‹ Mémoires inédits de Pétion et mémoires de Buzot & de Barbaroux, accompagnés de notes inédites de Buzot, et de nombreux documents inédits sur Barbaroux, Buzot, Brissot, etc.;Chapitre 47 sur 61 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

M. Greling , commandant de la garde nationale de Marseille, avait donné sa démission : sa place fut successivement offerte à Rcbecqui et à Granet qui la refusèrent1. Enfin Lieutaud fut nommé; le peuple le jugea sur quelques faits révolutionnaires, et l’aristocratie sur ses vues. Elle espéra tout d’une âme corrompue qu’on pouvait corrompre encore, et elle proclama général par

1 Tous deux ont été membres de la Convention. Rebccqtii, proscrit au 2 juin , souleva Marseille, puis se noya, désespéré de voir le mouvement qu’il avait provoqué devenir fédéraliste et monarchique. — Granet, qui avait participé à toutes les violences de la Montague, est mort dans son lit à Marseille en 1821.

excellence et protecteur îles I>ons celui auquel elle reprochait, peu de jours auparavant, de ne connaître que les évolutions des cartes et les sociétés des escrocs. Sainl-Priest et Mirabeau l’appuyèrent, mais par des motifs différents : l'un voulait le gagner à la cour, et l’autre ou parti d’Orléans. Saiut-Priest , jadis ambassadeur à Constantinople , avait conservé des relations avec les commerçants de Marseille : c’est lui qui décida leur opinion en faveur de Lieutaud , tandis que celle de la multitude était égarée par le suffrage de Mirabeau.

Le nouveau général eut donc pour lui le peuple et les riches ; nous n’étions pas dix hommes dans Marseille qui prévissions les malheurs qu’entraînerait cette nomination. J’étais fatigué de ma place de secrétaire général de l’armée : mais dans ces conjonctures, je résolus, si on me l’offrait, d’en continuer les fonctions. On me l’offrit en effet, parce qu’on voulait me ménager; et je l’acceptai , parce que je voulais observer le commandant et déjouer ses projets.

On lui donna des fêtes; le peuple imprévoyant dansait à sa porte au son des instruments que l’adulation v amenait. On l’applaudissait à la tête des bataillons, dans les sections, au conseil de la commune , au club et dans les places publiques. Il s’était donné pour aides de camp huit coupe-jarrets; mais dans un pavs corrompu , on considérait moins leurs mœurs que leur zèle.

Je les voyais le matin , dans les marchés , persuader aux femmes des campagnes, en achetant leurs fruits, que Lieutaud était le plus grand général. Ils passaient le reste du jour dans les cafés , à la table des restaurateurs, aux spectacles, dans tous les lieux publics, prêchant partout les mêmes éloges , et le soir ils étaient an jeu. Le général, joueur dès son enfance, avait organise

MÉMOIRES DE BARUAROÜX.

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«les tripots pour se donner des moyens de corruption. On était aflranchi.de toute visite en lui pavant une rétribution. Un limonadier donnait par jour vingt-quatre livres, et la directrice d'une académie dix louis. Une courtisane était chargée de la collecte de ces tributs, qui s’élevaient tous les soirs à plusieurs milliers de livres; et comme si cet immense produit n’eût pas suffi aux dépenses corruptrices du général, il tenait encore par ses aides de camp des banques publiques «le pharaon et de biribi. La police voyait tous ces désordres et ne pouvait les réprimer, parce que la force armée, commandée par des tripoteurs, ne découvrait aucun tripot. Ainsi l’on corrompait Marseille et l’on se ménageait les moyens de l’asservir, en desséchant dans l’âme «le ses jeunes défenseurs les vertus mâles, pour y substituer la passion du jeu , source funeste des divisions domestiques et des vices qui conduisent à la servitude.

