ET PIÈCES OFFICIELLES
cWsirerait que les Marseillais , fatigiids d'une route de deux ceiit:i lieues, en dînant tranquillement aux Champs-Elysées, fussent })attus par des contre-révolutionnaires bien mieux armes qu'eux. Il est, au contraire, arrivé (jue les ]M;irseillais les ont battus; et c'est le cas sans doute que le roi, jouant le rôle de défenseur oflicieux des grenadiers des Filles-Saint-Thomas , dénonce cl fasse poursuivre les Marseillais devant les tribunaux.
\'Ai bien ! qu'elle s'instruise cette procédure ; nous restons tous en «itage à Paris jusqu'à ce qu'elle soit terminée ; et comme nous avons autant de droit à garder les rcprésentaus du peuple que les grenadiers des Filles-Saint-Thomas , comme ce droit appartient à toutes les gardes nationales du royaume , nous vous demandons , législateurs , de décréter, conformément à la constitution , que votre garde de sûreté' sera composée «le trois cents hommes de chaque département. Si les chefs de l'état-major de Paris , non encore licenciés malgré votre décret, voient avec inquiétude cette m.csure , telle n'est pas l'opinion des citoyens-soldats : et, si l'on excepte les ci-<le van t gardes du roi, transformés par la liste civile m gardes nationaux, nous avons éprouvé que nous n'avions ici que des frères.
Nous vous demandons , législateurs , de pourvoir à notre subsistance.
Suivent les signatures.
Noie (D) , page 58.
l'Joge funèbre de Jean-Paul Maraty député à la Convention nationale, prononcé à Strasbourg y dans le temple de la Jiaison , l'an second de la république une et indiuisible ; orné du portrait du martyr de la liberté ; avec cette épigraphe : Un peuple qui sait honorer ce qui est grand ne manque jamais de grandes actions ni de grands hotnmes. Chknier, Discours sur l'instruct. publ.
Parmi les patriotes illustres qui ont paru avec éclat sur le théâtre de la révolution franç^-iise , Marat tient sans contredit le premier rang. Nul n'a joué un rôle plus actif, plus grand; nul n'a rendu des services plus impcrlans à la chose ptiblique. Vertu , courage .
l'iC) l'XLAIRCISSrMENS riISTOKH^CKS
gcnic, science, Marat avait tout pour lui, d il ;i loiil rmployë à exterminer le despotisme et à consolider la iiiiertc. Citoyens , si dans CCI instant le sol de la France se trouve [)U)gé de cette foule d'oppresseurs barbares qui l'inondaient; si malgré les écucils et les tempêtes que le monstre Pitt sème sur rocdan politique, le vaisseau de la republique vole à pleines voiles vers le port; si, en clépit de tous les tyrans, de tous les scélérats et de tous les imbécilles de lEurope , nous marchons à grands pas vers le bonheur par la voie de l'égalité et à l'ombre de la sublime constitution que nous a donnée la Montagne ; citoyens , jetez les yeux sur le buste de Marat , et reconnaissez un çle vos libérateurs. Et vous , habitans de la terre , hommes de tous les pays , sur qui le soleil de la liberté ne luii pas encore , si, profitant de l'exemple magnanime que vous recevez aujourd'hui des Français , vous érigez un jour un temple à la liberté de l'univers , vous sèmerez des fleurs sur la tombe du héros dont nous honorons la mémoire : ce républicain célèbre a droit à la reconnaissance du genre humain.
La tyrannie avait comblé la mesure de ses crimes et de ses brigandages. Le déficit était énorme ; le peuple , las de la misère et de l'oppression qui l'accablaient depuis tant de siècles , soupirait après un nouvel ordre de choses ; la philosophie, ressuscitée parles Voltaire , les Rousseau , soufflait partout le feu d'une sainte insurrection , et le flambeau de la raison , rallumé depuis Descartes , servait de guide aux malheureux Français pour sortir du labyrinthe aff"reux de l'ancien régime; une grande révolution, était inévitable; Marat, ardent ami du peuple, doué d'une ame forte, et familier avec les premiers principes de la politique , ne devait pas rester tranquille spectateur du grand œuvre de la régénération française : aussi ne tarda-t-il pas à devenir un des premiers acteurs du drame révolutionnaire.
