‹ Mémoires inédits et opuscules, publChapitre 123 sur 178 · ROI · texte numérisé non relu

ROI

Je finis ici mes paragraphes pour passer à deux ou trois lettres dont M. Ménage m'honora depuis tout ceci sur des choses qui me regardoient plus en particulier.

La première de ces lettres, qui est du 25 février 1689, est sur ce que je lui avois mandé de ma nouvelle promotion de h part et grâce de MM. les Etats Généraux ; la voici :

« Vous ne doutez pas, je m'assure, Monsieur, après toutes << les obligations que je vous ai, que je ne prenne toute la part " que je dois dans votre dernière dignité ; et ce n*est que pour <t satisfaire à la coutume, que je vous écris pour vous le témoî- < gner, et pour vous dire que si vous aviez toutes les dignités " que je vous souhaite, vous auriez à peu près toutes celles que ' vous méritez.

« Je pense vous avoir mandé que mon Malherbe est achevé « d'imprimer ; que je vous en destine un exemplaire ; et que « je suis seulement en peine d'une voie sûre pour vous le fidre « tenir. Adieu, mon cher Monsieur, honorez-moi toujours de « votre bienveillance ; je crois. Monsieur, n'en être pas indigne, « si c'est la mériter que d'avoir pour vous toute sorte d'estime ' et de considération,

MÉ5AGK.

" Paris, ce vendredi 25 lévrier 1G89.

'« P. S. — Quand mon Anti-Baillet sera eu état d*étre publié, je \ous prie d'eu donner de ma parla mes amis de Hollande, parmi les(iuels M. Cu2)er ne sera pas oublié. Je vous eu voie la liste de ceux à qui je désire d'en donner ; munus meum or- '■ nato vcrbis, c'est-à-dire. Monsieur, que je vous prie d'accom pagnerle tout d'un compliment de ma part. »

La deuxième des lettres de M. Ménage que j'ai eu ^uc c^t telle, et du 13 mai 1689:

^ Monsieur, « M. Heinsius est un homme d'un grand mérite, et pour le- ' quel j'ai toute sorte de vénération, et je suis bien aise que >ouî " lui ayez donné de vous-même un exemplaire de mou lirn.':

« je tiendrai compte de cet exemplakc au sieur Foulque, etc.. « Si j'eusse prévu que 3[. le duc de Montausier vous eût dû •♦ écrire, je Faurois prié de m'aider à vous remercier des obli- « gâtions que je vous ai : ce qu'il auroit fait bien volontiers ; « car il prend toute sorte de part dans mes intérêts. Je lui ai « fait parler de vos planches par M. de Court, petit-neveu de « M. de Saumaise. 11 ne sait ce qu'elles sont devenues. Tout à « vous à Fordinaiix*,

La troisième lettre enfin de M. Ménage regarde la communication que je lui avois donnée d'une nouvelle lettre latine écrite au roi de Suède, par fonction de mon nouvel emploi, sur la mort de la reine ChristinCy et voici ce que M. Ménage m*en écrivit le 24 juin 1G89 :

« Monsieur,

« Votre lettre latine est très bien écrite, et je ne puis dire ic « plaisir que vous m'avez fait de m'en faire part. Vous m'avez - aussi fort obligé de m'envoyer la belle ode de M. Francius. « C'a été par inadvertance cpie j'ai attribué son épigramme sur

• les feux de joie à M. Grœvius. Je suis très affligé de l'afflic- « tien de M. Cuper. [J'ai reçu aussi la lettre qu'il vous a plu " rn envoyer de lui ; son rentercttnent vaut mieux que mon présent ^ " et je lui dois bien du reste de ce côté^là (1).] Les vers de « M. Francius que vous m'avez envoyés sont parfaitement « beaux, et je vous suis bien obligé de la grâce que vous m'a-

• vez faite de m'en faire part. Je suis toujours très fidèlement

« et très tendrement et très passionnément votre très humble

« et très obéissant serviteur,

« Mekage. »

Je finirois ici ce long article de M. Ménage, sans une parti-

(1) Ce souligné de vert est d^inc précédente lettre du 10 juin^ de laquelle je irai ricu dit ci-dessus. [Note de fauteur,]

[Sota. Nous avoDS mis entrr> crochets la phrase dont il est ici (luestiou, et qui ost soulignée de vert dans le manuscrit.)

