MÉMOIRES ET OPUSCULES DE JEAN ROU
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DES lÉIOlBES ET OPUSCULES DE JEAI BOU
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Dissertation sur te Vous et te Tv en parlant à Dieu. — Voici un passage de d'Aubigné qu'il n'est |)as sans intérêt de rapprocher de cette dissertation :
« Vous ne trouverez ici aucune picoterie de nos cx>ntroverses. A une seule différence, vous connaîtrez de quelle religion Je fais profession. Cest que Je parle par unité à Dieu, qui est un et seul, ne pouvant m*accommoder à dire : / ous êtes Dieu, Je sais que Ton s'excuse en la mollesse des langues française, anglaise et flamande, ou autres imperfections qu*on fait passer pour loi. J*ai pris plus de goût aux anciennes harangues faites aux rois, et aux poètes de la volée de Ronsard (puisqu'il n*y va que du langage). Ceux-là, parlant à tout ce qu'ils ont voulu séparer du vulgaire, ont pris les termes mâles de Tunité : et surtout quand ils on^ parlé aux princes et à leurs maltresses, comme s'adressant ù quelque chose de divin, nous ont déployé leurs hautes flatteries et vaniu'^s, et leurs folles adorations par le Toi, plus majestueux que le Vois. Certes, qui prendroit la loi du vulgaire et les mlgnardes flatteries du temps, on se laisserait enfin mener à dire en choses sacrées : Je vous baise les mains^ comme on Ta écrit d'un prêcheur espagnol. J'en dirols davantage en un discours privé : c'est assez que, par cette épitre, Je convie mon lecteur à élever (en simplicité du langage de Canaan ) ses pensées il Dieu, au sein duquel y a propitiation, qui se tient volontiers près des cœurs désolés (Psaume 34), qui n'oublie jamais la clameur de ceux qui le
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soppUeut, qai ne souflire point justice être foolée, et qui seul, an calanilteux, se trouve conseil et consolation. • (Préfixe des PeUitê méiées du sieur agrippa d^Aubigné^ Genève, 4630, in-6^.) Yoir deux lettres de Bayle à Rou, ci- dessus, p. 349 et 353.
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... Lajuiteae det quatre parles de Claudki... — Ces mois nous po^ taraient à croire que Roa n'était pas tombé dans rerreor q|Be Bayle releva ei Si lettre du tl octobre 4 66S (d-desaos page 340) , oA II Id nqwaUe qoe ee D'ttt pas Claudin Le Jeune, mais Gottdimel, qui a fidt la musique des PaaiuMa. Im
avait easansdoute en vue, conune ici, les Psaumes à quatre parties de GaiAi.
Claude Le Jeune ^ dit Claudine compositeur ordbiaire de la dbaoÉbrede Henri IV, et déjà célèbre sous le règne de'Henri m. Né à VàlenriamMt, vers 4540, il mourut à Paris, le S6 septembre 4600, et fût eniené as cimetière protestant de la Trinité. Ses PfawNet mis em uiueltm à Avr, Irolf, quatre^ cênq^ six^ eqpi et kuU parUee (Paris, 4606, etc.; ta Bo* cbelle, 4606; Genève,4627s Amsterdam, 46t9et4633; Leyde, 4635} eHOt ^un grand succès. (Voir l'artide Le /enfle, dans la fWwice prûieeNmh et 'MM.Haag,t.VI,p.5S6.)
Voici du reste le passage de ses Remarques sur ruUiotre eu CeM nisme de M. Maimbourg qui donna lieu è l'observation de Bayle.
«... Rien n'est plus faux que ce que M. Maimbourg dit que la musiqae (le nos psaumes est molle ei efféminée; J'ai toujours oui dire aux plu5 experts musiciens qu'il n'y en avoit pas de plus parfaite ; aussi est-elle d*iif des plus grands hommes qui aient jamais excellé en cet art, je veux dire dr Claudin le Jeune dont le nom seul fait un éloge. Quand on écrit il faut prendre garde à ne pas faire de si lourdes bévues; comme les psaumes som de différents caractères, les uns sur des matières de réjouissance, les autres sur des sujets de comi^ainte et de tristesse, les uns graves, les autres gais et libres, les uns de louange et d'action de grâces, les autres de oonfessioo ri de prière, il faut nécessairement que les airs suivent cette variété d'affections et de mouvements, et c'est en quoi le musicien'a excellemment réussi; on trouvera des exemples de toutes ces diversités dans ces cinq ou six psaumes, pour n'en alléguer pas un plus grand nombre : le VI*, et le U'. qui sont des psaumes de confession et de prière, ont un air qui leur est proportionné, étant tout languissant et triste ; le LXXIX*, le LXXX« n le CXXXVIl*, qui sont sur des sujets d'alDiaion, sont absolument iugvbre>: le XLIX^, qui est un psaume de doctrine, a un air grave, entièrement nu-
sical et plein de luajeslé ; le XIX*', qui est un hymne de louange, est animé mais libre et tranquille; et le LXXXI«, qui en est un de consolation el d'allégresse, a des mesures si pressées qu'il semble n*étre fait que pour une danse par bonds et par sauts.
« Mais Je trouve l'auteur admirable de critiquer le chant de dos psaumes ! C'est bien aux musiciens de sa communion à toucher une pareille corde, eux dont les noëls ridicules, semblent être faits tout exprès pour apprêter à rire, el parmi lesquels on n'oit {Toint d'autres hymnes que ceux qui s'entonnent sur les plus libertins airs de cour, sur des coq-à-l'Ane du Pont-Neuf, sur des chansons de cabaret, et ce qui est encore plus infâme, sur des intermèdes de comédie ou sur des pas de ballet et des morceaux d'opéra. 11 n'y a point ici d'exagération, tout le monde sait quels sont les Cantiques imprimés chez Florentin Lamberty rue Saint- Jacques^ à t Image Saint-Paul^ devant Saint-Yves, Ce recueil est un livre authentique, il ne peut être récusé par M. llaimbourg puisqu'il est d'un des pères de cette Société dont il faisoit partie, il n'y a encore que trois Jours, puisqu'un capucin de réputation y a contribué de sa veine purgative et Uluminative; puisque ce livre est autorisé par une approbation de docteurs en théologie, et qu'il est imprimé avec privilège du roi. C'est dans ce curieux livre qu'on trouve des Gaudinettes et des Colins^ qu'on entend des soupirs de Tépoux céleste sur l'air des Enfarinés^ des entrées de l'âme Juste dans le ciel sur l'air Daye den Daye, des dialogues entre l'homme et Satan sur celui de f^ous y perdez vos pasj Mcolas. Et, ce qui vaut peut-être mieux que tout le reste, un délaissement de toutes choses sur Ce quejait et que dtfend V archevêque de Rouen. » (1 )
On lira encore ici avec intérêt les autres remarques de Rou sur les passages de Maimbourg relatifs aux Psaumes de Marot :
ILaimboihg, page 98 : « 11 n*y a rien de moins confonue à son original, que cette venion des psaumes de David par Marot : pour ne point parler d*une infinité de bévues, et de la manière basse et infiniment éloignée de la majesté du style de ce grand prophète, qui font pitié en cette traduction, qu*on ne peut nier qui n*ait du moins quelque chose de Tair burletf^ue, sans jamais approcher de cette belle et noble expression qu'on voit dans la version de M. Godeau, etc. Ce sont là les psaumes qu*on chantoit alors, et qui furent mis en musique en un certain air de chanson mol et cfTéminé, qui n*a rien de dévot et de nu^estucux, comme le chant de l'Eglise catholique, etc. »
(1) On sait que le célèbre abbé Pellegrin, protégé de madame de Maintenon, a composé : 1* des Catttiques spirituels sur différents airs cT opéra, pour Us dames de Saini'Cyr; i* V Histoire de r Ancien et du Souveau Testament, sur les airs fT opéras et des vaudevilles (1705) ; 8* \ei Psaumes de David sur les plus beaux airs de Lulli, etc. (1705) ; h" Vlmitation de Jésus-Cftrist en cantiques, sur des airs cTopéras et de vaudevilles (17i7).
