‹ Mémoires inédits de Madame la comtesse de Genlis (volume 2)Chapitre 15 sur 63 · IM E AI O I R E S · texte numérisé non relu

IM E AI O I R E S

jours fâchée que cet article se trouve dans des Mémoires si volumineux , où vous montrez d'ailleurs tant de bonté et d'égards pour les personnes et les réputations.

L'AUTEUR

Il est certain que j'y ai réfuté, sans effort, plusieurs imputations calomnieuses sur mes ennemis mêmes , et que je ne me suis point permis d'y insérer des anecdotes scandaleuses , et assurément, en plus de soixante ans, j'ai pu en recueillir un grand nombre. Mais quel

» dit de bonne foi ; et cependant , vous me quittâtes n franc et net pour le galoper ; cela sappelle rompre de » couronne à couronne; c'est n'avoir aucun ménage » ment, et manquer à toutes sortes d'égards. Vous sen- )) tez que cette manière d'agir m'a tiré de grands rideaux. ^> \ ous avez oublié qu'il y a des choses dont je ne tate » jamais , et que je suis une espèce d'homme que l'on ne » trouve pas aisément sur un certain pied. Sûrement ce » n'est point mon caractère que d'être dupe et de donner )) dans le panneau tête baissée. Je me le tiens pour dit; » j'entends le françois. A la vérité, je ne ferai point de i> fracas : j'en userai fort honnêtement ; je n'afficherai » point; je ne donnerai rien au public . je retirerai mes » troupes; mais comptez que vous n'avez point obligé un

( Noie de l'auteur. )

DE MADAME DE CE N LIS. I j6

est donc le second reproche que vous avez à me faire?

Comment , chère amie ! vous avez comparé Bonaparte à Titus !....

L'AUTEUR

Il eût été trés-ridicule de comparer leur vie et leur caractère; je ne les ai comparés que sur un fait, qui n'est même pas un éloge de Napoléon et qui ne prouve que la puissance dont il a joui et qu'on ne peut contester.

Je suis forcée de convenir que cette réponse est satisfaisante; ce sera donc le seul passage de vos Mémoires que j'aurai lu avec légèreté.

L'AUTEUR

Je sais bien la raison de cette inadvertance si remarquable en vous qui lisez ordinairement avec tant d'attention et de fruit.

Quelle est-elle cette raison ?

L'AUTEUR, souriant.

C'est que tout ce qui paroît être (au premier coup d'œil) à la gloire de Napoléon vous déplaît un peu.

LA COMTKSSE.

Je ne suis pourtant jamais injuste , pas même pour lui. ^»

L'AUTEUR

Je le sais ; cependant quelquefois il vous faut, sur ce point, un peu de réflexion.

l.A -COMTESSi:.

J'ai encore un petit reproche à vous faire , mais qui me regarde personnellement.

L'AUTEUR

Il m'en sera plus sensible s'il est fondé.

LA CO.MTESSE.

J'aurais mieux aimé que vous n'eussiez point inséré du tout certaines pièces de vers de moi qui se trouvent dans vos Mémoires, que de les mutiler comme vous avez fait; entre autres les pièces intitulées : Le Retour des Bourbons, celui d Espagne de monseigJieur le duc d'Angoulêrtie , et CEpître à Sa Majesté l'empereur de Russie, S'il y a quelque mérite dans ces poésies, il est assurément impossible d'en juger sur quelques vers isolés; et j'avoue qu'il me semble qu'il y avoit de la verve, de l'énergie et de la vérité dans ceux que vous avez supprimés.

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