Jugeant de la révolution par les causes qui l'avalent produite et par la disposition des esprits , Marat , comme il la dit lui-même , vit du premier coup-d'œil où ii aient les choses. Ce vaste génie calcula les résistances et les fi ottemens sans nombre qui s'opposeraient au jeu de la machine que la philosophie se disposait à construire. Marat connaissait bien le cœur humain. A travers le voile de popularité dont se couvrait le tyran hypocrite , il vit que ce perfide monarque ne consentirait jamais à perdre un fleuron de sa cou-
F.T PIKCKS OFFICIEI.LKS. l'ij
ronnti. Il vit qu iitic cour aborwiiiablo , cxccssivenient corrompue ou corruptrico , alhiit t'-puiser toutes les ressources du nuicliiavé- Iisrne,pourenraytMlecliar révolutionnaire; il vitrjuclacasteimpurf; lies superbes cl-devantt'taitilcteruîinée à s'ensevelir avec ses armoiries sous les ruines de la léoilalite; il vit que l'engeance infernale des prêtres allait se déchaîner contre la raison, et que toutes les furies (lu liinatisnie s'attacheraient infailliblement sur les pas des piitrioU's; il vit que, pour assurer le triomphe de la liberté, il fallait uécessairemcnl vaincre l'égoïsme des riches et la cupidité des fripons. Les préjugés étaient trop enracinés, les n)œurs trop corrompues , le choc des intérêts privés contre l'intérêt commun trop impétueux , la violence des passions trop fortement prononcée , poui' que les eliainies de lahberlé et la voix persuasive de la raison sullissenl pour ()[)ércr paisiblement la grande réforme qui se préparait, liien diilérent de ces demi-philosophes qui ont prétendu faire la révolution, comme on dit qu'Amphion bâtit les murs de Thèbes , Marat était convaincu qu'il fallait cimenter la liberté avec le sang des op[)resseurs, et fonder la république sur les déconibres du troue et les cadavres de ses partisans. De-là ces gramles maxi- Mies qu'il a si souvent répétées • « Il faut absolument que le peuple » écrase le parti de l'aristocratie. C'est une folie que de prétendre » dompter la tyrannie avec les seules armes de la raison. Les pas- )) sions les plus violentes ne sont point soumises à l'empire de la » raison , etc. •» Uc-là racharucmeut avec lequel il a poursuivi tout ce qui tenait à l'ancien régime; de-là les appels réitérés qu'il a faits au peuple dont la hache terrible pouvait seule exterminer cette bande de grands scélérats que le glaive de la loi , confié à des Miains perfides , refusait de frapper.
A peine Marat cul-il mis la plume à la main , que sa brûlante énergie jeti» l'épouvante dans i'ame des conspirateurs. La cour tremblante, les aristocrates alarmés recherchèrent V ami du peuple^ et voulurent le corrompre; mais l'éclat de l'or n'eut point larl d'éblouir ce vertueux républicain : sa grande ame n était sensible qu à la gloire. Aussi inébranlable qu'incorruptible , les menaces ne tirent pas plus d'impression sur lui que les offres et promesses. Furieux de sa vertu, la cour et sescriminels agens résolurent deleperdreà quelque prix que ce fût. Ues assassins furent soudo\és, des tribunaux achetés, des scélérats payés poiu- égarer le peuple sur le
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compte de son ;iriii , et l;i lelc de ^L^^at exposée à toutes sortes de périls. Le destin permit que ce généreux défenseur des droits de riioinine pût se dércrbnr penfl;int quelques années aux pic'ges et aux poignards des contre-iévolulionnaires. Pour servir son pays , il se condamna à toutes les privations et se retira dans un souterrain inconnu aux scélérats qui méditaient sa perte. Ce fut de ce souterrain fameux qucMarat porta des coups formidables à tous les ennemis du bonheur public ; c'est dc-là qu'il arracha le masque aux traîtres les plus rusés et les plus accrédités dans l'opinion ; c'est de-là qu'il fit une guerre civile au despote , à ses ministres , à ses affidés, à tous les traîtres et à tous les malveillans. Les La Fayette , les Bailly, les Barnavc , les Chapelier, les Mirabeau , tous les mandataires perfides qui , sous des dehors populaires , trafiquaient honteusement de leurs places et de leurs suffrages , furent traduits au tribunal redoutable de l'opinion publique. Les dénonciations les mieux fondées et les plus sages prédictions étaient journellement répétées par ce clairvoyant patriote. Le souterrain de Marat était devenu l'antre de la sybille. Sur ses feuilles intéressantes étaient écrites les destinées de la république , les maux qui menaçaient le peuple et les moyens d'y remédier. Marat ne cessait de vomir feu et flamme contre toute espèce de conspirateurs. Rien ne pouvait arrêter les torrens de lumière qui , semblables aux laves ardentes vomies par le Yésuve, s'élançaient de sa retraite et éclairaient les démarches ténébreuses de l'aristocratie. Jamais la malveillance ne put imposer silence à cet intrépide écrivain. C'est au moment oii La Fayette , à la tête de trois mille satellites , faisait le siège de sa demeure, que, de son trépied formidable , l'invisible Marat donnait sa malédiction aux artisans de nos malheurs. A peine avait-on brisé ses presses que déjà sa Feuille du jour courait les rues , et faisait en même temps et l'effroi des aristocrates et la consolation des sans-culottes opprimés. Tant d'énergie, jointe à tant de courage et de finesse, paraissait inconcevable au plus grand nombre , et fit douter pendant long-temps de l'existence du prophète Marat qu'on regardait comme un être fabuleux.
L'Assemblée constituante , composée de législateurs ineptes ou corrompus, tenait le timon des affaires. Marat l'attaqua avec fureur et la poursuivit sans relâche jusqu'au dernier moment de son existence. L'Assemblée législative , succédant à ce corps gangrené qui ,