128 KKKMUM

cularité qui le regarde, et où sa réputation eu qualité dépara»/, et particulièrement dans les langues, étoit eu quelque sorte intéressée. Ce que j'ai ici en vue est une scène qui se passa ici à la Haye, chez milord Pcmbrokcy lorsqu'il y étoit ambassadeur extraordinaire de la paît du feu roi Guillaume III, après son entier établissement sur le trône d'Angleterre. Le marquis de Langey, qui lui faisoit assez règlement sa cour^ et qui lui avoit remarqué une grande inclination pour les belles-lettres et pour tous les curieux, qui les culti voient, étoit venu par occasion à lui parler de moi d'une manière à faire désirer ma vue à ce seigneur, et il lui promit de me mener chez lui ; ce qu'il exécuta dès le lendemain. Son Excellence, après une conversation où elle parut ne se pas déplaire, nous retint à dîner, et nous ayant, au sortir de table, fait passer dans sa chambre pour la continuation d'une matière qui avoit été entamée , il n'y avoit guère que nous y étions^ lorsqu'on vint annoncer au milord une visite de M. Frémont d'Ablaucourt, qui aussitôt fut introduit, oe qui fit qu'eu peu de temps on changea de discours. Pour rendre plus intelligible la scène que j'ai promise ci-dessus, il est bon de donner deux ou trois coups de crayon à la légère esquisbc d'un portrait de caractère et de Tesprit de M. Fr. dWblan court, parce (juc c'est par cette ébauche qu'on jugera mieux de ce qu'il faut penser de la petite dispute qu'on va voir.

51. Frémont d'Ablaucourt, avec tout sou mérite, qui sans difficulté n'étoil pas commun, avoit cela de singulier qu'il se faisoit beaucoup plus goûter par les jolis contes dont il avoit eu sa mémoire une source intarissable, que [)ar la solidité d'uu véritable et profond savoir (1). C'étoit aussi par ce talent qu'il s' étoit en cent lieux agréablement insinué dans l'esprit de> ptr sonnes de la plus grande distinction, et enfin dans celui de ma dame la princesse d'Orange, depuis cela reine d'Angleterrt',

(1) \ la suiU; d»; la trarluction d»? Lin.icii doiinéo par son onrb-, l»; célrhn* IVrr.^i irAblaïuourt, «m tnmvc d«^ Fivînont nii curioux ot fort spiritm»! Jut/t'mr'tt '^<'' /rtfrcs </f! Calphahci, qui y Uonl l.i place de rintradiiisiblc Jn^jrtncn( tfa l'^iffî'de l'auteur îrrec.

d'ablancoi:ht. 129

laquelle uétoit pas plus aise que quand elle Tavoit auprès d*elle à ses heures de récréation. Mais comme le faible de ce merveilleux talent, qui faisoit le principal mérite de Bl. d'Ablancourt, est que presque tous ceux qui s'y laissent aller s'ar rétent plus à la gaillardise du mot pour rire quà la vérité et à la solidité des choses mêmes, et qix'ûs gobent, pour me servir de ce terme commun , tout ce qu'on leur présente à droite et à gauche, et le font de même avalera tous ceux à qui ils veulent plaire. M. d'Ablancourt étoit, sur ce chapitre, un des hommes du monde qui tomboit le plus dans ce défaut. On en \a voir une preuve dans ce que j'ai à dire de la petite dispute que nous eûmes lui et moi en présence de M. le comte de Pembroke, qui parut y prendre assez de plaisir. Gomme la conversation étoit tombée sur le mérite de quelques-uns de nos plus beaux esprits français (auxquels Son Excellence, par la droiture de son cœur et par la délicatesse de son bon goût, ne faisoit pas di£Bculté de rendre justice, contre le génie assez ordinaire à sa nation), on s'étendit beaucoup en particulier sur les louanges de M. Ménage ; mais ce ne fut pas 31. d'Ablancourt qui montra le plus d'empressement sur cet article; au contraire, il s'égaya, d'un air moqueur, sur le compte d'une prétendue raillerie qu'on avoit faite chez cet illustre même, et à sa bai*be, de son entêtement mal conçu, tant pour la parade de plusieurs langues que pour ses Origines de ta langue italienne; sur le premier desquels deux articles il ne manqua pas d'alléguer l'épigramme maligne de 31. Ij^ (jùuX'Loucigny que j'avois déjà ouï réciter plusieurs fois et que voici :

Je liens, quant à moi, que Ménage, Qui traneilc du grand personnage, £t dont quelques-uns ont fait cas, Dans ses vers et dans ses harangues, Parle quatre sortes de langues, Pour montrer qu'il ne les sait pas.

