‹ Mémoires inédits et opuscules, publChapitre 158 sur 178 · AVEC ROU · texte numérisé non relu

AVEC ROU

Sol meus hic radiai; dulci qui iumine iœca Mille iua varias compinxil margîne flores. Fors (ea spes) longum redeuntis ixdia torqucnt. Tu niceos artus puravenerabcris unda, Bkmdaque vocali dans basia murmure^ dices : Spiritus est promplus^ sed tarda est sarcina carnis.

Hcponsc de M. de Rapin, (4f« ledre de M. Rapin-Tboyras sur Alpestre,)

« M. Martel m'a épargné uu très grand chagrin, mon cher « 3Ionsieur, en ne m'apprenant votre maladie qu'avec votre » convalescence, dont je suis bien aise d'apprendre la conlirma- « tion par vous-même. Je prie Dieu qu'il vous conserve en santé « longues années, tant pour vous-même que pour votre chère « famille à laquelle je fais mes très humbles compliments.

« Je vois bien que, depuis votre maladie , vous cherchez à « vous occuper par des lectures qui ne fassent que vous di- « vcrtir sans vous attacher ; c'est du moins ce que me fait penser « la demande que vous me faites dans votre lettre. Vous devez « être persuadé, mon cher Monsieur, que je souhaite autant « que qui que ce soit de contribuer à votre divertissement, j'a- « jouterois, sifen étais capable ^ mais vous m'avez prévenu là- « dessus, en me défendant de m' excuser sur mon incapacité. " Je prendrai donc mon incapacité non pour excuse, mais pour « raison, en vous faisant voir par des effets, que je suis effective- « ment incapable de faire ce que vous demandez de moi ; mais en « même temps je vous donnerai des preuves convaincantes, que « je ne puis vous refuser rien de ce que je suis capable de faire « pour votre service. Vous me demandez un sonnet français « qui soit une traduction du 173*' (174*^) sonnet de Pétrarque; •• c'est ce qui m'est impossible; outre que les vers de ce poëte « sont extrêmement serrés et son style concis, je n'ai pas ma n 18

un nv.HMIUI tS UK ll.tFIN-niOTII.tî

« propre Ungne assez à commandement pour trouver les expres- « lions propres, ttles rimes riches, qui sont nécessaires àua son- « net.D'aillean.ilyalougtcmpsqueje n'at fait de vers, ce qui « bitqae je nUkDque d'une certaine routiue sans laquelle il en

■ très dUBdle de bien réussir. Becevez donc, Monsieur, avec

■ votre condescendance ordinaire, le sens du sonnet de P^

■ truque que j'ai mis en 32 vers auxquels vous donnerez tel

■ nom qa'il tous plaira. Si je puis avoir quelque bon moment

■ poétique, je tâcherai de réduire le tout eu un sonnet ; maù), ' en attendint, J'ai eu de l'impatience de vous donner cette ' petite marque dn plaisir que je me fais de vous procura « qodqne satisfliction et de vous convaincre que ce n'est pas > par JMKSSe, mais par pure impossibilité, du moins, A moo • éguA, si je ne réponds pas à tous vos désirs. Je ferai prt^céder

■ mes TftM de quelques remarques sur le sonnet même de Pé- « tAUtiafl, tôt lequel, pour vous dite franchement In vérité, jp

■ troate éthuii^ que tant d'habiles ^ns se «oient si fort

nEMAQQLES sm LE SONNBT Ot firMhQVt.

Alpttlre vena. — Quoique le Rhôue vienne des Alpes, il ne s'ensuit ^ que le poète ait eu prédsément les Alpes en vue, car on pourroit dire 11 mSme chose de la Loire ou de la Garonne ; le mot alpeitre ponvut s"!^ pliquer i tout Heu monta^eux, inculte et sauvage.

Rodenâo, etc., onde 'Itito nome prendt. — Il n'est nullement vnbcablible que Rhodanut vienne de rodere latin ou italien. C'est une pan !■vention ou de Péu^rque ou de quelque autre, et une allusion qui n'^|o«e rien, ce me semble, à la beauté de ce sonnet. D'ailleurs, quand cela seroR fondé, on se rendrolt inintelligible en disant en fnncals que le HMw prend son nom de ce qu'il ronge ou entraîne ses bords ; ilnsl Je sali pwsuadé qu'on peut fort bien passer onde 'l tuo nome prendt sus aacai scrupule.

tfoUe 9 di, meco detioio scendi. — Il seroit plus naturel de dire qv l'homme descend avec le lleuve, que de dire que le Qeuve descend ant l'homme; d'ailleurs, ce<feafo«o ne me plaît pas trop : car quel est ledétk

81R IN SONNET PE PBTRARQrE. 275

du fleuve, ce n'est pas d'aller voir la mer, car H ne s'agit pas de cela dans le sonnet. Ce n'est pas non plus d'aller au lieu où est LaurCy puisque c'est la nature seule qui le fait descendre. Ce n'est donc que le seul désir de couler en bas, ce qui ajoute peu à ce que l'auteur a dit que le Rbône est rapide, et qu'il ronge ses bords. Cependant, pour exprimer ce desioso dans une traduction, il faudroit pour le moins un vers entier, ce qui est tr(*s incommode dans une pièce où l'on seroit astreint à quatorze vers.

