‹ Mémoires inédits et correspondance;Chapitre 10 sur 13 · NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Gollot-d'IIerbois ayant été constamment lié avec Billaud Varenne, dans tous les actes importants du Comité de Salut public, subit le môme sort et il l'accompagna dans sa déportation à Cayenne. Nous avons cru indispensable d'ajouter ici quelques renseignements biographiques, qui lui sont personnels, pour compléter ceux qui concernent directement Billaud Varenne et de rappeler, en conséquence, quelques faits importants de sa carrière politique, pour faire connaître son véritable caractère et les principaux actes qui lui furent reprochés.

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CoUot (Jean-Marie), dit CoUot-d'Herbois, est né à Paris le 19 juin 1750; il était fils de Gabriel- Jacques CoUot , marchand orfèvre à Paris et de Jeanne-Agnès Hannen, fille de l'un des principaux maîtres brasseurs de Paris. Il avait deux sœurs et un frère : Jacques-Louis Collot, né en 1734.

Voici ce qu'en dit, dans son Dictionnaire néologique des hommes, et des choses de la Révolution, le cousin Jacques (Beffroy de Reigny), qui devait bien le connaître, en sa qualité de journaliste et d^auteur dramatique, ayant vécu au milieu des anciens camarades de Collotd'Herbois :

(( Fils d'un orfèvre de la rue Saint-Jacques, il donna dès ses premières années la mesure de son mérite à venir. Il manquait chaque jour de respect à sa mère et Ton prétend même qu'il alla jusqu'à la maltraiter. Il était méchant, hautain, vindicatif, impatient de toute espèce de joug. Ses sociétés habituelles étaient ce qu'il y avait de plus indocile et de plus libertin dans le quartier. Il fit, pour la forme seulement,

quelques études détestables; mais il puisa en revanche, dans les livres philosophiques du temps (qu'une voisine lui prêtait), ces beaux principes qu'on a tant préconisés et dont l'appliration, tant de fois répétée, a donné un démenti continuel à la raison des rêves-creux du XVIIP siècle.

(( On assure qu'avant de s'enfuir de la maison paternelle, il y vola des louis d'or, à la place desquels il mit des jetons. D'autres personnes racontent ce vol avec des détails encore plus aggravants.

« Ce fut malgré ses parents qu'il alla courir la province en qualité d'histrion. »

Son père, marié en 1746, était devenu orfèvre en 1747, rue du Ilarlay-du-Palais. Il ne réussit pas dans son commerce ; sa femme fut dans la nécessité de faire prononcer sa séparation de biens le S novembre 1756; son mobilier et SCS marchandises furent vendus judiciairement pour le règlement de leurs droits réciproques.

Jean-Marie Collot, son fils, sans fortune, ne

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pouvant pas compter sur sa famille, se vit dans la nécessité de pourvoir seul à ses besoins ; il se fit acteur, parcourut la province, sous le nom de d'Herbois, et ensuite il devint le directeur de diverses troupes de comédiens.

Il composa quinze pièces, qu'il fit jouer sur divers théâtres et dont une, intitulée : Le bon Angevin ou r hommage du cœur, comédie en un acte mêlée de chants et de vaudevilles, composée en r honneur de Monsieur, frère du Roi, duc d'Anjou, laquelle fut représentée à Angers le 19 juin 177S, jour de l'inauguration du portrait de Monsieur.

Une autre pièce, intitulée: La Fête Dauphine ou le Monument français, comédie en un acte et en prose, mêlée de chants et de vaudevilles et terminée par un divertissement, composée pour célébrer la naissance de Monseigneur le Dauphin, fut représentée sur le théâtre de Rouen, le 5 novembre 1781.

Cette pièce de circonstance contenait un vaudeville dans lequel, s'adressant au Roi et à la Reine, Collot disait :

Pour eux, ô ciel ! chacun t'implore.

Mets tous ces biens en leur pouvoir, Mais les chagrins... que leur cœur les ignore.

Ce sont nos vœux, c'est notre espoir.

Comme aujourd'hui, que dans cent ans encore,

Nos enfants chantent le refrain

De tout ce qu'un Français adore :

Le Roi, la Reine et le Dauphin.

