‹ Mémoires inédits et opuscules, publChapitre 157 sur 178 · AVEC ROU · texte numérisé non relu

AVEC ROU

m'en communiquoit, avec d'autaut plus de sincérité, que je ne feignis pas de lui dire que j'avois une espèce de chagrin de n'avoir que des applaudissements à lui donner, lui avouant ingénument que je n'eusse pas été fâché de trouver, du moins par intervalles, de petites matières de critique discrète et ménagée pour assaisonner de quelque saupiquet la réponse toute simple que je lui envoyois, laquelle ne lui paraissant rouler que sur des louanges perpétuelles, ne pourroit aussi lui être qu'insipide.

Ici, je suis empêché de donner au lecteur la satisfaction d'un détail plus circonstancié de tout cet excellent ouvrage (1) de M. de Bapin, par l'instante prière qu'il m'a faite de ne rien révéler à personne de tout ce qu'il me confioit là-dessus, me faisant entendre que trop d'éclat sur ce projet ne pourroit lui être que nuisible;

Ce long silence de M. de Bapin , dont je viens de parler, fut enfin rompu par une lettre très obligeante qu'il m'écrivit au commencement de cette présente année 1711, et qui me vint fort à prapos pour adoucir les chagrins d'une très fâcheuse maladie, dont j'avois été accueilli environ ce temps-là, et qui n'étoit pas encore bien passée. Cette lettre, dis-je, me fit tellement revenir le cœur, qu'aussitôt je lui en dépêchai la réponse que voici :

A Monsieur Thayras-Rapin.

« C'est, mon très cher Monsieur, comme du fond d'un cer- « cueil que je vous tremblote ce peu de lignes, n'ayant pas en- « core la main assez sûre, moins l'esprit assez réveillé pour « vous bien dire tout ce que pense mon cœur, qui est la seule « pièce (comme la dernière mourante de notre misérable com- « posé) dont je pourrois un peu faire parade auprès de vous.

(1) Gëtoit 8an8 doute ëon llùdoiie iC Angleterre, qui a fiaru depuis en dix volumes. {SoU du fils de routeur, ]

■■ U u été agréublement touché, ce pauvre cœur, à la nScq

•• des obligeants témoiy:i)agti^ du vdtre, d'autant pltm que

'• tob un peu on pcitte de votre long silence , tguoique, dans b

•• vérité, je n'aie jamais eu garde de vous souproiint-r dti moin-

> dre refroidissement en mon endroit ; mnis vous savet (|ue plus

■ ou aime plus on est inquiet; et comme dit le po«>t<.', quu

■ Qonnaisseï si bieu :

Res est ioUieiti plena Umorii amor.

- ou, comme dit l'Italien :

■imorfài tempre un fier tormettlo.

■• Mais, à propori de pointes et de passage» paétiques. j'ai une <■ très hufnhlc prière à voun faire. U n'L'st pas que vous u'tija -> couuaissiiuce du 173'' sounct de Pétrarque (1) ; napidufiume, etc.

■ qu'uDO iufluitC- de beaux ospriti) de truites nation.-* ont pris

■ plaisir de tourner chacun en sa lungnc. J'ui uuo! raison de « dùsirer le voii' c» beau français, et je ne connais que vow

'< propre à bien fiiire cola de la manière que je l'entends. Vald^J « pour vous donuer moins de peine k en déterrer le seos, daal'fl

■ tout les intqprètes ne oonvlennent pas, en ce qol r^ai^

■ la fin du prunier teroet , voici, dis-je, comment qndqti'iu, « qui ne se vouloit pas commettre à faire des lignes nméeiide •> douze ou treize syllabes, l'a expliqué en prose ftuoçaiâe :

<i t. Pleuve rapide qui, au sorlir des Alpes où tu prends U source, tinM {HTincipaleoieiit too nom de la violence dont (s ronges les bords de to» rinp, ne témoignes rien dé»rer si fort que de descendre avec moi auU et Jo«r » Item oOtu ea oMné par U seute nature, et moi nniqaement par mon tmoK.

S }. PraHdB tes devanli, fuis^ue la course l'est araétée ai par la tanitude pi par le Gomnieil, et avwt «(ue d'aUer |tay«r it la «er k tiikiM dt tes eaux, arréte-toi à l'endroit où tu verns l'herbe la plus vert« et l'air k idus ser^ fermer an séjour détieieux.

S 3. Cestliqu* mon doux soleil, oiqaotlFs rtveo par set benh» rayas,

(() OuplnUtlIb, ja^utEuitadutiiwnéditîenjCMniBe je^déja «l*M m, m. [Note rfe foWfiir.]

