‹ Mémoires inédits et opuscules, publChapitre 122 sur 178 · R1LAT1059 DB MC · texte numérisé non relu

R1LAT1059 DB MC

Avant que de passer au deuxième extrait, il est i propos que je fiEU^se Toir la réponse que je fis à cette première lettre de H. Ménage ; la Toici :

Lettre du sieur R... à M. Ménage,

« Monsieur,

« Quand je consentis, il y a environ un mois, à faire la révi- « sion des feuilles de votre AntùBaillety je ne songeois pas que « vous en dussiez jamais rien savoir, et bien moins encore que « cela me dût valoir Fhonneur d'une de vos lettres. Je ne « puis cependant, Monsieur, que me savoir bon gré de la li- « berté que j'ai prise, et de laquelle il ne sera peut-être pas « hors de propos de vous rendre raison. La passion que f ai « conçue pour vous depuis longtemps, m'avoit fait regarder « avec indignation le procédé de M. Baillet à votre égard ; et « sachant que vos amis vous avoient porté au châtiment de aoo « injustice, j'avois quelque sorte d'impatience de voir comment « vous le traiteriez. Votre imprimeur n'ayant pas fait grande dif- « ficulté de me communiquer les premières feuilles de son tra- « vail, j'eus lieu de remarquer que cette édition ne «'exécnte- « roit pas tout à fait de la manière que vous pourriez l'cntendro, « de sorte que tant par le regret que j'avois qu'une aussi bonne « pièce que la vôtre fut si défectueuse, que par la disposition « où je mo trouvois à vous rendre service, je m'of&is à Tinspec- « tioudontje vois que vous avez eu connaissance. Il me parait, « Monsieur, que vous êtes en peine de ce qu'on aura fait de « quelques additions que vous avez recommandées depuis l'en- « voi de votre manuscrit. J'ai visité les endroits qu'elles re- « gardent, et je trouve qu'à quelqu'une près, elles y ont été « rangées selon votre désir. De cet éclaircissement que vons « m'avez demandé, permettez-moi, Monsieur, de passer à uu « que je prends la liberté de vous demander à mon tour : c\^t « sur la généalogie dcJoac/ii^t du Bellay, où je trouve quelque « chose qui m'embarrasse, un article de votre page 166 le fai

sant fils de Jean de Gonnor^ fils d*un autre /«an, chef du nom et des armes de Bellny^ au lieu que la page 1 68 le fiait fils de Jean, fils d'Eustache : ce sont les propres termes des deux articles, du moins selon Timpression, car je n'ai pu disposer de TOtre copie que depuis que je suis entré en révision, ce qui, à mon grand regret, n'est arrivé qu'à la lettre M du premier tome, en sorte que je n'aurai examiné que six feuilles de cette première partie. M. le marquis de Langey, chez qui je veillois hier au soir, comme étant un seigneur avec qui, par Tamitié dont il lui plait de m'houorer depuis vingt ans, j'ai toujours eu en quelque sorte comme un commerce de belles4ettres, mais qui, particulièrement dans ce fait, est une partie intéressée, comme étant sorti par les femmes de cette illustre maison, ne put me lever cette diflSculté lorsque je lui en fis part; mais il m'exhorta fort à vous en écrire, me marquant même que vous vous étiez quelquefois entretenus de cette matière, jusque-là que vous ayant parlé d'un brouillon de généalogie que M. de la Cmirbc-Bellay ksoxI entre les mains, vous lui dîtes avoir encore trois degrés par delà ceux de ce papier de M. de la Courbe ; et là-dessus il me pria de savoir devons, si, pour un dessein particulier d'histoire qu'il a en vue depuis longtemps, vous ne pourriez point lui faire % avoir cette esquisse que ledit sieur de la Courbe lui avoit déjà prêtée ci-devant, et qu'il ne retira que pour la lui faire mettre plus au net, depuis quoi, par plusieurs traverses surrenues, il n'a pas eu plus de connaissance de cette affaire. Nous nous intéressons également à cela, M. le marquis de Langey et moi, par de diverses raisons, en ce que de mon côté, il y a plus de quinze ans que j'ai travaillé moi-même à cette généalogie : le dessein de mes Tables de l'Histoire universelle m'ayant engagé par occasion à creuser dans la source de plusieurs maisons, cette science et celle de la chronologie étant, comme on dit, les deux yeux de l'histoire; et ce qui est assez singulier sur le fait dont il s'agit, c*eBt que la prin-