Il ne manquait jamais une occasion de manifester son respect et son amour pour le Roi et pour la famille royale.

Il donna des représentations sur les théâtres d'Avignon, de Bordeaux, de Nantes, de Caen, d'Angers, de Marseille, de Douai, de Lille, de Rouen, d'Anvers, de La Haye et de Lyon. Il devint directeur du théâtre principal de cette ville en 1787, puis, le 22 février 1789, directeur du théâtre de Genève.

Pendant le cours de ses pérégrinations, il s'était marié, vers l'année 1780. avec Anne- Catherine-.Toséphine Catoir, née à Bruxelles le 23 décembre 1759.

Il paraît avoir acquis, dans l'exercice de sa profession, une assez mauvaise réputation.

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;\Ime Roland, clans ses Mémoires, dit de lui : « Un Collot, comédien de profession, à côté duquel siège un juge des départements méridionaux, qui naguère le condamna à un an de prison pour une vilaine action, lorsqu'il courait les tréteaux et pour laquelle plusieurs juges avaient opiné aux galères ! »

Dans une proclamation de la Commune de Paris, faite le 9 thermidor an ii et signée : Lescot Fleiii'iot, maire de Paris, et Fleuri/^ secrétaire, il est dit : « Quels sont les ennemis de Robespierre et de Saint-Just ? Des monstres de cette espèce : Collot-d'Herbois, ce partisan de l'infâme Danton, comédien qui, dans l'ancien régime, avait volé la caisse de la troupe... »

Quoique le fait eût été plusieurs fois contesté, Collot-d'Herbois avait été sifflé au théâtre de Lyon ; cela nous parait parfaitement prouvé par les témoignages d'un certain nombre d'habitants de Lyon, consignés dans la pétition qu'ils adressèrent, dans ces termes, à la Convention nationale, au mois de frimaire de l'an ii, et environ dix ans après les faits signalés :

(( CoUot-d'IIerhois est comédien de son métier; il a été hué, sifflé et humilié sur le théâtre, à Lyon, pour avoir insulté les spectateurs et principalement le parterre, ordinairement composé d'une nombreuse jeunesse, qu'il a fait exposer en masse sous le feu du canon, parce qu'il avait juré de se venger. »

Dans l'ouvrage intitulé : Sept mois de la vie de Fouché^ par Audin (Paris, 1816), on lit que Gollot-d'Herbois, en quittant Paris pour se rendre à Lyon, avec Fouché et Laporte, représentants du peuple, avait dit :

« Les Lyonnais ont employé les sifflets; j'emploierai pour me venger un instrument plus tranchant. »

Collot avait dit aussi à Fouché, à la même époque :

« Il ne faut pas qu'il reste plus de 30,000 âmes dans Commune Affranchie (Lyon). Plus le corps social transpire^ plus il est sain. »

Dès les premiers jours de la Révolution, il avait quitté le théâtre de Genève et il était revenu se fixer à Paris. Il prit part immédiate-

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ment au mouvement révolutionnaire et il fut bientôt l'un des orateurs les plus distingués et les plus applaudis des assemblées populaires et Fun des membres les plus assidus du club des Jacobins.

Dans son exubérance d'éloquence populaire, il atteignait quelquefois le comble de la bouffonnerie. Le 14 octobre 1792, au club des Jacobins, répondant à un discours du général Dumouriez, qui se disposait à partir pour la Belgique, il lui adressa ces encouragements :

« Tu vas à Bruxelles, Dumouriez; enfants, citoyens, filles, femmes, tous se presseront autour de toi ; tous t'embrasseront comme leur père De quelle félicité tu vas jouir, Dumouriez!... Ma femme.. .. elle est de Bruxelles, elle t'embrassera aussi »

A la fin de l'année 1791, il publia VAi?nanach du Père Gérard^ pour lequel il remporta le prix proposé par la Société des Jacobins, pour l'ouvrage qui ferait le mieux sentir au peuple les avantages de la nouvelle Constitu-

tion. En 1792, il se fit le défenseur des soldats de Château-Vieux, lesquels avaient été condamnés aux galères pour s'être révoltés contre leurs chefs, à Nancy; il obtint leur liberté et il organisa une fête pour les recevoir à Paris.

