DE M A D A 31 K D E G E M. I S . I I
tion , je n'ai pas relus et dont je n'ai pas eorrigé les épreuves.
Si la plus horrible catastrophe n'eût pas terminé la vie de madame la princesse de Lamballe, l'article qui, dans vos Mémoires, la concerne , n'eût été que curieux , et vous n'auriez pas dû l'omettre; mais après cette lin tragique, épouvantable, citer d'elle un trait ridicule et plaisant
L'AUTEUR
J'écrivis ce trait bien long-temps avant la révolution.
Mais vous venez de le faire imprimer.
L'AUTEUR
Je vous le répète, j'ai eu tort et un tort très-grave; mais ne l'attribuez point à mon cœur, il a été uniquement causé par Fétourdei^ie et la distraction que vous me connaissez et dont l'âge et l'expérience n'ont pu me corriger. Ce tort est d'autant plus incompréhensible que je fus jadis véritablement bouleversée en apprenant ce déplorable événement.
t s COMTKSSK.
Votre ànie est si bien faite pour compatir au malheur et pour le respecter!.... Et il faut convenir qu'une telle mort ôte le droit de critiquer l'infortunée victime d'une semblable atrocité.
L'AUTEIR.
Cependant il n'en est pas moins vrai que tous ces grands personnages , lorsqu'ils n'existent plus, appartiennent à l'histoire quel qu'ait été leur genre de mort. Tous les historiens , même les contemporains, sans révolter personne, ont parlé avec détail des fautes et des défauts de l'infortuné Charles, qui périt sur un échafaud; ils ont parlé de même de Tintéressante et belle Marie Stuart.
LA COMTES.Sk.
J'avoue que sans. cette espèce d'impartialité il seroit impossible d'écrire fidèlement l'histoire ; mais il y a long-temps que j'ai remarqué que Ton a toujours pour vous une sévérité particulière , et , à le bien prendre , vous pourriez voir en cela plutôt un éloge très-flatteur qu'un sujet de mécontentement.
L'AUTEUR
Pour avoir ce bon caractère il faudroif avoir
un amour-propre qu'aucun droit ne peut me donner.
LA COMTLSSE.
Permettez à l'amitié d'avoir pour vous ce bon caractère : mais pour vous prouver l'excès de sévérité dont vous êtes l'objet , je vous rappellerai les mémoires de madame de La Fayette '.
J.'AUThU R.
Je les ai lus , mais je ne m'en ressouviens plus du tout.
Moi , je viens de les relire , je vous apporte le livre; j'ai marqué les passages , écoutez :
(Elle lit tout liaut.>
Madame de La Fayette étoit amie intime et depuis 1 enfance de madame Henriette d'An-
' MM. Etienne et Jay viennent de publier une nouvelle édition de ces curieux et piquans Mémoires. Ces deux célèbres critiques ont placé en tête de cet ouvrage deux Notices du plus grand intérêt, l'une sur madame de La Fayette , et l'autre sur madame de Tencin , dans lesquelles on retrouVe au plus haut degré cette pureté de style et cette élégance qui distinguent les ouvrages de l'historien du cardinal de Richelieu et du spirituel auteur des Deux Gendres.
( '^olo de TeiUtcur.)
gieterre*, première femme de Monsieur, frère de Louis XIV : après le mariage de madame Henriette , madame de La Fayette lui fut attachée , elle devint bientôt sa confidente : ce fut alors qu'elle écrivit l'histoire de cette princesse dont voici quelques échantillons : elle conte que Madame eiitreienoit une galanterie avec le comte de Guiche
L'AUTEUR
Comment elle dit cela ! mais c'est ternir sa réputation.
Écoutez, écoutez, vous entendrez bien d'autres choses : Monsieur lui défend de voir le comte de Guiche auquel il donne l'ordre de partir.
« Madame le reçut en secret pour lui dire
* Madame Henriette d'Angleterre fut élevée, en France, aux Filles de Sainte - Marie , dont mademoiselle de La Fayette (celle qui fut aimée de Louis XÏII ) étoit, depuis sa profession religieuse , devenue supérieure : madame de La Fayette , plus âgée de dix ans que la princesse , avoit épousé le frère de mademoiselle La Fayette , et comme elle alloit souvent voir sa belle-sœur , elle vit au parloir la jeune princesse qui prit pour elle la plus tendre amitié.
(^'tltc de l'aulciir. )
DE .AJADAMK DE CE > El. S. IK)
» adieu; lorsqu'elle eut dîne, elle lit semblant » de vouloir dormir ; elle passa dans une ga- » lerie où le comte l'attendoit : il étoit venu » par un escalier dérobé et on l'enferma d'a- » bord dans un oratoire, ensuite il entrr^ dans » la galerie. Monsieur revint inopinément ; » tout ce qu'on put faire fut de cacher le comte » de Guiche dans une cheminée où il demeura » long-temps sans pouvoir sortir : enfin Mon- >j talais ( fille d'honneur de la princesse et con- » fidente de l'intrigue) , l'en tira. Tout futdé- » couvert : Montalais eut ordre de se retirer w sur-le-champ. Elle conjura la maréchale Du- » plessis ( qui lui signifia cet ordre ) , de lui » faire rendre ses cassettes, parce que si Mon- » sieur les voyoit , Madame étoit perdue. Mon- » sieur consentit à les rendre sans savoir ce » qu'elles contenoient '.
L'AUTEUK.
Tout cela est affreux...
Ecoutez, écoutez
(( Madame promit à Monsieur et au Roi de
• Chose que madame de La Fayette trouve admi ntble,
Nnlp (le railleur.)
» rompre toutes sortes de liaisons avec le » comte de Guiche; Madame ne tint pas pa- » rôle. Vardes, amoureux de Madame, de- » meura le confident
» Vardes enfin déclara sa passion à Madame, » qui ne le rebuta pas entièrement ; il est dif- )j ficile de maltraiter un confident aimable, » quand l'amant est absent »
L'AUTEUR
Voilà une jolie maxime ! Tout cela est inconcevable.