‹ Mémoires inédits et opuscules, publChapitre 118 sur 178 · SUR LA RELIGION · texte numérisé non relu

SUR LA RELIGION

plat réchauffé du fameux trésor de prières du sieur J. F. (1), lequel se déguisa vers le commencement du siècle passé sous le titre de Curé de Saint-Nicolas-det-Champs. Or ce recueil de pièces pieuses, quel que bon qu'il soit, n*a jamais eu de Togue que parmi nous, nos adversaires ayant trop reconnu là Yair du fagot f et ayant toujours regardé ce trésor, selon nous, comme pièce de contrebande pour eux, ainsi qu^ils en ont usé à Fégard des Psaumei de Harot et des Quatrains de Pibrac.

• — CliapelAlii et n[<iiMr««

Je ne ferai qu^un seul article de ces illustres avec qui j*ai eu rbonneur de quelques assez étroites relations, parce que plusieurs choses que j'ai à en dire les regardant également Tun et Fautre, je ne pourrois éviter Tinconvénient de tomber dans plusieurs répétitions.

M. Chapelain fut le premier des deux de qui je vins à avoir la connaissance, laquelle me fut procurée par un de ses intimes amis avec qui je me trouvois être en alliance, savoir : M. Beck (2), résident de Brandebourg, dont la femme étoit cousine de la mienne au premier degré. Dès les premières visites que je rendis à M. Chapelain après cette connaissance ainsi liée, il remarqua avec quelque sorte de plaisir que je mlntéressois fort sérieusement & Finjustice que le fameux Despréanx lui avoit faite en le poussant si fort à outrance sur des bagatelles, dont le sieur Chapelain même étoit le premier à

(1) Bien des gens, par ce J. F., entendent Jean Ferrier, [Note de t auteur,] (S) c L*Egli8e (hinçalso de Berlin a compté parmi ses membres les plus distlngoét If. Jean de Beck, nommé dans nos registres Conseiller de Sa S&étUté électorale et son résident à Paris avant la guerre. Quoiqu'il ne fût pas Français d'origine, il s'était sans doute joint à l'Eglise française, lorsqu*en 1660 et les années sumntes il faisait à Paris les fonctions de résident de Brandebourg. Ce vénérable vieillard mourut à Berlin le 9 février i695^ âgé de quatre-vingts ans. » {Mémoires pour servir à FHistoire des réfugiés français dam le Brandebourg, par Erman et Reclam. T. m, p, 17*)

passer, de bonne foi, condamnation; et cela sans qne ledit Despréaux parût le moins du monde jeter les yeux sur une infinité de beaux talents qui lui avoient acquis un nom considérable parmi tous les gens de lettres, et généralement auprès des plus beaux esprits (1). Mais dans cette conversation je remarquai, pour rhonneur de M. Chapelain , un si grand fonds de prcrfxté et une telle droiture de bon sens et de cœur, qu^au lieu que je le croyois assez légitimement aigri et indigné du mauvais traitement qui lui avoit été fait, il m^assura que non-seulement il n*y avoit en son esprit aucun venin de ressentiment à cet égard, mais qu*il avoit été assez heureux pour entendre raison sur Tarticle, et reconnaître de bonne foi qu^il n'avoit que trop donné lieu de lui-même à quelques justes critiques que son adversaire avoit faites de lui. Voilà pour ce qui regarde laoonnaissance que j^eus de M. Chapelain, et voici pour celle de M. Ménage.

D y avoit plusieurs années que je fréquentois assez règlement ses conférences hebdomadaires , vulgairement dites Mercuriales, mais sans que cela tirât à aucune fréquentation plus particulière , en sorte qu'encore que je lui fusse assez connu de visage, je ne saurois dire s'il savoit seulement mon * nom. Mais enfin, comme j'eus été placé auprès du duc de ?ior- Ihumberland , fils naturel du roi d'Angleterre Charles II, il m'arriva un jour de mener chez M. Ménage ce jeune seigneur à qui j'étois obligé, par les devoirs de mon poste, de faire voir les plus honorables compagnies, et M. .Ménage me sut si bon gré de l'honneur qu'il trouvoit que je lui avois procuré par cette visite, que depuis cela il me considéra avec beaucoup plus d'attention, et me donna plusieurs marques d'une singulière amitié.

