‹ Mémoires inédits de Charles Nicolas Cochin sur le comte de Caylus, Bouchardon, les SlodtzChapitre 8 sur 46 · LB COMTE DS CAYLUS · texte numérisé non relu

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et même le faire paroistre excusable , mais ou on ne les lui dit pas , ou il ne sçut pas en tirer parti. Il se justifioit de l'erreur de prix de sa soumission , en la rejettant sur les ouvriers de différens genres qu'il avoit consultés ; mais il ne justifioit point le motif qui avoit pu Tauthoriser à courir sur un marché fait par un de ses confrères depuis longtemps.

La fin de cette rumeur . c'est qu'il fut inscrit sur les registres de l'Académie une sorte de réprimande , où il lui étoit enjoint d'être plus circonspect à l'avenir. II y parut d'abord sensible ; mais à peu de temps de là il revint à l'Académie, et y prit le ton aussi haut que si l'on n'avoit jamais rien eu à lui reprocher.

On ne parla point de M. Falconet à l'Académie, non qu'on ne fut très mécontent de son procédé , car il paroissoit à plusieurs moins excusable que Vassé , qui avoit pu être aveuglé par son intérest et par le désir d'être chargé d'un grand ouvrage. Mais Falconet sembloit avoir fait le mal sans intérest, et seulement par un motif d'envie.

DaiUeurs la duplicité de ce certificat , où il avoit voulu se réserver un faux fuyant . lui attiroit peu d'estime. Cependant, comme on étoit assés fâché d'avoir à mortifier un confrère , on ne cherchoit point à grossir le nombre des coupables; quoiqu'on n'aimast pas le caractère de Falconet , on estimoit ses talens ; de plus il paraissoit si embarassé du

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sot rôle qu'il jouoit dans cet affaire qu'on ne voulut pas augmenter sa honte.

M. de Caylus, voyant le tour qu'avoit pris cette affaire , prit le parti de blâmer la conduite de Vassé , et » dans l'occasion , d'assurer , sans affectation, qu'il n'en avoit point été informé; mais on n'en crut rien, et l'on soupçonna toujours qu'il avoit trempé dans cette intrigue et même qu'il en étoit le moteur. Qui est ce qui ne sçait pas combien les gens de considération qui ont autant d'esprit qu'en avoit M . de Caylus, sçavent éviter d'être compromis ? Surtout lorsque les subalternes n'osent dévoiler la part qu'ils y ont , de crainte de s'en faire des ennemis.

Ce qui aida à confirmer cette idée c'est qu'ils n'en furent pas moins bons amis qu'auparavant. Le comte en a donné une dernière preuve en marquant à sa mort le désir que ce fût Vassé qui fit son tombeau ; du moins M . de Lignerac , son héritier et M. Bombarde , son bon amy , (i) l'ont annoncé à l'Académie.

Il est bon d'observer , à l'égard du petit despotisme que M . de Caylus vouloit exercer sur les arts , qu'il y avoit été accoutumé peu à peu , ce qui le rend plus excusable. Peut-être même dans les commencemens de ses liaisons ayec les artistes n'avoit-il nullement ce dessein.

Sous le ministère de M. de Maurepas, qui étoit

(l| Voyex les Remarques, IX (p. 71).

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fort son amy , c'étoit en quelque manière lui qui avoit décidé de tout ce qui concernoit les arts. Sous la direction de M. de Tournehem, il y avoit encore eu bonne part par le moyen de M. Coypel sur qui il avoit pris l'ascendant ; mais M . de Marigny ne voulant point être dirigé , il n'y étoit plus appelé. N'étant plus le canal des grâces , quoique personne n'eût dessein de le négliger ; tout naturellement on devient moins assidu chés ceux de qui l'on attend presque plus rien ; ainsi il se voyoit moins courtisé dans l'âge justement crû n'ayant plus que ce hochet , il devient plus nécessaire. Cela peut avoir contribué à lui donner de l'humeur contre les artistes.

S'il n'avoit plus guères de part aux affaires de l'intérieur . il lui restoit les correspondances qu'il s'étoit faittes dans les Cours étrangères. Il disposoit encore de presque tous les ouvrages qui se faisoient pour le dehors. Le mal étoit qu'afm de se conserver ce crédit chés l'étranger, il abusoit quelquefois de Tauthorité qu'il s'étoit acquise sur les artistes pour leur faire faire des marchés ruineux, et à l'exception de ses bons amis, comme Saly (i) et Vassé , tous les autres gens de

(i) M. Georges Duplessis ( Essai de Bibliograpbû générale des Beanx» Arts) signale un Catalogue de tableaux , sculptures eu broute, terre, plâtre et ivoire t dessius, provenant du cabinet de feu M. Saly chevalier de l'ordre du roi , de rAcadémie royale de peinture et sculpture de Paris, de celle de Copenhague , etc. par P.-C. Joullain fils. Vente i Paris du 14 juin 1776, in-8.

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talens qu'il a employés pour remplir ces commissions dont il aîmoit à être chargé , y ont très mal fait leurs affaires.

Voila ce que j'ay sçu de plus intéressant touchant M. le comte de Caylus. On ne peut nier qu'il aimoit les arts , qu'il les connaissoit assés bien et qu'il a beaucoup fait pour eux : mais lorsqu'on observera sa conduitle on trouvera qu'il y vouUoit dominer trop impérieusement , que le plus grand nombre des services qu'il a rendus aux artistes (i), à l'exception de quelque favoris en petit nombre , a presque toujours été à de petits garçons qui lui étoient très-soumis; que ces services mêmes étoient cruels , en ce qu'il mettoit toujours des prix si bas aux ouvrages qu'il leur faisoit faire , qu'à peine y trouvoient-ils leur nécessaire. (2)

Si en lisant ces anecdotes quelqu'un trouve que j'ay traitté trop sévèrement M. de Caylus, je réponds que j'ay dit la vérité telle qu'elle m'a parue et telle que Tout vue presque tous nos artistes; qu'il est utile que l'on connoisse les petites tirannies que souvent les amateurs exercent sur les artistes , afin que ceux qui leur succèdent apprennent que la dureté et l'injustice de leur procédés tost ou tard seront connus. On jugc^iit les rois d'Egypte après leur mort : Loy d^aufant plus sage et plus juste , qu'on n'ose ydtmin IcH juger de leur vivant.

Oy y^f^Mf ifn Rêmarquei^ X(p. 75).

y%i ytty^f >•• ftmartjvet, X! (p. 75.)

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