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y fait feurir un prinUippft éternel, et que peutrôtre (mais quelle eepénmoe! ) mon retardement lui fait de U peine.

$ 4. Va donc vite liaiser son pied d'ivoire et sa main d'albâtre, et dis-lui en ton langage que la pesanteur de mon corps ne sauroit suivre TlmpétuosHé et l^ardeur de mes désirs.

« N*allez pas, au reste, mon cher Monsieur, vous imaginer « que je tous envoie ceci pour un aide à entendre l'original , « je sais de reste que vous u*en avez pas besoin ; mais je le fais « pour vous épargner la peine de rêver sur certains endroits « où les plus habiles ne pénètrent pas d*abord. Je vous demande « pardon, mon cher Monsieur, de. cette corvée ; mais surtout « ne m'alléguez point d'excuse , puisque, de la capacité dont « je vous connais, je suis sûr que vous ne m'en sauriez alléguer «- de valable. Jo suis, etc., B.

« A La H^tye, le 20* janvier 1711. »

P. S. « Ce que je vous ai Insinué ci-dessus de la diversité de « sens que les interprètes donnent à un endroit de oe petit « peCme de Pétrarque, résulte d'un varia leetio de la fin du « premiep des deux tercets que les uns (eorarae, par exemple, • l'évéque de Montpellier Fenemllet et le célèbre M. Chapelain) « expliquent ainsi :

Fors {ea spes) longwn redeuntis t^sdia torquent.

(Penouillel.)

Et Chapelain ;

Peut-être (ahisi j'espère) elle attend ma venue.

Mais que les autres (comme par exemple M« Morus et M. Ménage) (1), entendent de la manière que voici :

Forsitariy ah! quid spero! illi mora nostra dolori est.

(Morus.)

Peut-être, ah! quel espoir! mon séjour la cbagrine^

(Ménage.)

(1) n ne faiit pas entendre ici que M. Morus ait tiii un sonnet latin^ ni M. Ménage on (tançais. M. Monm a rendu ainsi oet oiidroil de Pétrarque dans un lon^ poémc sur d'antres matières; et M. Ménage n'a traduit que ce seul vers pour faire entendre sa pensée. [Soie de rontottr.) i? Voir ci^deasus* pages 105 et 109.

" La matière, au reste , qac je vous propose ici n'est pss A « bugatelle qu'elle vous pourroit paraître d'abord ; il y a près de

• 60 ans qu'elle fit un très grand bruit parmi tous les beaux « esprits, tant en France qu'en Italie; et le procès qui, lâ-

■ dessus s'éleva entre M9I. Chapelain et Ménage, fut porté ju»'

> qu'au tribunal de l'Académie florentine, qui fut même loug- " temps avaut que de prononcer; et ce qu'il y eut de rare, à " mon avis, c'est qu'il en fut à peu près de cette réponse comme •t de celles des oracles anciens ; c'est-à-dire qu'elle fut fort équi-

• voque, car cette illustre compagnie, étant apparemment bien " aise de conserver (comme oïl dit) la chèvre et lechou, et de ne « déiwbliger aucune des deux parties, s'énonça dans sadéci- « sion, d'une manière si partagée, qu'encore que l'iirrél parât " Être entièrement favoroblcàM.Ménage (qui aussi ne manqua ' pus tout aussitôt d'en chanterle jre/>ewm},cependanteeaeful

> qucsous le bénéfice de certaine supposition doutM. Chapelain. " de son côté, ne manqua pas de se prévaloir, jusqu'au point " de remercier ces messieurs de leur jugement comme préteii- ' dant qu'il lui dounoit un entier gain de cause. Il fnt de ceb.

■ en on mot, comme de ces batailles AerMafiAnidita(Saa^«ptf « exemple, et, novisHme, Villa-Viciosa), oix cbaqoe parti ne re- « garde que l'endroit qni lui a été le plus favorable, de atote

> qu'à proprement parler adhue tubjudice lit est.

• Puisque je vous ai parlé du sonnet latin de H. FeDoaiOe^ " (évoque de Montpellier), peut-être serez-vous bien sise (ponr « la diversité des toturs qu'on peut donner & une même pemée] ' de le voir ici joint à la prose française de ci-devant; dans " cette vue, le voici :

CurgiU saxoio, rapida guiconcilut unda, Circumerrans varia (tortito hinc nomma)flexu, Nocle, diegue, avidui mecvm delabere, guo me Urgtt amor, te sala vocal ttalura fluentent. I, notam prmcurre viam, nullo oMce tardta. Sed, prias xqtioreat quam tis diffuiut bt tndas, SitU gradum; atteiUyu coda gtta parU tertmo Luxuriat viridtt fecundo eetpile kUm.

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