‹ Mémoires inédits de Charles Nicolas Cochin sur le comte de Caylus, Bouchardon, les SlodtzChapitre 15 sur 46 · ANT. BT P.-AMB. 8L0DTZ. iSj · texte numérisé non relu

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que l'on appelle un pentimento (i), ce qu'il regardoit comme le caractère distinctif d'un original.

On est à plaindre quand on est soumis à de pareilles connoisseurs. M. de Sindisant son confrère en charge, encore plus ignorant , manifesta vilainement et inutilement sa voracité dans une occasion. Les graveurs qui avoient gravé les estampes du sacre du Roy furent longtemps sans qu'on achevast de les payer. Lassés d'attendre, ils s'adressèrent à Bargeac, valet de chambre de M. le cardinal de Fleury et obtinrent un ordre pour être payés. Lorsqu'ils furent chés M. de Sindisant, il entra en fureur et leur dit : Hi ! (pCauray-)e donc moi pour ks peines que je me suis dmnées ?

Il auroit donc espéré de gagner quelque chose avec le Roy sur ces gravures. A cette occasion j'observeray que j'ai été souvent blessé de la manière dont on nous fait donner nos quittances aux Menus-Plaisirs ; nous mettons notre nom en blanc sur un parchemin sans spécifier la somme ; je veux croire qu'on n'en abuse point ; mais il est clair qu'il est aisé de mettre sur cette quittance une somme plus forte que celle que nous recevons, au profit de qui il appartiendra. J'ai eu la consolation de voir que dans les Bâtiments du Roy il n'en est pas de même; chacun met de sa main et en touttes lettres la somme qu'il reçoit ; aussi puis-je avancer que dans ce district, que j'ay connu très bien, en général je n'y ai vu que de l'honnêteté.

Après ces deux controUeurs succédèrent M. de Bonneval et M. de Cindré dont j'ay parlé. J'ajouteray seulement que M. de Bonneval avoit une petittesse de gloriole assés singulière : sur mes planches dont j'avois fait les desseins , il faisoit mettre De Bonneval invenii: on

(i) Proprement c reptmHr » , d*où c rtic&cke » , « earrectwm. »

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en rioit, personne n'en étoit la dupe, mais il étoit content.

De leurs successeurs je ne citeray que M. Bay de Curis; ce n'est cependant pas manque de matière , mais j'ay eu lieu de me louer de celui-cy, et c'est le seul qui m'ait une seule fois fait payer convenablement. C'étoit réellement un galant homme et de beaucoup d'esprit, mais sans conduitte et dissipateur parfait. Il avoit gagné du bien dans les affaires et avoit été, je crois, employé dans les vivres. Il vouloit avoir les coquines les plus chères , et tout alloit en proportion , si bien qu'avec les plus belles occasions de gagner, il se ruina. Ce M. de Curis eut envie de soutenir les droits de sa charge qui consistent à pouvoir réviser sévèrement touttes les dépenses qui se font dans ce district. Cela ne plut pas à beaucoup de gens. Il se croyoit bien appuyé par le crédit d'un ministre qui l'excitoit. Mais on fourra dans la tête à MM. les gentilshommes de la Chambre que c^étoit un brouillon qui les vouloit tracasser. Ils demandèrent son renvoy. Les appuis sur lesquels il avoit compté lui manquèrent , et il fut obligé de vendre sa charge. Il en acheta une autre de secrétaire du cabinet du Roy, qu'il a revendu depuis à M. Bouret peu de jours avant sa mort.

Puisque je tiens M. Bouret, il en faut dire un petit mot. Ce personnage , moitié fou , moitié grand , mais surtout se croyant fait pour attirer les yeux, fermier général et fermier des postes, célèbre pour avoir approvisionné une province en mettant la disette dans une autre, ce qui fut cause qu'on lui frappa une médaille dans un lieu, tandis qu'on l'auroit volontiers pendu dans l'autre; ce personnage, dis-je, avoit mangé des millions à bâtir d'une manière extravagante , payé tout ,

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avec un fiiux air de noblesse, d'un argent qui ne lui coûtoit gueres à gagner, de même que font tous $eê chers confrères ; il avoit joint à cela touttes les autres folies qui peuvent passer par la teste d'un financier impudent. Il étoit enfin prest à manquer à ses créanciers , malgré les sommes énormes qui avoient passé par ses mains, lorsque M. de La Borde, banquier de la Cour, eut lliumanité de venir à son secours. Il exigea de lui qu'il se restreignît pendant six ans à quinze mille livres par an et, pendant cet intervalle, raccommodasesafifaires. Cela est beau, sans doute, mais un homme sage et honnête qui auroit manqué sa fortune par de véritables malheurs, ne rencontreroit pas ces secours. Il est avantageux de faire beaucoup parler de soy, fdt-ce par des folies.

