyens dans leur arrondissement, afin qu'ils réunissent le plus de volon-

KT PIKCKS f)l'H( IKI I.KS. I .il

taires possible aii\ cliels-lieiix du lasscinblciiicnt icspeclit de clincuu dc'sdits bataillons , pour t^lic pièts à marcher, au premier t)rdre qu'ils recevraient, avec leurs drapeaux t-t leurs canons. Je lus charge de l'aire passer cet ordre au sieur Vincent , commandant du huitième bataillon de la sixième légion , dans lequel je sers. D'après le départ de cet ordre, je retournai aux appartemens du roi, que j'avais peu quittes, et les trouvai considérablement remplis de différcns particuliers , à moi inconnus , partie habillés en uniformes diflérens , et le reste en habits de diftérentes couleurs. Celte fonh* d'individus me parurent dès ce moment suspects; ils s'y étaient introduits , au nioven d Une consigne (ju'i ordonnait l'entrée libre à tout porteur d'une carte bleue , portant en lettres uo\tgs : Entrée des appartemens. Comme l'heure du coucher du Roi arrivait , je crus que cette foule de coiu'tisans était venue pour y assister, et qu'après son coucher ils se retireraient ainsi que de coutume. Le; roi ne se coucha pas , et le nombre de ces mêmes courtisans , jusqu'à plus de trois heures , devenait si grand, qu'à peine on pouvait obtenir passage pour se rendie au cabinet du roi.

Vers les trois heures , plusieurs détacliemcus de diflérens ])ataillons , avec ou sans canons , étaient réunis dans les cours et le jardin du château. .\ cinq heures , j'ai évalué la force à peu près à dix milh- honuues. .\lors la certitude de l'attaque se confirmait de plus en plus. M. de la Chenaveet le commandant en second des Suisses me proposèrent , devant la porte de l'état-major , un renfort d'un détachement de Suisses , qui était de la compagnie Colonelle. Ce dernier me dit (lu il tenait infiniment à ce que les d«Mix corps n'en fissent qu'un , et qu'il me priait de donner ordre à douze Ou vingt hommes de mon poste de prendre la droite de l'escalier qui conduit de la chapelle à l'appartement du roi. Je refusai de fournil* ce détachement , ne voulant et ne devant pas allaiblir mon poste fjui n'était que de quarante-huit volontaires , et fournissait sept factionnaires. L'état-major alors m'envoya vingt hommes de diflérens postes pour v suppléer : je les plaçai à la droite de l'escalier. Les Suisses , à la tète desquels étaient leurs officiers , vinrent occuper la gauche , (]uoiqu'ils ne devaient être que sous mon commandement , attendu qu'ils étaient dans mon arrondissement ; et ce renfort m'avait été propo.sé , soi-disant pour défendre l'entrée

l.'î/j ^;:(:LAIK(:J.Si5KiVIL:^^ MJSTOI'.K^l'tS

(le mon corps de rcservc , qui ciuii dans lu salle des gardes , aiiibi «[lie de couluinc.

Le danger s'accroissant de plus en plus, il i'allait prenilie iiii [)arti décisif ; celui de la conciliation me paraissait préférahic. Oaus le même moment, on vint me dire que l étal-major faisait une pétition pour être présentée à l'Assend^lée nationale, afin d'obtenir un décret qui était d'avance mon vœu : c'était de conduire le loi et sa famille à l'Assemblée. Eu eflet', on apporte cet écrit dans la cour, j'y appose ma signature d-ms la bonne foi ou j'étais qu'il n'avait pas d'autres vues.