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a cipale difficulté que j'ai trouvée dans rarrangement des bran-

c ches de cette maison est la même qui m'embarrasse dans

« votre article. En un mot, je désirerois savoir la relation qu il

« y a entre les deux branches de Langey et de Gonnor, en sorte

« que, faisant remonter par des générations bien suivies les

« sieurs de Langey^ de Gonnor et de Thouarcé à une même tige,

« je pusse particulièrement connaître les degrés précis de pa-

a rente qui se trouvent entre Guillaume de Langey et le po€te

a Joachim. Yoilà, à mon grand regret, Monsieur, un entretien

» bien ennuyeux dont je vous importune; je vous en demande

» très humblement pardon, comme je vous rends aussi très

^ humbles grâces de Thonneur que vous m*avez fait, et des ter-

" mes obligeants dans lesquels vous me Tavez fait. Je puis,

« Monsieur, vous faire une très sincère protestation, je ne di-

<i rai pas de cette amitié qu*il vous plaît de me demander, mais

K d'une vénération entière telle que je Tai conçue depuis très

« longtemps pour un savant fort distingué que je regarde

« comme le Varron de notre siècle, sans contredit, mais parti-

» culièrement pour un sage d'une éminente et d'une solide

'< vertu. Je suis avec tout le respect imaginable et qui ne vous

« peut être contesté, Monsieur, votre, etc. >»

Extrait de la deuxième lettre de ;V. Ménagç à moi.

« Monsieur,

* Je ne puis vous remercier comme je le voudrois de toutes « les obligations que je vous ai, mais je vous prie de croire, « Monsieur, que je les ressens comme je dois, et qu'il ne se peut

« rien ajouter à ma reconnaissance, ete Je ne sais jmis pré-

« sentement si Joachim du Bellay étoit fils de Jean fils de Jean. « ou fils de Jean fils d'Eustache ; je m'en informerai à M. de b « Courbe, et, selon sa réponse, nous corrigerons l'undn^it di* « monliÂre qu'il faudra corriger. 31. de la Courbe n'est plus a « Paris; il est à Brissac en Anjou, où il a été exilé par ordre du

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« roi. Si M. le marquis de Langey me veut envoyer un mé- « moire des choses qu'il désire de lui, je le lui ferai tenir, et je « lui en ferai avoir réponse. J'ai produit dans mon Histoire de « Sablé^ l'origine de la maison de Montreuil-Bellay, de laquelle « maison, selon l'opinion de plusieurs généalogistes, descend « celle de Du Bellay. M. Grœvius a un exemplaire de cette his- « toire, et vous pouvez l'emprunter de lui ; mais puisque vous « vous attachez si fort aux généalogies, je vous ferai moi-même « présent de cette histoire ; car elle est remplie de plusieurs « généalogies très curieuses, et entre autres de celle de Craon. « J'écris à notre libraire de vous mettre toute ma copie entre « les mains (1). J'oubliois à vous dire que je ne suis pas assez « informé de la maison de Du Bellay pour vous éclaircir de vos « doutes; il faudra en faire un article dans le Mémoire de « M. de Langey pour 31. de la Courbe. Je vous demande tou- « jours. Monsieur, la continuation de vos soins, et surtout celle « de votre amitié. Tout à vous, et de tout mon cœur et sans ré- « serve, et avec toute l'estime qui vous est due,

• A Paris, ce 6 août 1688.

« P. S. Tout le grec des premières feuilles que vous n'avez •' pu voir, est rempli de fautes, ce qui fait que je vous recom- « mande particulièrement le gi'ec des feuilles suivantes. «

Dans la suite du commerce qui se continua entre M. Ménage et moi, et parmi les lettres dont il m'honora toujours constamment jusqu'à sa mort, il s'en trouve plusieurs où il y a des traits de critique littéraire que les gens de bon goût ne jugeront pas indignes de leur curiosité. Je n'en mettrai pourtant ici que fort peu, parce que d'autres lecteurs ne s'en aceommoderoieut pas de même, ou trouveroieut au moins que cela ne leur apprend pas quelque chose d'assez nouveau.

Le premier de ces traits qui se présente à ma mémoire re-

(1) J*ai encore toute cette copie par-derers moi. R. [Sote de Fauteur,]

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garde l'accentuation des pronoms f^ofre et voire; voici ce qae M. Ménage m'en avoit déjà écrit, dans sa troisième lettre, par rapport à une faute de son imprimeur, qu*il avoit plusieurs fois remarquée dans ces premières feuilles que je n'avois pas Tues.

