‹ Mémoires inédits et opuscules, publChapitre 111 sur 178 · DE BAYLE · texte numérisé non relu

DE BAYLE

pas laissé de lire divers endroits de la traduction; en un autre temps j'aurois lu tout, ligne après ligne ; mais on peut connaître ici ex nngue leonem. J'en ai rendu un beau et glorieux témoignage à M. Leers, libraire de cette ville, qui reporte aujourd'hui à la Haye ce manuscrit , et je ne doute point que si les grands engagements qu'il a déjà contractés avec plusieurs auteurs pour des impressions de longue haleine, ne l'en empêchent, il ne soit ravi de contracter avec vous.

« Je n'ai qu'un petit avis à vous donner, que je vous prie de prendre en bonne part, c'est qu'il me semble que quelquefois il y a trop de brillant et trop de tour recherché dans la traduction. Par exemple, ce que vous dites de ce jeune enfant exposé aux bètes sur la mer et toujours conservé, est conçu en des termes qui ne me semblent pas assez simples et naturels pour la narration historique, selon le goût d'aujourd*hui. Gela seroit admirable dans une pièce d'éloquence, harangue, ou telle autre chose; mais je suis sûr que les lecteurs qui se sont formé le goût sur les narrés historiques de M. Fléchier, par exemple, qui est un grand modèle, trouveront trop d'esprit et trop de figures étudiées dans l'endroit que je vous marque. Comme il n'y a apparemment dans votre ouvrage que peu de tels endroits, et que le reste est de la gravité naturelle qui m'a paru dans ce que j'en ai lu après^ il ne vous sera pas difficile d'y remédier, mais le tout en cas que de meilleurs juges que moi que vous consulterez, soient de cet avis.

« J'ai été ravi de voir tant de notes marginales, instructives et curieuses^ et qui donneront à votre version un très beau relief. J'en ai remarqué une sur laquelle je crois que vous ferez bien de réfléchir. Vous dites que Darès Phrygien et Dictys de Crète y sont des pièces forgées par Annius de Viterbe; je " doute que vous ayez raison; faites des recherches sur cela. II - est bien vrai que ces deux ouvrages sont supposés, mais ils

78 LE CHAPITRE DES EXPLOITS d' A BIDES

« sont plus vieux qvCAnnius. Je suis avec toute la sincérité et ** Testimc imaginables, mon très cher Monsieur, votre très hum- '^ ble et très obéissant serviteur.

« Bai LE.

« Ce 25 d'août 16%. «

Ce que j'ai à dire sur les deux avertissements que M. Btylc me donnoit dans cette lettre, est pour le premier, que ce trop d'ornement qu il trouve dans le chapitre d'Abidès, qui est le treizième du premier livre de Thistoire d'Espagne, n'est pu proprement une chose qui vienne de moi ; il est visible par la lecture de l'original espagnol, que Mariana s'est délecté dans cette riante description. Ainsi, il eût fallu pour m'en écarter, que je m'ingérasse de redresser mon auteur, et je n*en avois pas le droit. Avec tout cela, je n'ai pas laissé, sur la remarque de 31. Baj le, d'aplatir quelques boucles de la frisure que 9fariana parait avoir affectée, et je ne crois pas que dans cet endroit qui, comme M. Bayle même l'avoue, n'a pas beaucoup de pareils dans tout l'ouvrage , on trouve présentement rien de trop attifé.

Pour ce qui regarde rarticic d'Aniiius de Vitcrbc, que j'avois tourné d'une manière trop positive, il est ceitain que je ne l'avois fait que sur l'autorité do plusieurs garants dont les écrits subsistent encore; mais sur la remarque de M. Bayle, j'ai restreint la chose de sorte qu ou n'y peut plus rien aloser.

Pendant ((ne le lecteur a ridée remplie de ce blâme des trop grands ornements du st\le, il me vient dans l'esprit que peutêtre ne sera-t-il pas fâché d'être lui-même rendu juge de ce qu'il en doit penser, et de trouver ici ce chapitre dAbidès dans l'état où 'à la faveur de quclcjucs petits adoucissements, comme j'ai dit) je l'ai arrêté sur le délicat scrupule de M. Bayle. Le voici :

DANS L^UISTOIKE D ESPAGNE DE MAIUANA. 79

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