J'appris une demi-heure après que je n'avais pas signé ce qi;e j'avais cru , mais bien une pétition tendante à demander qu'il lût rendu un décret pour le renvoi, dans la matinée, de tous les fédérés qui sont dans la capitale, ainsi que les Marseillais et les Bretons. Ces derniers y étaient désignés comme assassins. Je fis alo;s tous mes efforts pour ravoir cette pétition , pour en effacer ma signature ; mais il n'en était plus temps , la confusion paraissait naître entre les officiers supérieurs , et il était difficile d'avoir d'eux quelques renseignemens. Il était environ cinq heures et demie. Le roi avait été conseillé c^.e faire sans doute une démarche qui me parut de la dernière inconséquence : revenant de l'état-major , j'entendis des cris de i^iue le roi , j'accourus à mon poste , et je le rencontrai au bas du grand escalier , entouré de plus de cinquante personnes , dont la plus grande partie étaient des officiers généraux et des courtisans , le surplus des grenadiers. Je remontai vite à mon poste , el demandai si l'on avait piis les armes et crié vu-c le ro'r -. mes camarades me répondirent que non , je les en félicitai. Alors par les croisées de mon poste , j'ai vu le roi passer en revue les différens détachemens des cours et du jardin , qui ont crié , au moment deson passage , vive la natiuti , et les courtisans continuaient de crier vive le roi! Toutes les lioupes , après le passage du roi, me parurent témoigner du mécontentement. A peine le roi fut-il remonté , qu'une partie des troupes et de l'artillerie qu'il avait passées en revue, se retirèrent. A cinq heures trois-quarts , il ne nous restait plus qu'environ deux mille hommes.

Il s'était introduit avec lui un quidam , porteur d'une cspingole : j'en fusaverli ; je me transportai dansles apparremcns , et le trouvai dans la chambre à coucher du roij je lui ordonnai à linstant de

r.T i>iî:cEs oFFiciLi. Li:s. 135

me suivre pom le coinluiic à rclal-iiiiijtir , «lii je Im (Icinaiidai qui il était. Il me répondit qu'il se noininait Ua^aticouit, et (^u il était du bataillon des Filles-Saint-Thomas. Ke chef de bataillon , de i;;trdc avec moi, se chargea de le l'aire reconuaît\e au bataillon <luquel il se réclamait; il lut reconnu pour en être. Peu apiès, il s'était encore introduit dans les appartemcns ou je l'ai reconnu lors de l'action.

Vers les six heures et demie, le peuple , uni aux ^Marseillais , parut, en bon ordre , se ranger en bataille sur la place du (larronsel et en face du chàleau ; je vis qu'il était temps de prendre des ordres; je fus à l'état-major : je ne pus parvenir à en recevoir de M. de la Chcnaye qiiime fit réponse (pie je le laissasse un peu tran quille , parce qu'il avait la tète fatiguée ; il me parut n'être plus à son poste, ce (jui me détermina à piendre les mesuies les plus iiages. Je remontai au mien po\n' y rasscnd)ler tous les volontaires qui s'y trouvaient, et leur fis former le eerde; alois, au milieu d'eux , je leur dis «cMessicurs, comme j(; ne conunande point des esclaves soudoyés par un despote , ma démarche au milieu de vous est pour connaître vos intentions, et vous déclarer les miennes; dans un moment oîi tout va dépendre du sort de la l'^ance , je compte. Messieurs, maintenir Ihonneur de mon poste, et ne le livrer qu'à une force supérieure à la mienne; ce sabre qui est dans mes mains ne sera jamais plongé dans le sein de ma famille, ni dans celui de mes amis ; mais je cesserais de les regarder pour tels s'ils faisaient feu sur nous, et alors je vous ordonnerais de le défendre » E^t-celà votre a vis?» Tous me dirent qu'ils obéiraient; je fis rompro le cercle.

Je retournai à l'état major , et , desrendant l escalier , je vis les offie.iers suisses verser eux-mêmes de l eau-de-vie à leurs soldats. Un oflicier-général , portant l'habit bleu brwlé en or, me dit : .«Vos volontaires doivent avoir besoiti de rafraîchisseniens; voulezvous que je vous fasse donner de l'eau-de-vie et du paiu'^» Je lui répondis qu'ils n'avaient besoin de rien , qu'au surplus je pourvoirais à leurs bcsoujs.

