TOME III
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pour vous, mesdames; mais, à dire la vérité, je crains un peu pour mes mulets, parce que Tan passé j'en perdis deux qui furent écrasés par de gros morceaux de roches qui tombèrent sur eux , car il s'en détache souvent de la montagne. )) Cette manière de nous tranquilliser ne nous rassura pas beaucoup ; mais cependant elle nous fit rire, et nous partîmes '.
Nous envoyâmes par mer nos femmes et nos bagages : M. de Clermont fit le voyage avec nous; lui, MM. de Mous lier et de Nidisdale, et M. de Genlis , étoient sur des mulets , et nous en chaises à porteurs. A peu de distance de Nice, dans un lieu appelé la Turhie , nous trouvâmes une charmante feuilléc toute couverte de guirlandes de fleurs , et dans laquelle étoit un excellent déjeuner : c'étoit une galan-
* Avant de quilter Nice je dois dire que la mode d'envoyer les pojlrinaires dans ce lieu est étrange et pernicieuse. L'air de IVice est en cfTet très-pur, mais il est si vif, (ju'il ne convient nullement aux poitrines délicates. La pulnionie est le seul mal qui y soit commun, et alors les médecins de INice s'empressent d'envoyer leurs malades aux environs de Lyon.
(Noir de l'auteur. )
terio du coniinandant de JNioe pour inadanie la duchesse de Chartres, voyaj^eant sous le nom de comtesse de Joiiiville. Eu sortant de INice, on trouve le vieux château de Montalban, pris par les François en ij44y deux lieues plus loin nous nous arrêtâmes à la vue de la tour d'Eze , dominant sur la mer, et dont la situation est admirable : au bout d'une heure nous reprîmes notre marche. Cette route est parfaitement bien nommée la Corjiiche ; c'est en effet presque toujours une vraie corniche, en beaucoup d'endroits si étroite qu'une personne y peut à peine passer : d'un côté, d'énormes rochers forment une espèce de muraille quiparoît s'élever jusqu'aux cieux , et de l'autre on se trouve exactement sur le bord de précipices de cinq cents pieds, au fond desquels la mer, se brisant contre des écueils, produit un bruit aussi triste qu'effrayant. Dans tous les passages véritablement dangereux, nous avons mis pied à terre , et on nous les a fait passer en nous tenant le bras. Depuis Monaco jusqu'à Manton , l'on respire : le chemin est très-beau. Cette dernière ville est agréable ; elle est située sur le bord de la mer , et l'on y trouve une quan-
tité de citronniers et d'oranj^er,? dont Tair est embaumé. Après Manton le cliemin redevient effroyable ; cependant nous commencions à nous y accoutumer , et la vue d'une prodigieuse quantité de jolies cascades naturelles nous cliarmoit tellement, cprelle nous faisoit oublier presque les précipices. Arrivés à la Bordigbiera , petite ville où l'on trouve de superbes palmiers , dispersés parmi des ruines d'un très-bel effet, il a fallu s'arrêter encore pour jouir du plus ravissant point de vue que nous eussions rencontré. Enfin, à sept heures, la nuit tombante nous a forcés d'arrêter et de coucher à l'Hospitaletta , le plus affreux gîte où l'on ait jamais donné l'hospitalité , et qui n'est qu'à dix lieues de Nice. Nous couchâmes toutes les trois dans la même chambre, nous arrangeâmes pour madame la duchesse de Chartres une espèce de lit fait avec les couvertures des mulets et de la feuillée; dans la même chambre se trouvoient deux prands tas de blé, et le maître de la maison
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nous assura , ma compagne et moi , que nous dormirions fort bien en nous établissant sur ces monceaux de grains; nos sigishés nous donnèrent leurs manteaux pour couviir ces
