‹ Mémoires inédits de Madame la comtesse de GenlisChapitre 32 sur 38 · TOME 111. ig · texte numérisé non relu

TOME 111. ig

Puisque vous m'en laissez la liberté, ilest juste que j'écrive eeci sur ce journal où j'écris scrupuleusement toutes vos fautes. Il est juytc que j'oiïfe un tel exemple. Quand vous faites mal, je vous Blâme sans aucun ménagement ; quand vous faites bien , je vous loue sans tournure : je vous dis, en toute chose, l'exacte et simple vérité. Je dirai donc à M. le duc de Chartres que , depuis un an surtout , son caractère a prodigieusement gagné : il étoit né bon; mais il devient éclairé et vertueux. Il n'a rien de la frivolité de son âge ; il dédaigne sincèrement les puérilités qui occupent tant de jeunes gens; les airs, la parure, les bijoux, les colifichets de tout genre, la fureur de suivre le premier les modes nouvelles , etc. Il n'a aucun attachement à l'argent, il est désintéressé, méprise le faste, et il est par conséquent très-noble ; enfin il .1 un excellent cœur, qualité qui vous est commune à tous, et qui peut, avec de la réflexion , produire toutes les autres. INI. le duc de JMontpensier est moins exempt de fantaisies et de frivolités, il est moins doux , moins facile à vivre, mais il est plus jeune; il a un penchant el une admiration naturelle ])our tout

ce qui est iioniiètc., et un fond de doiture et d'tuinitc qui le caractérisent parlieulièrement-. Il a bcaucoLip de délicatesse dans les sentimens, et son imagination est très-vive. Ce qui lui manque surtout, c'est de savoir modérer et bien diriger son amour-propre ; il le porte quelquefois sur des minuties, ce qui rétrécit rame et Tesprit : quand il se corrigera de ce défaut, il acquerra toutes les qualités qui lui manquent; il ne sera plus susceptible; il ne s'occupera plus d'un gilet ou d'un liabit ; il ne se moquera plus de mille puérilités qui sont en elles-mêmes fort indifférentes. Au reste, tout ceci n'est relatif qu'au passé ; car je n'ai pas le moindre reprocbe à lui faire sur son caractère et sa conduite depuis l'institution des prix.

Je dois aussi rendre compte , rapidement , de l'état de mon cœur et de mon esprit durant cette suite d'années. J'ai dit que ces années furent heureuses : elles le furent de fait, jusqu'à l'époque où je perdis ma fille, ma mère et madame de Puisieux, ce qui ne fut que vers la fin de l'éducation; mais je

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