L'on profita de mon absence , qui ne lui que»! un moment , poin m'enlever vingt hommes de mon poste; sitôt mon letour je m en aperçus, et demandai oii ils étaient; l'on me dit qu'un ofiicicrgénëral était venu les chrrelirr J'cMifr.ii alors dans les appnlomras,

l3(i ÉCLAIKCISSEMKNS IlISTOKigUtS

cl les rcItouvMi :i la ])oit(: du cihiiict riii loi , honlatit la lian- dc.4 deux cotes. Mécontent de cette disposition sans mon aveu , je m'adressai au sieur JJoucet , adjudant, qui était à écrire dans le cabinet du roi. Je me présentai à lui pour savoir si mon poste avait été dégarni par lui : il me dit que non. Alors je lui rlis que j'allais les ramener, et ce que j'allais efl'cctuer en leur commandant de porter les armes.

Le moment était arrive ou le voile qui couvrait l'horrible complot conspiré contre nous devait être déchiré. Une voix autre que la mienne fait commandement : Par le flanc droite, à droite; par fde à gauche, marche. Alors , à ce dernier commandement, cette foule de courtisans , au nombre de six à huit cents , déployèrent chacun leurs armes : les uns des espingoles , d'autres des poignards, des sabres courts , des pistolets , des couteaux-de-chasse , des pelles , des flambeaux , etc. , et je reconnus parmi eux celui que j'avais remis entre les mains du commandant de bataillon. A leur tête, sur trois de hauteur , marchait un petit homme basanné , figure pâle et plate , la boutonnière bigarée de deux croix , dont l'une est celle de St. -Louis, et que j'ai reconnu pour être le commandant en second des gardes du roi ; ils défilèrentau milieu des volontaires que j'allais ramener , et allèrent se ranger en ordre de bataille dans le cabinet du roi. Mon premier mouvement fut de tirer mon sabre ; mais, réfléchissant que je n'avais que vingt hommes avec moi , je restai dans l'intention d'exécuter mon projet sitôt qu'il se serait réuni quelques forces à moi.

Dans cet instant le roi fut mandé , par un soi-disant décret , à l'Assemblée nationale ; comme il était de mon devoir de l'y accompagner, je disposai les troupes qui devaient protéger son passage , et une petite partie de ces mêmes chevaliers s'y prêtèrent. J'ordonnai aux Suisses qui étaient sous mon commandement de faire l 'avant-garde; un détachement du bataillon des Filles-St. -Thomas se trouvant sur le passage , je lui ordonnai de faire l'arrière-garde. Nous marchâmes dans cet ordie jusqu'à environ cinquante pas de la terrasse sur laquelle l'affluence du peuple témoignait son juste mécontentement. Craignant qu'il n'opposât de la résistance au passage du roi , je lui dis : Sire , le peuple me paraît agité , et je crois qu'il serait prudent de le prendre par la voie de la douceur ^ M. Roederer fut de mon avis.

ET FIKCES OFKICIKI.LKS. 1>7

Alors le roi consfiitil î« tout. Jf iloimu dvs, ordres à h» tète «l»- l;« colonno do l'airo halte ; je m'avançai seul vers le peuple , mon sabie dans le fourreau , et lui dis : a Mes amis , l'Assemblëe nationale a rtndu un décret qui mande le roi dans son sein , et m'ordonne en même temps de protéger ^on passade ; jr suis , comme vous , hon citoyen , et je sais respecter la terre de la liberté sur laquelle vous êtes , et aucun soldat que je commande ne passera la première marche de ce perron. Je transmettrai le roi au bord du passag»; (juc vous allez lui faire , et dès ce moment vous en serez vousmêmes les gardiens. Si vous étiez capables d'oublier un moment le dépôt que je vais remettre entre vos mains , songez que la nation entière aura le droit de vous en demander compte ; mais je parle à des hommes libres , cela suffit. »

Ces bons citoyens m'ouvrirent le passage , et je me rendis à l'Assemblée nationale , oii je demandai des gendarmes et des gardes nationaux pour border la haie ; ce (|ui me fut accordé. Je retournai vers le roi , et , étant à dix pas du perron , je coiiini.iiidai lialte. Le peuple , déi;\ indigné contre les Suisses , redoublait ses murmures; i'em()loyai alors tout ce que la prudence exigeait pour l'apaiser : je commandai , tête de colonne , par llle à droite et à gauche , et ils passèrent derrière. Le roi était pour lors à découvert , et les citoyens lui manifestèrent hautement leur mécontentement, entre autres un qui voulut lui parler; je le pris parla main , et le conduisis