Je viens présentement aux particularités que j'ai à dire de ces

(1) On sait comment Boileau le traite dans sa 9* Satyre ; c'est lui qu«» «l'alignaient les fameux vers que nous avons déjà cités plus haut, pa^e 85:

Et t*U ne mVst permis de le dire au papier, etc.

deux messieurs. Il n^y en aura qu*une où M. Chapelain ait part, mais elle est si curieuse et si singulière par le sérieux intérêt qu*y prit toute une académie célèbre, savoir ceUe de la Crusca, qu* encore que M. Ménage ait dressé comme un inventaire de production dans toutes les formes, du procès que j*ai en vue, j'estime que Ton aura plus de plaisir à voir le précis ou abrégé qui m'en est demeuré dans Tesprit, sur une conversation que j'eus un jour là-Klessus avec H. Chapelain qui étoit une des parties intéressées, et lequel abrégé j'ai illustré depuis sur le long narré de M. ïlénage, qui étoit Tautrc partie , que de se fatiguer de la visite trop ennuyeuse de tant de dits et de contredits. Voici le fait que je ne rapporte ici qu'à cause de la grande érudition , et principalement de l'extrême délicatesse, que les parties contendantes firent paraître dans toute cette fameuse dispute. C'étoit une contestation qui s' étoit élevée depuis déjà quelque temps entre les deux grandis hommes qui, comme a on vu, font tout le sujet de cet article, sur la manière dont il falloit entendre cet endroit du 173^ (1) sonnet de Pétrarque qui commence par Rapidofiume, et qui consiste en ces mots de la fin du premier tercet :

Forse (o che spero) il mio iardar le dole;

et pour l'explication duquel ils consultèrent l'Académie délia Crwtea.

Voici comment M. Chapelain entendoit ce vers : Peut-être {au moiwt Vespéré-je ainsi) que mon retardement fait de la peine à ma maîtresse.

M. Ménage, de son côté Texpliquoit ainsi : Peut-être {ah ! qu'est<e que f espère là ?) que mon retardement fait ^ etc.

Les principales raisons de M. Chapelain étoient :

1® Qu'il n'y a point dans tous les exemplaires de sa connaissance, lesquels ne sont pas en petit nombre, aucune mar-

(i) G*est le 174% car il y a faute dans mon édition qui porte 173. [No/« de rauttwr,]

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que, soit d^interjection admiratiye, soit de point interroguit, et que, par conséquent , il ne faut point se tourner Ters une explication de si grand mouvement* mais prendre la chose dans une idée plus simple.

2^ Que cette façon de parler o che spero , dans le sens finuiçaiSy et pour dire simplement, au moins Vespéré-je atniî, est un de ces florentinismes ou toscanistnet qui ne sont intelligibles qu'aux oreilles délicates des gens de la nation, et qui échappent à tous les étrangers, même aux Italiens du commun ; qu'à cet égard le o, par où commence la parenthèse, n*est pas une interjection exclamatoiro répondant au heu! on heusf {on ah /m eheu ! ) de la langue latine , mais une particule correctÎTe ou ^disjonctive répondant au vel ou aui de la même langue. Que tout de même le che n*est pas le quid des latins^ puisque ce che n*est pas suivi du point interrogant nécessaire en telle occasion, mais fu'il sert seulement 1& ou de particule omatÊre, connue le gia et le pur des Italiens, ou comme le ^^ le ^i et le 'À des Grecs, tous termes superflus, à cet ornement près dont on vient de parler, c'Qst-à-dire inutiles, quant à la rigueur de la signification littérale; ou, qu'en tout cas, il ne répond qu'au quod ou quia des Latins, et que c'est comme s'il y avoit uut quod if a sperem, ou aul quia ita spero, C'étoit aussi dans la vue de ce ioscaniuftie que M. Ménage, ayant d'abord proposée M. Chapelain de prendre pour jupjcs de leur démêlé quelques Français de leurs amis qui entcudoicnt admirablement TiUlieu, M. Chapelain avoit rejeté absolument cette proposition, disant que là-dessus il ne s*eu vouloit rapporter, non-seulement à aucun Français, mais pas même aux Italiens, excepté les Florentins, ù qui la délicatesse dont il s'agissoit là étoit toute particulière, et qu ainsi il ne prétendoit pas moins que de s'en remettre au jugement unique de l'Académie iloreutine, ou ëetia Crusca.