Au 10 août 1792, Collot-d'Herbois fut élu membre de la municipalité de Paris ; il y rencontra Billaud Varenne, avec lequel il fut étroitement lié, à partir de cette époque. Il joua un rôle important dans les événements de cette journée ; Danton lui enleva le ministère de la Justice, auquel il aspirait et il dut se contenter de la nomination de membre du Conseil de Justice à ce ministère, avec Robespierre et Barère. Camille Desmoulins, surnommé le Procureur général de la Lanterne, Fabre d'Eglantine et Robert, de Paris, avaient été choisis par Danton comme secrétaires.

Les massacres de septembre, dans les prisons de Paris, furent organisés par Danton, d'accord avec Marat, qui les avait annoncés depuis plusieurs jours dans son journal, et avec Robespierre, chargé officieusement par la

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Commune insurrectionnelle de préparer et de diriger les élections des membres de la Convention nationale. Ils avaient été conçus et préparés avec la froideur et la régularité d'un acte d'administration. Leur but, d'après Danton, était de faire j^eur aux royalistes^ et surtout de terroriser les électeurs. Des visites domiciliaires avaient été faites quelques jours auparavant, chez tous les habitants de Paris, sous prétexte de rechercher des armes qui n'existaient pas. De nombreuses arrestations avaient été opérées et les prisons avaient été ainsi remplies.

Danton s'était fait adresser les listes des prisonniers et il en avait fait mettre en liberté quelques-uns, auxquels lui ou ses amis s'intéressaient particulièrement. Ces listes ont été vues dans les mains des massacreurs, avec des annotations ou des signes placés en face des noms de certains prisonniers.

Pétion, Maire de la Commune de Paris, et Manuel, Procureur de la Commune visitèrent, le 27 ou le 28 août 1792, les carrières de Ménil-

moQtant et celles dont l'entrée se trouve rue de la Tombe-Issoire, en dehors de l'ancienne barrière Saint-Jacques; ils les firent rouvrir et c'est là que furent conduits la plus grande partie des cadavres des loOO prisonniers massacrés.

Environ 200 ouvriers de bonne volonté, et certainement moins de 400, furent recrutés, principalement dans les abattoirs, pour le compte de la Commune de Paris, qui les paya pour l'exécution de ces massacres, qui eurent lieu, dans les prisons de Paris, pendant les journées des 2, 3, 4, S et 6 septembre, en présence d'une foule de curieux, qui n'y prenaient aucune part et qui assistaient à ces exécutions, qu'ils savaient faites par ordre de la Commune de Paris, comme de nos jours d'autres assistent aux exécutions des condamnés, place de la Roquette.

Le maintien de l'ordre public était confié à Santerre, nommé le 10 août commandant général de la Force armée de Paris et disposant de 117,000 hommes, dont: 110,500 gardes natio-

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naux, 2,400 gendarmes ou vainqueurs de la Bastille, 1600 fédérés et 2,600 hommes de cavalerie.

Les rapports des officiers de ronde, ayant inspecté tous les corps de garde dans Paris, pendant les cinq journées des massacres, constatèrent, jour par jour, qu'il ne se passait rien à' anormal dans les divers quartiers de Paris.

La police de la ville et des prisons était confiée à un Comité de Surveillance, organisé par la Commune de Paris et composé notamment de Sergent, Panis, Marat, Duplain, Jourdheuil et autres. Ils ont ordonné la mise en liberté de plusieurs prisonniers réclamés par leurs Sections.

Chaney , leur secrétaire , a reconnu qu'il assistait aux massacres de la prison de l'Abbaye, et Sergent, l'un des membres de ce Comité, a déclaré, par écrit : « que les massacreurs de r Abbaye demandèrent^ pour les protéger pendant leur épouvantable travail, une garde qui leur fut accordée ».

Le salaire promis aux massacreurs leur fut

payé par la Caisse municipale ; leurs reçus avaient été conservés. M, de Cassagnac en a fait reproduire un en fac-similé dans Y Histoire des Girondins, et la bibliothèque de Rouen en possède un pareil. Des états de ces payements sont conservés aux Archives nationales.