Il 34
< pB ne iwnit IN 4nx ii^cB 4m CM wlw. im liMpar «A ■«»■ nlw Ad Q» 4e ngMTwei n ï > iH94Mft *) l'a <M #Tipifft|t «» <t'wi UttJl«9im>Uf «ne la Tersie|i.fl9]|hn» «fidpMlMIMMnlMiit dolsnée de li iiujnté du style de DbtM, et II j.frW^t^wSJm^gfim^ i li.ii;,!- l'.iiJM.i;;.' Ai: i:c [mh: lit! liiirli'snuei i;i vIium' ^h ea iireuvv, Il iU'l'M ]'-if' mi\'i.<r-:ti<U- ilr IruuvtT un M»rul, ru luul o» uu» psauiuc» Mnl .dans lc$ iniilns Uv t>;iit lu moiiiic; il cil si vrei que cette |iué6k i»l fort .fEOntorni? au (axie, que tout aubint do neos qui n'oiu |iaa su (|u« Valaldir tervoit (le (nichemnl à Murot. se sont ctoiioi^'s vouiui'itt w denilcr a^oit entendu l'Iiiibrcu Uuns une tcllu perfetition ; nais L'onimo l'auteur le rcinaniur liiUméiiic, celle Justesse de l'un ne venoit que àe la conduite ilc l'autre. Il ae faut donc point dire une cUosc si absurde, et |H>ur ce qui rcgardi- le Myk, â la nSsei-vc île quelques petits changements que cent quartioie an» n
E> ont apportés ft notre langue, il y avolt dans c«t ouvrage des ticaolti r ce IeDl{is>lù oonime il y en a dans Godeau pour celui-ci. SI la lanfoe t ngiS Murol n'en est non plus resitonsable que Godeau ne le sera de celui bipii pourra succéder dans un sîËcle à l'é^rd de sa iicrsion. Mais le di> plu^ it'autcur SQ moqiie-t-il de Taire une comparaison des l'iaunKi de Haroi avrr - l'finui de Godeau. La rtiéiorique nous enseigne cfu'une comparaison iM it- Jjptueuïe quand elle rouk- sur des ctioses du Dature djfférenli-. Manit a lui "lÊI» tniiluution formelle, M. Godeau s'est licencùi jusqu'à k ^a^ brasu, cl m cela le premier a sur l'autre cet aviwlnj liinw, que piu» il s'est aitactiti au mot Jk B dL« idées du Salnt-Espril ; au lieu que l'aHt quence mondaine, a quitté le langa{;e de Dieu pour parier celui des b
■ Il y a bien deggenad'unautreavisqueM. MaimbourgittuOctdelhrot et de ses Ptaumet; et ce qui doit noua donner de la consôlatioa, c'est 9» ces gens sont d'un autre poids que lui j ils ne sauroient d'ailleurs être suspects. puisque durant leur vie Ils ont toujours professe la religiao ronuiâe, d qu'aucun intérêt que celui de la bonne fol et du bon ieu, ne le» s |MiJa fait agir. Voici entre autres le Jugement du célèbre M. Puquler, coMeeWff du roi et avocat général en la Chambre ((es comptrft de Parts.
1 Quant a Clément Uarot, ses œuvres furent recunllies favonbleneitdf n chacun. Il avoit une veine grandement fhifde, un \on hob afeclé, ih «as
X fort bon Bref, jamais livre ne fut tant vendu que le sien, )a ■'«
R excepterai pas un seul de tous ceux qui ont eu la vogue depuis lui. U H ° plusieurs œuvres, tant de sou InventloD que traduction, avec w tris 1 heureux génie; mais entre ses Inventions je trouve le livre de set 4^- ■ greamnei Irés plaisant, et entrt) ses traductions 11 se rnxIH atelnMf « en celle des cinquante psaumes de Datld, aidé de Valable, proteseur ds
<( roi es lettres hébraïques, el y besogna de telle main, que quiconque a " voulu parachever le Psautier n'a pu atteindre à son parangon; c'a été une " Vénus d'Apelles. » (Pasquier, liechercftesy liv. VII, ch. 5.)
MaimboirV., papro 99 : « Les calvinistes clianlèrcnt ces Psaumes publiquciiiont, ])oiir la première fois, dans le lieu le {ilus fréquenté de Paris pour la promenade^ c\,> (jui irrita t4>Uoniont le bon bouigcois que Ton alloit prendre les armes [K)ur so jeter sur cux^ si 1 i magistr.it n'cAt prompti?mcnt BL\msé ce tumulte par Temprisonnenient do ceux (|ui furent trouvés les plus échauffés k chanter d'une inaiiière si sMitieuK. M
<v On reconnaît là le caractère de la superstition romaine ; si nos pères eussent chanté des airs profanes et impudiques, on ne leur auroit rien fait, comme encore aujourd'hui on en chante de tels en toute liberté dans les maisons et dans les carrefours parmi nos adversaires ; mais si on surprend quelque' homme de bien qui chante les louanges de Dieu telles qu'elles ont été dictées par le Saint-Esprit, c'est assez pour lo mettre eu justice et le faire pourrir dans un cul de basse-fosse. Cetle rigueur ne s'étoit pas jusc^u'ici exercée si hautement à Paris qu'elle l'est depuis longtemps dans les provinces, mais il est aujourd'hui d'une notoriété publique qu'on a défendu depuis un an le cliant des psaumes en bateau et en carrosse sur chemin de Charenton, pendant qu'on laisse les débauchés au vin et aux femmes s'éclater on chansons dissolues dans leui*s promenades libertines de Pique- Puce et de SaM-Maur.