« Dites, s'il vous plait, au compositeur qu'il suive ma copie, » elle est très exacte ; il met toujours nôtre, vôtre, etc.; il fiiut « toujours écrire notre, votre ; la pénultième de ces mots est « brève, et il la fait longue par ces accents circonflexes, etc. »

Sur quoi je présentai à M. Ménage une exception, pour laquelle je lui citai cet endroit de ï Ecole des Maris du fameux Molière : Je suis votre valet j dit Ariste à son frère, et moi^ lui répond Sganarelle, j> ne suis pas le vôtre y entre lesquels deux voire il y a nécessairement une différence considérable de prononciation longue et brève. Cette remarque donna lieu à H. Ménage de faire une restriction qui se trouve dans sa cinquième lettre à moi du 10 octobre 1688, dont voici les propres termes :

« La distinction que vous m'avez marquée sur Notre et Votre « sans circonflexe et Nôtre et Vôtre ainsi accentués est très « juste, et je ne m'étois pas assez expliqué d'abord. La pre- « mière syllabe de Votre, etc., est brève quand ce mot ne fiait « pas la période; par exemple : Je suis vofrr serviteur, et elle ' est longue quand elle la finit, par exemple : Et moi je suis le " rôtrey qui est proprement ce que vous m'avez allégué, et en « ce cas il faut un circonflexe siirTo.

Cette r^gle de M. 3Iénape, comme on voit, n'étoit qu'un pur effet ou résultat de ce que je lui avois objecté.

Une seconde remarque critique de M. Ména^^e, et qu'il mo fit dans cette même cinquième lettre dont j(» viens déparier, re^ijarde la véritable orthographe du vc^rbe sraroir, où il ne vouloit point de r, '■ J'ai oublié, mo dit-il, de\ousdire qu*ilne " faut point de r à savoir. Sur quoi je trouvai étrange qne M. Ména^îe southit cela si positivement contre Tusage pratiqué, et suivi par iMM. de l'Académie même, (^t cela sans vu alléguer de raison ; mais je la tirai bientôt de sesOrigines de U

langue française^ de la première édition ; c^eBt que sçavoir ou savoir vient de sapércy qu'on a dit pour sdpere; c'est pourquoi il faut écrire savoir ; et en effet, M. Ménage lui-même me confirma dacns cette opinion par ces mots de sa septième lettre du 24 septembre 1688.

« Pour le mot savoir, me dit-il, quoique MM. deFAcadémie a y mettent un ç, il n'y en faut point, il vient constamment de « sapére^ qu'on a dit au lieu de sâperc, et non pas de scirCy comme « je l'ai démontré dans mes Origines de la langue française, et « dans celles de la langue italienne^ aussi bien que dans mes « observations sur la langue française.

Une troisième remarque de M. Ménage est sur le vedessi ou vedesti qui denfro, etc., de la belle scène d'Ainarille^ dans le fameux Pastorjido du Guarini, sur lequel j'avois représenté à H. Ménage que je ne trouvois point de sens dans la leçon du vedesti que portent la plupart des éditions de cette admirable |Hècc ; et que je trouvois un sens bien plus net dans la leçon vedessi; car, disois-je, n'y a-t-il pas plus de raison à lire : Âh ! si tu voyois ce qui se passe ici dans mon cœur, etc., que de lire : Si tu as vu, etc., car, visiblement, vedesti est la deuxième personne singulière du prétérit parfait viddi, vedesti, viddè, fai vu, tu as t*u, il a vu; au lieu que vedessi est la deuxième personne du subjonctif se vedessi, se tu vedessi ^ s'egli videsse, si je vayoiSy si tu voyois, etc.

Sur quoi M. Ménage me répondit :

m Dans mon Pastorfido, qui estin-16, édition de Venise, cm « 1 61 1 , pressa Bernardo Giunti, il y a Se vedessi, que je préfère, « aussi bien que vous, à Se vedesti, mais l'un et l'autre est bon : « Si tu voyois mon cœur, tu ne dirais pas cela; Si tu avais vu mon • cœur, tu ne dirais pas, etc. »

Ce fut toute la raison que me donna M. Ménage^ dont je ne demeurai pas autrement satisfait, car pour admettre la dernière de ses deux interprétations, savoir, Si tu avais vu, il faudrait qu'il y eût dans l'original Se tu travessi veduto, ce qui n'est

i^ï ROt*

point. Mais comme je ne youloispas faire le coup de poing atec M. Ménage, j'en demeurai là.

Afin de ne pas tirer à de trop grandes longueurs tout ce qoe je pourrois ramasser des autres lettres que j'ai conservées de M. SIénage en fait de critiques littéraires, je bornerai ce que ma mémoire m'en présentera à quelques paragraphes succincts, selon la méthode ordinairement pratiquée dans les Analyses,

S 1 . Gomment entendez-vous, écrivois-je un jour à M. Ménage, le 'Tfi de votre distique à l'honneur de M. de Saumaise ?