Encore une petitte anecdote et je finis cette remarque. Je bats la campagne ainsi que ma mémoire me guide. Ce M. de Bonneval fit une bonne bévue; je lui avois donné un imprimeur pour imprimer mes planches de 1745; je l'avois prévenu que c'étoit un des plus habiles , mais qu'il avoit besoin d'être veillé. En effet parla négligence de l'Evêque et des autres valets des Menus- Plaisirs, avec qui il buvoit. il fit faire l'ouvrage par un mauvais compagnon, au moyen de quoy les planches furent usées sans avoir donné à peine cent bonnes épreuves. J'en avertis plusieurs fois inutilement ; il les servit donc de manière à mériter punition. Le bon M. de Bonneval lui fit donner une pension.

Ce qu'il y eut de plaisant , c'est que l'imprimeur qui avoit imprimé mon ouvrage, qui avoit mal servi, fut bien payé et récompensé, et que moy je fus mal payé et n'eus aucune récompense.

n . z lie , — n 5 est liB» ce Kasp^-là quantité <ie 3issBr>afs arvcstescs ^'imcuMiis qoi fouirent de s gfaa brTnarrrfergmrTnnn, -m Pfrngaq . i qui etfropiadesa 9Giîccxrea:i2CB l^i iJiinB,£a re.^ai«efitaior», La Joue (a} nmftne ;:di:ne >f sdttfKcQzre asés médiocre» fit des i e aai ! ic5 £zv nniieaa sks insénbles, qui se Tendirent xvec !a zlcs ^rzade rragâfirr Toot étoit lîrré à un esprit ^ vertsgse.

I feisac uâ e r I ,. Jtflnrmtf qcd avoît TéritaUement du génfe. Tcm 02 jcôsâe sais rt^ et de plus gâté en Italie pir soa . kFuiî ârib ii pour k Bonomîni, acheva d'amener le désordre i.i2s ^xl^tea^ !es têtes. Comme il étoit plus icsé dlrrrrier ses cizir^\hg^nrr% que ce qu'Q pouvoit avoir de boa,. sH ïioèbc par lui-même, il fut encore plus dangereux pur ses asauTzis rrnTtatmrs. Néanmoins il fut regardé de» soc temps comme une divinité et le ËBoetix M. Gersiinx 4^ ^ui n'étoit pourtant pas fort cbirîé dans U plopart de ses productions fut regardé comme un jêtiBe âroid; on lui a bien rendu justice

t > Xàaola» P^jms oomt et 1754 ; 3 avait trsvaillé poar dhrertet <t pcar Vcrmîlcsw II a lixsaé oa o m i ig e intitiilé: livre de pm» M ttiMS -jrwrté* «t {rvié» fmr Piocao , lo feuilles.

^1' JAA^tsK» tJfmt . «ioùs i CAcadéflûe le 36 arril 1721 , mourut à )^vittK^^;iue9ne ns fwô , I< 12 mît 1761.

;t j;M^Aa^»tc M««»esir? . aé i Tarin . mort à Par» en 1750 , iWt à !a »Na pcîetrv. KotpCcv , ardûtccte, dcsdnateur, et acquît une grande rtp ata tictt fnnair orlètre. II lût orfèvre du Roi et premier deasiaatniv dtt Cièitaet «ài rot.

V4> Il »>S^ fitttic de Fra8çeia*Tboaaa Gennaio , que de son père TWmm». »>>rt d^ Taaaée 1748. On sait que cet orfèvre fit une faillite de f^i» d^ d««K aïK&îoes , à la suite de laquelle son logement du Louvre Km Au f^tirv ;»««« le IhiUmmairÉ des ërtisies de l'abbé de Fontenay et Ws .^-vM*"» A riârtfinçêis . paistm.).

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depuis (1), mais alors il éprouva beaucoup de refroidissement de la part du public.

C'étoit M. Openor(2] architecte, qui avoit commencé à sortir du bon goust du siècle de Louis XIV. Comme il dessinoit avec chaleur, d'une plume ferme et hardie , ses desseins séduisirent; on en saisit les excès, et d'excès en excès les choses arrivèrent au comble du ridicule où nous les avons vues.

On peut donner pour première époque du retour d'un meilleur goust, l'arrivée de Legeay (3) architecte, qui avoit été pensionnaire à Rome. C'étoit un des plus beaux génies en architecture qu'il y ait eu ; mais d'ailleurs, sans frein, et, pour ainsi dire, sans raison. Une pouvoit jamais se borner à la demande qu'on lui faisoit, et le grand Mogol n'auroit pas été assés riche pour élever les bfttimens qu'il projettoit.

Je me souviens qu'il fit douze desseins pour la décoration du théfttre de la Tragédie des Jésuites, tous ingénieux, mais dont pas un n'étoit propre à être exécuté décemment dans ce lieu, tant ses idées étoient éloignées de ce qu'on lui avoit demandé. L'un étoit un Parnasse avec des cavernes, et l'on auroit vu sortir César et

{ i) • Le bruit de sa mort ayant été porté à Lisbonne , le roi de Portu> gai ordonna qu'on lui fît un service solemnel , et Toulut que les artistes de la ville y assistassent : témoignage glorieux de Pestime singulière que ce monarque faisoit de Germain , digne de cette distinction par ses rares talents.» [DicHomuure des artistes de Tabbé de Fontenai, tome premier, page 6j9).