« Je ne puis sur ce si^et m'empôcher de faire le récit de ce qui se passa il y a quelques années dans i^e petite ville dont j'ai oublié le nom. Le bailli, sollicité par un curé séditieux, envoya faire défense à un serrurier de la religion qui demeuroit vis-à-vis de l'église, de plus chanter des psaumes dans sa boutique i le senior de la messe^ au sentiment du bon prêtre, étoit troublé tous les matins par ce chant importun, et il ne l'étoit pas par les perpétuels coups de marteau du cyclope, et par le ratissemenl aigu de sa lime : comme le serrurier ne se pressa pas d'obéir aux premiers ordres, on réitéra la défense, qui lui fut même signitiée par un sergent dans toutes les formes de la Justice, et parce qu'il falloit que le sergeut écrivit sur son exploit la réponse de l'assigné, le pauvre homiike représenta qu'il n*avoit rien à répondre. — MaU il faut bien que Je tnelte quelque chose ^ dit le pousse-cul* "^ Uqî bien^ dit le serrurier^ metlei donc ;
Jamais \vt ccsseray 1)6 inatçiiifler le Seigneur £n ma bouchu auray sun iiuiiucur
laut que vivant scray*
> Qid Ait Ueaboalwx,ea fttt lelMI, Vd voywt ea «*«8llrf#N«ÉHr fatilolt : ^UparUem, éUrO, gtfim le Um mugH^kr k ttlfiumr jêêêI
— »jk« U, iwm IT. —
Tirid le Utitt con^M dB thm bMfiè tu B^le : aUotn fiAwttm tlgéiiéalegkiaikuxt$iieihinÊdetmtlt»Uépmmnt,mNimH\ JKiMn pi^NfM; pv iKq. VaUtor «e II MHlMèn. tab, J. GMli, «n^ tihtt.
— M«B4g.lMm4l.— f ... L'établissement des Conférences, elc... ~ On sait (juc Félibitrn, tfc .(Tétaire de l'Académie des sciences, a publié les Conférencet de [.4catiéwl^
royale de peinture et de sculpture (Paris, 1669, ia-i"; Amsterdam, I79^ ln-12]. Il avait entrepris ce comple rendu sur l'Invilalion de Colbert M* nâme, à qui il ie dédia. Ces conférences, au nombre de sept, avaimi lA ,ienues les samedis 7 mai, i juin, 3 juillet, 3 septembre, 1" octobre. S N« Membre et 3 décembre 1667; lesdeux premières, et la troisième, qanoiiwt tl cinquième dans le i^bincl des tableaux du roi) les autres dans la ^rulft salie de l'Académie royale, "dans le temps m^me, dir Félibien, que loai élolt en annes, et qnll lemUolt qne cm arts avoleat Bel 4e aiÊÊàn it ac voir ibuidonnés. > Lldée de ces conKrences étolt veane de Coftert , viee-protectair de l'Académie, ■ un lour quV lliODora de u préseDcc, pour la distribatioii des prii que le roi donne aux étadiaots. <• D aroit été résolu que l'on s'assembleroit tous les premiers samedis du mois, ei que le cfaaDceller et les recteurs de l'Acadénde feraient l'onreitare des coaférences, chacun i leur tour, par un discours ofi Us examtoeroleat le tableau qu'ils aurolent choisi. M. Le Brun, chancelier, conmatça dès le premlersamedi, et prit pour sujet lesotel .VIcAe/ de RapbaS , lemssaal le démon. Au second, M. de Cbampalpe l'alné examina un laUean duTUka: le Corps de Jins porté au tombeau par labU Jean, Plieodéme et Joaepk dJrimatMe, accompagnéi de la Fierge et de Madelebte. A la troisWt, 3f. Van Optai traita des beautés du Laocooa. A ta quatrième, M. Mignfd l'alné parla sur la sainte Famille de Haphaèl, où l'on toU la Vierge Icnal l'enfant Jésus sur son berceau, et autour sainte Elisabeth, saint Joacfà ci deux anges. A la cinquième, M. Notret flt des remarques sur no tabteaa et Paul Vérone se : f apparition de Jénu à ttt deux diëdpU» mutant dmi lebotàrgdEmnaa». La sixième fut consacrée, par H. Lebrun, A l'esamea ëi
célèbre tableau de son maître, M. Poussin, « la gloire de nos jours et l'ornement de son pays, » lequel tableau représente les Enfants d'Israël dans le désert, lorsque Dieu leur envoya la manne. A la septième conférence, M. Bourdon fit une étude d'un autre tableau du Poussin : Jésus rendant la vue à deux aveugleSy au sortir de Jéricho, (Voir aussi la note ci-après sur la page 23.)
M. Gousset,.. — Jacques Gousset, de Blois, ministre de l'Eglise de Poitiers, en 4662| bébraîsant distingué. Réfugié en Angleterre, après la révocation de i'Edit de Nantes, puis en Hollande, il devint ministre de FEglise wallonne de Dordrecht, en 4687, et fut appelé, en 4692, à la cbaire de grec et de théologie à l'Université de Groningue, où il mourut en 4704. 11 était petit-flls de Gousset, professeur au collège de Blois en 4640 (Haag, F)rance protestante), •
Que vous dirai' je de la pièce du Poussin ?... — C'est celle connue sous le nom de La Manne dans le désert. Celte admirable composition fut gravée plusieurs fois au dix-septième siècle, entre autres par Guill. Chasteau, en 4 680 (belle esumpe); par Gantrel, qui travaillait vers 4698 (inférieure à l'autre), et par Henri Testelin (très belle gravure).
Cette grande gravure, comme Exemple touchant tordonnance^ fait par. lie du Uvre intitulé : Sentiments des plus habiles peintres du temps sur la pratique de la peinture^ recueillis et mis en tables de préceptes; par Henri Testelin, peintre du roi, professeur et secrétaire eu l'Académie royale de peinture et de sculpture. Paris, l'Auteur, 4680, in-fol. « Ouvrage rare, où cette superbe pièce, traitée d'une pointe savante et spirituelle, est plus rare encore. » (Catalogue de la Collection de M. J. Goddi, peintre; Paris, 4850, in-8«).