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monceaux de fjrains. Il ialloit se coueher dans une atliUide sin^julière , e'est-à-dire presque debout. Nous passâmes la nuit dans une agitation continuelle , causée par les glissades et les ébouleniens des grains de blé. Nous vîmes avec un grand plaisir paroîtn! le jour, et comme nous étions tout habillées, nos toilettes ne retardèrent pas le départ. Le lendemain la journée a été très- fatigante, (pioique nous n'ayoïis lait (jue cinq lieues cl demie. Mais nous avons tiouvé de si mauvais chemins , que j'ai fail presque toute la route à pied, toujours comme la veille , côtoyant la mer , tantôt au haut d'un précipice , tantôt sur un rivage fort étroit et marchant sur de gros cailloux pointus. D'ailleurs tout le pays que nous avons parcouru est aride et affreux; nos porteurs éloient les plus vilaines gens du monde, n'entendant ni le françois ni l'italien, parlant un jargon inintelligible, et s'enivrant, jurant et se querellant sans cesse. Il est difficile de ne pas s'intéresser à leurs disputes , quand, porté par eux, on les voit sur les bords d'un piécipice , tout à coup trembler de colère , s'agiter, chanceler, et ne porter la litière que d'une main , afin d'avoir la liberté de faire des
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(gestes nienaçans de l'autre. Ils suspendent lés chaises à leurs épaules par le moyen de longues courroies, mais il est toujours nécessaire de tenir les hâtons qui les portent. Ces litières ne ressemhlent nullement à des chaises à porteurs ordinaires. Ce sont des espèces de chaises longues, étroites et peu allongées ; l'endroit sur lequel on est assis est couvert d'un petit berceau en toile cirée fait pour y garantir de la pluie. On a les jambes étendues, sans avoir la liberté de les plier, et mes pieds passoient ]a chaise. Nous fûmes assez bien logés à Saint- Maurice, petit port de mer.
Le chemin de Saint-Maurice à Albenga est rempli de passages effrayans ; mais cette route offre des points de vue admirables, entre autres celui qu'on trouve au haut de la montagne qui domine la ville de Languella. La descente de cette montagne est très-escarpée et fort dangereuse. Nous la descendîmes à pied, et je puis même dire à pieds nus, car les rochers, que nous gravissions depuis trois jours, avoient tellement usé et percé nos souliers, que les semelles on étoient presque entièrement emportées; et, ne prévoyant pas que nous dussions autant marcher, nous n'avions pas eu la pré-
caution d'eu prendre plusieurs paires. A dix; lieiu'es du matin nous finies arrêter nos ])orteurs sur le sommet d'une monta;o:ne, de laquelle nous découvrions la ville d'Albenfja , au milieu d'une plaine délicieuse; ce qui est une singularité très -remarquable sur cette côte, toutes les autres villes étant situées sur de& rochers. Au bas de la montagne se trouve une plaine immense et fertile , entourée de rochers et de montagnes majestueuses, dont quelquesunes sont couvertes de glaces. L'aridité des rochers, l'aspect imposant des montagnes , forment un contraste singulier avec la beauté riante et la fertilité de la plaine ; les prés v sont émaillés de pensées et de lis ; le laurierrose y croît sans culture; on y voit tous les champs entourés de longs berceaux de vigne , et à travers ces charmantes galeries à jour on découvre la verdure , les ileurs et les fruits renfermés dans l'enceinte de ces légers treillages, dont toutes les arcades sont ornées de guirlandes de pampre élégantes et flexibles, que le moindre vent fait mouvoir; il semble, dans ce délicieux séjour, que la terre y soit cultivée non pour les besoins de l'homme, mais seulement pour ses plaisirs. Tous les oh-
jets qu'on y reiicoiitio sont agréables. C'est là qu'on voit de véritables bergères. Toutes les jeunes filles sont coiffées en cheveux avec un bouquet de Heurs naturelles placé sur la tète du côté gauche. Elles sont presque toutes jolies , (>t surtout remarquables par l'élégance de leur taille.
