‹ Mémoires inédits et opuscules, publChapitre 117 sur 178 · DE CHEVREAU · texte numérisé non relu

DE CHEVREAU

quand on en veut approfondir la moindre chose , et c'est assurément la partie la moins noble de tous ses ouvrages, quoiqu'il ne soit que trop visible pour rhonneur de sa mémoire, que c'est cependant celui dont il se caressoit le plus (1).

Longtemps après cette affaire , et moi étant déjà transplanté dans ces bienheureuses provinces depuis plusieurs années, il s'en passa indirectement une autre entre M. Chevreau et moi; je dis indirectement à cause que d'abord j'étois le seul qui eusse la clef du secret, au lieu que M. Chevreau ne savoit nullement à qui il avoit affaire , et n'en fut informé qu'après coup ; voici comme je m'explique. Lorsqu'on l'année 1 700 on fut venu à imprimer les Chevrœana, et que j'en eus lu le premier tome, je trouvai que ce fameux auteur avoit, par méprise, confondu en une deux princesses du nom de Constance^ lesquelles cependant étoient éloignées Tune de l'autre de plus d'un siècle, et même Tune la grand'mère, l'autre la petite-fille; savoir : l'impératrice Constance, femme de l'empereur Henri VI et fille de Boger F*', premier roi de Sicile, et la reine d'Aragon, Constance y fenune de Pierre ni, dixième roi d'Aragon, et fille du bâtard ^am/roy. Je fis avertir M. Chevreau de cette petite erreur par feu M. Des ^ Forges, notre commun ami, et voici un extrait de la réponse qu'il lui fit pour le remercier de la communication qu'il lui avoit donnée de mon avertissement, sans me nommer, parce que je ne m'étois pas voulu faire de fête auprès de M. Chevreau pour si peu de chose :

(I) « Le prand H principal ouvrage «le Chevreau est son Histoire du Monde. Elle parut pour la première fois, imprimée à Paris, en Tannée 1686, en deux vol. iii-4*. Il (ailoit, pour composer un livre d'une si vaste étendue et qui embrasse tant de matières, avoir une bonne bibliothèque et savoir en faire un bon usage, soit par Tassiduité du travail, soit par les talents que l'on peut avoir reçus de la nature. On peut dire que toutes ces choses ont concouru à la production de cet ouvrage. » {Mémoires concernant tes vies et les ouvrages de plusieurs modernes ceiéàrts dans la république des lettres, par Charles Ancillon, Amsterdam, 1709.)

L'Histoire du Monde de Chevreau fût réimprimée à la Haye en 1687, 4 vol. in-li ; Paris, 1689, 5 vol. in-12; la Haye, 1698, 5 vol. in-11. Cette dernière édition, publiée par Jacques Bernard, passe pour être la meilleure.

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« Cest, Monsieur, on fort grand office que tous m'a?ei « rendn, que de m'avoir envoyé Tobservation de votre ami fur « Constance^ reine d* Aragon, et j*ai consulté en même temps « rhistoire d'Espagne qui ne dit rien que ce qu'il en dit. Après « cela je suis revenu de ma bévue que j'ai corrigée, n*y ayant « rien de plus beau que de se rendre à la vérité..., ^tc.

« Chbvbeau.

« A Loudun, le 14 juillet 1 700. »

• M. Chevreau mourut au bout de six mois, comme porte le

Mars 1701 de M. de Beauval, page 141. Ainsi la correction de M. Chevreau est demeurée dans son exemplaire de révision, sans qu'il ait pu s'en faire honneur devant le public^ comme c*étoit son dessein , car il mourut au commencement de Tannée 1701.

Comme je ne juge pas à propos de finir cet article de M. Clievreau sans dire quelque chose de ce qu*il a laissé entrevoir de ses sentiments sur la religion, je dirai que comme il étoittrop honnête homme pour s'être mis sur le pied d'athée ni de déiste, mais qu'il a donné des marques particulières et publiques d'avoir quelque crainte de Dieu dans le cœur, et que d* ailleurs son bon sens étoit trop solide, et son esprit éclairé de trop grandes lumières pour donner dans les fadaises et dans les superstitions de Borne, on peut fort raisonnablement s'assurer qu il n*étoit nullement entêté du papisme, et que sans cette malhfOreuse honte que tant dv gens se fout de quitter une communion régnante et tout environnée do léclat du trône, il u'auroitpas professé d*autre religion que la protestante; le petit \olunie qu'il fit imprimer à Paris en Tannée 16^6 comme étant, eiifiût de piété, son rade-mccum, si cette expression me peut être pi*rmise, ne souffre pas qu'on ait d'autres sentiments de lui; eloH ouvrage se trouve encore présentement chez Jean Petit, marchand libraire^ rue Saint-Jacques ; c'est proprement, comme l'anteur Tavoue lui-même dans son avertissement, uue espèce de

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