LA CO 11 KS.^K
Je crois. que vous vous exagérez beaucouj) ce prétendu sujet de reconnoissance ; il faisoit des pensions à tous les gens de lettres : pouvoit-il se dispenser de vous en donner une .-*
L'AUTEUR
Le maximum de ces pensions étoit de quatre mille francs, il m'en a donné six mille; j'ai eu de plus, pendant neuf ans, sous ce gouvernement, un logement superbe.
Vous avez bien payé toutes ces gràees , puisqu'il exigea de vous de lui écrire tous les quinze jours, et qu'il vous refusa la permission d'imprimer les Mémoires de Bangeau.
L'AUTEUR
Je n'en ai pas moins, durant iwie longue suite d'années, joui de ses dons; les accepter étoit s'engager à la reconnoissance.
Pour moi , qui ne lui devois rien, et qui n'ai jamais eu le moindre rapport, même indirect, avec lui, j'avois bien le droit d'exprimer sans détour ma façon de penser à son égard.
L'AUTEUR
Assurément, et tout le monde doit en convenir; ce qu'il y a de plus singulier, c'est que, malgré la ditTérence de nos situations , et par conséquent de nos procédés sur ce point, j'ai toujours eu pour notre antique race royale tout l'attachement que l'on peut avoir; je l'ai prouvé sous le régne même de Napoléon, comme on peut s'en convaincre en lisant Mademoiselle de Clermont, Madame de La FalUèrey Madame de Maintennn , Mademoiselle de La Fajefie ,
DL M AD AMI-: DE GE.\LIS. ï 27
un Trait de la Fie de Henri IV ^ le Siège de la Rochelle , etc
Et en publiant, dans les premiers jours de son retour de l'île d'Elbe, la Vie de Henri IV, sans souffrir qu'on y mit un seul carton, et quoiqu'on vous eût défendu sous son règne de publier cet ouvrage. Mon amitié pour vous a bien joui de cette action véritablement louable ' .
» Je n'ai certainement pas eu l'intention de faire dans cet ouvrage des allusions contre IXapoléon ; mais il s'en trouve àe fait (\\n sont peut-être jdIus fâcheuses encore. Comme historien , je ne pouvois me dispenser de parler de Philippe II , roi d'Espagne , et de tracer son portrait ; comme moraliste , je devois terminer ce morceau par des réflexions critiques sur les funestes conséquences de l'ambition des souverains , alors même que cette ambition est heureuse, du moins pour un temps, et c'est ce que j'ai fait. J'avois voulu néanmoins faire paroître cette histoire sous le règne de Napoléon , car en pensant au succès, même auprès de lui , de mes romans historiques, je croyois qu'il ne s'oÉFenseroit pas de ces réflexions générales ; mais ayant reçu depuis l'ordre de ne point faire imprimer cet ouvrage , j'étois bien sûre qu'à son retour de l'île d'Elbe, et revenant avec beaucoup de ressentiment et d'humeur , il seroit très-blessé de cette publication ; ainsi il y eut en effet de ma part un grand courage à la risquer. ' ( Note de Tauipur. )
I2-S AiÉMOIR-ES
L'AUTEUF.
\ nus })()i!M'z aussi , mon amie, me rcndie ia justice que je suis une très-bonne royaliste ; il est vrai que je ne suis pas une ultra.
Je n'ai pas à vous défendre sur ce point , car personne au monde ne vous en accuse ; mais je répète avec vérité que vous ne serez jamais du parti des libéraux y s'il en existe ou s'il en renaît encore , et que vous ne serez même pas de celui qu'on appelle anti-ministériel.
L'AUTErB.
Non certes , puisque j ai toujours trouvé que tout bon citoyen qui sait réfléchir ne les attaquera jamais avec acharnement , parce que ces déclamations répétées peuvent , en quelque sorte, troubler la sécurité générale si nécessaire à tout >f;ouvernement.
LA comtî:ssk.
Vous voudriez donc que Ton soutînt tout sans se plaindre?
L'AUTEUR
ÎNon ; mais je veux qu'on se plaigne d'abord s*ans éclat au gouvernement même , et qu'ensuite si la plainte, bien fondée, bien équitable.
a été rejetée , on la rende publique; mais sans y mêler le ton de l'aif^jreur et de l'animositc qui ne pourroit que nuire à son effet.
Je ne vous parle point de quelques autres reproches qu'on vous fait, parce qu'ils sont absurdes et d'une extrême puérilité.
L'AUTEUR
Nous sommes si frondeurs dans ce siècle!...
Oui , et nous le sommes tellement que , lorsque nous ne pouvons blâmer ce qui est , nous avons une prétendue prévoyance sombre et morose qui nous fait blâmer ce qui peut arriver et ce qui communément n'arrive point. Le pain esta bon marché, les établissemens utiles et bienfaisans se multiplient tous les jours , jamais la charité n'a été plus active ; enfin îa conscription ne nous arrache plus nos cnfans : cependant on répète toujours; avec humeur que cet état de choses ne peut durer, et ia dcsastreiLse prévoyance des frondeurs conserve toir-f' jours sa tristesse.
LAUTEUR.
Rien ne le prouve mieux que îe siii'^ulTcr