3" Enfin, la troisième raison de 31. Chapelain étoit, que do très habiles commentateurs et traducteurs avoient entendu le

RT MBNAGR. . 107

passage en question de la manière simple qu^il Tentendoit luimême, témoin le Maldegheriy illustre poëte flamand, qui entendant assez bien le français et parfaitement bien Titalien, avoit traduit en vers français ce passage de Pétrarque en le pre* nant au même sens que lui Chapelain Tentendoit : Peut-être {ainsi j'espère) elle attend ma venue. Témoin encore H. Févèque de Montpellier Fenouillet (1), qui traduisant la même pièce de Pétrarque, en très beau latin^ Ta tournée encore au même sens de M. Chapelain :

Fors (ea spes) longum redeuntis tœdia torquent.

Les principales raisons de M. Ménage, pour en venir maintenant à lui, étoicnt :

1"* Que dans la parenthèse en question, To, est une interjection admirative, et que tout de môme le che est un pronom interrogant qui signifie quanio ou quale^ comme si le poëte disoit : Hélas t 6 quelle grande chose est celle que j'espère ! ou bien : Quelle chose espéré-je! Hélas ! j'espère des choses trop élevées ! en la même manière que le Tasse a dit : Eforse {ahi spero troppo aiieeose/)^ et que le Casa, dans la chanson qui commence : Amar^ i piango^ en parlant des yeux de sa maîtresse, a dit :

R for SB (o désir cieco ove m' adduci?) etc.;

passages qui tous deux, au moins celui du Tasse, ont en vue le vers de Pétrarque dont il s'agit dans cette dispute. Or, qui ne voit, disoit M. Ménage, que ce sens, qui est celui que je prétends, est non-seulement bien plus passionné que celui de M. Ciiapelain, et marque beaucoup mieux les mouvements de Fàme, par Fentrcmise des interjections et des points interrogants, mais qu'il est aussi bien plus noble, bien plus beau, et bien plus respectueux, et, par conséquent, beaucoup plus conforme au caractère do Pétrarque , poëte également grave et

(1) Voir sur cet év«^quc im article ih» M. H. BonlifP dans [o Bulletin de la SoeîAé de FHMoire du ProteHantisme ft'anraùt, t. V, p. S8.

délicat, mais surtout amant plein de passion, et d'une passkm accompagnée d'un respect sans bornes, respect qui n'est pasi beaucoup près si marqué dans Tcxplication de M. Chapelain , laquelle semble au contraire diminuer en quelque sorte rhoiinéteté de la réservée et pudique Laure, quand il espère si aisément d'elle, que son retardement lui fera de la peine ? Pour moi, au contraire, dit M. Ménage, je trouve que le sens de M. Chapelain est, en quelque façon, injurieux à la sage Lovre , que Pétrarque nous représente dans toutes ses œuvres si rete* nue, si scrupuleuse et si sévère.

T M. Ménage disoit, en second lieu, que ce prétendu /ormtinisme ou ioscanisme dont M. Chapelain se faisoit une si grande affaire, lui paraissoit, quant à lui, si caché et si peu connu des personnes les plus versées dans la langue italienne , qu'il ne Favoit jamais vu employé par aucun écrivain considérable et de réputation, jusque-là que posé qu'on pût le prétendre avoir lieu dans l'endroit de question, il étoit comme assuré qn'a tout cas on ne le trouvera pas employé dans aucun autre endroit de Pétrarque ; car si cela étoit ^ dit M. Ménage, d'où viaA que tous les ca7nmentateiirs de Pétrarque n'en ont jafnais /mt mention ? d'où vient, par exemple, que le délié Castelvttro^ le pénétrant et exact Tassoni et le délicat Bembo^ n'ont jamais rien dit de cet occulte ot inusité ioscanisme ou Jtorentiniswe, eux qui ne laissent jamais passer sous silence les moindres de toutes les façons de parler tant soit peu extraordinaires? comme, par exemple, et sans sortir de ce sonnet, le rritder dritto al mare du 7** vers, que Tassoni rep'arde comme une expression provençale, le à de ce même vers que Castelvétro n^marque être niLs en cet endroit pour dore, et le rendis dernier mot du vers précédeut, que Bembo assure tenir la place de rrndé [Mescolanze^ pag. 18, lig. ô). Le même 31. Ménage, pour preuve de l'interjection admirative dontila été parlé ci-dessus, allègue que plusieurs des commentateurs de Pétrarque, et entre autres le Giésualdo et le Thomasini^ regardent l'ode la parenthèseforf'

spero) comme une interjection admirative, et tout de même le Danieljo, tenu pour un des plus raffinés connaisseurs du style et du génie de Pétrarque , explique ce vers Forse (o che spero) , etc . , de la manière que voici : Cio è ammirativamente ^ 0 che cosa SPEBO : quasi dkessecosa impossibile^ etc.