La Bibliothèque impériale n'en possède qu'une édition postérieure, dont voici ie titre complet : Sentiments des plus habiles peintres sur la pratique de la peinture et sculpture^ mis en tables de préceptes^ avec plusieurs discours académiques y ou Conférences tenues dans t Académie royale desdits arts^ en présence de Monsieur Colberiy conseiller du roi en tous ses conseils^ contrôleur général des finances^ intendant et ordonnateur des bâtiments du roi Jardins ^ arts et manufactures de France; protecteur de ladite Académie , assemblée généralement en des jours
tàtutnetipô^ ta é^trihiliion du prix royal ;\>iT\iE:tM Testeur, [>«lntn> dft fM, (MMMr a Ucrteirû de lailile Audémii!. A ParU, L-bez la «puis MlibM-6nilUithy, UM. AV»c une vigtinllc rcpr^wijlam un ai);le d-naut us ètUfa^n fléttfd^, et tilie Iiantierole sur Iniiui'llu on lit : Requ i-icn-u
Ce bel et enrieus ourrage étant en effet Ùr^ n^ (1 ), non m il Id nn aperça d'après l'unique exemplaire de la dernière édRioa tfà Hem d'être neMloimé (V, S62 porté).'ll dods roomil des dAdIa lauftnaim, non seuleoeot pour ce qd tobdtb ]» abliM de 2^ Mamu, da FoMik, mriiflMiM H n^t iHG0«rérMtti de l^UiMBia rnile dosMI • élA^Mi-
Mapa|iDéai.ai
la uu di li M» t e« Hbi tigHW «■ Il floaiaMM tto MMri, fMrti par Séb. Le Clerc •
La |miBiir« piaadt» contient du aem|ries de dlrenei cxptaartoiB par un tinple traii. Ole accoB^apw la « pwii|l|r< tiUe, de* préMylea de la peiotunt aor le tnict, ■ tndlqDée cooune ■ 1« m PAcadénie le IC lé>
Ls MonnS MiitiMt dn MMipln lOBantt 'M pnjnMnH et M Mt* tolM. Hte KCcoDtpigAe la * DêuiKpe tlNè, dH fVM^lH Ût Ift pCiMm
mr les proporllms, ■ loe en l'Audénle le ( ûdobrt ion.
La troisième, des exemples Uuchant Texpres^on ^énle et partlenll^. Atbo la o Troisième table, des préceptes de la peinture sur rexpreiuioD, • lue le 6 juin 4075. Cette planche dont les tètes représentent l'exprrssloa des diverses passiotis est du dessin de Le Brun, et a été reproduite diM aw Phi/tlotogte de iJvaLer, par Plane.
La quaLrièmc est précisément VSxemple totehatU Fordonnanee, tiré dr la magnlflque cotdposllioii du Poussin. Elle est accompagnée d'une > Quatrième table, des préceptes de la peinture sur l'ordonnance, ■ loe le 5 dovembre 1678.
La cinquième est un exemple du clair et de l'obscur, avec la ■ Clnquièiite table, des préceptes de la peinture sur le clair et l'obscur, " lue le aim jourt novembrelC78; et la ^xlèmc, un exemple de la couleur.ai
(1) La Biographie univertelle, qui n'a )>u connu U premièro édition Je lit*. (Ut ï tort que cet ouvrage fut pul)Ùé après la mort di; l'auteur en 1 C99 (au lieu l' tow) . Henri Testelln, ei6Ve de Vouei, comm? ion ft*re Ixmii, mort pti lew, tnH été l'un det fonilateura de l'Acadiiniifl, dont 1] fut Uclu le 1* octobre 1*H. il raison de la qualité de prolMtaiit. H quitta la France A la Mrocatteq « imvw .\ la Hâve le 17 avril IGSS-, Agé de quain'-vinBti an*.
gnée de la « Sixième table, des préceptes de la peinture sur la couleur, » lue le I février 1 679. C'est un tableau allégorique de Louis Testelin l'aîné, gravé par Audran : « Le temps aydé par l'amour de la vertu, desbroullle des nUages de Tignorance la vérité de la peinture.» (Voir sur ce tableau le Mémoire de Guillet de Saint-Georges, sur Louis Testelin, publié dans les Mém, inéd. sur la vie et les ouvrages des membres de VAcad, roy, de peint, et de sculpt,, efc, Paris, Dumoulin^ 1854. T. I, p. 244.)
La préface donne l'histoire de l'Etablissement de l'Académie royale en 4648. Le morceau suivant mérite d'être mis sous les yeux du lecteur. (( Ils (les Académiciens) ont donc établi un jour solemnel dans l'année à tf l'honneur du Roi, et alln de célébrer la mémoire de l'Etablissement de <v TAcadémie, dans laquelle solemnité chacun des Académiciens s'est obligé '( d'apporter de nouveaux et meilleurs morceaux de leurs ouvrages pour les t exposer à la vue du publioi Sa Majesté a trouvé ces exercices si agréables ff qu'elle en a authorisé l'usage, ordonnant des pensions pour les officiers A de l'Académie, et une somme considérable pour les prix proposez aux Etu- <t diants ; et afin que toutes ces choses se puissent exécuter honorablement, « elle a ordonné que Messieurs les Professeurs soient conviez de se trouver ff en ces jours de solemnité pour y délivrer les prix. Monsieur Colbert n'a <t pas manqué de l'honorer de sa présence pendant le cours de sa vie, » s'y trouvant avec les plus illustres amateurs des sciences et des beauxff arts, et Messieurs des Mtiments, lesquels apr^ avoir considéré avec '( plaisir toute cette publi(iue décoration, et passé en toutes les chambres <t de l'appartement qu'ils avoient vues si remplies de divers ouvrages très eu- « rleux, môme en celle de l'Etude du modèle qu'ils avoient trouvé posé en <f groupe, à l'enlour duquel étoient plusieurs Etudiants des plus avancez qui " le dessinoient de divers aspects, ce que cette illustre Compagnie consi- -i déra avec beaucoup d'estime. Au sortir de lu, elle fut conduite en un grand " salon rempli inagnillquement des plus excellents tableaux entourez de » riches bordures dorées qui brilloient d*un merveilleux éclat ; ^ l'abord » l'on apperçût un grand tableau de 12 à 15 pieds de haut, où est repré- <« sente le portrait du roi revêtu de sa pourpre royale, séant en un trône ^( cnricliy et couvert d'un dais somptueux, ayant d'un côté sur les dégrez f des marques hiéroglyphiques des Arts, et de l'aigre plus proche de son (' siège un petit amour qui en paroissolt le génie, lequel Sa Majesté sem- " bloit couronner d'une branche d'olivier. Au-dessus du tableau, et sur la '( corniche du salon étolt posée la figure d'un cruciflx grand comme nature, <* fait par Mr. Sarrasin, l'un des plus habiles sculpteurs du siècle, et rec- «( teur en l'Académie. Au-dessous du portrait du Roi étolt un grand fauteuil « élevé de deux gradins pour la place d'honneur et le siège présidial, ù
> rmow dvqHl ft dKtfle et ft pute AoiwtiMM d'anft Mf»i4Mh «Umimiis pou 1« co^iiidfl} «m le InMi iMmkm «i l| mmMb « ébiint napOs dea plu bemmblean doi réMpdOMjwiAl |«lant.