au roi. Il luitlit : « Saciedieu ! donnez-moi la main , et f soyez

sûr que vous tenez celle d un honnête homme et non d'un assassin ; et , malgré tous vos torts , je répouds delà sûreté de vos jours ; je vais vous conduire à l'Assendilée nationale ; mais pour votre tèmme , elle n'entrera pas; c'est une quia fait le malheur des Français (i). Le roi lui serra la main, et parut avoir de la contiaucc eu lui. Alors on s approcha du perron : mais tout-àcoup les cris redoublèrent que l'épouse du roi n'entrerait pas à I Assemblée. M.Rœderer, à son to'ir, quitta le roi pour s'approcher

(i) On voit par celte ;m«'rilotf, et l'on verra , par vinpt autres du au'me i;enrc, à quel point et avec (jiielle odieuse anrosse, (piel constant icliarneincnt, ou «j;. irait le peuple sur 1rs intentions et la conduite de I intort unéc AIaiio-.\ntouiette Aiaij^rc le ilégoiU qu'ils inspirent , c'est un devoir de conserrer de pareils traits , parce qu ils peignent le délirr du temps. , JVnte fies rdit. )

l38 LCLAlRClSSEMliiNS IllSTOKigLliS

(lu ih'Hoii , cl , Iciiant le livre de la loi , il dit au peuple k De par » la loi, peuple français, peui)lc libre , l'Assemblée nationale a » rendu un décret par le(|uel elle appelle en son sein le roi , le » prince royal, la reine, la fille du roi , la sœur du roi , toute la » famille entière du roi ; et vous devez , aux termes de la loi et de V la liberté , ne point vous opposer à son passage. » Du mon)cnt de cette promulgation , le calme renaît parmi le peuple, et aucun obstacle ne s'y est opposé.

Comme j'ignorais le temps que le roi pouvait restera l'Assemblée , j'y restai en station. A peine y avait-il une demi-heure , que j'entendis se faire une décharge de mousqueterie au château. J'avais laissé le commandement de mon poste au jeune Moune , chasseur et sergent de la compagnie que j'ai l'honneur de commander. Je quittai tout-à-coup l'Assemblée pour voler à son secours. Quel spectacle, grand Dieu ! le jour était déjà obscurci par l'horrible fumée de la poudre ; il était impossible d'y reconnaître ses camarades , le grand escalier était déjà jonché de morts et de blessés.

Je dois vous apprendre , législateurs , que le jeune Moune avait envoyé , de concert avec les officiers suisses, en députalion aux Marseillais, trois vétérans et un grenadier , qui, porteurs de ses ordres , avaient assuré les Marseillais qui étaient paisiblement dans la cour, que les soldats qui étaient à mon poste n'étaient pas faits pour^^souiller leurs armes du sang de leurs frères. Les Suisses, à cette conciliation , jetèrent des paquets de cartouches par les croisées ; au même instant les cris de t^/^e la nation retentirent partout , et ces mêmes députés , avec les Marseillais et les volontaires de^la garde parisienne , croyant qu'ils se rendaient au vœu du peuple , se présentèrent en foule et sans ordre au grand escalier de l'appartement du roi.

Ces Suisses assassins firent feu de bataillon sur dos frères , et de suite feu de file ; de sorte qu'en trois décharges il resta plus de cent victimes de leur férocité sur ledit escalier.

Législateurs , uengez nos frères ! c'est la seule récompense que je demande à la patrie , si j'ai mérité d'elle dans la conduite que j'ai tenue dans cette malheureuse affaire.

Signé , F. V...., Soldat citoyen, et capitaine de chasseurs.

ET Pli'XES OUICIELLES. 1 3l)

r<otc (F) , page 7$.

Ordre , marche et liétail lies cérêmunies pour /a/édéra/iun du 10 août nijJj au Champ-de-Mat^ , sur l'autel de la patrie. — Décret de la Curii'cntiun nationale qui en ordonne l'enuoi aux département et aux armées. — Mesures prises par le département peur que le\ Jédérés ne soient pas logés chez les aristocrates. — f'igilance des sections.

