‹ Mémoires inédits et opuscules, publChapitre 11 sur 178 · PREMIERES LIAISONS DE JEAN ROU AVEC M. LE COQ · texte numérisé non relu

PREMIERES LIAISONS DE JEAN ROU AVEC M. LE COQ

çons ; car, quoiqu'il fût encore fort peu avancé en âge , tout s^vaqt qu'il étoit, il Yiqt à mourir bientôt i n'ay^ut pas cncorp treiite ans.

Je ne juge pas à propos d'étaler ici, et de spécifier par le menu, toutes ces douceurs dont je parle ; tout cel^ , yu notre jeune âge à tous , ne pouvant être que des choses fort enfantines, que la gravité , dont je suis bien ftise de soutepir cet ouvrage, ne pourroit guère souffrir.

Je nie suis un peu arrêté à cette partie de mes études passée chez M. Le Coq, d'abord par un esprit de recpnuaissapce dç rhonneur que ce sage magistrat (car il devint tel depuis) m'a toujours conservé dans son affection, puis parce qu'au bout de dix ans après notre séparation par le décès de notre répétiteur, chacun de nous avant poursuivi ses études par d'autres voies, M. Le Coq d'une manière qup je n'jii point sue, et moi par mon transport à Saumur, nous nous trouvâmes encore uue fois, après notre philosophie faite, rejoints en l'étude du droit, sons un fameux souffleur qui était l'avocat Bicheteau. S' étant encore trouvé être notre commun docteur, cet homme, aussi bien qu'avoit fait notre maître d'humanité, nous fit une seconde fois rassembler dans la même maison où nous avions commencé nos études.

>'ous employâmes là tout le temps qui nous étoit nécessaire pour parcourir les lustitutes de Justiuien, nous aidant des Commentaires de Borcholtcn et de Cujas{\)^ aussi bien que de la Parait) Jean Bichetoau^ avocat au Parlemont^ fils da fou maitre \\^\ Bichcteau^ vi- Taiit ministre de la Parole de Dieu m IT^^lise réformée de Montauban^ et de demoiselle Iblarie Le Petit, épousa, le 28 juin 1643, Marie yim|)oin, ÛUp d'Antoine Vimlioin, maître peintre à Paris, et de Linonne du Rat. (Rcg. de mariages du temple de Qiarenton. Loc, cit.)

(2) Jean lk)rciiolt<^n, célèbre jurisconsulte allemand, composa, entre autres ou- Tratres, un fort bon Commentaire sur les Instituts de Justinien, qu'il fit imprimer ^n 1590; son flls Slatius Borcholtcn en donna une seamde édition en 1608. Jeau Borcholt(?n suivait les opinions de Cujas, pn'férablement k celles des autres juri^ œnsultcs. (Taisand, Vies des plus célèbres JunsconsuUes. Paris, 1721.) — Tout le monde connaît l'illustre Cujas, le prince di»s interprètes du droit romain^ né à TouloQie pn 1W2, Pt mort à Bourges 1p 4 octobre 1590. (Voyez H^, France Praiest')

16 CONTINUATION DE SCS ÉTUDES A SAUMUIl.

phrase grecque de Théophile. Sur quoi je dirai, à Thonueur de M. Le Coq, et cela avec un très grand plaisir, par cet esprit de reconnaissance dont j'ai parlé, que ce savant jeune homme (car il u'avoit guère plus de dix-sept ans) , faisant la lecture de nos leçons journalières, dont notre docteur nous faisoit à mesure toutes les explications, M. Le Coq, dis-je, lisoit tout courant le texte grec de Théophile , comme s'il eût lu du français , sans s'arrêter le moins du monde à la version latine qui étoit à côté. Ainsi je n'ai été nullement surpris, quelques années depuis cela, de le voir se distinguer avec tant de gloire sur les fleurs de lis , après avoir été reçu conseiller au parlement , ce qui arriva deux ans après que j'y eus été moi-même reçu avocat, savoir en 1661 ; car pour moi j'avois été reçu dès 1659, savoir en juin.

Mais c'est venir un peu trop tôt à cette époque de ma vie , et puisque vous avez désiré, en particulier vous, mon fils aîné, d'être instruit un peu plus en détail du cours de mes études, par l'intérêt des vôtres, je retournerai au temps de la mort de votre grand'mère ( 1 ) , à l'occasion de laquelle je fus envoyé à Saumur. Ce fut le 24 août 1652 que je fis cette triste perte ; j'en fus tout déconcerté, faisant réflexion sur l'espèce d'abandonnement où je m'allois bientôt voir ; mais mon parti fut bientôt pris, et me tournant vers Celui que j'ai toujours eu en vue dans tous mes assauts, je me raffermis par cet endroit des Psaumes :

Quand je n'aurois pour moi père ni mère, Mon Dieu sera pour moi, quoi qu'il en soit.

Etant arrivé à Saumur, M. Amyraut(2), principal du collège, et d'ailleurs pasteur de cette ville , et l'un des plus dis-

(1) <f Elisabeth Toutin^ vivante veuve de M. Jacques Rou, vivant procureur en la cour du Parlement^ a été enterrée au cimetière Saint-Père, le i5 août 1652. » (Extrait du Registre des enterrements faits au cimetière de Saint-Père, au Greflli du Tribunal civil de la Seine.)

(2) Moïse Amyraut, né en 1596, mort en 1664. (\'oir France protestante de Mli. Haag ; Dict. hùt. de Bayle; Mélanges crit. de littér. d*AuciUon.)