■ pièoBi, ponr ède nfeoi « tour Jon. L'aHi<a4e^MlM|nB|lMali4 .fibordfflvrkdaTépéniloiifltde rapact. KoMlNr Gilbarta*«ici « (kt nrpri* M y ntnmt It pn^Cn foia. „■. >
KnMMMtlà pUwibi Poautajpd Mrt dtepptorOilovMML Bb ftittetÊ mou -.Batri ntttm Mt «f «o^Mil, at ^ i( )M Iw k «f ■aMCMln a^iinaie : ■
■ JÀ lUm dea gfMpea est si bien ménagée eD col exemple, i|u'ils roi J a.cMniÇ la^e as (4et, et contluisent la veae sur la (Igure, qui en ett^ - ■ «HMW te Urœ, la^oeOe esl iri^s appareiiU', encore qu'elle soit élol-
■ P^ Hase le pwl» grouiu; à la droite, ol le plus avancé sur le dt^vini «|ll lablefi^ aat ee foeVon a nommé la chaîne, à scavoir : la nournur
• tfà iUÊÊÊ» t tetter fc ea nère, et la bonne femme qui l'embrasse, le pelll ï fOr sa grand'mère, en fait le nœud, et ies ligures
ic d'arc-boulant pour soutenir ce groupe ei i'a»-
• M>er IfBCt «an de droite. De l'autre cftlë du tableau, la femme qnl
■ ^ ft jWClll, WM^ aOB groupe avec le petit enfant qu'elle cmbrasie. « Le )MM bP—B iqri poite une corbeille le lie ; et les flgures qui sont dt
■ cAUetdiBrtre aanMlte soutiens, ci par les diminutions ruiiisseni nu ■
• «irea fnmpeSi'de tdie sorte r\\\e l<i dlfT^rence de grandeur de>; Hgunc 1
■ l'empêche pu qae tonte eum oompoiUioa ne paraisae ommm rédrik
■ en UD seul groupe contrasté par une variété d'actions et d'expresahMS < Jadlcieusea. »
Le texie qui accompagne cette plancbe et la table des préceptes sur Tordonnance est an exposé bien autrement détaillé des mérite» de l'œmredi maître.
Le Brun les avait déjji relevés, avec l'autorité qui lui appartenait, dus ta conférence du 5 novembre 4667, recueillie par PéllMen, et oA noos voroas qu'il avait répondu a la même objection que le correspondant de Roa hH id, au sujet des cailles qui, déjà la veille au soir, avaient apaisé la fiim^ Af* Israélites, et de la nature de la manne, qui tombait poKlani la oA et était ramassée le matin comme une rosée. Le Brun dit que Poussio n'avait fait en cela qu'employer les moyens usités en peinture, sans s'éloiswr trop du récit de l'histoire sacrée. Un des assistants appuya les obserTatiOBs de Le Brun, et le sentiment de toute l'Académie fut que ■ Men Iota de
■ trouver i. redire li tout ce que ^. Poussin a peint dans ce taUnn, or dok
■ plutAt admirer de quelle maniérp 11 s'est conduit dans la représntation
APPKIfDICE. 377
*t (l'un sujet si grand et si difficile, où il n*a rien fait qui ne soit autorisé « par de bons exemples, et digne d'être imité par tous les peintres qui vienn dront après lui. »
*- PAGB 30» MOTS 4^, ET PAGE 91, UGXB i. —
Jean Toulln^ inventeur de la peinture en émail. — Nagler lui a consacré cet article que nous traduisons:
■ Jean Toutin, orfèvre de Cliâteaudun, travaillait déjà vers 4618, et poussa ses travaux jusqu'au milieu du siècle. En 1632, il inventa la peinture sur émail, qu'il pratiqua lui-même et enseigna, et qui fut portée à sa perfection par ceux qui suivirent. Il dessina alors et grava à l'eau forte des modèles pour les orfèvres, joailliers. Ce sont des petites, feuilles qui, ainsi que celles d'Arnold, de Jean Rovert et d'H. Jacquart, pourraient être prises pour des nielles, puisque les ornements ressortent en blanc sur un fond noir.
n Son fils Henri, qui vint i Blois, eut aussi de la réputation comme peintre sur émail. On compte parmi ses œuvres une copie de la Famille de Darius^ d'après Le Brun, qui se trouve au Musée royal, à Paris. La feuille a six pouces de large. L'orfèvre Dubri à Paris et Mollne d'Oriéans se firent, à la même époque, une grande réputation comme peintres sur émail. Mais tous ces maîtres furent surpassés par Jean Petitot, élève de Henri Toutin, qui, avec Bordier, a porté la peinture sur émail à une merveilleuse perfection. » {Nouveau Dictionnaire universel des Artistes y par D" G.-K. Nagler, tome XfX, Munich, 1849, gr. in-S».)
Voici un acte de baptême d'une fille de Jean Toutin, que nous relevons dans les registres de Charenton, et où la mère de Jean Rou figure comme marraine.
(1) Fille de Jean Toutin et de Sara Graviller, née le 2r febvrier 1638 ;
a esté baptisée le dimanche, 7« mars audit an, par M. Le Faucheux, estant présentée au saint baptesme par M. Pierre Chartier, advocat au pariemeot, et Isabelle Toutin , femme de M. Jacques Roux (sic), procureur en ladite (*oiir.
Les plus beaux tableaux de M. Le Brun. — On sait que ces grandes toiles sont au Louvre.
(!) }jp prénom a été lai«»^ m blanc.
Letlret de .VM. de l'Académie de Saint-Luc, — Itemern If. Le IStun, /ait à MM. de VJcadémie royale de Saiat-Luc, à Borne. — KLes Archives de lart français onl publié naguère (toiae I, page OU}, U'a- Kytès la Collection fiouiUauiI, conservée aux maDuscriU Ae lu ilibliolhéqw TliDp<&rialc , deux lettres de Donienico Guidl, /n-bice, c'cat-à-dlro , dlreolrur Win l'AcaOémio de Sa'mt-Luc, acuIplEur iri-i renommé, à Clmrlcx Lu Brun, ca tate des 16 Dt 33 décembre lG7ri, avec ta iraducJion du- la réponse di< %t* Brun, en date du 31 Janvier 167G.
On y a Jolnl [d'après les Mémoires pour aerrirù thittoire dt r.4cadrmit
fiiSaint-LttrJusgu'àlamorld'.lntoHioCanoria,^u\i\ii»iViùmeen\Sii,^t
LVelehlor MissiriiiO le luxle lialion de la seconde lettre adressi^ par Ijt Brun.
kle Si décembre (676, pour remercier rette Acailéniiu île lui avoir lait l'boD-
Kjneur <le le ré<i)lre \KHir une nouvelle aniiËe. C'est celle lettre dout Buu ooui
lonnc tel le tcxlo français, rédigé par lui-même. Voici la ver»lou tlaliennr:
■ " Hi trovava cost elevato per l'onoru <Ia toi TaKoml, cli'io non pcnun,
B chu la gloria riceruta Tosse capaco dl ulcuii augnenio. IntanUt lo tedo,
a cbe II voslri favori hanno più dl una sorte dl grandeua, c che il loro prr-
K'* %\o consiste egualmeute neU'amplena, e nel numéro, lo dirb anche, nicl
|i slgnori, chu corne gU ultimi beuelli;] sono per l'ordiaiirin la coroiiii <II
■ quHii, tbe sono preceduti, îo devo senlirmi nltrelanlo pin debilore illl
■ voslri, poicbi; «luantuuque sla grande la prima ^razia, ella scmbra al frt- « sent« non essere stato altro, cbe 11 grado , e la preparadose alla secoidi, o Non tocco gli elogi, de quali le voslre lettere sono piene : So, cbé la ges-
■ tUeua ve gll ha deiuii, e cbe Bono plutlosto una leiitH» di qneUo ehlo mi < devo sforzare dl essere, cbe un teaUmonio d) quelle ch'io ala. Qaato é H <• prbicipal uso, cbe io voglio famé, lonUno dal premleme alcuna pros»- « done : do6 a dire, cbe lo conserverù menoria etema deUa Toatra bwU. • ed avrt particolar cura di ademplra il mio deliltOi a dl corriapOBdera eoa
■ selo al posto, ove ml avele coUocato. Li Baim. ■
Hissirini fait connaître que Le Brun avait accompagné sa gracieuse feUrr de remerclment du 31 janvier, d'un don de soixante pistoles d'or et de li suite d'estampes gravées d'après ses Batailles d'Aleiandre.