Le général avait établi un conseil de guerre composé d’un député par compagnie; jamais il n’arrivait dans cette nombreuse assemblée sans être précédé par des applaudissements , jamais il ne parlait sans déterminer la délibération ; c’est pourtant dans ce conseil <|ue je résolus de l’attaquer. Il tenait fortement au projet de donner un uniforme à la garde nationale : c’était à la fois une spéculation lucrative, car il devait être le fournisseur des draps, et un moyen adroit de changer en esprit de corps l’esprit public, et de mettre ainsi l’armée dans ses mains. J’ai toujours pensé que le soldat dans les camps devait être en uniforme, mais que le citoyen , dans les villes, devait monter sa garde sans costume militaire. I/uniforrae a l’inconvénient de reproduire dans les bataillons la division des riches et des pauvres, par lu distinction de ceux qui sont habillés et de ceux

qui ne le sont pas. N’est-ce donc pas assez que les vices des hommes aient établi l'inégalité dps fortunes, sans qu’on en retrouve le spectacle au champ de Mars, où tout rappelle qu’ils sont (-gaux* aux yeux de la mort dans un jour de bataille? D’un autre côté, la loi sur les uniformes n’était pas encore portée, et l’on se demandait pourquoi le général mettait tant de chaleur à nous donner des habits neufs. Ou n’avait pas perdu le souvenir de la garde prétorienne de Caraman et des massacres de la Tourelle. Je réveillai ce sentiment par mes discours, et j’obtins des succès dans le conseil général de l’armée. Le commandant s’en vengea en le cassant, et n’assernhlu plus qu’un conseil privé, avec lequel il entreprit beaucoup contre la liberté publique.

Les uniformes parurent malgré la décision des représentants des bataillons, et le général donna le premier exemple du mépris de la délibération. 11 usurpa le droit de proclamation qui n’appartient qu’aux corps administratifs ; il ordonna aux curés des campagnes de lire ses pamphlets au prône, et persécuta ceux qui s’y refusèrent ; il voulut obliger la municipalité à venir, au bas de l’escalier de la maison commune, recevoir les fédérés, à la tète desquels il se présculu à leur retour de Paris. Loin de pacifier les campagnes, il v sema de nouveaux troubles par ses injustices, dont le sentiment conduisit au tombeau un vieux laboureur de Mazargues , notable de la commune et défenseur né des pauvres paysans. Dénoncé au club , il suscita une insurrection pour en faire égorger les membres ; et lorsque la municipalité le requit de les protéger, il n’y envoya que des sicaires commandés par un de ses ugents, qui, loin d'arrêter la multitude, la provoquait au contraire à de nouveaux excès. Je ne puis dire tous ses attentats et toutes ses

manœuvres pour usurper l’autorité. Il avait les prétentions de La Fayette sans en avoir ni les talents ni la prudence. dl s’était fait un parti dans les directoires du département et du district, il avait divisé la municipalité, il opposait les bataillons aux sections, les aristocrates aux patriotes, la populace au peuple. Toute la ville enfin était agitée par Ini.

On me proposa, dans ces circonstances, la place de secrétaire-greffier-adjoint de la commune, occupée auparavant par un ami de Lieutaud. J’étais heureux de ma tranquillité domestique et des succès de mon état; mais je devais des sacrifices à la patrie. La municipalité m’avait exprimé qu’elle se donnait un ami plutôt qu’un secrétaire : j’acceptai donc, et les premières proclamations que je rédigeai ranimèrent le courage des bons citoyens. Lieutaud menaça de faire assembler les bataillons. Le maire le lui défendit; je proposai de faire arrêter cet audacieux général : on se borna h commencer une procédure a la suite de laquelle il fut assigné pour être ouï. Je m’attachai surtout à détruire les tripots fondés par lui ; en vain il disposait de la garde , on ne lui adressait plus de réquisition , rtii les faisait directement aux commandants des postes , qui ne pouvaient refuser assistance à des officiers municipaux exerçant leurs fonctions. Ainsi je dérangeai toutes ses parties, je mis en désordre ses banques, ses pharaons et ses biribis.

