‹ Mémoires inédits de Charles Nicolas Cochin sur le comte de Caylus, Bouchardon, les SlodtzChapitre 13 sur 46 · REMARQUE · texte numérisé non relu

REMARQUE

;P* ij5)* — M. Perricr me dit à Toccasion de ccttt croix promise à Slodtz qu'il y avoit bien des m«chani$mes dans la sculpture ; je lui répliquay que cVtoil un beau méchanisme que celui qui faisoit Tadmiration de toutes les nations et qui conservoit la gloire de$ empires trois mille ans après leur destruction; mais c'étoit un fort honnête homme, très-îgnorant a Tégard d«s arts et même des lettres, passablement hautain, violent » emporté , mais cependant réellement • au demeurant, le meilleur fils du monde.

MM. SiÎBAsnEN- Antoine SLODTZ

BT

Paul-Ambroisb SLODTZ.

La vie des deux frères Slodtz offre peu de circonstances intéressantes. Us ont été moins célèbres dans les arts que leur frère plus jeune ; peut-être s'y seroient-ils rendus également habiles si les circonstances où ils se trouvèrent Tavoient permis. Ils étoient encore fort jeunes tous deux, lorsqu'ils perdirent leur père ; ils se trouvèrent les aines d'une famille nombreuse , et avec peu de bien ; il fallut donc chercher les moyens de gagner promptement.

Comme leur père (i) avoit été sculpteur des Menus-Plaisirs du Roy , on leur continua cette même place. Elle étoit peu importante alors , parce que la composition générale étoit accordée à un peintre , et que le sculpteur n'y étoit que

(i) Sébastien SlodU, né à Anvers, élève de Girtrdon . mort en 1726, à Paris, âgé de 71 ans. II a laissé une statue d'Annibal , dont Mariette (ait l'éloge (Abtctdario, V, 223).

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comme subalterne et seulement chargé de sa partie. Cependant il y avoit de temps à autre des occasions de faire quelque chose de lucratif. Gela les fit incliner tout naturellement du côté de la décoration et de la sculpture d'ornement. S. A. Slodtz l'alné surtout s'y livra entièrement. P. A. Slodtz, en suivant aussi ces sortes de travaux, s'attacha davantage à la figure et devint statuaire passable.

A la mort de M. Pérot (assés bon peintre d'architecture, mais mauvais compositeur) qui avoit les Menus-Plaisirs , les deux frères Slodtz s'étant fait bien venir des supérieurs , ils y furent mis en chef. Auparavant ce qui se faisoit pour les Menus-Plaisirs étoit peu de chose. Ce fut en 1745 (i) que les dépenses de cette espèce devinrent très considérables, ce qui a continué depuis. Ils furent chargés des fêles du premier mariage de M. le Dauphin , pour lesquelles ils firent dans le manège de la petite écurie du roy une salle de bal paré qui dans les vingt-quatre heures fut changée en une salle de comédie dont on a fait usage pendant quelques années. {2).

Depuis ce temps les décorations de feu d'arti-

(i) Voyez les Remsrqucs, I (p. 155).

( 2) Voyez les deux estampes représentant cette double décoration du manège de Versailles à la Chalcographie du Louvre {n°* ^(tijtX 3618 du catalogue). L'invention est attribuée par le catalogue aux Slodtz et à Perrot ; la gravure est de Cochin.

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fice , de théâtres pour la Cour , et autres qui se firent en différentes occasions furent exécutées sur leurs desseins. Les pompes funèbres devinrent quelque chose entre leurs mains, (i) Ce qu'on y avoit jusques là exécuté qu'en platte peinture , il Texécutèrent en relief. Il est vray qu'on leur a reproché qu'ils y avoient répandu un goust galant et un air de fête peu convenable à la gravité du cérémonial ; mais ils s'efforçoient de plaire à la Cour qui n'admet de sérieux nulle part qu'avec peine , et ils réussissoient assés. Ils construisirent un théâtre à Saint-Cloud qu'on trouva assés bien dans ce temps là ; ils faisoient aussi force décorations d'autels d'église et gagnoient beaucoup d'argent.

Si leur architecture et leur goust d'omemen furent mauvais et mesquins , on ne peut guères leur en faire un grand reproche ; les meilleurs architectes d'alors n'en sçavoient pas d'avantage. Depuis qu'on avoit négligé de les envoyer en Italie» tous travailloient sans principes; ils se livroient à touttes les idées folles qui leur pas-

(1) Le catalogue de la Chalcographie indique les principalcf décorations de pompcf funèbrea exécutées par les frères Slodtz sous la direction de M. de Bonneval. Les planches sont gravées par Cochin (n** 1636 à 3640). Ils furent chargés, en 1735» de la pompe funèbre de Polizène de Hesse-Rinfels , Reine de Sardaigne , en l'église Notre-Dame ; en 1741 , de celle d'Elisabeth Thérèse de Sardaigne . en la même église ; en 1746 , de celle de Marie Thérèse d'Espagne , dauphine de France , en l'église de Saint-Denis et à Notre-Dame de Paris ; enfin, encore à Notre-Dame de Paris, de la pompe funèbre de Philippe V, roi d'Espagne, mort en 1746.

