RÉPUBLIQUE D'HAÏTI
« Extrait du registre des actes de décès de la commune du Port-au-Pri7ice.
« Du 31*^ jour du mois de décembre 1819, 16^ année de l'indépendance d'Haïti.
« Acte de décès de Jacques-Nicolas Billaud Yarenne, Français, âgé d'environ 60 ans, natif de la Rochelle, décédé le 13 juin, présente année, à 4 heures de relevée, dans la maison de la citoyenne Marie-Jeanne Brousse, rue des Frontforts.
« Suivant la déclaration faite par devant
(1) Extrait fie h Nouvelle Minerve, tome I", année 1835.
moi, officier de l'état civil en cette ville, par le citoyen Guy-Joseph Bonnet, général de division, commandant l'arrondissement des Gonaïves, présentement en cette ville, assisté des citoyens Jean-Baptiste Viau, âgé d'environ 40 ans, capitaine, aide de camp du Président d'Haïti, interprète juré, propriétaire en cette ville, et Colombel, âgé de 33 ans, témoins recjuis. Dont acte que nous avons signé, avec le déclarant et lesdits témoins. Ainsi signé aux registres : Bonnet, Viau jeune, Colombel et Jérôme Coustard, officier civil.
Collationné :
« JÉRÔME Coustard. »
A la nouvelle de la mort de Billaud Va renne, le général Bonnet chargea Frédéric Martin d'envoyer des noirs dans les Monies, pour enlever son corps dans un hamac et le rapporter à Port-au-Prince. Ses funérailles eurent lieu aux frais de la lîépul)liquc d'Haïti, en
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présence de Frédéric Martin, malgré la désapprobation de quelques Français.
Billaud Varenne, avant de quitter Cayenne, avait fait, le 3 avril 1816, en faveur de Virginie, un testament olographe, que celle-ci déposa dans l'étude de Roanez, notaire, à Port-au- Prince, le 22 octobre 1824, et dont voici le texte entier :
« Depuis mon testament rédigé , m'étant déterminé à passer aux Etats-Unis de l'Amérique, les arrangements qu'il m'a fallu prendre à mon départ ayant changé la nature des dispositions que j'ai précédemment faites, et persistant néanmoins dans les mêmes intentions, tant par esprit de justice que par sentiments de bienveillance et de gratitude, je déclare que je ne change rien au legs que j'ai déjà annoncé en faveur de mon frère, relativement aux biens que nous possédons par indivis en France, provenant des successions cumulées de nos père et mère ; ma dernière volonté est donc qu'il en devienne le légataire particulier, après ma mort
OU que ce soit, à son défaut, ses héritiers désignés par la loi.
(( Et puis, ayant vendu à Cayenne et ce qui m'appartenait dans cette colonie, et ce que j'avais reconnu à Brigitte, négresse libre, créole de la Guadeloupe , qui m'accompagne, je lui lègue universellement, en cas de mort, tout ce que je pourrai avoir en ma possession, c'està-dire : argent comptant, lettres de change et effets de quelque nature qu'ils puissent être, comme faisant partie de ce que j'ai annoncé lui appartenir dans mon précédent testament, pareillement olographe ; et, quant au surplus, il est à moi en propre; je donne cet excédent, quelle qu'en soit la valeur, à cette honnête fille ; autant pour m'acquitter envers elle des immenses services qu'elle m'a rendus depuis plus de dixhuit ans, que pour reconnaître le nouveau et le plus complet témoignage de son inviolable attachement, en consentant à me suivre, quelque part que j'aille.
« En conséquence, je veux que Brigitte entre en propriété, aussitôt mon décès, de la totalité
des objets quelconques qui se trouveront alors entre mes mains ; pour qu'elle en jouisse comme lui appartenant de plein droit, à l'exclusion de tout autre et sans que qui que ce soit puisse la troubler dans cette propriété, lui étant dès lors entièrement dévolue, d'après mon expresse volonté.
(( Fait et clos à Cayenne, le 3 avril 1816.
'( Signé : Billaud Varen^'E.
« Certifié véritable par la citoyenne Brigitte, dite Virginie, en présence des notaires, qui ont seuls signé, attendu que la citoyenne Brigitte ne sait point signer. »
Les biens légués ainsi par Billaud Yarenne à Virginie étaient de peu d'importance. Le général Bonnet lui fit recouvrer de petites valeurs en 1819, au moyen des relations commerciales qu'il avait avec la France et, avec ces ressources, elle put s'acheter une petite maison à Port-au- Prince. M. Jules Claretie a publié, dans le
journal le Temps, du 7 décembre 1881, que le savant docteur d'Haïti, M. Betance, en lui donnant des renseignements sur les descendants de Camille Desmoulins, lui avait dit qu'en 1874, la vieille négresse, veuve de Billaud Varenne, vivait encore, courbée par l'âge.