Ia lappuiicur , au nom du coinilc d'instruction pul)li(juc :

(Charge par votre conùtc d'insiruclion publique de vous faire un rapport sur la lel<; de la reunion qui doit avoir lieu le 10 du mois d'août, dans le Chanip-de-Mars, sur l'autel delà patrie , je m'cmprcssc d'ofTrir à vos lumières le résultat de mes rétlexlons.

Ne vous étonnez pas , citoyens , si dans ce rapport j(î me suis écarté de la marciie usitée jusqu'à ce jour. Le génie delà hherté , vous le savez, n'aime pas les entraves; pour réussir tous les moyens d'y parvenir sont Indiirérens.

Peuple magnanime et généreux , peuple vraiment digne de la liberté , peuple iVaurais , c'est toi que je vais oûVir en spectacle aux yeux de l'Eternel ; en toi seul il recoiuiaîtra son ouvrage , il va voir les liomnies égaux et frères , comme ils sont sortis de ses divines mains. Amour de l humanité , liberté, égalité, ranimez mes [)lnceau\.

Les Français , léunis pour célébrer la ièle de l'unité et de l indivisibilité , se lèveront avant l'aurore ; la scène touchante de leur réunion sera éclairée par les premiers rayons du soleil ; cet astre bienfaisant dont la lumière sétend sur tout l'univers , sera pour eux le symbole de la vérité à laquelle lis adresser(Uit des louanges et des h\ nims.

Première station.

\jC rassend)lemcnt se fera sur remplacement de la Bastille ; au milieu de ses décombres on verra s'élever la fontaine de la régénération , représentée [)ar la nature ; do ses fécondes mamelles , qu'elle pressera de ses nnms , j nlliia avec abondance l eau pure

l4<> LCLAIKCISSEMEISS HISTOHIQIKS

«.'l bidiilaiic dont ItoiioiiL tour •■ tour lo (|ti;it i c-vingl- .^ix com inissaircs envoyés (ics assciiililée^ piiriKiires ; c esl-^-din; un pjn fic'parteincnt ; le plus ;in(:i«;n d'àgc aui;i la piéfeiencc ; une seulr et inc'inc coupe servira j)oiir tous.

Le président de la Convention nationale , après avoir, par muespèce de libation , arrose le sol de la liherlë , boira le premier ; il fera successivement passer la coupe aux comuussaires des envoyés des assemblées primaires , qui seront appelés par lettre alphabétique , au son de la caisse et de la trompe : une salve d'artillerie , à chaque fois qu'un commissaire aura bu , annoncera la consommation de l'acte de fraternité. '

Alors on chantera , sur l'air chéri des enfans de Marseille , drs strophes analogues à la cérémonie ; le lieu de la scène sera simple , sa richesse sera prise dans la nature ; de distance en distance , on verra tracées sur des pierres des inscriptions qui rappelleront la chute du monument de notre ancienne servitude ; et les commissaires, après avoir bu tous ensemble, se donneront réciproquement le baiser fraternel.

Le cortège dirigera sa marche par les boulevards: en tête seront les sociétés populaires réunies en masse ; elles porteront une bannière , sur laquelle sera peint l'œil de la surveillance , pénétrant un épais nuage.

Le second groupe sera formé par la Convention nationale , marchant en corps ; chacun de ses membres portera à la main , pour seule et unique matque distinctive> un bouquet formé d'épis de blé et de difFérens fruits ; huit d'entre eux porteront sur un brancard une arche ; elle sera ouverte et elle renfermera les tables sur lesquelles seront gravés les droits de l'homme et l'acte constitutionnel.

Les commissaires des envoyés des assemblées primaires des quatre-vingt-six départemens formeront une chaîne au'our de la Convention nationale ; ils seront unis les uns aux autres par le lien léger , mais indissoluble , de l'unité et de l'indivisibilité , que doit former un cordon tricolor. Chacun d'eux sera distingué par une pique , portion du faisceau qui lui aura été confié par son département , qu'il tiendra d'une main avec une banderolle sur la. quelle sera écrit le nom de son département , et par une branche d'olivier qu il portera de l'autre , symbole de la paix.

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