Oce^ amor me, te sol natura mena. — Le sens de ce vers est que l'amant et le fleuve sont emportés ensemble par la pente du fleuve, ce que l'auteur appelle la nature; mais que le fleuve n'est emporté que par la nature seule, au lieu que l'amant a encore une autre cbose qui le porte en bas, savoir, Vamour, Tout cela est exprimé en italien par un seul vers, et je crois qu'il est très difficile d'imiter cette brièveté en français.

rattetie inanzi; il tuo corso non frena .ye stanchezza, ne sonna

— Vous avez bien senti qu'il falloit un peu paraphraser c^la pour en faire sentir le sens ; mais s'il faut faire la même chose en vers, on aura de la peine à mettre tout dans les quatorze vers d'un sonnet.

f; ftria chê rendl sua dritto al mar, fisc, ù si mostri attendis L'erba piU /resca, e l'aria più serena,.. — Il y a là deux transpositions qui enjambent l'une sur l'autre, dont Je doute qu'aucun bon poète italien voulût se senir présentement. La construction est Mtendi, fiso, dove terba si mostri lapiit jresca^ e Varia più serena; de sorte qu'en plaçant ù si mostri entre attendi et fiso, il se fait une transposition choquante ; et en plaçant attendi entre si mostri et l'erba, on en fait une autre qui n'est pas moins rude. Ce n'est pas ià, selon mon avis, le meilleur endroit du sonnet.

Vous avez un peu paraphrasé cet endroit; mais en mettant lorsque tair est le plus serein, vous vous êtes un peu écarté du sens (4), qui est que le fleuve doit s'arrêter à l'endroit où l'air se montre le plus serein et l'herbe la plus verte.

Forse, o cke spero! il mio tardar le dole, — Je ne trouverois ni bon sens, ni ))eauté dans la fln de ce soimet, si on ne supposoit pas que Pétrarque espère véritablement ou se flatte que sa maitresse l'attend avec imlialience. car sans cela il doit être indifférent à la belle qu'il hâte son retour ou non ; et pourtant le dernier vers n'est qu'une excuse de ce qu'il n'arrive ins assez t6t; excuse ridicule s'il ne croit pas que sa maltresse se plaint de sa longue absence.

Dille : e7 baciar si in vece di parole» — Si Pétrarque s'étoit contenté de personnifler le fleuve, en lui donnant commission de parler à sa mal-

(1) CaI écart du lens ne parait pas dans la traduction de ci-dessus^ ce qui vient rie ce que j*ai redre«é cela de moi-même depuii l'envoi à M. de Rapin. [Sote de C auteur,]

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tresse, ce seroil au lecteur k chcrLlipr Je ijuelle niank^rc un lleuvc se pfol exprimer^ mais de prétendre qu'en laTanl l<^ pied ou la main de Laurr, cela voudra dire que Fetprit est prompt, etc., c'c&t ce qui parait d'abord fort étrange. J'ainierois donc mieux votre traduction : Dit-lai en Ion langage, que l'original ; mais puisque c'est Pétrarque, nous sommes tenoi d'admirer.

Lo spirta é pronto, Mia la carne è elanca. — Si n'adralrerai-je pas pourinnt celle- profanation horrible qui su serl dans un sonnel amourt-ux An paroles prononcées par Jésus-Christ même, dans l'occasion la plus w de sa vie.

" Ces remarques peuvent \ous faire corapi'cudfe que j " n'estime pas ce souiict autant que d'autres du même poëte^ - ccpeadant pour vous complaire, j'ai tâché d'en exprimer It] " sens œmmc vous l'allez voir :

Kb<^ne, qui des rochers où tu prends ta naissance, I Précipite tes eaux avei' rapidité;

>Don( les liumides bor Taignenl la violence El suivent de tes flots m ipétuosiié.

Tu descends avec mol par un courant rapide. Et tous deux â la fois nous allons nuit et jour. Où la nature seule incessamment le guide, Mats oil ]e luis encor entraîné par l'amotir. Témoin de mon ardeur, de mon InquiéUide, Va. devance les pas d'un malheureux amant; 0 loi que le sommeil, la faim, la lassitude, Ne peuvent dans u course arrêter un moment. En portant k la mer le tribu de ton onde, De tes Dots écumeux arrête les etTorts; Considèire en passant le plus beau lieu du monde Où la riche nature épuise ses trésors i Où l'air toujours serein et l'herbe toujours verle, Les oiseaux amoureux qui chantent en tout temps, La campagne, de Oeurs incessamment couvene. Font eo toute saison un aimable printemps. C'est là qu'est mon soleil dont la douce influeiKc Rend les bois wujours verts, l<!s prés toi^ours fleuris. C'est là que la beauté, jointe avec llnnocence, De ce lieu si charmant font un vrai paradis.