Tîj [ASYa^ iv {Aty.p(5 ^JLVTiixaTt -aAjJLaîtsr.

Tf], me répondit M. Ménage, se prend adverbialement pour htc; je vous en chercherai des exemples.

S 2. Je vous ai promis, par une de mes précédentes lettres, de vous dire plus précisément de qui Joachim du Bellay étoit fils ; j'ai présentement de quoi m'acquitter ; il étoit fils de /nm, seigneur de Gonnor, fils d'Evsiache et de Catherine de Beaumont, dame Du Plessis-Méré.

§ 3. L'iiommc savant dont parle M. Fermât, qui m'a traité de Varron, c'est le père Malmhoxirg; et le premier qui m'en a traité, puisque vous le voulez savoir, c'est M. Fcramus [\), dans une épigrammc latine, imprimée dans mon livre adoptif, page 16. M. de Saumaise m'a régalé ensuite du même éloge, selon le témoignage d'un Suisse qui a fait la préface du Térence de M. Guyct; et ensuite 31. de la Monnoye, dans l'épigramme que vous avez fait imprimer à la page 69 du deuxième tome de ï Anti-Baillct . Ce que vous me dites que vous lisez quelquefois de mes poésies, fera que je vous enverrai quelque jour plusieurs vers que j'ai faits depuis la dernière impression.

S 4 . Je vous suis bien obligé de la peine que vous voulez bien

(I) CharU'S F»'*ramus. On a ùo lui de spirituelles attaques contre le ivïnçil»^ y«»^<tinanr; «|ui ont »'tr' re<'ueilli»s par de SaMenere.

El MÉNAGE. i23

prendre de faire vous-iuéme la table de mon livre, et je vous en rends un million de très humbles actions de grâces.

S 5. Je TOUS envoie Télégie de M. Francius, et la fable de la Citrouille et de laPalme^ du père Gommire. On écrit appeler^ appelant, mais on écrit appellations et il s'appelle. Votre Index^ vu le plan que vous m* en faites, sera un opera^ et je vous en remercie encore une fois avec toute sorte d*estime et de reconnaissance.

S 6. Je reviens à Robert Estienne; je viens d'apprendre que la première édition de son Trésor est de 1 53 1 et non pas de 1536, comme je le crojois, et qu'elle a pour titre Dictionarium^ seuLatinœUngua: Thésaurus; et j'apprends de la préface que ce furent ses amis qui l'obligèrent à lui donner le titre de Trésor de la langue latine, etc. Il dit dans cette préface qu'il fut deux ans à composer cet ouvrage; qu'il y travailloit jour et nuit; qu'il cousultoit sur ses doutes tous les gens savants ; et qu'il n*y a pas un mot qu'il n'ait écrit de sa main.

S 7. Votre lettre latine à 31. Grœ vins est fort bien ; voici seulement ce qu'on pourroit y trouver à redire en chicanant.

La première période est trop longue, le style épistolaire doit être concis.

Delphensis est équivoque; vous voulez dire que M. votre frère demeure à Delft, et Delphensis signilie plus ordinairement «H homnie né à Delft ( 1 ) .

(I) Nota bene, — M. Méiiag*^ avoil raison de traiter c^îttc critique de purn chicane, car le contraire de ce (|u'il dit là est iiiconU^stable ; je pris d'abord ce qu*il avance en cet endroit ])our bonne monnaie, comme on parte ; mais ayant depuis bien examiné la chose, je trouve que bien loin que la U^rminaison en en.Hs dénote la naissance on certiin lieu, elle fait tout le contraire, et en marque seulement lliabitation, et c'est la terminaison en us qui désigne la naissance; Rotnamu (outre d'autres égards, comme droit de bourgeoisie, dépendance, etc.) signilie qu'on est né à Rome, et Rotnanensis s'entend de celui ^mi^ nattts alibi, Romœ habitai. Gaton est formel là-dessus dans stm dernier chap. de Re rust. Voyez le Thesaur, P(a6n, édition do 1G87. Et, en effet, chez tous W historiens ecclésiastiques, saint Augustin est dit Airelu's Aiglstwis Hipponk>sls, parce qu'étant évéque dHi|H pooe, il fais«)il ordinairement sa demeure en c<*tte ville-là, et cela ne vouloit pas dire qu'il y fût né, puis^fue le lieu de sa naissance étoit Tagaste, dans la Numidie.

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