CHAPITRE VI
De l'Inconséquence.
Les écrivains dont je viens de parler, en y joignant J.-J. Rousseau et Helvétius, ont poussé plus loin encore le ridicule de l'inconséquence et des contradictions ; le pour et le contre alternativement soutenus dans le même
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ouvrage, de belles phrases et des blasphèmes sur la religion, d'excellens et d'abominables sentimens dans le même volume, les auteurs se montrant successivement bons citoyens et séditieux, chrétiens , déistes , sceptiques , athées : voilà ce que présentent constamment leurs écrits. M. l'abbé Barruel , dans ses Lettres helviennes. a fait ce curieux rapp.rochement, tout en citations scrupuleusement exactes , et ces citations
forment cinq gros volumes M Ils ont
poussé l'inconséquence jusqu'à se dépriser et se déshonorer eux-mêmes , se louant , se vantant, avec un orgueil sans exemple, et détruisant tous ces éloges par les plus étranges aveux. J.-J. Rousseau, dans ses Confessions , dit nettement et en propres termes qu'il est le plus vertueux et le meilleur des hommes , et il convient qu'il a été libertin , ingrat; qu'il a volé et rejeté son crime sur une personne innocente ; qu'il a changé de religion par une vue d'intérêt , et qu'il a mis tous ses enfans à l'hôpital. Diderot et d'Alembert , dans mille endroits de leurs écrits, élèvent aux nues le
' Qui lie sont qu'un trcs-pctit cchaotillon des incon séquences philosophiques.
(Wyle Je l'auleurj
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grand œuvre de V Encyclopédie , et répètent sans cesse que cette entreprise immortalisera ses auteurs ; et dans d'autres pages , ils en parlent avec une modestie qui va jusqu'à l'humilité. Enfin Diderot lui-même en porte ce jugement : (( UEncjclopédie fut un gouffre où » des espèces de chiffonniers jetèrent pêle-mêle » une infinité de choses, mal vues, mal di- » gérées , honnes , mauvaises , détestables , » vraies, fausses, incertaines, et toujours in- » cohérentes et disparates. » A côté de cela , il déclame avec emportement contre ceux qui o%ç:wi QQn?>\iveYY Encyclopédie : M. de Voltaire, dans son Dictionnaire philosophique , appelle noblement ces critiques des gadouards ; et d'Alembert, dans sa préface du troisième volume de VEncfclopédie , après avoir prodigué de pompeux éloges à tous ses associés, ajoute modestement : n Nous croyons pouvoir » nous appliquer ce mot de Crémutius Cordus : » Non-seulement on se soui^iendra de Brutus )) et de Cassius , on se souviendra encorde de i) nous. » Cettte citation est très-remarquable, quoiqu'elle ait échappé jusqu'ici à la pénétration de la critique. Ce Brutus uni à Cassius désigne le républicain meurtrier de César
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Et Créinutius Cordus fut un philosophe séditieux , dont tous les ouvrages furent brûlés
publiquement par un ordre du sénat
L'allusion est ingénieuse et très-juste
Nous allons maintenant oifrir quelques réflexions sur les dilférens genres d'écrire.