Il fallait pourtant que cette lutte finit : le conseil général arrêta que les sections délibéreraient sur la conduite du commandant. Les sections le destituèrent et nommèrent à sa place Cabrol Moni-Coussou, qui n’avait pas de connaissances militaires, mais qui ne manquait d'aucune des vertus qui font les bons citoyens. D’IIilabre Chamvert, vétéran respectable, lui fut udjoint; il n’avait

recueilli de trente années de travaux qu’une modique pension : la municipalité le vengea de cet oubli du gouvernement en créant pour lui la place d'inspecteur des cotes avec douze cents livres d’appointements. Tous ces changements ne se firent pas sans quelques agitations : la minorité des diverses sections se forma en assemblée, et prétendit s’opposer au vœu de la majorité : celle-ci voulait user de la force; la sagesse de la municipalité arrêta l'indignation des uns et l'audace des autres. Les dissidents s’étayaient sur le droit de pétition ; mais le droit ne pouvait aller jusqu’à suspendre l’effet d’une délibération de la majorité des citoyens. La municipalité leur défendit donc .de s’assembler, par une ordonnance que le peuple reçut avec acclamation, qu’on afficha dans la nuit à la lueur des torches , et dont l’effet fut de rétablir le calme dans une ville où le général avait semé tant de ferments de discorde.

Les dissidents avaient nommé, dans’ leur première assemblée, Bremond Julien et Fournier, pour porter leurs réclamations a Paris. Le premier était procureur syndic du district. Il quitta cette place honorable pour servir une faction. L'appàt de l’argent lent raina : on assure qu’on lui donna plus de douze mille livres qui furent dissipées dans moins d'un mois; celte commission l’a perdu. Depuis quelque temps nos relations amicales avaient cessé. Il avait rapporté de son premier voyage à Paris des opinions qui n’étaient pus les miennes, et un système de politique envers le peuple qui ne pouvait convenir à ma franchise; il avait feuillanlisé le journal que nous faisions en commun, Kstpénard , lui et moi1;

1 L'Observateur Marseillais, journal patriotique. Esménard est le même qui a dû à un poème sur la Navigation nnc célébrité qui a duré aussi longtemps que la vogue de l'école de Delitle.

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il avilit éloigné de ma maison cet associé que j'avais comblé de procédés honnêtes; enfin il m’avait réduit à parler contre eux, lorsque j'avais encore du plaisir à les excuser. Je lui écrivis, avant de rompre ce commerce, une lettre que l’amitié dicta, que l'amitié devait écouter. Je lui prédisais tous les malheurs qui lui sont arrivés. Hélas! tout mon regret est de n’avoir pu les prévenir; car si Bremond Julien avait les défauts des dissipateurs, il avait aussi des qualités aimables et des talents qui pouvaient servir la liberté.

Les deux commissaires ne firent rien à Paris, parce que la municipalité ne céda ni aux instances des médiateurs, ni aux menaces des comités. Esménard publia une lettre apologétique de Licutaud, qui fut insérée dans le journal de Camille üesmoulins; j’y répondis, mais je ne pus obtenir que cette réponse fût insérée dans ce journal.

J’ai su depuis que Camille Desmoulins trafiquait de ces insertions, et qu’il avait rejeté ma lettre parce que je n’y avais pas joint une somme de deux cents livres. Cela s’appelle le tour du bâton, que ce journaliste recevait indistinctement des aristocrates et des patriotes, des joueurs dont il s’était fait l’avocat, et des préposés de la police qui les pourchassaient, de d’Orléans et de La Fayette, du garde des sceaux Duport et des Jacobins, des Autrichiens et des Brabançons.

Cependant l’ex-général, retiré dans une campagne, agitait encore la ville. Lambarini, son aide de camp, dont le métier était de peser le charbon sur les quais, catéchisait les charbonniers. Un abbé, connu par ses déportements, semait les mêmes ferments dans les campagnes. Des agents répandus dans les tavernes payaient du vin aux ouvriers, et leur distribuaient de

l'argent. On avait corrompu jusqu’à mon secrétaire, qui, sous les ilehors de l'amitié, venait m'interroger sur les opérations de la municipalité et rendait à Lieutaud les détails que ma confiance laissait échapper, sans que pourtant la chose publique en fût compromise. Cette conspiration s’étendait au loin ; elle fut d'abord découverte à Aix, où des hommes très-suspects tentèrent d’établir un club. Je gémis des excès qui furent commis dans cette ville ; car les exécutions illégales sont un attentat envers Dieu et les hommes. Le célèbre jurisconsulte Pascalis périt misérablement dans cette émeute; et, soit que cet événement inspirât des craintes à Lieutaud, toujours odieux aux Marseillais, soit qu’il y eut en effet des relations entre lui et les monarchistes d’Aix, on qu’il craignit la découverte de sa propre conspiration, il partit sur un bateau catalan pour se rendre à Nice. Les vents le repoussèrent sur les côtes de liandol, où les paysans l’arrêtèrent et le conduisirent à Toulon.