3** Le troisième point de la réponse de M. Ménage, ou, si vous voulez, sa troisième raison, est que la prétendue autorité du sieur Haldeghen, auteur flamand, qui s'est ingéré d'écrire en français, est de fort peu de valeur auprès de lui , qui regarde cet écrivain comme n'ayant aucune réputation; en un mot, comme un écrivain qui de la manière dont il a rendu ce vers de Pétrarque : Forse {o che spero), etc., montre n'y avoir bien entendu et expliqué que le forse , qui en effet veut dire peut-être, puisque tout le reste du vers ne se trouve point dans Pétrarque ; comme en effet ces mots : elle attend ma venue, sont fort différents de ceux de l'original italien, U mio tardar le dole ; et tout de même ces autres mots qui précèdent, et qui sont le véritable sujet de la question, savoir la parenthèse en dispute {ainsi f espère), ne sont point non plus le (o che spero) de Pétrarque ; de sorte que M. Chapelain, qui veut se prévaloir de cette prétendue autorité , parce que ce sens-là n'est pas autre que le sien, n'a qu'à chercher quelque autre meilleur appui , puisqu'on Iqi montre la faiblesse de celui-là. Et quant à ce qui regarde M. Fenouillet, dont on ne condamne point absolument le beau sonnet latin, M. Ménage (si un ouvrage qui n'étôit point encore composé, mais qui le fut dans la suite, eût été sous ses yeux quand il écrivoit tout ce qu'on a vu ci-dessus), il eût pu contrebalancer le suffrage de ce prélat par celui d'une autre espèce de prélat, mais huguenot, savoir le fameux M. Morus , excellent poôte latin, comme chacun sait, et qui possédoit fort l'italieui puisque cet excellent serviteur de Dieu a rendu ainsi le vers de Pétrarque, absolument selon les vues de M. Ménage. dans son beau poëme latin adressé au sieur Carlo Dati.

Fortitan, ah! quid spero? Uli mora nostra dolori est.

Dans ce même troisième point de M. Ménage que je viens de traiter, cet illustre adversaire de M. Chapelain (pourfendre raison du che que ledit sieur Chapelain disoit n*étre pat te quid des latins, sous ombre qu'il est destitué du point intem>gant nécessaire en pareille occasion), cet illustre adversaire, dis-je, nie que cet interrogant soit aussi nécessaire que sa partie prétend, le che n'étant mis là que par manière d'admintâon ou d'exclamation, et non pas par manière d'interrogation, œ qu'il prouve par cet endroit de la Phillis de Scire^ Acte III, scène iv.

Lebhi à pegno dafnor : d'amor^ cWalirove Pcrduio, ifi questi campi {aime clie spero) Alla tnia pena antica / 0 cercando il restoro.

Dans lequel passage, dit-il, ou ne touvc point la marqoe d'iiterrogation, quoique cet endroit soit tout pareil à celui de Pétrarque ; et M. Ménage alléguoit encore là-dessus quantité d'exemples de la même nature.

Le résultat de toute cette affaire fut que MM. de la Criura, après s'être par des réponses très obliiîcantes qu'ils firent d'abord aux deux lettres que les parties coiitendautcs leur avoicot écrites, engagés à prendre connaissance de leur démêlé, jus;èrent enfin, qu'en admettant dans la parenthèse, comme il le faut, disent-ils, nécessairement faire, un point admiratif après Fo, et un inten'ogant après le spcroy lequel interrogant doit être censé appartenir au che qui le précède, l'explication du passage doit être comme M. 3Iénage l'entend. Sur quoi 31. Chapelain remerciant pour sa part, cette illustre et obligeauU: compagnie, il lui témoigne ne regarder sa décision quecomnit: favorable à sa cause, puisque la différence de son explication d'avec celle de M. 3Iénage ne résultoit ({ue de la destitution ou privation du point admiratif que l'Académie avoue y être nécessaire. De sorte qu'il prétend que la décision de cette savante

compagnie lui est du moins aussi favorable qu'à son illustre adversaire.

Tel fut le succès de la dispute de MM. Chapelain et Ménage, à regard de quoi j*ai une réflexion à faire de mon chef sur la prétendue validité de la raison représentée par M. Chapelain à MM. de la Crusca touchant le florentinisme ou toseanisme dont ledit Chapelain se faisoit un si grand bouclier. M. Ménage, véritablement regardoit bien cela comme une chose si abstruse et si peu reconnue que selon lui elle ne méritoit aucune attention. Mais comme tout ce qu'il a produit dans son Inventaire de Dits et Contredits précéda le jugement décisif de l'Académie florentine, et qu'il en est demeuré là sans avoir pu rien toucher de la réflexion que j'ai en vue, et qui par conséquent est uniquement de moi, je la rapporterai ici.

