Chapitre XIU (1) du premier Livre de /'Histoire d'Espagne
(/tf R. P. Jean MariAna,
Savoir : Des exploits (TAbidès et de la sécheresse générale de V Espagne.
Environ ce même temps, Gargoris, roi des Curetés, à ce que dit Justin, régnoit dans la forêt de Tartesse, où les anciens ont feint que les Titans firent autrefois la guerre aux dieux. Ce prince ternit le lustre de toutes les grandes vertus qu'ont dit avoir été en lui, par la seule cruauté dont il usa envers son petit-flls Abidès. Cet enfant étoit né de sa fllle par un commerce clandestin, de sorte que pensant effacer cette tache de sn maison, il le fit exposer aux bêtes sur une montagne ; mais elles, quittant leur férocité, eurent pour ce pauvre innocent Thumanité que lui rcfusoit son grandpère ; elles le nourrirent longtemps du leur propre lait. Cependant ce reproche muet fait par des bétes mêmes, ne fut pas capable de l'attendrir; il commanda qu*on le mit dans un chemin fort étroit, afin que les bestiaux le foulassent aux pieds en i)assant; mais le ciel, au contraire, le destinoit à one grande élévation, et il échappa de ce péril, comme il avoit fait du précédent. On eut donc recours à une autre malignité : c'est qu'après avoir laissé des chiens et des pourceaux sans manger pendant quelques jours, on exposa cet enfant à leur gloutonnerie, afin qu'ils le dévorassent, et tout cela sans aucun effet ; sa bonne fortune le délivra de ce danger aussi bien que des deux autres. Les chiennes même, comme touchées de compassion, l'allaitèrent, et il n'y eut pas jusqu'à la mer où on l'avoit précipité enfin, qui le soutint sur ses floti», et lui en faisant comme un berceau, le rendit sain et sauf sur le rivage, où une biche le nourrit de son lait. La qualité des aliments, principalement dans la jeunesse, contribue merveilleusement au cbangement du naturel ; le corps et l'esprit s'y refondent, pour ainsi parler. Od ne sauroit croire combien cette nourriture de lait de biche rendit le Jeune Abidès dispos de tous ses membres; sa course égaloit celle des plus
\\) Koufi pcHsons qu'il doit y avoir crreui* dans rindication du chapitre^ car dans la trailuction du pcrc Charenton^ le récit des exploits d' Abidès se trouve au chapitre XV, dn 1" livre; le père Charenton adopte l'orthographe Habide au lieu d'Abidés. Voici du reste coramcnt il traduit le commencement de ce chapitre :
« Le roi Gargoris^ au rapport de Justin^ régnoit sur les Curetés, qui étoient dot peoplet sitWrs vers la foret des Tartr^iens ou de Tariffa. C'est là que les poètes ont tant que les Titans avoient fait la guerre aux dieux. Gargoris ternit par sa cruauté l'édat de ses grandes qualités ({ui Tauroient^ sans cela, rendu les délices des peuples. Li fille de Gargoris avoit eu, avant son maria^re^ un enfant que Ton nommoit Habid'.?. Le roi commanda ({ue l'on cxiK)sât cet enfant sur une montagne^ pour y être dévoré dos InHes, comme s'il eût voulu anéantir le souvenir du crime de la fllle, et effacer Tinfamic de sa m;dson ; mais les hùUts plus humaines que cet afeol dénaturé, semblèrent se dé|Mjuiller de leur férocité naturelle et oublier ce qii'dlcs étoient, etc., rtc.
Ce» dotix traductions sont trop dissemblable» dans leur forme, pour qu'on puisse sdmettre^ avec Prosper Marchan»!, que l'une ait été cah|uéc sur l'autre.