D'un autre côté, le maire de Marseille, instruit qu’on faisuit-dnns les tavernes des distributions d’argent, avait secrètement suivi cette trame, et venait de faire nrréterun des distributeurs qui avoua tout. La police lit une procédure et décerna des décrets de prise de corps contre Lieutaud et plusieurs des siens. Un courrier extruordiuuire porta ce jugement au directoire du département du Var, dans lequel Lieutaud trouva des amis qui contestèrent la compétence de la municipalité. Ils se trompaient, car aucune loi n’uvait encore dépouillé les municipalités de l'ancienne juridiction de lu police, et celle de Marseille était autorisée par son institution à procéder jusqu’au décret de prise de corps inclusivement ; mais voulant prévenir une dispute de compétence, je conseillai de remettre la procédure au tribunal

du district. Ou lu lui porta duns lu nuit, et lu nuit uiéine il en prit connaissance et prononça les mêmes décrets. Lu municipalité était active et sévère, rnuis elle ne voulait pas exposer un uccusé il lu tureur du peuple : elle avait expédié a Toulou une burque montée par des olficiers marins et commandée par un capitaine, officier municipal. C’est dans cette barque qu'on amena Lieutaud et l’uide de camp Lambariui ; ils étaient dans les prisons que pcrsouue ne se doutait encore de leur arrivée.

Leur procédure fut instruite solennellement : Seytres, procureur de lu commune, plaida avec force contre les défenseurs de Lieutaud. Le peuple, qui remplissait i’audience, écoutait avec respect; la justice était éclairée. Elle allait prononcer, lorsque Daudré, l’ami de Lieutaud et l’ennemi de Marseille, .surprit à l’Assemblée constituante un décret qui le déchargeait d’accusation. On voulut faire exécuter ce décret avec appareil : le régiment suisse d'Ernest marcha tout entier pour protéger la sortie des prisonniers ; de mauvais citoyens avaient préparé des couronnes de laurier et de fleurs pour les jeter sur leur passage. Le peuple s’indigna de ces préparatifs et de la musique qui retentissait il la tète du régiment ; il s’empara des hauteurs et menaça de tomber sur la troupe, que lu municipalité prévoyante fit à l’instant retirer. Il y avuit à Aix trois commissaires du ltoi , Dehourges , Dufour et Jaubert , qui depuis ont été décrétés d’accusation ; ils protégeaient Lieutaud , et ue pouvant le faire enlever de force, ils usèrent de stratagème. Lieutaud et les siens furent habillés en Suisses, ils se mêlèrent avec les soldats de cette troupe qui montaient la garde au palais, et partirent avec eux, soutenus par tout le régiment posté sur la route. C’est ainsi que

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le général de Marseille échappa au glaive de la loi ; il vint à Paris remplir une place de lieutenant dans la garde du Roi , et une mission secrète pour exciter des mouvements contre-révolutionnaires dans cette ville. Les papiers trouvés chez le Roi établissent ce dernier fait ; cependant Lieutaud , mis en jugement devant le tribunal du 17 août, a su se dérober une seconde fois à la peine de ses crimes... On avait trouvé chez lui beaucoup d’or. J’ignore ce qu’est devenu ce grand intrigant ; peut-être jouera-t-il encore quelque rôle ; car le mouvement anarchique imprimé à la révolution tend à faire disparaître les hommes de bien et à porter de la fange au timon des affaires les hommes les plus gangrencfe d'ignorance et de vices.