Et pour ce qui est du second article, savoir, les Origines^ etc. , Il 9

130 ^ FHÉMUNT

voici le joli conte dont 31. dAblaiicourt voulut divertir Son Excellence pour appuyer ce qu'il venoit de dire contre M. Ménage^ en renvoyant bien loin les louanges qu*au rebours de tout cela j'avois données à cet homme illustre, et principalement par rapport à ses Origines italiennes. Il disoit donc comme une chose qu'il prctendoit courir partout, qu'un bel espritgentilhomme italien, étant en visite chez M. Ménage, et ayant, après plusieurs discours, aperçu sur sa table un exemplaire de ses Origines, mais encore incomplet, à cause qu'il en restoit encore quelques feuilles à imprimer, et faisant semblant de ne pas regarder cet ouvrage comme ouvrage de celui-là même à qui il parloit^ s'étoit mis à rire de la pauvreté de certains esprits qui se méloient d'écrire de choses qu'ils n'entendoient pas, et que ce galant homme, comme pour mieux autoriser ce qu'il avançoit là, jetoit particulièrement, et comme tont exprès, les yeux sur un certain article, où selon le jugement de il. d'A*blancourt, la marque d'ignorance, dont le bel esprit italien parloit, étoit toute visible.

Je haussois de temps en temps les épaules sur le ridicule de cette fable, lequel me paraissoit devoir sauter aux yeux de tout le monde; et lorsque 31. d'Ablancourt eut achevé : « Si Son Ex- « cellencc, dis-je en m'adressant à elle, veut bien me [icr- « mettre deux mots de réplique à monsieur qui vient de parler, je ne désespère pas de détruire tout le conte qu'il vient ' de faire. » 3lilord, étant bien aise de voir â (luoi cette scène aboutiroit, m'ordonna de dire ce que je trou verois a propos: sur quoi, continuant d'adresser mon discours au comte de Pembroke : « Si 31. d'Ablancourt, dis-je, dans la seule >ue dtî diver- « tir Son Excellence, avoit eu la précaution d'avertir la compa- « gnie qu'il ne prétendoit donner son histoire que pour le pri\ ' qu'il l'avoit reçue, je n'aurois rien à lui reprocher; mais je « m'étonne comment, du bon sens qu'il est, il adopte le pre- « mier, puis veut faire adopter aux autres de petits conte.- « bleus, qu'avec sa permission, je soutiens être destitués de

d'ablancol'ut. 131

• toute \raisemblaucc ; car je prétends, pour n'aller pas cher- « cher plus loin des preuves de mon dire, qu'il est hors de toute « apparence de raison, et que ce seroit même une action impu- " dente et tout à fait folle à un gentilhomme qui nous est pro- « posé comme sage et sachant le monde, d'aller de but en blanc « rompre en visière à un illustre de la plus belle et de la mieux ^ établie réputation qui se puisse voir, et chez qui il va faire " des visites purement de bienséance et d'honneur; dessein

< tout opposé à une aussi impertinente incartade que celle dont « monsieur vient de faire un si grand plat. Mais j'ai à dire quel- » que chose de plus convaincant encore que tout ceci : c'est '•■ que non-seulement il n'est pas vraisemblable, mais qu'il est « même absolument impossible que le fait dont il est question

soit jamais arrivé; car puisqu'il s'agit d'un véritable Italien, ^ et d'un Italien, homme de naissance et d'esprit, je soutiens « qu'un tel homme ne sauroit prendre le change jusqu'au point " de prétendre trouver des fautes grossières dans un ouvrage « auquel, bien loin de là, toute une académie célèbre, assem^

- blée exprès en corps, a donné les plus grandes marques d'ap-

• probation; et bien plus, a chargé son secrétaire d'office de ' sceller ces témoignages authentiques d'une lettre expresse " au nom de tout le corps. Car de dire que ce sont là de sim-

• pies honnêtetés qu'il faut toujours prendre au rabais, je sou-

- tiens que cela ne peut avoir de lieu ici, parce qu'une compa- « ynie de cette haute volée, et qui en cette seule qualité de

- compagnie et de corps assemblé, l'emporte toujours de bien

• loin sur un seul particulier, de quelque mérite qu'il puisse

- être; une telle compagnie, dis-je, n'a garde de s'aller com-

- mettre, par une lettre authentique, à donner des louanges graves et du plus grand sérieux, à un ouvrage qui, bien loin