Les membres du Comité de Surveillance de la Commune de Paris, pour compléter leurs opérations, adressèrent aux municipalités des départements et aux sociétés populaires une circulaire, datée du 3 septembre et signée par chacun d'eux, pour leur annoncer le massacre des prisonniers et pour les inviter à en faire autant chez eux. Cette circulaire imprimée fut expédiée, dans une enveloppe du ministère de la Justice, imprimée avec les mêmes caractères et, pour en indiquer Forigine et l'importance , revêtue du contre-seing de Danton, comme ministre de la justice et du cachet de son ministère.

Dans son discours du 29 octobre 1792, Louvet déclarait à la tribune de la Convention (]u"il n'y avait pas 200 bouri'caux dans l'intérieur

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des prisons, pour exécuter les massacres qui ont eu lieu pendant plusieurs jours, sans avoir été empêchés ni même entravés par Santerre, commandant général de la Force armée, ni par Pétion, Maire de Paris, ni par Manuel, Procureur de la Commune, chargé par ses fonctions de surveiller l'exécution des lois.

C'est au milieu de cette épouvante générale et de cette anarchie qu'il fallut procéder aux élections des membres de la Convention nationale. Collot-d'Herbois fut désigné par Robespierre pour présider l'assemblée électorale de Paris, laquelle siégea pendant les massacres de septembre, pour la nomination des membres de la Convention nationale. La première séance de cette assemblée ayant eu lieu le 3 septembre, dans une salle de l'Arche vêché, Robespierre fit remarquer aux électeurs que cette salle était insuffisante et il fit décider que l'assemblée se transporterait en masse rue Saint-Honoré, dans la salle des Jacobins, pour y continuer ses opérations. Tous les membres de cette assemblée s'y rendirent ensemble immédiatement^ en pas-

sant sur le pont au Change et en défilant devant les cadavres des prisonniers massacrés dans les prisons du Châtelet. Le bureau de l'assemblée électorale commença par éliminer du nombre des électeurs tous ceux qui avaient signé, le 10 juin 1792, la pétition dite des 10,000, contre l'établissement d'un camp de 20,000 hommes près Paris, proposé par le ministre de la Guerre, sans avoir consulté le Roi, et, le !«■■ juillet suivant, celle dite des 20,000, exprimant l'improbation et Findignation des signataires contre l'envahissement du château des Tuileries le 20 juin 1792. Les auteurs de ces pétitions formaient la Ijase principale de la partie modérée de la population parisienne. Le bureau de l'assemblée décida ensuite que les votes seraient exprimés à haute voix.

Dans un discours prononcé à la tribune de cette assemblée électorale, le 3 scpteml)rc, Collot-d'IIerbois disait aux électeurs :

« Les hommes vers qui l'opinion publique dirige vos regards sont les hommes à carac-

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tère, les hommes vertueux, énergiques, les hommes populaires.

« Défiez-vous des hommes à taleuts, des hommes à grands talents, je les crains.

{( Les modérés sont tremblants, perfides et tracassiers. Ces hommes sont toujours effrayés des grandes, mesures. A leurs yeux, les hommes hardis, énergiques et robustes sont des maniaques ou des énergumènes. Les résolutions décidées leur paraissent des attentats.

« Nos maîtres en Révolution ce sont ceux qui, le 10 août, ont rassemblé les faubourgs et marché à leur tête, qui nous ont montré le chemin »

C'est dans ces conditions, après cette mise en scène et avec ces précautions, que les Jacobins, les Cordehers et la Commune parvinrent à faire élire, à Paris, comme membres de la Convention nationale, leurs principaux chefs : Robespierre l'aîné, Danton, Marat, Collotd'Herbois , Manuel, Billaud Yarenne, Camille Desmoulins, Legendre, Panis, Ser-

g-ent, Robert, Fabre crÉglantine, Robespierre jeune, David, Laignelot et autres, presque tous originaires de la province.

