A LA HAYE, CHEZ NTHOFF
ToHi droUi réêtrvé».
A Monsieur €baries RKAD
Président de la Société de i'Hiiloire du ProUslanlisme français
Cher Mansieur et Ami y
Je remplis un devoir, en même temps que j'obéis à une impulsion bien naturelle, en vous priant d'agréer la dédicace de cette première édition des Mémoires de Jean Kou.
Les conseils de votre amitié, vos soitis éclairés et persévérants, m'ont été du plus grand secours pour l' accomplissement de ma tâche. Recevez donc le témoignage de ma reconnaissance bien sentie.
Samt'/Jyer, mars 18r>7.
riNTRODUCTION
A ia suilo (les guerres religieuses qui désolèrent la France aux seizième et dix-septième siècles, il y eut pour lo protestantisme un temps de repos. Son existence, comme parti politique dans TEtat, finit avec la prise de la Rochelle* L*EgliBe protestante, abandonnant le terrain des agitations politiques, rentra dans le domaine purement religieux, et alors s'ouvrit pour elle une ère de grande activité intérieure; l'enseignement se développa, Ton aborda de nou« veau les grandes controverses théologiques, Téloquenco de la chaire eut plus de retentissement. Ce calme ne fut pas lie longue durée ; bientôt les persécutions et la violation des piiils qui devaient garantir l'indépendance des réformés, attirèrent sur eux Tattenlion du monde chrétien.
I^ phase nouvelle dans laquelle était entré le protestantisme nous explique pourquoi il y a eu si peu d'histoires et de mémoires protestants vers le milieu du dix-seplième
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sHH'le, landÎB que les ouvrages de ce genre sont si nontbreux au seizième.
Les Mémoires de Henri duc de Rohan ne vont pas au delà de 1 620 ; ceux de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force y qui embrassent une partie considérable de l*histoire du protestantisme, ont surtout trait aux affaires des réformés dans le Béam, où le maréchal était gouverneur, et aux guerres religieuses qui précédèrent le siège de la Ro« chelle. Les Mémoires du duc de la Force s'étendent, il est vrai, jusqu'en 1638; mais alors ce n'est plus que le récit de ses glorieuses campagnes, le chef protestant s'efface derrière le général des armées du roi.
Les Mémoires du marquis de Castelnaut, second fils du maréchal, ne présentent qu'un récit détaillé de la guerre de religion en 1621 et 1623 : ils s'arrêtent à cette date quoique l'auteur ne soit inort qu'en 1678.
Les notes de Gonrart publiées sous le nom de Mémoires ont à peine rapport aux affaires du protestantisme; il en est de même du Journal de Dangeau, qui donne seulement les nouvelles de la cour : le marquis de Dangeau avait d'ailleurs changé de religion, avant d'écrire ce journal.
Madame Du Noyer a laissé des Mémoires, où l'on trouve quelques détails sur les persécutions religieuses en France, à l'époque de la révocation de l'Edit de Nantes, et sur l'établissement des réfugiés protestants en Hollande ; mais le caractère peu recommandable de l'auteur, et sa vie mêlée à tant d'affaires scandaleuses, font peitlre à ce livre une grande partie de sa valeur historique.
I^s Mémoires que nous publions, commencent à la période où cette pénurie de documents se fait remarquer. Tandis que quelques publications ou réimpressions récentes.
INTRODICTIOX. IX
telles que les Mémoires de Jacques Fontaine, le Journal de Jean Migault, les Larmes de Pinelon de Chainbrun (1), no sont que de navrants récits des persécutions qui eurent lieu en France lors de la révocation de TEdit de Nantes, ou nous peignent les malheurs de quelques familles isolées, notre manuscrit embrasse un cadre beaucoup plus étendu. La première partie se rapporte à une époque antérieure a la Révocation; l'auteur quitte la France à la fin de 1681, et nous transporte au sein de Témigration française en Hollande. Ces Mémoires n'ont plus, comme les écrits précédents, un intérêt exclusivement prolestant ; ils embrassent la vie entière d'un homme, de 1639 à 1711 ; et tout en appartenant à rhisloire, ils se rattachent au mouvement littéraire de l'époque : aussi plusieurs personnes d'expérience et dont l'opinion en pareille matière a un grand poids, ont-elles pensé que, sous le double rapport de l'histoire et de la littérature française, cet ouvrage avait une véritable valeur. L'original existe aux Archives de l'Etat à la Haye, sous le titre de Ruana ou Mémoires et Opuscules du sieur Rou ; ce sont deux volumes manuscrits in-4'', divisés en quatre parties, d'une écriture très nette. Ils paraissent avoir appartenu autrefois à la collection de manuscrits de Jean Royer, chapelain du prince d'Orange. A sa mort, il les légua avec d'autres documents relatifs à l'histoire du protestantisme, à
(1) Memcirs of a huguenot family, tranalated andcompilcd from the original ttvto>nography of the rev, James Fontaine, etc.; by Ann Maury, New-York, 1853, in-S* de 51i pa^. — Journal de Jean Migault, ou Malheurs d'une famille protestante du Poitou, etc. Nouvelle édition (traduction d'un manuscrit trouvé en Angleterre entre les mains d'un descendant de l'auteur). Paris, 1854, in-iî, de 205 pages. — Les Larmes de Jacques Pineton de Chambrun, pasteur de S. À. S, d'Orange, etc., qui contiennent les persécutions arrivées aux Eglises de la prinriliiiuté iFOranye, depuis Van lOfiO, etc. Réimpression d'apn>s l'édition originaK*, aniioiét* par Ad. Scha»fl*er. Paris, 1854, in-12 de 338 i>ages.