Pour éviter une montagne horriblement dangereuse , nous nous embarquâmes à Pietra, et nous finies trois lieues et demie par mer. A Nori nous reprîmes nos chaises. Du haut de la montagne qui domine les villes d'Anvaye et de Savone, on découvre la plus belle vue de l'univers; c'est ce qu'on rencontre de plus remarquable depuis Albenga. Savone est une belle ville, très-agréablement située, et seulement à douze lieues de Gènes. On voit, au village d'Abbissola, à une petite lieue de Savone, le palais de Rovère et de Duvaizo , tous deux d'une grande magnilicence ; les jardins sont vastes, mais de mauvais goût. J'y remarquai une chose assez singulière , c est qu'on n'y voit aucune des Heurs chaimantes qui croissent naturellement dans les champs, à l'exception de l'oranger; mais le buis y est cultivé avec le plus grand soin, et des vases
Dl. MADAME DE GEXLIS. 2f>
siîp(M-l)0.s , qui oriiont les terrasses, en sont remplis. Ce vilain buis est mis dans les beaux vases, uniquement parce qu'il est là plus cher et plus rare que le myrte, le jasmin et le laurier-rose.
Ce voyage, le plus dangereux, et en même temps le plus curieux que l'on puisse faire, se passa très-gaiement et sans accident; il dura six jours, pour faire quarante lieues. L'horreur des précipices me fit faire plus des trois quarts du chemin à pied, sur des cailloux et des roches coupantes. J'arrivai à Gènes avec les pieds enflés et pleins de cloches, mais en très-bonne santé. Nous avons tant de voyages d'Italie, que je ne ferai point le détail du nôtre ; je ne parlerai que de ce qui nous étoit personnel. L'ambassadeur vint avec nous jusqu'à Reggio, où il resta huit jours. Nous étions là dans les états du duc de Modéne , grand-père de madame la duchesse de Chartres. L'aspect de la Lombardie est aussi riant qu'agréable; les arbres y ont fort peu d'élévation, mais la verdure en est charmante, ils sont tous réunis par de belles guirlandes de pampre '.
* Cette manière de cultiver la vigne, en Italie, est d une grande antiquité, elle a été décrite par Virgile.
(Noie lie rauteui-.)
L'ensemble forme un coup d'œil si ravissant que madame la duchesse de Chartres s'écria naïvement, que son grand-père étoît trop aimable! Elle crut, dans le premier moment, que ces ornemens que nous admirions faisoient partie d'une fête qu'il lui donnoit. Le duc de Modéne reçut madame la duchesse de Chartres avec beaucoup de joie et de tendresse. Ce prince, rempli de bonté, étoit alors âgé de quatre-vingts ans; il étoit aveugle, et il avoit la plus étrange figure. 11 se faisoit mettre du rouge et du blanc, et peindre les sourcils; son nez étoit d'une longueur démesurée : je n'ai point vu d'aspect aussi surprenant que le sien. La cour étoit composée de ses deux sœurs, beaucoup moins âgées que lui. Ces deux princesses n'avoient jamais été mariées; elles étoient bonnes, obligeantes et pieuses '. Le prince héréditaire,
' Quelque temps après, l'une de ces princesses mourut d'une maladie de langueur, en conservant sa connoissance jusqu'au dernier moment. Peu de jours avant sa mort, ne s al)usant point sur son état, elle voulut faire rlle-mùmo la distiibution des legT qu'elle laissoit jiar testament à ses amis; elle se fit apporter ses diamans , ses tabatières (dont elle avoil une belle colleclioa), et tons
fils du duc, étoit fort affable, mais sa galanterie nV'toit rien moins que délicate. L'archiduchesse Marie, sa fille, princesse trèsdistinguée par son éducation et son caractère. L'archiduc Fei'dinand, son mari, avoit un visage charmant , il ressembloit beaucoup à la duchesse de Polignac ; il avoit des cheveux d'une beauté remarquable. Je vais conter une petite aventure qui fera connoîtrc les mœurs de ces petites cours, dont les princes étoient toujours ce qu'il y avoit de mieux, à tous égards. L'homme qui avoit la plus belle place à cette cour s'appeloit le comte de Lascaris; il avoit à peu prés quarante ans ; il étoit petit et gros; son visage n'avoit pas plus de noblesse que sa taille. J'eus la gloire de faire sa conquête, et dés le premier moment. Il étoit surintendant du palais, et distribuoit les logemens; il eut soin de placer (dans le palais de
ses autres Lijoux. Elle se fit acheter une tabatière de corne, afin de s'en servir jvisqu'au dernier instant, et elle disposa de tout le reste , et de tout ce que renfernioit son écrin , en faveur des personnes auxquelles elle avoit destiné ces dons et qu'elle leur fit de ses propres mains.
