‹ Mémoires inédits et opuscules, publChapitre 108 sur 178 · LA TRADUCTION DE ROU · texte numérisé non relu

LA TRADUCTION DE ROU

« Le troisième des exemples d'équiyoques dont vous acca- H sez 31ariana ne me semble pas bon ; car comme les moines « n'élisent jamais leurs prélats, mais seulement leurs abbés, un « lecteur intelligent ne peut point hésiter sur le sens de Ma- « riana, et remarquez bien qu'il écrivoit dans une langue qui « a le privilège de la latine, et qui n'est point assujettie aux rè- « gles sévères de nos grammairiens français. Toutes les lan- ^ gués mortes, et les vivantes aussi, à la réserve de la nôtre, « parlent selon les scrupules du P. Bonheurs, souffrent qu'on « sous-entende dans une môme période, tantôt l'un des antécé- « dents, tantôt l'autre ; il faut que la suite du discours et la na- « turc des choses nous déterminent ; si on critiquoit Gicéron « selon les règles du P. Bonheurs, il n'auroit point de période « qui pût passer à la montre.

" Je vous avertis que ce n'est point M. de Thou qui a fait « le Dictionnaire des noms propres qiï il a latinisés. Voyez YAnti- « Baillet^ tome I, page 108.

« Ce que je viens de dire de notre langue me fait déplorer

« la dure loi sous laquelle nous vivons rions autres, qui écri-

« vons en français ; mille tortures d'esprit nous sont prépa-

^ rées quand nous voulons éviter les équivoques, et ranger nos

« mots de telle sorte que le relatif soit toujours lié avec son an-

« técédent plus prochain. Selon cette règle, mon cher Monsieur,

• il vous faudra retoucher le commencement de votre disser- '- tation. Gela me parait d'autant plus nécessaire, qu'on juge *« du style d'un auteur par les premières périodes qu'on en lit ■* à la préface. Ce sont donc les endroits qu'il faut le plus tra- "" vailler afin de préoccuper le lecteur. Je m'en vais vous mar-

* quer mon doute. Vous dites que vous comptez pour rien deux

^ versions, et vous en donnez pour raison 1° le jugement d'un

- bon maître; 2*^ les défauts que vous-même y avez trouvés;

** ces deux raisons sont très bonnes, mais elles sont enfermées

*- dans un puisque et dans un parce que qui n'ont pas pour leur

^ procha in antécédent le je compte pour rien ; car entre^e compte

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« pour rien et puisque il se trouye deux ou trois propositions , (^ savoir : ine paraissent avoir été faites ; une traduction qui est « très ancienne, et j'en ai ouï parler à un fort bon juge. Vous « m'avouerez qu'un puisque, séparé de son antécédent par trois « propositions auxquelles il se de\Toit rapporter, plutôt qa*à « cet antécédent, brouille le lecteur et Toblige de remonter et « de relire; le style français ne souffre plus qu'on engage les « lecteurs à cela. Que sera-ce si nous comparons le parce que « qui est trois ou quatre lignes après, avec le je eot»pte pamr « rien^ son antécédent ? Je suis donc d'avis que vous refondics « cet endroit de telle sorte que la raison de votre mépris pour « ces deux versions soit tout auprès de la proposition où vous « exposerez ce mépris. Je ne vous marque que ce seul endroit à « l'égard du style ; un bon entendeur comme vous juge ex « ungue leonem,

« Je vous demande si Ton peut dire que François F'' fat « dauphin par son avènement à la couronne? Vous avez raison « dans tout le reste de votre critique en cet endroit4à ; mais je « crois que la qualité de roi de France absorbe celle de dan- «< phin. Je sais bien que dans certains actes qui regardent b « province de Dauphiné, les rois de France prennent la qualité <• de dauphin ; mais simplenient parlant, les dauphins cessent « de rètredès qu'ils sont rois, et ceux qui, comme François I" « ne Fètoient pas avant que de refîner, ne lo deviennent paj' « en régnant.

« Vous voyez, Monsieur, que je descends jusqifà la chicane; « je ne le ferois point si je no voyois que votre ouvrage est « d'une grande im])ortauc(\ ot que je m'en fois une idée trt* « forte; j'y admire vos lumières et votre pénétration, et je « voudrois pour mon intériH particulier, sans compter celui dn " public, qu'il tut déjà imprimé; j'y trouverois de beaux rao^ « ceaux pour mon dictionnaire, ou, comme vous savez, je re- «« cueille les fautes que d'autres ont censurées, vt j'auroifi soo- ■ vent lieu do vous citer. HAtoz, je vous prie, la publication

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