‹ Mémoires inédits de Charles Nicolas Cochin sur le comte de Caylus, Bouchardon, les SlodtzChapitre 12 sur 46 · R.-M. 8L0X>TZ · texte numérisé non relu

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cette affaire à bonne fin et ils en berçoient quelquefois M . Slodtz qui n'en croyoit rien et à qui cela ne pouvoit que renouveler le déplaisir qu'il avoit reçu.

Longtemps après , comme j'étois véritablement chagrin de voir mon amy si longtemps traversé par mon amy M. de Marigny (car j'ose sans crainte le nommer ainsi » il m'en a donné des preuves trop délicates pour que j'en puisse douter), je me hazarday d'écrire à M. de Marigny une lettre sur ce sujet qui étoit assés vive et pressante pour faire quelque effet si cela eût été possible. Je lui rappelois les mêmes raisons que j'avois pu lui dire dans le temps , mais exposées d'une manière plus mesurée et plus touchante ; il me répondit d'un ton d'amitié qu'il n'avoit pas oublié avec quelle chaleur j'avois disputé cette même cause contre lui , il y avoit quatorze mois (tant il se ressouvenoit bien de ma vivacité), qu'il avoit pour M. Slodtz toutte Testime que je pou vois désirer, qu'il ne négligeroit pas de lui en donner des preuves ; mais qu'à l'égard du cordon de Saint-Michel , cela ne se pouvoit pas. En effet Slodtz a encore vécu quelques années sans que cela ait eu lieu , quoique cependant M . de Marigny lui ait donné quelques marques d'affection, conmie de lui avoir augmenté , sur mon exposé , sa pension, quoique Slodtz ne l'eût pas demandé.

II y avait eu dans ces intervalles quelques faux

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rayons d'espérance de renouer Taffaire. Les gentîlhommes de la chambre avoient un peu ramené M . le comte de Saint-Florentin qui , en qualité d'officier des ordres» avoit appuyé Foposidon de M. de Marigny. et avoit mis au néant le mémoire que Slodtz lui avoit présenté , ainsi qu'il est d'usage pour obtenir les lettres de noblesse. Il avoit fait un espèce de raccomodement de M. de Marigny avec Slodtz, car c'est une plaisante chose que les usages du monde ; lorsque les supérieurs ont quelque tort , la politesse veut que ce soyent les inférieurs qui leur demandent excuse. Malgré tout cela M. de Marigny ne retint point jusqu'où l'on désiroit, et peut-être M . Perrier . premier commis des bàtimens alors , eut-il bonne part à empêcher que le supérieur ne nous donnast cette satisfaction, car c'étoit lui qui étoit chargé , sous M. de Marigny , de ce qui concemoit les ordres, et quoiqu'il trouvast tout simple qu'on eût honoré de cet ordre lui Commis , il ne croyoit pas que l'art de la sculpture en fût digne, (i)

Quelques-uns des amis de M . Slodtz ont cru que ce chagrin pouvoit avoir eu quelque part à la maladie qui lui a causé la mort, parce que ce fut un épanchement d'un excès de bile dans le sang qu'ils ont regardé comme la suitte de quelque

(i) Voyei la ifnwrr^M qui termine ce portinit (p. 126).

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chagrin. Il est vray que M. Slodtzétoit naturellement sensible ; que , sans qu'il y eût de précipitation de sa part, il s'étoit trouvé forcé à recevoir les compliments sur cette faveur du Roy et qu'il eût mieux valu pour lui de n'en avoir jamais entendu parler : mais il n'est pas néceSvSaire d'avoir recours à cet événement pour trouver dans sa vie des causes de chagrin , et je puis ajouter qu'ayant eu avec lui beaucoup de conversations sur ce sujet, où j'ay eu lieu de croire qu'il me parloit avec franchise , n'ignorant pas le zèle que je mettois à cette affaire , je l'ay toujours trouvé trèsmodéré.

Je dis qu'il avoit eu d'autres causes de chagrin, sans compter celui d'avoir été si longtemps à Paris presque oublié , et sans être employé d'une manière digne de lui ; les tracasseries qu'il éprouva dans sa famille en recueillant la succession de ses frères pour sa part sont plus que suffisantes pour lui avoir fait amasser ce fonds de bile et il m'y a toujours paru fort sensible. En effet ce sont ces petits chagrins domestiques qui assoniment par leur continuité.

Ainsi il est tout aussi raisonnable d'y placer la cause de sa mort , qui dailleurs put bien être la suitte d'un espèce de calharre qui quelques années auparavant l'avoit mis au bord de la fosse , et qui avoit cruellement affoibli son tempéramment , à quoy l'on peut ajouter que peut-être ,

I2D mijÊf JÊM M S DE OOCBCr.

mal cQQsexIIé par queLfiies amis, il quitta un médscm qui , lors de sa première attaque , Tavoit rems en fetat de convalescence pour se livrer à d'autres qui ne scurent pas parer la rechute.

Enfin œ seroît un chagrin trop cruel pour moy que d avoir en aucune manière à reprocher la perte d'un amy que j'aimois tendrement à un amy qui ne m'est pas ukhus cher ; ainsi je m'y refuse entièrement , mais j'en infère au moins que les gens en place ne peuvent trop apporter d'attention à la manière dont ils traitent leurs inférieurs , surtout des honunes sensibles comme le sont la plupart des artistes , puisqu'on peut leur attribuer des suittes fâcheuses qu'il n'ont pas sçu prèwir . ei qu'ils seroient très-fachés d'avoir à se reprocher lorsqu'ils ont le cœur bon.

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