C'est que MM. de la Crusca dans tous les raisonnements dont ils appuyèrent leur décision, n'ayant paru avoir aucun égard à ce prétendu toseanisme si inculqué par M. Chapelain, eux qui étoicnt les uniques juges naturels d'un fait relevant si fort de leur tribmiai, il est constant que tout l'avantage qu'en prétcndoit tirer SI. Chapelain tombe absolument à terre, et ne lui vaut pas un fétu.

Mais avant que de quitter cette matière, j'ai un incident si curieux à rapporter sur ce qui suivit de bien près la conclusion de toute cette aflaii*e, et qui en est comme un naturel appendice, que je ne balance point à le mettre ici.

Histoire d'une hapelourde présentée à M, Chapelain y

par M, Ménage.

Le fait est que M. Ménage ayant reconnu par tous les raisonnements de M. Chapelain, que cet illustre adversaire étoit tout engoué de sa prétendue délicatesse, et de sa parfaite connaissance en tout ce qu'il y avoit de plus mystérieux dans les secrets de la langue italienne, voulut par une innocente su*

112 HAPLLOURDE PRÉSENTÉE A CHAPELAIN

percherie le convaiiicre de la vanité de sa prétention. Pour cet effet, il se mit en tôte de composer de son cm un madrigal entièrement dans Fesprit et du style le plus naturel au fiuneox Tasse (1), dont il possédoit parfaitement le génie et les manières les plus fines ; ce qui étant fait, il envoya, comme par curiosité, ce madrigal accompagné de deux autres, qui n'étoient point de lui, à la célèbre mademoiselle de la Veif;ne, depuis cela comtesse de la Fayette, et cela parce que ces trois pièces rouloient également toutes sur une même matière, savoir Un regard refusé par une Maîtresse. Après quoi il apprit à cette belle personne, qui entendoit admirablement ritalien, que celui de ces trois madrigaux qu'il lui donnoit comme de la façon du Tasse, étoit d'autant plus curieux qu'il ne se trouvoit que dans une seule de toutes les éditions de ce fameux pofiCe qu'il avoit heureusement déterrée dans la bibliothèque de H. de Thon (fort persuadé, comme il l'étoit, qu'on ne s'aviseroit jamais d'aller faire une descente sur les lieux pour te

(1) Tallcmant des Réaux raconte ainsi cette plaisanterie:

cf M. Chapelain se picquc de sçavoir mieux la langue italienne que les Italie» mesmcs. Il perdit pourtant une gageure contre Ménage, au jugement de l'Acaiiémie de la Crusca, ii qui ils escrivirent tous deux eu italien, et qui les fit tous denx de leur cori>s. Depuis peu il arriva encore une chose plaisante sur Titalien. Raincys avoit fait un madrigal dont voici la fui, car il n'y a que cela de bon:

si vous ne voulez voir que j*aimc, Voyez pour le moins que je meurs.

Ce monsieur ostoit le plus satisfait du monde de son macU-igal, et tout le saiwil^ (jour de réunion chez miuiomoiselle do Scudéry) en avoit bien battu des mains. Ménage, qui en est un peu, s'avisa, pour rire, de faire un madrigal italien, enrtylf IKistoral, qui disoit ;\ ik?u près la mesme chose ; il le donna et dit <|u'il larwl trouvé dans les rimes du Tasse. Après que Raincys eut h\on fait des s^^rmenu? qn'il n'avoit volé colto p<'nséo ji personne. Ménage lui avoua la malice ; mais pour s'ffl divortir d'autant plus, il envoya \o français ot l'italien i\ M. Chapt.*lain, aUn d'w avoir son jugement. M. ChaïKîlain, qui est tousjours pour les vivans, estoil bwu emixîsché. Il honore la mémoire du Tasse, et M. des Raincys est en vie et il est du samody; il trouve une eschappaloire ; il dit que le style pastoral estant de beaocoup au-dt»ssoiLs du style galant, le madrigal de M. des Raincys rempoHoit, nui* qu'i\ proportion celuy du Tasse estoit assez beau. Et voyià cet homme qui «t un lynx en langue iUiUeime ! {Historiettes de Taltemant des Reaux, article Chapelain. Eil. Techener, 1855.)

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