( Noie de l'auteur.)
Modène , où nous allâmes avec la cour) M. de^ Gcnlis à une distance immense de moi ; il mr donna un appartement superbe : ma eliambrc étoit tout en glaces , et même le plafond. Un soir que, suivant ma coutume, rentrée chez moi après le souper, j'écrivois mon journal, avant de me coucher, assise devant une table portative, j'entendis vis-à-vis de moi un petit bruit. Je lève les yeux , et je vois , avec beaucoup d'étonnement, un panneau de glace, que je ne croyois pas être une porte, s'ébranler, s'entr' ouvrir doucement, et aussitôt M. de Lascaris apparoitre, et, avec un petit air triomphant, venir se jeter à mes pieds. Je me lève , ma table tombe sur lui , la lumière s'éteint , nous nous trouvons dans une totale obscurité. J'appelle à grands cris ma femme de eliambrc, qui accourt en chemise, avec utuchandelle à la main. M. de Lascaris, furieux, se relève, retourne à son panneau de glace, et disparoît. Malheureusement, dans ce tumulte, M. de Lascaris avoit reçu une grande écorchure à la joue. Cette aventure fut sue de tout le monde par l'indiscrétion de ma femme de cliambre et un peu par la mienne. Chacun demandoit à M. de Lascaris ce (pfil avoit à la joue,
HE MADAME DK GK.NLIS. P.Q
co (jiii lui causoil un embarras et une ciolèic concentrée risibles. Depuis ce jour, il fut beaucoup moins galant pour moi , et j'eus infiniment plus de gaieté avec lui. Notre séjour à cette cour se passa en fêtes continuelles. Jai conté, dans mes Souvenirs, Tliistoirede la folle qui, àlleggio, pensa m'étrangler, danger dont je me retirai si ■\fileureusement en lui donnant le seul coup de poing que j'aie donné de ma vie K
' Le surlendemain de mon arrivée à Modène je passai «ine ])artie de la nuit à un bal de la cour; le lendemain ma femme de chambre, qui avoit reçu l'ordre de ne ui'éveiller qu'à midi , descendit de bonne heure, et me laissa seule à mon étage, que mon appartement remplissoit tout entier. A neuf heures j'entendis ouvrir une porte et je vis une grosse et grande servante qui s'avançoit vers mon lit : je lui criai en italien que je voulois dormir encore ; elle se mit à faire des éclats de rire immodérés , et , tout à coup, s'élançant vers mon lit, elle se saisit de mon oreiller qu'elle m'appliqua sur le visage. Alors je conçus que j'étois aux prises avec une folle. Le danger me donna un courage surnaturel; le lit n'avoit point de sonnette, d'ailleurs ma femme de chambre étoit descendue, et je me trouvois seule à cet étage ; je me glissai à terre de l'autre côté de mon lit, avec l'intention de jjagner lajîoile, que la folle, heureusement, avoit laissée
L'ambassadeur de Naples se sépara de nous à Reggio , pour aller, nous dit-il , à Naples ,
ouverte; mais elle vint à moi pour me barrer le chemin et pour me saisir. Comme je marchois très-maladroitement sans talons, et les pieds nus, je vis que je n'éviterois pas la folie , qui tendoit deux grands bras, horriblement robustes, prèls à m'atteindre. Cependant sa marche étoit chancelante, comme celle d'uire personne ivre, et elle rioit toujours à gorge déployée. Je conçus l'espoir de la terrasser, pendant que ses rires convulsifs dévoient lui ôter toute sa force, et je l'attendis, sinon de pied ferme, du moins avec une volonté très-déterminée. Quand elle fut tout près de moi , je lui appliquai sur la poitrine le premier coup de poing que j'aie donné de ma vie; elle tomba sur-le-champ avec un bruit qui fit retentir toute la chambre. Après cette éclatante victoire, je m'échappai , je courus sur l'escalier, appelant à grands cris à mon aide. Ma femme de chambre, deux valets de pied et un valet de chambre de madame la duchesse de Chartres accoururent. J<! les envoyai prendre ma folle et je restai sur l'escalier, enveloppée dans la robe de ma femme de chambre. On trouva la folle étendue sur le plancher et riant toujours ; mais cette surprenante gaieté s'évanouit quand on voulut l'emmener : elle se débattit avec fureur, donna beaucoup de coups de pied, fit un grand nombre d'égratignures. Cependant, après un combat violent, oa pai-vint à l'emporter. Cette fille, âgée de vingt-huit ans, et servante dans le palais depuis plus de di.\ ans, n'avoit
DE MADAMl-: UL G EN LIS. :>!