Le 12 septembre, l'assemblée électorale, sous la présidence de Collot-d'Herbois , arrêta à l'unanimité de présenter aux Sections de Paris la liste des députés élus, à l'effet de préparer la sanction du peuple par un scrutin épuratoire, et encore à l'effet de réveiller l'esprit de souveraineté dans tous les membres du corps politique.

Dès la première séance de la Convention nationale, le 21 septembre 1792, Collot-d'Herbois, conformément à une décision qui avait été prise préalablement dans une réunion privée, tenue par une partie des membres de la Convention , demanda l'abolition de la royauté, et, le 30 septembre suivant, il sollicita la peine de mort contre tous les émigrés qui, pour la plupart, n'avaient quitté la France que pour échapper à la mort.

Parlant des massacres de septembre, dans la séance des .Tacoliins du li novembre 1792, il disait •

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(( Le 2 septembre est le grand article du Credo de notre liberté. Sans cette journée, la Révolution ne se serait jamais accomplie, il n'y aurait pas de liberté, il n'y aurait pas de Convention. »

Dans une délibération du Comité de Salut public, quelques-uns de ses collègues ayant émis l'avis de se délivrer des suspects par la déportation, CoUot s'écria :

« 11 ne faut rien déporter, il faut détruire tous les conspirateurs ; que les lieux où ils sont détenus soient minés ; que la mèche soit toujours allumée pour les faire sauter, si eux ou leurs partisans osent encore conspirer contre la République. »

(Lebas, Dictionnaire de la France.)

Il fut élu président de la Convention nationale le 13 juin 1793 et encore le l®'' thermidor an n.

Nous avons rappelé plus haut les massacres qu'il a fait exécuter à Lyon et sa participation, avec Billaud Varenne, comme membres du Comité de Salut public, à l'organisation des

principales mesures révolutionnaires qui leur ont été reprochées.

CoUot-d'Herbois fut considéré comme le plus véhément des Jacobins et le plus sanguinaire des terroristes. Il fut surnommé le tigre^ et les massacres de Lyon lui firent donner le nom de mitrailleur.

Les actes de violence exercés par le Gouvernement révolutionnaire avaient suscité contre ses chefs des sentiments de haine et de vengeance. Le 4 prairial, à une heure et demie du matin, CoUot-d'Herbois, rentrant du Comité de Salut public, était attendu dans son escalier par un garçon de bureau nommé Admirai, habitant la môme maison, lequel se précipita sur lui, en lui criant : « Scélérat, ton dernier jour est venu ! » et il tira sur lui deux coups de pistolet à bout portant, mais sans l'atteindre, l'arme ayant fait long feu. Cet homme, âgé de 30 ans, fut arrêté immédiatement et interrogé. Il répondit : « qu'il avait cherché en vain dans la matinée à rencontrer Robespierre à la Convention nationale et au Comité de Salut public.

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dans l'intention de Fassassiner; qu'il avait tiré deux coups de pistolet sur le citoyen Gollotd'ïïerbois, dans l'intention de le tuer; qu'il était bien fâché de l'avoir manqué, ses pistolets ayant fait faux feu ; (ju'il les avait achetés exprès pour le tuer, ainsi que Robespierre ; que s'il les avait tués tous deux il y aurait eu une belle fête ».

Admirai fut traduit devant le tribunal révolutionnaire, avec Cécile Renaud, une jeune couturière âgée de 20 ans , acctisée d'avoir voulu assassiner Robespierre. Par un décret du 26 prairial an ii, adopté au milieu des applaudissements des tribunes, sur le rapport à'Élie Lacoste, la Convention ordonna de leur adjoindre, comme complices, 52 autres prisonniers, dont la plupart n'avaient jamais eu aucune espèce de rapports avec eux, et notamment : le marquis de Sombreuil et son fils, le prince de Rohan-Rochefort, le duc de Laval de Montmorency, de Sartine fils, les citoyennes Sainte- Amaranthe et le citoyen Sainte-Amaranthe fils, âgé de 17 ans, la citoyenne Grandmaison, actrice