»IR «N SONNET DE PKTRARQrF. ^211

Sur ces bords enchantés chéris de la nature. Tu trouveras ma nymphe en faisant ton chemin, Porte de son côté ton onde la plus pure, Baise son pied d'ivoire ou sa charmante main.

Peut-être, ah ! doux espoir! cet objet qui m'engage, Se plaint de mon absence et de mon peu d'ardeur; Va, dis-lui (tes baisers tiendront lieu de langage) Que mon corps fatigué n*a pu suivre mon cœur.

« Je voudrois avoir mieux réussi, plus pour votre satisfaction » que pour la mienne, car je vous avoue que je suis présente- « ment peu sensible aux louanges que ma muse me pourroit « procurer. Adieu, mon très cher Monsieur, je suis de tout « mon cœur votre très humble et très obéissant serviteur,

« Thoyras-Rapin.

.^ A Wézel, le 30 janvier 1 7 11 . «

Quelque satisfait, et au delà, que je fusse de cette obligeante réponse de M. de Bapin, Tespérance qu il me laissoit entrevoir du sonnet que je lui avois demandé, jointe à quelques petites considérations que j^avois a faire sur ses judicieuses remarques, me porta bientôt & lui écrire cette seconde lettre :

A }fonsieur de Itapin,

« Si je ne me suis pas pris de meilleure heure, mon très cher » Monsieur, & vous faire mes très humbles remerciments, c*est » que M. Martel par la voie de qui j'étois bien aise de m*acquitter « de ce devoir, n'étoit pas en état de vous rien envoyer, et je « vous avoue que je me fais un scrupule de vous écrire en droi- « ture pour de simples compliments.

« Il ne se peut rien de plus parfait que vos huit quatrains, « et la critique qui les précède est fine, savante même, et très " judicieuse; tous nos amis à qui j'ai communiqué le tout, et «« principalement M. Huet, que vous savez n'être pas prodigue <« d*encens, a dit (ce que j'avois déjà anticipé de moi-même) que > vos trente-doux vers valoient incomparablement mieux que

Itn REIURQCFS DI ROr

[ ■ leâ quatorze du souuet original. Mais pour revenir h xt» I « points de critique, que je vous avoue encore une fois £ln; I • savamment et Judicieusement traités, serez-vous homme à I « prendre par la bonne ause, ce que je prendrai la liberté df « vous représenter à l'occasion de l'épitliète Alpestre* Je doute

■ mon cher Monsieur, que vous ayez bien pensé à la distinction I " qu'il faut toujours faire entre le propre et le Jigtfrf, en fait Av I ■ motaet dephrases.lorsquevoHsavez prétendu, quVitrttir CMC i ■ h Rhône vititne det Alpes, il ne s'ensuit pas f/ue Pétrarque ail

■ e» précisément let Alpeuen vue, par re, dite&-vnnt), tjue stUvant , ■ cela OH pourrait dire ta même chose de la Loire et tir le tioroRW, ' ■ le mot Alpesthe pouvant s'appliquer à tout lieu mùntaçmeuj,

■ inculte et sauvage. Sur quoi voici la représentation dont jr I > vouspark; c'est que votre induction st-roit twnue, fiiTépi- I « thètc Au<ii:STHB ne se prcnoit que dons le lensjigun' ; totit

, > comme au pied de la lettru et dans le sens propre, le IthAor 1 que Pétrarque upostrojthe, est un lleuve qui vient des AI])», •■ et qu'en bonne rbétorique et dans tout âiscours bîeu Ué. «t » bien entendu, jamais on ne doit recourir au ^easfguré tor&qor

- leproj>re est tout visible et incontestable; il ne faut dou- " ter eu aucune manière que la pensée de Pétrarque, dans son " sonnet, n'ait été de nous faire euvisager le Rhône comne

■ venant de ces fameuses montagnes qui séparent l'AUemagoe " et la France d'avec ritalie. Vous me répoudrez, pent-MR, " qu' Alpestre ne se rapporte pas kjtume rapide, nuis h ma ; K mais cela ne rend pas votre cause meilleure, parce qae mu " et Jtume ne sont qu'une seule et même chose; vena d'aeqaa « est comme vena di sangue. Quand donc on dit la veine d'm»e 1 rivière (c'est-à-dire son lit), cette veine, ce Ut sont la rivière " même, par la raison du continens pro contenta; ce verre, c'est*

- à-dire te vin qui est dans ce verre, etc. Or, cette veine qualifiée

- Alpestre par Pétrarque s'étend depuis la source (laquelle " vient des Alpesjjusqu'ùl'embouchure, et c'est pourquoi celte " veine est dite Alpestbe.

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