MOURIR. ÉP1TRE DÉD1CATOIRE DE PÉTION A SON FILS
Nous donnons, à la fin de ce volume, quelques détails sur les derniers temps de la vie des proscrits dont les Mémoires forment ce volume. On voit que Barbaroux conserva sa gaieté, sa vivacité méridionale au milieu des plus cruelles épreuves. Buzot avait toujours été sérieux : sa tristesse était le signe extérieur, auquel s’étaient habitués ses amis, d’un mal incurable dont ils avaient pu depuis longtemps soupçonner la cause. Mais une transformation complète s’était opérée chez Pétion ; cette impassibilité, ce calme qui ne s’étoit pas démenti dans les circonstances les plus graves de sa vie politique, si étrangement agitée, avait disparu. Louvet constate un changement effrayant dans son caractère et sa physionomie, naguère sereine et tranquille, qui montrait bien tout ce que le malheureux avait souffert. Bien qu’â{jé de moins de quarante ans, il avait la barbe et les cheveux blancs.
Huit mois s’étaient écoulés depuis l’arrivée des proscrits à Saint-Emilion. Des crises intérieures terribles avaient successivement fait disparaître de la Convention et envoyé à la guillotine les popularités en apparence les mieux établies, et Chaumettc, et Chabot, et Camille
1NTR0DÜCTI0 .
Destnoulins, et Danton, et tant d’autres. Saturne dévorait l’un après l’autre ses enfants, et Saturne s'était momentanément incarné dans Robespierre, le plus implacable des ennemis de la Gironde. Le temps, qui témoignait chaque jour, par des affirmations sanglantes, la toute-puissance de Robespierre, n’avait apporté aucun adoucissement à la situation des proscrits. Cette situation s’aggravait même par suite des menaces et de nouvelles et rigoureuses recherches dont l’arrivée du jeune Jullien à Bordeaux avait donné le signal. La maison de Guadet et celle de madame Bouquey investies, Salle et Guadet découverts, conduits au supplice, aucun espoir n’était plus possible. Buzot, Pétion et Barbaroux se préparèrent à la mort. On trouvera plus loin le récit de ces événements transmis par un témoin à Louvet (page 495 et suiv.).
Avant de se jeter dans les champs voisins de Castillon où ils devaient mettre fin à leurs jours, Pétion et Buzot avaient remis à madame Bouquey divers papiers qui ont été saisis plus tard, en même temps que les Mémoires.
Le plus important est une déclaration , un testament politique signé de Pétion et de Buzot. Il en existe plusieurs exemplaires. L’un, écrit de la main de Pétion, qui nous semble avoir eu la part principale à sa réduction , porte de nombreuses corrections. Deux autres, sans ratures, sont tout entiers, l’un de la main de Buzot, l’autre de la main de Pétion.
Voici cette pièce capitale, qui n’avait point encore été publiée. Elle appartient aux archives de l’Empire, où on a bien voulu nous en donner communication '.
1 C'est un devoir pour nous de reconnaître la libéralité intelligente avec laquelle M. le marquis de Laborde, directeur général des archives de l'Empire, ouvre aux études sérieuses les trésors des archives autrefois fermés à tout le monde, sauf à un petit nombre de privilégiés, et un plaisir de lui en témoigner notre gratitude.
INTRODUCTION
xi.v