L'éditeur des .^rcAicM de rarf/ronçaff ajoute: « Dans la péronisoBdr son discours sur les honneurs de la peinture et de la tculptum, pfoaoMr i l'Académie romaine de Saint -Luc, le second dbnaitcfae de noveodiret 677,1 l'occasion du concours pour les prix des Jeunes peintres, suulpteun et ardûtect«s, etiendo principe delPAcademia U êignor C«rh Snmo, J. P. Bderi
APPB5DICE. 379
disait : « Questa sia immortal Iode del nostro Principe il signor Carlo Bruno, « elle col lumi del suo pennello arrestar puô lo siguardo del suo AUessan* » dro ; ed Intanto ch'egli colora, e finge la. fuga di Dario , ed i Hacedonici » (rlonfi, vlcppiù cliiare meraorie del Gallico Alessandro esprime, ed adom- « bra. Ma qui pur tra noi ravviso il Regio onor, de* Romani pennelli, e scalpe pelli industri; eletti a ceiebrare i preg) del Gran Lulgi, mentre la nostra « Academia ancora fatta consorte delli Rcali auspicj, riposa alPombra de* bel « Gigll d'oro, nella protezione deirEminentis^imo Principe il Signor Cardia nale Francesco Barberini, e dellUluslrissimo ed Eccellentissimo Signor « Marcbese Gio. Battista Colbert, solto il cul auspicatissimo patrocinio ben il si possono chlamar felici le nostre arti, e gli stud] délia gioventù... » Ces derniers compliments à Louis XIV et ù Colbert font allusion à la jonction des deux Académies de Saint-Lur et de France opérée sous le principal de Le Bnm, par Tentremise d'Errard, à la fin de 4676. Missirini cite toutes les pièces de cette grande affaire : la procuration donnée à ErranI par TAca* demie royale de Paris^ la lettre de Testelin, secrétaire de l'Académie de Paris, a l'Académie de Saint-Luc, les lettres patentes de Louis XlV, contresignées de Colbert, etc., etc. »
Desportes, le grand peintre d'animaux, s'était trompé de date lorsqu'il écrivait, dans sa belle notice sur Charles Le Brun : « Ce fut en 4677 que l'Académie romaine de peinture, fondée par le pape Grégoire XIII, rendit un hommage éclatant à la peinture française en la personne du premier peintre qu'elle élut pour son prince, c'esl-îVdire directeur. Pour lui marquer davantage son estime, elle l'élut, quoique absent, contre ses règles, lui écrivit à ce sujet une lettre pleine d'éloges, assaisonnés de toutes les fleurs de l'éloquence italienne, et lui continua l'année suivante le môme honneur. »
On lira sans doute avec intérêt ces détails précis sur un trait do « la vie « magnifique do l'homme qui gouverna tous les arts de son pays : la pein- <c ture, la sculpture, l'architecture, la tapisserie, la gravure, l'orfèvrerie, et rt qui les gouverna avec un éclat, une abondance, une variété, un enthou- « siasme, un absolutisme, un crédit à l'étranger, un train de grand seigneur » qu'à peine égalèrent Rubens en Flandre, et Raphaël sous Léon X. **
— PAGB 37, LIGNE 24. —
Une iacaijole de iqfjetas blanc, — Tavalolle^ pièce d'étoff'e, sorte de grand mouchoir de tète. Terme emprunté à la Turquie, et qui désignt* aussi le' voile dont les sages-femmes couvrent l'enfant qu'elles portent au l)aptème.
W -~ PACB 3
■ W ... Les ingénieuses gazettes de La Font, — » A l'égartl îles OazetUs rattonrûet , }ë vous dirai qu'il y a irais personnes qui passent pour m faire, et que ni les uns ni les autres ne distribuent iti qu'à très peu de gtm leur écrit. Ils ne le destinent presque qu'aux pays étrangers, et ainsi mit ne fait guère de bruit en Hollande, si ce n'est quand l'ambassudeur de France s'en plaint quelquefois. J'ai vu quatre ou cinq fois celles que nuil^ moisellede Saini-Glain, veuve d'un gazetier de ce nom, d'\nislerdaiii, donl la gazette s'InlKule : Nouvelles solides et choisies, a fait faire tantâl par de Versé, tantôt par le ^eur Fleurnois, tantôt par d'autres, ei cela n'étoit pas grand'chose. On croit que celles du S' La Fon, que je n'ai janijis vues, sont les meilleures. •> [Lettre d« Bayle âlenfanl, Mjanvirr ^W.i.)
.■ Dans un autre endroit de son ouvrage, l'abbé de IHarolleii dil encorr:
l'n autre /. Toulain a gravé, entre autres, une f'ue du Jubé de l'^ite de Sainl-Ouen de Rouen , poatérieuremenl i 1 6hT>. Main le nom ne a.'taU pas dei[if>me,el rien n'indique qu'il fût delà indme ramllle. ^^^H
r- PAGB 89, LIONB 47. —
Le/ameux eabiHet ttestampes que H. de MaroUes t'était omatMi... —
L'abbé de Harolles a, dans son Liiere des peintres et gravemn, doiBé
une longue nomendaiure de ceux qnl, avant lui, avaient eu la méaie pa»-
slon. Bile porte ce litre :
Ut Curieux a Estampes , quelquet-vus desquels e* ont fait des
MbllotMgues enUéres.
Je dirai mainteiunt les curieux d'estamp».