' d'en être digne, scroît aussi ridicule qu'on veut faire passer •• celui-ci. Or, j'ai en main cette lettre authentique et ces éloges

< graves et sérieux de l'académie dont je parle, qui est celle de « Florence ou délia Crusca. >'

1 32 MÉ.NAOE

Je fortifiai tout ce que je veuoisde dire d'un précis de l'histoire que j'ai déjà faite ci-de\aDt, touchant la dispute de M3I. Chapelain et Ménage, portée au tribunal de cette fameuse académie, qui fit bien voir jusqu'à quel point elle cstimoit et combien elle reconnaissoit la grande capacité de ces deux messieurs, et principalement celle de M. Ménage, en faveur de qui elle sembloit s'être le plus déclarée. Je fis même, à l'aide d'un peu de mémoire, quelque petit abrégé des plus considérables endroits de diverses lettres, dont, tant l'Académie que quei- ({ues-uns de ses membres et autres savants illustres, avoient honoré M. Ménage, et par elles exalté, sans presque aucune restriction, non-seulement son ouvrage des Origines italiennes^ mais généralement tous ses vers italiens , et ses observations sur YAtninte du Tasse; en un mot, j'établis si bien tout le contraire des prétentions de M. d'Ablancourt qu'assurément les rieurs ne furent pas de son côté.

Comme le lecteur, après tant d'étalage que je lui ai fait de tous ces éloges donnés par tant de personnes illustres, et à 31. Ménage et à ses écrits, pourroit n'être pas content de la suppression que je lui en ferois si j'en demeurois là, je donnerai ici des échantillons de quelques-uns des principaux.

Le premier sera tiré de la première lettre de l'Académie florentine à MM. Ménage et Chapelain, eu commun; eu voici la traduction, car l'original est italien :

« 11 seroit, 3Icssieurs, très difficile de vous bien exprimer « Tapplaudissemeut général avec lequel a os lettres ont étc rerues de notre Académie, et avec cjuel plaisir et quelle adini- « ration elle les a lues et relues, tant pour l'obligeante conii- ' (lence et l'esthne extraordinaire que vous nous > a>c2 « témoignées, que pour la pureté, l'éloquence et la counais- *< sauce parfaite que vous y faites paraître de tout ce que iiotri' t langue a de plus fin et de plus délicat, et qui nous ont jctc"* « dans TadmiralioiK non sans une espèce de petite trloirr. <lo

ET l'académie della crvsoa. 133

« Toir notre langue si parfaitement enracinée dans le cœur do « la France.

« Votre dispute, Messieurs, est noble et soutenue par toute « sorte d'érudition et d'esprit; elle a pour fondement une ma- « tière de très grand prix ; et la cause est défendue avec une a force sans rudesse et avec une franchise sans offense. C'est « ce qui a fait qu*encore que, d'abord le dénoùment de la dif- « ficulté proposée ne parût pas devoir donner de la peine, à « force néanmoins de bien peser les subtilités, et savantes rai- « sons dont chacun de vous soutient sa cause, et les considé- « râbles exemples dont il les appuie, nous en avons été comme « embarrassés et confus, douteux en un mot sur le jugement « que nous en devions prononcer, et presque résolus d'en « abandonner l'entreprise et de laisser à chacun l'entière « liberté de son sentiment, nous trouvant d*autant plus portés « à ce parti que nous voyions plusieurs de nos académiciens « fort partagés à cet égard, les uns tenant pour l'une des deux « opinions, et les autres pour l'autre. 3Iais cette résolution, à « ce que vous désiriez de nous, à l'estime principalement que « vous avez témoigné faire de cette Académie , et encore « plus aux devoirs de notre reconnaissance, nous nous efforce- « rons, avec le dernier attachement, de pénétrer dans la plus « probable intention du poëte, sur le sens duquel vous êtes en • peine, et vous en recevrez au plus tôt notre avis, dont jusque- » là nous vous prions d'excuser le retardement, à cause que la « quantité et la diyersité des opinions de toute l'Académie ne " nous permet pas une prompte diligence. Nous vous souhai- « tons, Messieurs, toute sorte de prospérité et de bonheur, et « sommes. Messieurs, vos très affectionnés et très obligés ser- « viteurs.

Ainsi signé :

« L'AfinHIGONSUL ET LES ACADÉMICIENS DELIA CrUSCA.