Billaud Varenne avait remis à son ami Colombel son manuscrit de V Histoire de la Révolution de Saint-Domingue et celui de la Question de droit des gens, sur les républicains d'Haïti. En 1823, Colombel, chargé d'une mission du président Boycr, s'embarqua le 20 mars, à Haïti, sur le brick le Leviathan, se rendant à Londres. H emportait avec lui les manuscrits de Billaud et les siens, dans le but de les publier en France ; son navire fit naufrage pendant la traversée et il périt avec tous ses bagages.
De toute la famille de Billaud Varenne, une seule personne lui survécut; ce fut sa nièce : Clémentine-Henriette Billaud, la fille de son frère Benjamin. Orpheline et sans parents, elle avait été placée sous la tutelle de Gabriel
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Bellion, libraire à Troyes, ami de sa famille depuis plus de vingt ans. Elle fut élevée à Troyes dans le couvent des Sœurs Visitandines et, à Vàge de 13 ans, elle se maria à Paris, le 24 septembre 1822, avec Joseph Bellion, libraire, fils de son tuteur. Elle mourut à la Rochelle le 19 juin 1828, et son mari mourut à Troyes le 12 février 1852. Ils avaient deux fils issus de leur mariage : Gabriel Bellion, né à Marseille le 13 août 1824, et Juhen-Benjamin Bellion, né à la Rochelle le 27 mai 1827. Celui-ci avait étudié la médecine et il venait d'obtenir le diplôme de docteur, lorsqu'il mourut à Paris, le 16 mai 1854, d'une fièvre typhoïde qu'il avait contractée en donnant ses soins aux malades de l'hôpital du Val-de-Gràce. Son frère Georges fut admis dans l'atelier de peinture de M. Yvon, et il devint peintre paysagiste. Il se fit un nom dans l'art contemporain et quelquesuns de ses tableaux furent admis aux Expositions des Beaux-Arts des années 1870, 1879 et 1880, Il s'était livré par goût à l'étude approfondie de Vliisloire de la Itévoluùon française
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et, pour connaitre la vérité sur divers événements importants et intéressant la mémoire de son grand-oncle, il consulta les documents originaux conservés aux Archives nationales et dans celles de la Ville de Paris, avant leur destruction par les incendies de 1871. Il recueillit, en outre, une collection importante de livres, de journaux et de brochures. A l'aide de ces matériaux, il rédigea YHistoire du Comité de Salut public, plus spécialement en ce qui concerne le bureau de Police générale organisé et dirigé par Robespierre, Saint-Just et Couthon. Il se proposait d'entreprendre la défense de la mémoire de Billaud Varenne, contre tous ses accusateurs, en faisant porter principalement sur Robespierre la responsabilité des actes et des mesures qui lui étaient reprochés; mais il n'a pu que préparer son travail, parla recherche et la réunion de documents et de renseignements utiles et intéressants sur les massacres de Septembre et sur les événements du 9 Thermidor; ces matériaux étaient encore bien insuffisants pour assurer le succès de sa cause. Il
mourut à Paris le 17 mai 1880, et en sa personne s'éteignit la famille de Billaud Varenne.
En mourant, il légua tous ses biens à la demoiselle Anne-Marie Foelir, qui l'avait élevé avec son frère et qu'ils considéraient tous deux comme leur mère. Il lui recommanda de faire elle-même, par son testament, la donation à l'Académie des Sciences de tout ce qui lui resterait de sa fortune, sous la condition d'employer le montant de son legs à la fondation d'un prix annuel, qui serait désigné sous le nom de Gabriel Bellion , et qui serait décerné aux savants qui auraient écrit des ouvrages ou fait des découvertes profitables à la santé de rhomme ou à V amélioration de Vespèce humaine. La demoiselle Foehr mourut à Paris, le 23 juin 1887, à l'âge de quatre-vingt-un ans , léguant à l'Académie des Sciences la somme de 110,000 francs, à la condition indiquée par G. Bellion.
L'Académie des Sciences est entrée en possession de ce legs, au mois de février 1888, et, remplissant la condition qui lui avait été
imposée, elle fonda un prix annuel qui porte le nom de : Prix Gabriel Bellion.
Les manuscrits et les notes de Bellion, ainsi que les matériaux qu'il avait recueillis sont actuellement en notre possession, avec les correspondances et les papiers de famille pouvant se rapporter à son grand-oncle. C'est dans cette collection intéressante que nous avons trouvé le manuscrit des Mémoires de Billaud Yarenne, acheté par Gabriel Bellion, en 1848, dans une vente publique faite à Paris.
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