Le nombre en surprendroil;
Db s'y connaissent peu ; mais ectoot magni&qnps, etc. Le dénombrement commence par Louis Odespunck, dit Mercbinièrr, qui ... en fit un recueil dM premiers qu'on ait TOI. Jacquet Kerrel, plu* riche en fit une meiUeuR... De L'Orme le suivit, ... commis de Uonnerot (I)... (1) Charles De Lorme, médecin de Louli XHI, dont on a le portnit itrav' f Calint. On l<> confond «ouvent avec son p^n; Jean De Lorme, qui (M aaad sMr-
Puis viennent, versifiés à la Hle : Maugis, l'abbé de Saint- Ambroisc, son tr sincère ami » (4); Bretonvilliers; le conseiller Petau (dont la collection est aujourd'hui à la Bibliothèque impériale); Tronçon (deSaint-Sulpice); Montmor; Boumouville, son frère (M. de Villefrit) (de Saint-Victor} ; le docteur Robert; Pont-Cbasteau ; Porcher ; La Chambre ; le baron d*Ormeille ; l'abbé La Noue; Jabac; Tevenot; Perrucbot; Tortebat; Gagnères (à l'hôtel de Guise); Henri de Harlay; Goilard; Stella; Quesnel; Chauveau; Roussellet; Robert; Lebrun; Lefèvre; Mignard; Paillet; Acard (qui légua ses trésors aux abbayes de Sainte-Geneviève» de Saint-Victor et de Saînt-Germahi des Prés); Conrad.
Enfin arrivent à leur tour, les pourvoyeurs de ces messieurs, c'est-à-dire les marchands d'estampes : Ciartres; Jean Le Clerc; Messager ; Jean Boisseau ; Huart; Jolain; Ragot; Montcomet; Guerineau; Boudan^ Bertrand ; Vaumerle ; Langlois le fils; De Fer, Honneruog ; Mariette; Quesnel ; Le Blond ; La Hove;Marcoussi; Herman; Weyen ; Valet; Boissevin; Brebiette.
— PAGE 89, XOTB i. —
Je commençai à m* adonner à cette sorte de curiosité... — Rapprochons de ce que dit ici de lui-même l'abbé de Marolles, le portrait que La Bruyère a tracé du collectionneur d'estampes, dans son chapitre De la Mode:
« Voulez- vous , sjoute Démocède , voir mes estampes ? Et bientôt il les étale " et vous les montre. Vous en rencontrez une qui n'est ni noire, ni nette, ni « dessinée, et d'ailleurs moins propre à garder dans un cabinet qu'à tapls- M ser, un Jour de fête, le Petit-Pont ou la rue Neuve : il convient qu'elle est « mal gravée, plus mal desshiée; mais il assure qu'elle est d'un Italien qui - a travaillé peu, qu'elle n'a presque pas été tirée, que c'est la seule qui soit en
cin du roi^ mais qui n*c8t pas connu comme « curieux d^estampes. » (Voir K. MeauniCy Redterches sur In vie et tes otwrages de Jacques Callot. Nancy^ 1853^ in-8*, p. 59.)
(1) Claude Maugis, conseiller et aumônier du roi et de la reine, abbé de Saintr Ambroise. Pliilippe de Chainpaigiie fit son portrait eu 1630. Il fut gravé par Lucas Vorstermen. On lit au-dessous deux distiques latins d'Hugo Grotius.
Son portrait est exposé à la Bibliothèque impériale, galerie des estampes^ à côté de celui de Tabbé de MaroUcs, fait par Nanteuil en 1657. Au-dessous se lit un distique latin de L.-H. Habert de Montmor.
Les collections de De L'Orme et de Maugis avaient passé en partie dans celles de Tabbé de MaroUes.
C'est précisément le distique que Rou n^porte un peu plus loin, page 95. Il n'était guère possible alors d'échapper à l'Epigramme ou à IXpitaphe, pour peu que Ton flt quelque figure. On connaît ce mot de l'abbé de Laflemas à Ménage : Non inepUaifhiatus ahibit! parce que ledit abbé ne laissait mourir personne tant soit pe« considérable sans faire son épitaphe*
vjiife^'
>*A4iljj^5;
fa ^WW Aon. 1. U. II. N
Celte gravure fait parlie de la classe des estampes qui consiste en sujets d'orfèvrerie sur fond noir, genre dans lequel Jean Toutin a brillé au premier rang de Técole française. Le recueil qui vient d'être indiqué contient treize de ses pièces, toutes remarquables par leur originalité et la (inesse exquise de leur exécution. En voici les sujets :
4<> Le Sic vos non vobis de Virgile. Un bœuf, d'un dessin fort (^pricieux, est représenté en équilibre , les deux pieds de devant portant sur deux moutons qui paissent, et les deux pieds de derrière tenant, en l'air, <«lui de droite une rucbe, celui de gauche une poule qui couve. Sur une banderole, attachée aux deux jarrets de derrière, on lit au milieu : Sic vos non vobis, et aux deux bouts : Si quid me—lius videHs. Au-dessus de la banderole: A Chasteaudun; au-dessous : J. Toutin.
2? Les Scieux de long.
a*" Une Feuille de vigne vierge, avec la date 4648.
4" Un Cœur, 4649.
5« Un Scarabée, 4 64 9.
6» Une Tortue, 4648 (en double).
"i^ Une autre illustration du Sic vos non vobis. Un bœuf présente sa téie et appuie ses deux pieds de devant sur un cartouche en forme de frise, orné de deux mascarons. Des deux côtes, deux ruches; au-dessous, des brebis paissant; au-dessus, deux palmes. Au milieu de la frise on lit : /. Toutin, à Chasteaudun, 4649. Sur une banderole placée entre les deux conies du bœuf: 4 64 9. 5tçr2/tV/ nielius videns. Le tout surmonté d'une autre banderole tenue par un ange, et sur laquelle on lit le Sic vos non vobis (4}.
S'' Un Fond de boite ronde, 4619.
\i^ Une Feuille de chêne, 4649.
I0« Un Bouclier, 4649.
4 4» Une sorte de petite Gaine ou £lui> 4649.
42» Un Octogone allongé, 4649.
43» Un Coussin à glands, 4649.
Tous ces sujets principaux sont sur^ fond noir, à rinceaux, cbicorées,etc., accompagnés et rehaussés de dessins de petits personnages accessoires dits grotesques. Tel est en réalité le rôle des deux scieux de long, ea égard au morceau d'ivoire niellé qu'ils divisent.
Dans le Catalogue d'Ornements dessinés et gravés par les maUres des XV% XV1% XVIÏ« et XVïll» siècles, en Allemagne, en Hollande, en Italie et en France, provenant du cabinet de M. Reynard, dessinateur et gra-
(1) Juan Toutin, dont Tesprit était volunticrs tourné à la plaisanterie, avait-i( voulu signilier dans ce aiyet deux fois traité par lui, qu'en travaillant pour les or* févres, lui aussi payait le tribut du bomf, de ki brebis, de la poule et de l'abdlle ?
Il 35
veur(^ partie), qui furent vendus à Paris en mai 4846, nous trouvons, page 79, n<> 354, une suite de dix-neuf ettampes de J. Toutin, dont le détail n'est pas donné au complet, mais où nous voyons que figurait en double la pièce décrite ci-dessus sous le n<> 9. D'après le rédacteur de cet instructif catalogue, cette pièce était un frontispice.
