‹ Mémoires inédits de Madame la comtesse de Genlis (volume 2)Chapitre 48 sur 63 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

. Sur les Lectures.

Dans la société, avant la révolution, les lectures d'ouvrages manuscrits étoient beaucoup plus fréquentes qu'elles ne le sont aujourd'hui ; d'abord , parce qu'on fait infiniment moins d'ouvrages, quoique l'on écrive beaucoup plus. Mais jadis les auteurs travailloient pour les bibliothèques ; ils mettoient leur esprit en volumes ; ils le mettent aujourd'hui en feuilles volantes. La postérité n(à\\ connoitra pas une ; ce qui est fort indifférent aux auteurs ; car communément ils n'écrivent que pour le moment , et pour une ville, souvent même pour un faubourg ,

Quand les gens de lettres feroient des ouvrages de littérature, les lectures en seroient bien orageuses dans une nombreuse assemblée : on n'y chercheroit que des a/te/oTZJ^ ; plusieurs auditeurs ne manqueroient pas d'en trouver d'offensantes , et l'on verroit ce qu'on n'a jamais vu , un auteur sifflé dans un salon.

On pensoit autrefois que pour bien lire dans

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un salon , il ne falloit pas, à beaucoup près , déclamer avec autant de véhémence qu'on le fait au théâtre, et qu'il falloit surtout éviter de faire des gestes ; on trouvoit ]M]\I. de La Harpe et Lemière très-ridicules comme lecteurs , on les appeloit des cner^umènes , parce qu'ils lisoient comme on déclame à la comédie françoise. Aujourd'hui les auteurs, en lisant leurs productions dans la société, se piquent au contraire d'imiter servilement les comédiens qui ont le plus de vogue , et ces derniers eux-mêmes ont multiplié les gestes et porté l'emphase théâtrale fort au delà des bornes qu'elle avoit jadis, i Chez les princes autrefois et chez presque tous les particuliers , à la campagne, on se rassembloit après le diner pour faire une lecture tout haut avant l'heure de la promenade. On lisoit communément de bons ouvrages , des pièces de théâtre, des voyages, des Hvr:€S. d'histoire; ce goût a passé avec celurde ila littérature ' .

' Ici se termine le tome YIII des Mémoires de madame de Geidis; les tomes IX et X\oat para depuis long-temps ; le Journal des De'bats du 20 octobre s'exprimoit ainsi sur le mérite de ces deux volumes :

« La cinquième livraison de=; Mémoires de madame de Tor.iE viii. 19

390 MÉiflOIRES DE MAIXiME DE GENLIS.

Genh's , composée des tomes Vil et VIII, qui termineront cet intéressant ouvrage , est sous presse , et ne tardera pas à paraître. En attendant , le libraire Ladvocat publie une quatrième livraison, formant un neuvième et un dixième volume, qui en sont le complément indispensable. C'est une idée très-ingénieuse d'avoir rattaché à ce tableau piquant de l'esprit et des mœurs en France pendant trois quarts de siècle , ce qui dans les ouvrages de madame de Genlis est propre à jeter de grandes lumières sur cette époque. Les Souvenirs de Félicie ont joui d'un succès que de nombreuses réimpressions avoient déjà constaté. On aimera à les retrouver à la suite des Mémoires, qui y renvoient souvent le lecteur. Le Dictionnaire des étiquettes , réduit à sa plus simple expression , c'està-dire à l'objet positif de son titre, et embrassant une foule de coutumes , d'usages , de bienséances sociales , dont la connoissance prête «d'importans éclaircissemens a l'histoire , se lie au même corps d'ouvrage comme un supplément nécessaire. Ces réimpressions sont d'ailleurs augmentées d'anecdotes écrites avec la pureté de style et racontées avec le charme naturel qui caractérisent toutes les pages de madame de Genlis. Enfin , une correspondance et des nouvelles inédites ajoutent encore un nouveau prix à cette livraison ,^:qui ne sera pas reçue avec moins de plaisir et lue avec moins d'avidité que les précédentes. ':<'' .■)^ '

{Extrait du Journal des DeTfâts\ octobre 182 5.) '

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