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soient par la teste , et œux qui en produisoient de plus bizarres étoient ceux qui se faisoient le plus de réputation, (i) Cependant on a lieu de croire que les frères Slodtz auroient volontiers saisi le bon goust s'ils en avoient été plus instruits, puisque , leur frère étant revenu d'Italie et les ayant aidés tant au projet d'une place pour la statue équestre du Roy qu'au feu d'artifice

qu'ils décorèrent à la naissance de M^ le Duc

de Bourgogne , ils adoptèrent très-facilement le goust qu'il leur inspira . et que l'on aperçut une diflFèrence très considérable entre ce qu'ils firent alors et ce qu'ils avoient produit auparavant {2).

S. A. Slodtz (3) , l'aîné, étoit un homme d'une probité respectable , d'un caractère égal dans la société . serviable et bon amy ; il joignoit à ces qualités essentielles un noble désintéressement. Il étoit ardent et laborieux pour remplir les objets dont il étoit chargé , mais très n^ligent ensuitte à en recueillir le payement , et il falloit que son frère Paul le harcelast pour lui faire donner ses mémoires.

(1) Voyex lc« Remarques, II (p. 140).

(2) c On vit bicDtdt une dififérence sensible pour ]*ezcellence du goAt dans les ouvrages qu'ils produisirent conjointement avec lui. » {Lettre de (M. Cockin tnue auteurs de lu Cadette Littéraire , page 5, ligne 3-7).

(3) Maillet du Boulaj, secrétaire de Tacadémie de Rouen , a laissé un éloge d'Antolne-Sébastien et un autre de Michel-Ange Slodtx (jirchives de Tari français , 1, 310 , note)

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P.-A. Slodtz, son frère, non moins honnête homme , étoit néanmoins beaucoup plus attaché à ses intérêts. Il ûit suspect d'un peu de jalousie des talens et de Testime qu'avoit son frère R.-M. Slodtz. En effet on distinguoit volontiers , chés les artistes , ce dernier sous le nom de Slodtz l'habile homme. Après avoir employé celui-cy pendant beaucoup de temps à travailler à leurs décorations et autres ouvrages peu dignes de ce grand statuaire , il lui rendit peu de justice sur' la part qu'il pouvoit prendre au bénéfice ; vraysemblablement Tatné l'auroit mieux traitté, mais les comptes et le maniement des deniers étoient du district de Paul. D'ailleurs, comme R.-M. Slodtz ne se vouloit point plaindre de ses frères , l'alné pouvoit ignorer qu'il ne fût point satisfait.

A propos de la chaleur que Paul Slodtz apportoit à ses intérests et de la jalousie qu'il ressentoit contre ceux qu'il croyoit qui pouvoient les traverser , je me souviens de la colère ou il fut contre Pigal le à qui M. Boffrand. architecte, voulut procurer quelques bas-reliefs à Saint-Méry où P. Slodtz se prétendoit le sculpteur habitué. Il déclama abondanmient contre Pigalle et fît pour ce petit ouvrage tous les mouvemens qu'il auroit pu faire pour quelque chose de bien considérable; il l'emporta car il avoit surtout l'attention de se faire des amis chés les marguilliers des paroisses. Ces bonnes gens sont ordinairement

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très étrangers aux arts et les regardent conune une sorte de commerce où chacun peut également fournir du bon , et ainsi ils se croyent bien fondés à préférer leurs amis.

Paul Slodtz, étant déjà assés âgé, eut l'ambition d'être de l'Académie royale. Il y entra, ayant à la rigueur les talens suifîsans , mais surtout beaucoup d'amis, et , par la continuation de leur affection , il y arriva à son tour aux grades auxquels il se trouva en droit de prétendre. Au reste ces deux frères étoient de très-honnêtes gens vivant avec beaucoup de décence , et dont les talens , sans être du premier ordre , n'étoient cependant point à mépriser.

Outre ces trois frères, il y en avoit encore deux et une sœur. Des deux frères , l'un fut un assés mauvais peintre , ou plutôt son état fut de raccommoder les tableaux anciens , et il fut chargé de l'entretien du cabinet de M^^ le duc d'Orléans ; l'autre, nommé Dominique, après avoir été soldat jusqu'à l'âge de trente ans , étant revenu chés ses frères , ils tentèrent de lui faire apprendre quelque chose ; il étoit si borné qu'ils n'en purent venir à bout ; néanmoins ils le fourrèrent dans les Menus-Plaisirs comme entrepreneur de la peinture ; il s'y soutint assez passablement pendant plusieurs années par le secours de ses frères qui veilloient à touttes les parties qui demandoient quelque talent. Lorsqu'on fut forcé de le réformer

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à cause de son ineptie et de la dureté de son caractère, il avoit gagné suffisamment pour s'en passer.

La sœur fut mariée à M .Vanfalens, peintre assés médiocre à l'imitation éloignée de Wouvermans. Il fut cependant de l'Académie (i).

Ces cinq frères sont morts tous garçons (à l'exception du racconunodeur de tableaux) et à peu près de la même maladie , de l'hidropisie ; leur postérité tant de celui qui a été marié que de la sœur, semble destinée à tomber dans le plus parfait oubly.

(i) Charles Van Falens d'Anvers fut reçu académicien le 29 novembre 1726 et mourut, à quarante-neuf ans , le 29 mai 1733. La Chalcographie du Louvre conserve plusieurs planches gravées d'après ses compositions.

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