COHTINTJATION BB SES JSTUBBS A SAUlim. 17

tingoés professeurs eu théologie, jugea à propos, après m*a- Toir examiné, de me mettre en première, que je fis sous M. DouU (1), habile Ecossais, qui étoit régent de cette classe. Je fus, au bout de Tannée, nommé pour monter en philosophie ; mais, mon tuteur et sa femme, qui me trouToient bien jeune pour me laisser faire mes courses si rite , prirent occasion d'un Toyage en Poitou , où ils se trouvoient appelés pour le bien de nos affidres, dont une partie regardoit cette pro- -vince , afin de me reconduire à l'académie après les Tacancea; et, étant arrivés, ils allèrent trouver M. Amyraut pour le consulter sur ce qu'ils feroient de moi , vu mon si bas âge , pour des sciences qu'ils jugeoient être au-dessus de ma portée, lui demandant ce qu'il en jugeoit. «Youlez-vous, leur dit-il, en faire un habile homme ? — Vraiment, monsieur, nous ne demanderions pas mieux.— «Eh bien! laissez-le encore un an sous M. Doull, je le lui recommanderai, et, par la douceur de son traitement et la vigilance de ses soins , il le consolera du petit chagrin que je vois bien qu'il a de n'être pas sitôt philosophe ; ou, s'il veut l'être véritablement dès aujourd'hui, qu'il nous le montre par sa sage déférence à nos conseils, et au parti que vous prenez pour son bien ; il aura même en cela un autre avantage , n'y ayant pas lieu de douter, qu'au bout de cette nouvelle carrière, il ne remporte le prix.

Ce prix, néanmoins, dont je ne doutois nullement, vu les places d'honneur que j'avois toujours eues pendant le cours de

(1) Kous voyons qu'au Synode national, tenu à Loudun en iCSô, le sieur Doal (probablement DouU, car'Aymon est fort incorrect dans l'orthographe des noms prripres) est conArmé dans l'office de régent en rhétorique, à l'université de Saumur (t. U, p. 767). — Lo nom de Doull est souvent cité à l'occasion des iroubk* qui eurent lieu de 1656 k 1659 dans l'Eglise réformée de Saumur ; il fut un Af c^ux qui d*»mandèrent le plus énergiquoment la démission du ministre d'Huistfîuï. Sur cette question de savoir à qui doivent ^tre imputés Ips troubles de l'Eglise de Saurnur, on peut consulter les Pièces authentiques et décisives, imprimées par !« soins du consistoire de ladite Eglise (Saumur, 1659). — François de Jaucourt, marquis d*Aus5on,qui avait fait sa rhétorique sous M. Doull, dit « qu'il étoit bon hoiome, mais mauvais régent, » et qu'il n'apprit rien ou fort peu de chose de lui. [Journal manuscrit du marquis d*Ausson, aux archives de la Haye.)

18 GORniflIATIOlf M SBS ÉTUDES A BJlOHIJB.

cette année dans les thèmes, qu^on nous donnoit pour cela tous les mois, me manqua par mon imprudence, ainsi que je ie Tais faire voir. On m'ayoit envoyé un homme et un cheTal pour m'emmener chez nous faire rendange, et l'on avoit mal pris ses mesures en ce qui regardoit la précision du jour de thème, qui avoit été reculé cette année-là pour des affaires particulières de Tacadémie (1); T homme et le dieval arrivèrent donc trop tdt de trois jours, et la crainte mal enteadue fue je me fis d*ètre grondé par mes supérieurs (qui d'aiUeurs aurment été en inquiétude pour moi de quelque ftcheux accident, si je tardois trop à me rendre auprès d'eux) ; cette crainte, dis-je, me fit résoudre à partir sans faire le thème, et j*en allai lûremesexcusesàM.Doull.Marésolution lui donna duchagrin; il fit tout ce qu'il put pour m'en détourner, et n* j ayant d'abord pu réussir, il s'alla fortifier des exhortations de M. Cappel (3), recteur alors de l'académie, aussi bien que de celles de M. Amyraut. Il leur dit que de trente écoliers qu'il avoit eus cette année-là, il ne pouvoit compter que sur cinq qui fussent en état de lui faire un peu d'honneur ; et que même de ces cinq, il n'y en avoit proprement que trois entre lesquds le prix pût être disputé, savoir : MM. de Juigné et moi, qu'il nomma même le premier, sans doute, afin de mieux par« venir à sou but. M. Cappel me fit Thonneur de me venir chercher, et après plusieurs obligeantes instances, il m'engagea, par r offre d'une lettre de recommandation auprès de mon tuteur, à attendre le jour du thème. Ce jour vint, et fut aussi

(t) C'étaient les démêlés entre IL AmyravA et M. (fHw'sseau. [A.] Cette querelle qui dura plusieurs années et fit grand bruit à Tépoque, amena une scission dans TE^lisc de Saumur. Les difficultés pendantes furent enfin décidées à l'avantage de d'Uuisseau^ par le synode national, tenu à Loudun en 1M9, qtii cassa les arrêts de plusieurs synodes provinciaux, dont ie ju^^ement avait été différ(*nt. {Aipnon, t. II, p. 765-768.) [Ed.]

(i) Louis Cappel, né en 1585, mort en 1658, un des plus savants théologieBS protestants et n^gardé comme le père de la critique sacrée. Il fut appelé en 1614 à la chaire d'hébreu, à Pacadémie de Saumur, et en 1^^ à celle de théologie. (V. U France prçteëtantt de MM. Haag.)

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