« Lo Smunto, secrétaire.

<« A Florence, le 22 août 1654. «

134 l'acadrmif i>rlla c.kv^ck

Le second échantillon que j*ai à produire est un extrait que j*ai à donner d*une lettre française du fameux M. Costardà M. Ménage, que voici :

« Monsieur,

» Vos poésies italiennes ont été lues dans la petite famille ; « ç*a été avec un plaisir sensible. Si je m'y connais, il n'est <* rien de plus pur et de plus chaste que votre élocution ; rien « de plus fin et de plus subtil que vos pensées ; et rien de pins « harmonieux que la structure de vos vers. Vous inventez très i heureusement et vous imitez avec un pareil succès. Vos ori- « ginaux méritent d'être copiés en toutes les langues ; et vos « copies passeront quelque jour pour originaux, tant elles ont «< de naïveté, de génie et de hardiesse. Enfin, Monsieur, ce « que vous venez de publier, pourra donner de la jalousie à vos » confrères de FAcadémie délia Crvsca. Feu M. de Nancel m'a « conté, qu'étant à Rome, un de ses amis l'avertit de ne plus u faire de si bons vers italiens; et que, s'il continuoit, il savoit « de bonne part que les beaux esprits de ce pays-là étoient ré- « soins de le poignarder. Prenez, Monsieur, vos mesures là- « dessus, et que cet exemple vous fasse saîçe si vous allez - jamais à Florence. >

Je tirerai pareillement mon troisième échantillon d'une lettre de la même Académie florentine à 31. Ménage seul, et au sujet de ses obstîrvations sur YAmintc du Ta}(i;e. Et voici ce que je me contenterai d'en produire :

« Monsieur,

• Vos remarques sur V Aminffi dn 7assr sont si hourensemeiit

conçues, et elles sont ornées d'une diction si rktrante et >i

« pure, qu'il est impossible de n(* |)as reconnaître que vous >

avez emplojé tout ce que notre langue a jamais renfennr d«

< la plus raffinée délicatesse; de sorte que, joignant l'éruditiou

« dont elles sont enrichies à la naïveté du stvie dont elles sont

A FLORENCS. 135

« parées, ou ne peat s*empêcher de regarder cette compositioi) « comme un ouvrage dont la France a sujet de se glorifier r d'avoir donné la naissance à son auteur, Fltalie d*en avoir « fourni les expressions, et notre Académie en particulier de « se voir honorée de la dédicace que vous lui en avez faite. « Voici, Monsieur, quelques petites notes, qu'uniquement pour « vous complaire, nous y avons faites, afin de vous écarter la « pensée de donner à notre silence, si nous le gardions, une u autre cause que celle qu'il pourroit fort innocemment « avoir, etc. Ce ne sont là, Monsieur, comme vous voyez, « que de pures grammatications, qui, étant plus scrupuleuse- » ment observées que vous n'avez fait, auroient peut-être dé- « tourné une infinité de grâces naturelles, que, sans doute, « vous leur avez judicieusement préférées, comme étant in- « compatibles avec tant d'épines, au lieu desquelles vous n'avez « présenté que des roses. Vous les attribuerez donc, s'il vous « plaît. Monsieur, ces légères notes, au pur dessein qu'a eu «I de vous obliger, sans aucune vue de réelle critique, notre « reconnaissante Académie, qui, n'ayant tiré son nom délia « Crusca que de l'idée d'un bluteau et de l'action de bluter^ a « voulu faire voir, qu'en sassant si rigoureusement vos écrits, '. elle ne vous traitoit que comme une tendre mère qui ne vtwi " pas épargner plus ses enfants qu'elle ne feroit des étrangers. ^ Aussi vous rend-elle mille grâces. Monsieur, cette Acadéiûie « si sensible à toutes vos honnêtetés, de l'honneur que ^us « lui avez fait, vous protestant qu'efle ciniblrassera toujours « avec ardcirr les occasions de vous rendre tous les services ^ dont elle sera capable et qui vous Âeront le plus à gré , ' comme étant, Monsieur, vos trëB afiectionaés et trëa obligés « serviteurs.

'^ 'Alrtsî^igné : :

■ « T;ARCmCOT^SUlETIJÈ8AcAI)ÉMIClEKteDÉfcLA CftitWCÀ-,

« Lo Smu>to, secrétaire.