Après ces événements, les travaux de ma place devinrent moins orageux, mais ne cessèrent pas d’être trèsmultipliés. Marseille entretenait des relations avec une foule do communes ; j’avais pensé qu’il était utile de les conserver, pour resserrer davantage les liens de la fraternité, et j’avais étendu cette correspondance jusqu’à Paoli , pour faire tourner son influence à l’avantage du commerce de Marseille et de la Corse, soit que cette ile, où l’on a d'autres mœurs, où l’on parle un autre langage, restât un département de la France, soit que la maladresse de notre gouvernement la fit passer au pouvoir de son ancien podestat ou de quelque puissance étrangère. Marseille était en contestation avec tous les ministres, d’autant plus injustes envers elle, que cette ville s’était montrée plus ardente pour la liberté : c’étaient des assauts de tous les jours qu’il fallait soutenir contre eux pour nos armes, nos subsistances, notre commerce, nos établissements d’Afrique et du Levant, notre lazaret, nos pêches, nos manufactures, notre monnaie, enfin,

pour tous les objets de notre industrie et de nos besoins. Les détails de l’administration municipale étaient d’autant plus immenses , que des contestations journalières avec les administrations supérieures exigeaient de continuelles explications. La police n’offrait pas de moindres embarras dans une ville où la vivacité des habitants amène à chaque heure de nouvelles rixes, êt les prétentions des ouvriers de fréquentes insurrections. On dit que le président du Parlement de Paris n’adressait au lieutenant général de police, le jour de la rentrée des chambres, que ces trois mots : Clarté, propreté, sûreté ; mais plusieurs volumes ne suffiraient pas pour détailler toutes les opérations et tous les soins qu’exigent ces trois objets dans une grande ville. Des travaux publics immenses, une armée composée de trente-deux batuillons, vingt mille paysans ayant à lu fois vingt mille caractères et vingt mille volontés ; des pécheurs français et cutalans toujours en rixe, les uns oppresseurs, les autres contrebandiers , des procès considérables sur des usurpations faites h la commune ; une ancienne comptabilité en désordre, et une nouvelle toujours aux expédients par le défaut de moyens ; des aristocrates , des prêtres, des exaltés et des brigands ; tels étaient lés sujets multipliés de mes travaux journaliers , cent fois interrompus par la mobilité des scènes. Il arrivait quelquefois qu’au milieu des plus graves occupations, on venait m’annoncer un soulèvement pour le pain ou pour les billets de la caisse. Il fallait à l’instant rédiger une proclamation au milieu du tumulte. Chaque officier municipal venait m'apporter son idée, bonne ou inconvenante ; je promettais de tout insérer dans l’écrit , et je n'insérais souvent que ma propre pensée , qu’un peu de tour dans les phrases et le sentiment de l’amour du peuple que j’expri-

mais partout, parce qu’il était dans mon coeur, Faisaient adopter au conseil et réussir dans la ville. Les Frais d’impression s’élevèrent à plus de vingt mille livres dans une année : ce n’étaient pourtant pas les seuls travaux auxquels je me livrais ; mon cabinet m'attachait encore, quoique confié aux soins d’un associé. Je plaidai vingt causes cette même année ; je fis imprimer un volume de Mémoires sur plusieurs questions, la plupart économiques ou commerciales ; je publiai quelques écrits politiques, et je n’oubliai ni les sciences, ni les lettres, que j’ai toujours tant aimées : quel contraste de cette vie active, embellie par les jouissances que me procuraient la variété de mes travaux , le sentiment de mes devoirs fidèlement remplis, et le spectacle du bonheur public auquel j’avais concouru, avec la vie languissante que je mène aujourd'hui, sans autre occupation que ma douleur, sans espoir d’étre utile à mes semblables, et sans autre pensée que celle de la mort du peuple, tristes résultats des crimes de ses agitateurs ! O mes amis ! je n’ai point oublié nos conversations du dimanche : nous dinions frugalement chez moi ; nous montions dans mon cabinet ; vous me lisiez vos vers, je vous consultais sur mes projets économiques ; la conversation se portait d’elle-même sur des objets graves ou gais, savants ou frivoles ; souvent les livres qui nous entouraient nous mettaient d’accord , plus souvent c’étaient les Femmes aimables de notre société qui riaient de notre savoir. Jamais on ne se séparait avant minuit, et quelquefois le soleil nous retrouvait parlant encore de Platon, d’Horace, de Newton, des nouvelles publiques, qui n’étaient pas alors des nomenclatures d'assassinats, et de l’amitié, divinité qu’on adore partout, mais qu’on ne connaît pas plus que les autres dieux. Salut h mes amis

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Faure et Fournier!... Ils me croient mort, ils ne pensent pas qu'en ce moment le souvenir de nos bonnes relations adoucit le sentiment de mes malheurs , et m'attache encore à la vie !

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