au Théâtre-Italien, Nicole Bouchard, sa domestique, âgée de 18 ans, et le comte de Fleury. Ce procès eut lieu le 29 prairial an ii, il dura seulement trois heures et avec les formes sommaires qu'autorisait la loi du 22 prairial an II, c'est-à-dire sans défenseurs, sans témoins à 'décharge, et même sans interrogatoire sérieux. Les o4 accusés furent condamnés à mort et [conduits au supplice, revêtus de chemises rouges, comme assassins des Représentants du peuple. Les charrettes, sur lesquelles ils étaient placés, étaient escortées en avant et en arrière de 2 pièces d'artillerie de campagne, de canonniers en grand nombre, mèche allumée, et de nombreux piquets de gendarmerie ; elles mirent trois heures pour arriver à la barrière du Trône, lieu fixé pour l'exécution. Fouquier- Tinville, s'apercevant que de jeunes femmes, au nombre desquelles étaient les citoyennes de Sainte- Amaranthe, belles dans leurs draperies rouges, allaient au supplice avec cette fermeté que dfmnc le sentiment do l'innocence persécutée, dit :

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« Voyez comme elles sont effrontées; il faut que j'aille les voir monter sur l'échafaud, pour voir si elles conserveront ce caractère, dussé-je manquer mon diner. »

Vouland, membre du Comité de Sûreté générale, ayant vu défiler ce long convoi de charrettes, remplies de condamnés ainsi vêtus, dit ironiquement :

« Allons maintenant au grand autel, voir célébrer la Messe rouge. »

Ces actes, joints à ceux rappelés plus haut, suffisent sans doute pour caractériser le Gouvernement révolutionnaire et pour expliquer la terreur et la consternation qui régnaient alors dans toute la France.

C'est pour avoir participé à ces actes et même pour les avoir souvent ordonnés ou dirigés, que Billaud Varenne et Collot-d'Herbois furent accusés et condamnés à la déportation par la Convention nationale. La peine de mort avait été prononcée contre Robespierre, contre Saint-Just et contre Coulhon, leurs collègues, et la même peine avait été appliquée à

Carrier, à Joseph Lebon, aussi leurs collègues, à Dumas et à Fouquier-Tinville, qui avaient agi sous leurs ordres et sous leur surveillance. Ils avaient pu craindre le même supplice.

Collot-d'Herbois ne laissait pas de fortune en France ; sa famille était restée dans la gêne. Sa mère était morte à Paris, le d^' mars 1770, laissant deux fils et deux filles. Le frère de Collot ne put terminer ses études, il s'engagea le 28 août 1772, dans le régiment de Beaujolais- Infanterie, en garnison à Arras. Il y resta seulement pendant quelques années, puis il se rendit à Saint-Domingue, auprès de son oncle, François-Etienne Collot, ancien horloger. Ils furent massacrés tous deux par les hommes de couleur en 1793. Une indemnité de 60,000 francs environ fut attribuée à leur famille en 4832, sur les fonds alloués par le traité fait en 1825 avec le Gouvernement haïtien.

Elisabeth-Charlotte Collot, sa sœur, née en 1750, s'était mariée à Paris, le 23 juin 1796, avec Michel Sauzier. Elle est morte à FUôtel- Diou, le 21 vendémiaire an viii(13 octobre 1799).

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Jeanne Louise CoUot, son autre sœur, née à Paris, le 23 mai 1751, s'était mariée à Paris, le 26 mars 1775, avec Séverin Liénard, peintre en bâtiments, mort en 1814. Ils avaient exploité ensemble un petit commerce d'épicerie, dans le faubourg Saint- Antoine. Elle est morte à l'hospice de la Salpètrière, le 23 mars 1823.

Collot-d'Herbois, en quittant la direction du théâtre de Genève, en 1789, était venu à Paris avec sa femme, et ils s'étaient fixés d'abord à Chaillot, dans une petite maison de campagne prise à loyer. Il croyait pouvoir y vivre au sein de la solitude et de la philosophie. Sa femme avait recueilli la succession de ses parents morts en Belgique et il avait amassé une petite fortune dans ses diverses entreprises. Les événements de la Révolution, le trop grand éloignement de la Société des Jacobins, dont il était membre assidu, et surtout, dit-il, son dévouement à défendre les opprimés, le firent rentrer à Paris; il s'installa rue Favart, n*' 4, dans un appartement situé au troisième étage. Après la tentative d'assassinat dont il fut l'objet,

il transporta son domicile rue de la Convention, n« 375.