afin do nous préparer les logemens. Madame la duchesse de Chartres eut à cette cour, ainsi
perdu la raison que depuis deux ou ti'ois jours , et aucun de ses camarades ne s'en ctoit aperçu. Néanmoins une jeune compagne, la comtesse de Rully , auroit pu nous le dire, mais elle n'en fit rien, par une naïveté qui mérite d'être rajiportée. ]\Iadaine de Rully avoit alors quinze ans ; elle étoit encore plus enfant que son âge; et quoiqu'elle eût de l'esprit naturel , elle étoit d'une ignorance et d'une simplicité extrêmes. Dans les commenceniens de notre voyage tous les usages différens des nôtres lui causoient une surprise qui souvent dégénéroit en moquerie. Je la sermonnois sans cesse là-dessus : enfin mes l'eprésentations lui firent une impression qui surpassa de beaucoup mon attente. La veille au soir de mon aventure, la servante , déjà folle, entra dans sa chambre; madame de Rully se coifFoit pour le bal, la servante prit le pot à l'eau et le lui répandit sur la tète. Madame de Rully, accoutumée aux choses extraordinaires, crut que c'étoit l'usage desservantes deReggio de se conduire ainsi. Sa femme de chambre se fâcha, elle lui imposa silence , en lui disant gravement qu'il ne falloit pas choquer les étrangers en paroissant blâmer leurs coutumes. Elle fut s'enfermer dans un cabinet pour se sécher, pour recommencer et achever sa toilette , et elle ne nous dit pas un mot de cet étrange accident ; mais elle nous le conta après mon exploit, quand la servante fut déclarée folle.
(Souvenir» de Félicie.)
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que dans toute l'Italie, les plus grands succès; elle y fut généralement trouvée charmante par la noblesse de son ton , de ses manières , sa douceur, son affabilité , l'intérêt de ses questions, et la justesse de ses observations et de ses réponses. Nous devions de Modéne aller à Mantoue, qui appartenoit à l'archiduc Ferdinand ' . Il me consulta en particulier sur la manière dont il devoit y recevoir madame la duchesse de Chartres; il vouloit prendre les devans pour aller l'y attendre, je l'en détournai, et je lui fis entendre que ce qu'il y avoit de mieux pour une voyageuse fatiguée , qui ne doit séjourner que deux jours, étoit de n'être pas obligée de faire des toilettes; le prince me comprit parfaitement. Nous arrivâmes à Mantoue à la nuit; les fossés de la ville étoient remplis de ces scarabées brillans , que j'avois déjà vus sur la
' Ce prince, né à Parme en lySi , et marié en 1769 à Marie-Amélie-Anioinette de Loi'raine , archiduchesse d'Autriche , sœur de Joseph II et de la reine de France, avoit été disciple de l'abbé de Condillac. Il se fit remar- <[ner par sa grande piété ; plusieurs fois il fit à pied le voyage de Notre-Dame de Lorelte et d'autres lieux de dévotion. Mort en 1802.
( NoK- dp r<!<liteur. )