A Florence, le 14 demam 1656/ »

136 KCRITS DIVERS

Le quatrième extrait que j*ai à produire sera tiré d'une très honorable lettre du prince Léopold, frère de Ferdinand IF, cinquième grand-duc de Toscane, et qui fut peu après honoré de la pourpre et fait cardinal par le pape Alexandre VU, le 7 mars 1666 (1). Le sieur Ménage lui a voit écrit, le premier, pour lui rendre grâces de la faveur qu'il lui avoit faite de fsire examiner soigneusement ses Observations sur VAminte par MM. de l'Académie délia Crusca, et de ce qu'il lui avoit même fait l'honneur d'assister régulièrement en personne à cet examen. Voici l'extrait français de la réponse italienne que ce prince fit au sieur Ménage :

« Monsieur,

« Les vertueuses veilles, que vous avez employées toute « votre vie à diverses études et entre autres à celles de la lan- » gue italienne, ont tellement mérité de toute la république « des lettres , que vos écrits sont plus propres à faire des rè- « gles pour le beau style qu'à en demander et à en recevoir; " et je n'ai pas eu d'autre but, en l'assiduité de mes compam- 't tiens dans notre assemblée, lorsqu'on y faisoit la lecture de « vos Observations sur IWminte^ que de profiter moi-même de « toute l'érudition qu'elles renferment, etc.. J'attendrai, Mon- '< sieur, mais avec une grande impatience, tous les autres ou- « vrages que vous faites espérer au public, et dont même vous « me llatte:ic de l'esp^Tauce de m'en voir honoré par une dédi- • cace, sous prétexte de répondre par cet honneur à Testiine '^ toute sinsfulière que je fais de votre vertu, etc.. Je suis. etc.

Ainsi signé : « Ia* prince f.KOPOU).

« A Florence, le 26 mai I0r>7. •

J'auroisun cinquième extrait ta donner d'une lettre de labbé de Saint-Laurent au sieur Ménage, où il se trouve quelque

(l)*Sflon Curonclli, r.ir Sainte-Marlho dit 15 mars 16U8. mais in;il à proï*;? puisque Aloxaudre étoit iiiurt iXi^ 1C07. (A'off c/p l*wsteur. ]

DR NKNAGR. 137

chose d'assez curieux; mais, crainte de fatiguer trop le lecteur, en pensant lui faire plaisir, je me contenterai de cet endroit, qui marque, avec tout ce que dessus, combien et avec quel empressement tous les écrits de M. Ménage étoient désirés et recherchés par les plus beaux esprits d'Italie.

<» J'ai, écrit-il à M. Ménage, fait venir de Paris, pour M. le « comte del Maestro^ toutes vos œuvres : vos Origines de la '» Langue française, vos Miscellanea, etc. Il a déjà lu deux fois la « Vie de Mamurra, et il la veut encore lire une fois avant de la « prêter à M. Carlo Dati et à JI. Valerio ChimenteUi, etc. »»

* Cette mention, que l'abbé de Saint-Laurent fait avec tant d'éloges du Mavmrra de 31. Ménage, et duquel M. de Balzac, monté à son ordinaire sur ses échasses, a dit, dans une de ses lettres (laquelle se trouve dans le volume de ses Œuvres diverses), que cette histoire étoit digne de Ronie triomphante et du siècle des premiers Césars, m'a fait naître l'envie de finir tout ce long chapitre de M. Ménage, par la traduction, que quelques curieux de mes amis (mais qui ne pouvoient pas entendre assez couramment toutes les grûces de l'original latin) m'obligèrent, il y a quelques années, d'en faire en langue française; et, comme cette traduction eut le bonheur de leur plaire, ainsi qu'il est arrivé depuis à l'égard de quelques autres personnes de bon goût, je ne feindrai point de la placer ici : d'autant plus que ces deux dernières parties de mes Mémoires sont, en partie, destinées à la collection de mes principaux opuscules (1).

(I) Bien qae œ morceau ne semble pas présenter un intérêt en rapport avec son ^iendue^ nous ne croyons pas pouvoir prendre sur nous de l'omettre ici. Nous ren- Ttyyons poor tout commontairo à l'article de Bayle sur Pierre tle Moutmnur, où bi tatire de llénage est appréciée à sa juste valeur, Pt hVHistoire de Piètre de Mofftmaftr, professeur royal en lunf/tte grecque dans rVmversité de Porift, jiar De SaHen^rre. La Haye, 1115.

hk VIE

DE

GÂRGILIUS MAMURRA

Pëdant-Parasltei

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