Dans sa défense du il ventôse an in, devant la Convention nationale, parlant de sa vie de famille, il disait :

« Vous ne trouverez nulle part, j'ose le dire, un plus sincère tableau d'un ménage vraiment républicain que chez moi ; les habitudes et les plaisirs de l'égalité et de la fraternité, leur langage franc y ont toujours habité. Je vis actuellement et je suis meublé comme je l'étais à Chaillot. Diminuer, c'eût été hypocrisie; augmenter, c'eût été ostentation. »

Et, répondant à l'accusation de tyrannie dirigée contre lui, il ajoutait :

« Au reste, c'est un singulier tyran que celui qui a toujours vécu isolé, plongé dans toute la profondeur de ses devoirs, osant à peine distraire de son affection pour la patrie quelques pensées pour sa famille, et qui ne s'est reposé quelquefois d'immenses travaux quen parlant au milieu des siens des bienfaits de la liberté et des hautes destinées de la Repu-

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blique ; qu'en faisant pressentir à deux ou trois enfants, que l'amitié et l'habitude ont adoptés chez lui, le bonheur qui les attend un jour. Ces enfants et leur mère, qui ne nous a point quittés depuis trois ans, une fidèle amie de ma femme, voilà le parti formidable avec lequel j'ai conspiré; car il n'y a qu'avec eux qu'on peut me trouver rassemblé. Ma famille est restée ce qu'elle était, travaillant à la journée.

« Le genre de travail auquel je me consacrais continuellement était peut-être le moins aperçu ; il était nécessaire et fastidieux, il me tenait attaché quinze heures par jour, et j'y ai suffi sans relâche.

« On peut demander à tous mes collègues qui ont été en mission, quels étaient le caractère et les principes, soit de la correspondance, soit des instructions particulières qui ont eu lieu relativement à leurs missions. Ce travail, chaque jour nourri par les différentes communications et les relations entretenues avec les administrations de toutes les classes^ offrait une

telle continuité de détails, que je me suis vu privé pendant huit mois d'aller manger chez moi. Je prenais à la hâte, chaque jour, un repas frugal dans le voisinage du Comité, Carnet était forcé de faire de même, ainsi que Prieur (de la Côte-d'Or). Ils savent quelle fut mon assiduité ; la leur et celle de Lindet pouvaient seules la surpasser. »

Cette défense habile et sentimentale n'avait pas suffi pour désarmer ses accusateurs ni ses juges. Sa présence à Paris et celle de Billaud Varenne avaient paru présenter un danger public ; la Convention nationale résolut de s'en débarrasser, sans effusion de sang, par la déportation,

Collot-d'Herbois, déporté à la Guyane, avec Billaud Varenne, le 12 germinal an m. fut atteint des lièvres du pays, et il mourut à Thùpital militaire de Cayenne, le 20 prairial an iv (8 juinl79G).

Voici la copie de son acte de décès :

« Aujourd'hui, 20 prairial an iv*^ do la Ilépu^

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Ijliquc française, une et indivisible, huit heures de la matinée.

« Par- devant moi, Annette-Nicolas Chambrant, élu officier municipal et officier public le 12 germinal dernier, pour dresser les actes de naissances, mariages et décès des citoyens, est décédé à l'hôpital de cette ville le citoyen Collot-d'Herbois, déporté dans cette colonie, âgé de 44 ans, natif de Paris, suivant la déclaration de Germain aine, commis préposé aux écritures; certifiée par le citoyen Juzand, son chef d'administration ad lioc^ pour l'absence du citoyen Richard, chargé de l'inspection dudit hôpital.

