RÉFUGIÉ A LA HAYE
porter ce sac, pour le mettre sous le chevet de son lit; je le lis aussitôt, et rcijus de lui mille remerciments; après. quoi il ne fut pas longtemps sans mourir. Ce vénérable gentilhomme étant donc, soit cadet, soit fils naturel, comme j'ai dit, et fort peu accommodé de biens patrimoniaux, s'étoit dans sa jeunesse jeté dans les études, et avoit même fait quelque courg de théologie : il avoit Fesprit présent et agréable ; il savoit, surtout, admirablement sa religion, qui étoit la protestante (1) et il Faimoit; de sorte qu'encore qu'il eût quitté la plume pour prendre Tépée, ses conversations rouloient pour le moins autant sur la religion que sur la guerre ; il avoit d'ailleurs un talent admirable pour la poésie, laquelle il ne consacroit qu'à des ouvrages de piété et dont il me communiqua quelques morceaux que je rapporterai ici, comme ne pouvant faire qu'honneur à l'article que je consacre à sa mémoire. Hais avant que de venir à eux, je donnerai ici un impromptu de sa façon qui m'a toujours semblé fort curieux, et surtout très naturel. Il voyageoit un jour sur la Loire dans une de ces cabanes qu'on sait y être assez fréquentes, et qui aussi bien que les coches et les carrosses de traverse sont toujours plus remplies de femmes et de prétraille que d'autres sortes de gens, de sorte qu'il se trouva là mêlé parmi plusieurs tant jésuites qu'autres moines. M. de Bénac paraissoit là plutôt en habit de cavalier qu'en celui de théologien, et les discours de toute la barque s' étant insensi^ blement tournés sur les matières de religion, M. de Bénac qui n'étoit pas homme à cacher la sienne, fut bientôt reconnu pour huguenot par un jésuite qui , par-dessus le reste de la compas gnie, faisoit fort l'entendu, tranchoit du maître sur toute matière, et entreprit M. de Bénac avec beaucoup de suffisance et de hauteur. M. de Bénac soutint admirablement sa thèse, mais par des manières douces et civiles, se contentant de la solidité de ses raisons et du bon droit de sa cause^ sans en venir aux
(1) I^ maison de Bénac étoit de religion prote6tanto. [Soie de ruuteur.\ Il 21
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M. de Bénhe ayant été yattté pour ses impromptu à aa jeane abbé qtd se piqûoit de bel e^t^ et lui ea ayant meÉtf^ cpielqQeA^iukB pftr eompldsaaee^ TiIMé dit à d'attirés |>eiwansi qai étoleat présentée, \itte ees impirompta étoieiit liaits à him; Béaa^ fit quelque antre tbose sur le ^hâmp mème^ pour se jastiief tMItrë tdtte aecutetion, et Tabbé se retrànchh à dire ^ ft'étoit là des ieUéÈ û tons cketûM; smr tfaoi Béaae Mpliqua eed sur riKttfë :
Ifnoramiie ce que Je ftitXi
El plus indigne encor de ce que Je te donne. Si la selle est à tous chevaux^ Pourquoi ne i'est-eile pas bonne?
M M. D« vhikc. 3S3
11 en fit encore uu autre sur le métne sujet, que voici :
Tu dis que mes couplets nouveaux Sont des selles à tous cAevmuCj Par une critique infidèle»
Voilà pour toi, pauvre animal, Et tu diras que cette selle N*est faite que pour un ckeval.
Je viens présentement aux mcNrceaux de piété que j*ai promis; ce sont trois fragments tirés d'une plus ample paraphrase du Symbole des Apôtres, dont ma mémoire ne m'a conservé que ceci :