LE COMTE DB CAYLU
REMARdUES.
I. (p. 29). — M. Carie Vanloo eut la complaisance pour suivre les idées du costume qui lui étoient suggérées par M. de Caylus, dépeindre un sujet de la vie de saint Augustin avec touttes figures vêtues de blanc ; mais comme cela ne faisoit aucun effet , il fut obligé de le recommencer. M. Vien a gâté quelques compositions de tableaux par cette même complaisance, et ce fut aussi M. de Caylus qui l'engagea dans ces compositions froides de figures à la grecque ; ce qui étoit d'autant plus dangereux pour ce peintre que, tendant naturellement à un peu de sécheresse, il ne pouvoir que se gâter en traittant de petits morceaux d'un si grand fini.
M^ Vien qui avoit du talent dans la miniature (i) n'osa jamais entreprendre de s'attacher à peindre des têtes, ce qui lui auroit pu valoir beaucoup d'argent, dans la crainte d'irriter M. de Caylus, qui vouloit absolument qu'elle ne fit que de l'histoire naturelle.
Pigalle en a reçu quelquefois des conseils , qu'à la vérité il n'a point suivis, les regardant comme nuisibles à son ouvrage ; mais aussi il n'en a point été l'ami. Beaucoup d'autres artistes ont été dans le même cas.
II. (p. 36). — Il y a apparence que l'Académie d'architecture a craint de s'exposer aux criailleries du protecteur, qu'elle pouvoit sçavoir d'ailleurs qui ne la
(t) » Madame Vien met dans set animaui de la TÎe et du mouTement • (Diderot, Salon de 77^7, dans ses Œuvres, XIV, Ed. Naigeon, p. 377).
68 MéMOIRES DE COCHIN.
ménageoit pas, car il étoit très-irrité que cette Académie se passoit d'amateurs, parce que, sans doute, s'il y en avoit eu, il l'auroit été.
Elle aura mieux aimé laisser feire , d'autant plus que si quelqu'un de ses membres en eût entreprb la critique, on n'auroit pas manqué de dire que c'étoit qu'il vouloit s'approprier l'ouvrage.
On croit faire merveille de demander l'avis de ces corps ; comme j'ay l'honneur d'être d'un, je sçais un peu ce que c'est. Ils ne peuvent presque jamais le donner bien franchement et sont retenus par mille bienséances» parce que tout ce qui s'y dit est trop connu. D'ailleurs le plus grand nombre dans ces corps est toujours les médiocres, et comme c'est la pluralité des voix qui décide, le résultat n'est pas toujours le sentiment des plus habiles. Il vaut mieux prendre l'avis d'un petit nombre des plus célèbres , et le prendre sans éclat.
III ( p. 36). — Croiroit-on cependant que cette idée de tabernacle a reçu les plus grands éloges de M. Rîgolet de Juvîgny. Fier d'avoir fait jadis un mémoire contre M. de Voltaire dans l'afifaire de Travenoiles (i) qui avoit fait quelque bruit et qui est presque le seul ouvrage qu'on puisse citer de lui, il se croyoit un homme de goust et dont la décision étoit de poids surtout dans les Arts. 11 avoit à la vérité une grande facilité à bazarder son sentiment et une surabondance de paroles pour le soutenir.
IV (p. 40). — Cette réponse étoit dure et haute ;
(1) Ce Travenol était violon de l'Opéra Mis en jugement pour avoir colporté des libelles contre Voltaire , Rigoley de Juvîgny le défendit et attaqua , suivant la tactique ordinaire , la partie adverse.