« Pourquoi j'ai dressé le présent, fait en la maison commune de Cayenne, département de la Guyane française, en Amérique, les jour, mois et an que dessus,

« Signé : Chambrant, « Officier public. "

La femme de Collot-d'JJerbois , restée à

Paris, avait d'abord fait cause commune avec celle de Billaud Yarenne, pour réclamer les indemnités dues à leurs maris, comme Représentants du peuple, et pour demander Fautorisation d'aller les rejoindre à Cayenne. Elle renonça à ce dernier projet, à cause des obstacles qui résultaient de l'état de guerre maritime et elle continua à habiter Paris. Elle eut bien vite épuisé les ressources que lui avait laissées son mari ; elle parvint à oljtenir du Gouvernement une modique pension, à l'aide de laquelle elle put vivre. Elle mourut à Paris, sans postérité, le J7 mai 1810.

Le Pour et le Contre, ou Réflexions morales et politiques sur un passage de la Description des Alpes, par M. Bourrit.

M. Bourrit, ce peintre, aussi célèbre qu'estimable, des Alpes et de la nature, dans son intéressante Description de la charmante vallée de Valorsine (1), pour donner une idée plus exacte

(1) La vallée de Valorsino est située à 800 mètres audessus de Chamonix; son entrée se trouve en face du village d'Arfrontii're.

BTLLAUD VARENNE.

des mœurs candides de ses habitants, rapporte l'anecdote suivante :

« Un jeune voyageur, après avoir parcouru les Alpes de la Suisse, être monté sur le col de Balme, en descend et entre dans la Valorsine, où, poursuivi par un temps d'orage, il trouve, chez l'un des habitants de cette vallée, la franche hospitalité. Une nièce de dix-sept ans en gouvernait la maison ; elle était un modèle de beauté, élégante dans ses habits, élégante de taille, dessinant les grâces dans tous ses mouvements et offrant des traits à la grecque, que l'ingénuité de son esprit et l'innocence de son cœur embellissaient encore. Dès ce moment, il bénit l'orage qui l'avait si bien adressé ; les brillants aspects et la magnificence des montagnes ne furent plus à ses yeux que des beautés secondaires. C'était des mains de cette intéressante créature que ses mets lui étaient préparés ; c'était elle qui l'accompagnait dans ses promenades, qui le conduisait sur les rochers, qui lui tendait la main pour lui faire franchir

des petits précipices, et qui l'introduisait sous l'ombrage des bosquets, près des fontaines et des ruisseaux. Là, assis, un livre à la main, il s'enivrait de sentiments délicieux, et aimait à les faire germer et éclore dans ce jeune cœur. Admirer tant de perfections, se plaire à entremêler des fleurs à de beaux et Jongs cheveux, étaient des jouissances innocentes. Mais si l'on se rappelle la remarque de M. le président Tacher, sur riiabillement voluptueux des Valorsiennes, on conviendra que tout concourait à troubler les sens de l'étranger, à lui ôter la raison. 11 allait se perdre et perdre pour toujours l'innocence même, lorsque l'aspect sévère des montagnes, qui n'avaient jamais été les témoins d'une mauvaise action, le rappela à luimême : « Xon, s'écria-t-il, non! ces lieux n'ont « pas été faits pour le crime ! ils ne seront pas « les témoins de la perfidie, et la plus noire « trahison ne sera pas la récompense de l'hon- « note et confiante hospitalité ». Au moment même il se dérobe aux dangers de sa situation.

u Telle est l'influence des montagnes, les cœurs s'y épurent, les idées y prennent de l'énergie ; et tels qui, dans nos plaines, ne rougissent pas de certaines actions, en détestent ici jusqu'à la pensée ; on y devient plus honnête, plus délicat, plus généreux, plus fort pour résister aux tentations voluptueuses. Qui sait même si ce n'est pas à ces sensations de vertu que l'homme doit le plaisir qu'il goûte à s'élever? Qui sait si ce plaisir ne lui a pas été donné pour qu'il sente, une fois dans sa vie, les avantgoûts des jouissances célestes, auxquelles il est destiné? Que l'on me permette encore deux réflexions !

« Cet étranger, succombant à de coupables désirs, aurait-il pu contempler le beau spectacle des montagnes, la pureté du ciel, la multitude des feux de la nuit qui proclament si hautement la grandeur, la toute-puissance de l'Etre qui les créa, la sagesse qui leur donna des lois; son àme dégradée, souillée, aurait-elle été digne des pensées nobles, et son crime ne l'aurait-il pas suivi partout? Que de remords,

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