(s) Gilles Marie Oppenord , surnommé le Borromini français , était mort en 1730 (Voyex sur lui le Dietwmairi its ArcbiUctn frmiçûU de Lance . II, 173).

(3) Jean Le Geay travailla surtout à l'étranger et particulièrement à Berlin. Les plans du château de Sans Souci lui sont attribués (Voyex Lamct, II, 43.)

FOUBçét it sa cscafien coomie csaz et ksacSBirs kt Mamncriqoi Toa ea ea ceu idée fbfle <r< Qooîqall en soie cosbk le ffoatt de Legesjr

rffrilrnr. îi aoirit les tcbs à trjtk.T.jm » de gtns. Les fOTTcs arctôtecies le ssirexit jiilJiH ijii'Bs pmciic.

2txe pliifinif parce qaH leor psnxt ocoican (|Qe per on i^mbie irnfîtTMSiic de xs beautés. Oniic ^^"f ! se&gWtfiTWiic récoie d'tfcfutBcozre m gnnd ^"'■"'^'i^rut de tons ks srdÛDBCtes «ifims de FAcsdémie.

DqHiis, la TéritiHe époqac dédsm. ç'à été k retour de M. de yUrignj dltaSe et de sa compagnie. Noos snoos TU et TQ atec réâexioa. Le ridicok noos parut à toQs bien sensibk et nous ne nous en tûmes poinL Nos cris gagnèrent dans la suitte qpe Soa£Bot prêcha d'exemple. D fut sniri de Pocaîn et de pfaisieiiri antres bons aères ardiîtectes qui rerinrent de Rome. Fj aiday aussi comme la mouche du coche. J'écriris dans le Mercure contre les folies anciennes et ks couvris d'une assés bonne dose de ridicuk (i).

Enfin tout k monde se remit, ou tâcha de se remettre sur la voje du bon goust du sièck précédent. Et comme il faut que tout soit tourné en sobriquet à Puis, on appella cela de Tarchitecture à k grecque et bientôt on fit jusqu'à des galons et des rubans à k grecque; il ne resta

(i) Dans le premier ^ime des Œmcra ihents ig {M. Céckm m ncweU ii qiulqma piicts ctmctrumiUs Êrti{Hsu, Jonbcrt 1771 , ) toI, io-ia } , tont reprodoits pltasîeurs artidcs imprimât dans le (Htrcmn et où Tauteur plaisante spintoeUement k manvais goût des admirateurs ds Borrontoi. C'est éridcmmest i ane de «s pièoes , dont les titres trop longs ne sauraient être transcrits ici, qu'il est fiut allusioa dans ce passage.

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bon goust qu'entre les mains d'un petit nombre de personnes et devint une folie entre les mains des autres. Nos architectes anciens qui n'avoient pas sorti de Parb voulurent faire voir qu'ils feroient bien aussi dans ce goust grec ; il en fut de même des commençans et même des maîtres maçons. Tous ces honnêtes gens déplacèrent les omemens antiques, les dénaturèrent, décorèrent de guillochis bien lourds les appuis des croisées et commirent mille autres bevûes. Le Lorrain (i) peintre, donna des desseins bien lourds pour tous les ornemens de l'appartement de M. de la Live , amateur riche et qui dessinailloitun peu. Ils firent d'autant plus de bruit que M. de Caylus les loua avec enthousiasme; de là nous vinrent les guirlandes en forme de corde à puits, les vases, dont l'usage ancien étoit de contenir des liqueurs, devenus pendules à heures tournantes , belles inventions qui furent imitées par tous les ignorans et qui inondèrent Paris de drogues à la grecque. Il s'en suivit ce qui sera toujours, c'est que le nombre de bonnes choses sera toujours très-petit dans quelque goust que ce soit et que l'ignorance trouvera toujours le moyen de dominer dans l'architecture ; mais , quoiqu'il se fasse toujours de bien mauvaises choses, elles sont du moins plus approchantes du bon que le mauvais goust qui les a précédées et que quiconque aura du goust naturel, sera moins éloigné de la voye qui conduit au bon qu'on ne l'étoit cy-devant, si touttefois ce goust ne devient [par la faute de ceux qui en font la parodie), si décrié qu'on ne puisse plus le souffiîr.

(1) Louii Le Lorrain , peintre d'histoire, né le 10 mars 1713 , admit à l'académie le 21 juillet 1756 , mourut à Saint-Pétersbourg le 24 mars 1759. Il avait été appelé par la Cxarine Elisabeth pour diriger TAcadémic que cette princesse venait d'établir dana sa capitale. ( Consultes suri i Dussieux, AriiUn français à Vitrauger^ page 405).

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