Rien de plus charmant que ces « ingénieuses créations des vieux ornemanistes, qui seraient tout à fait oubliés si la gravure n'avait conservé quelques-uns de leurs dessins (4). » M. Ylvenel, architecte et amateur distingué, a consacré des années à réunir une collection de ce genre, peutêtre unique en France. « Ces dessins sont d'une rareté excessive ; car ils n'étaient pas originairement destinés aux collectionneurs : Ils servaient de modèles aux ouvriers orfèvres, émailleurs, sculpteurs, ciseleurs; ils ne survivaient donc guère à Texécution de Tœuvre. Le changement de la mode et du goût les faisait disparaître aussi vite qu'ils avaient été imaginés et adoptés. Le style renaissance succédait au style gothique, puis venaient le style rocaille, puis le style contourné , puis un mélange de tous les styles ; et toujours la féconde Allemagne marchait la première dans la voie des innovations, que la France et l'Italie s'appropriaient en les perfectionnant. > ( Préface du Catalogue Reynard, précité, publié par V Alliance des ArU,)
... Encore que M. Ménage ait dressé comme un inventaire — On
trouve en effet toutes les pièces de ce procès littéraire dans les MclanQf< de Ménage {Mescolanze d* Kgidlo Menagio, Paris, 1678^ in-8*», et Rull» r dam, \6^2,seco?idaedlzi()ne, correita ed ampliata)... Ce sont dcsltllnitaliennes de Chapelain, de Ménage, et de l'Académie de la Crusca, écrit» en 1654.
(1) La Bibliothèque iinpériiih} possède bon nombre de ces charma!il*\> pi Dans le môme Recueil (jui contient celles de Toutin, nous en voyons d-^ I.tj \noldl (1586), dePclrus Nolin (s. d.), de a>r\\inianiis Saur (1591), cl,- iVam- ! Mîg-iiotet Joanncs Bobinet i^l595), do Jehan Voverl(l399-H;oi), de Jeh.ui de laoi»"wellerie (Hîll), d'Et. Carteron, de CliiUillon en Bour^ojrne (lOlo), d-j Mailia- Beitler (1G12-Uil<i), Jacques Uurtu (Ir)l9). Ce s<jnt toutes Tantaisi-'S dr.'liU ,.*-<. arabesques, silhouetU.'S, véritables onil)rescliinoises^ y compris 1«.- cLt^siqu^v .■■■ • .yo/«//'c, mainte fois répété. Les p^^'o^s de Malliias BeitlrT sont d'une prand*^ tin <* . et pleirH's d'esprit, de relief et de lé<?èrett}. Mais relias de Jean Toulin s«^nl «i u » louche plus lar{?e tout à la fois et plus incisivi', dun f;iire plu&h.u'ili • t p-^i^^-i.
lard. Jehan Vovert inscrit partout les devises suivantes : Unie le wttn iie /);• n. — Tout Lien vient fie Dieu. — Si fotiune tne tourmante. Espoir en Dieu fut • • •» tmde. — Soli Deo fionor et gloritu
APPBRDICI. 387
— PAGB 405, LIGNE 49. —
... Le 473« sonnet de Pétrarque... — Ep voici le texte :
Rapido (luincy chc d*alpcstra vena Rodendo iQtorno;onde *\ tuo nome prendi; Notte c di meco dcsioso sccndi :
Ov' amor me^ te sol nature mena :
Vattenc innanzi : il tuo corso non frcna^ Ne stanchczza^ ne sonno. E pria che rendi Suo dritto al mar^ Uso, ù si mostri^ attendi I/crba più yerde^ c l*aria più serena.
Ivi è quel nostro vivo e dolcc Sole, Ch'adoiiia^ c'nflora la tua riva maiica. Forse (o che spero) ii vûo tardar le dolê,
Bacialc 1 pledc^ o la man bella c bianca. Dillc : il baciar sie'u vcce di parole : Lo spirto è pronto^ ma la carne c stanca.
Voir les traductions qui en sont données ci-après, p. 270, 276 et 284.
— PAGE 109, LKiNE 33. —
.. Le beau poème latin du fameux M. Morus^ adressé au sieur Carlo />a /<... — Ce poëme se trouve dans les Mescolanze de Ménage.
... Ilapelourde présentée à M. Chapelain... — On a déjà vu ce mot de liapelourde, t. J, pp. 170 et 326. 11 est pris ici, comme on va le voir, dans le sens de feinte^ supercherie, bourde.
...VadrigaldeM. de Rainey...— On trouve à la lin d'une élégie du vieux Mathurin Régnier, de bien autres vers inspirés parla même idée:
Enlisant dans mon conirquc valent vos attraits^ Le pouvoir de vos yeux, la force de vos traits... Pardonnes k mes cris de l'avoir osé dire, Ne vous offensez point do mes justes clameurs, Et si, mourant d*amour^ je vous dis que je meurs.
~ -1 ^ *«■ ■ rCI.'JJ^'
{08 AfVnilHGI.
» PA6I lUy Ll«!ll 33. —
fent daos les if«ioofaMM de Méoige. Os Mni tiM^
3fadrigalefraneese dd signor Faolo PMmme^ êopraideÙêmadrlgaH.
Cben amis^ c*ett eu ydàn que tous me eonnllei. Plu* O68tfojs madijgsnx mes sens iifitrt fiwribMitWi De cbdair le plus beea^ je n'ose l'enliepriodra. Paris perdit la ne, et mit ss iriUe eip œodM, Pour airoir Cad! injure à de moindres beantà.
• Ménage a imprimé dans ses MêicoUam mé Mm ilmsée pur kri eîir iUmirUtlma 9ignorat ta $igwra MarimddUa ^eryM, datée dn 17 Juk ir^ 1654, et une antre leitfeà M* Coslaidt a^ «ne fépeiise *f ce àawÊm , dont ta proidère moiOé est rapportée d^ifttà par Iteé (pife 434), leioil an si^ des trois madriganx.
— PAsn IS5, i4ei«s 6. —
y<dre Index âeraun opéra... — O^pdra, dans le sens itnKende eemot, c'est-à-dire ceuvre par excellence^ chef^œmnre.
Ossercazioni sopra l'Aminta del Tasso. Paris, 4653, in-4<'. Origini délia lingua italiana, Paris, 4669, in-K
Lo Smlnto, secrétaire, — On lit dans une lettre française de i'abiié ik SaJnt-Laurens à Ménage, écrite de Florence le 40 Juin 4657, insérée dasb les Mescolanze : « Il seroit aussi bien à propos que vous écrivissiez A M. Site mon Berti. Les remarques de TAcadémie sur votre Auguste ont passé par « ses mains. Et vous verrez au bas de toutes les lettres que vous avez rebuts R de l'Académie le nom de Lo Smunio, qui est son nom de guerre, je vem « dire son nom d'académicien. Il a soixante-six ans, et il est le seul vivant de « tous ceux qui ont travaillé au Dictionnaire de la Crusca. On le prend um-
« Jours pour arbitre des contestations sur la langue, et il y a fort longtemps « qu'il est secrétaire de rAcadémie. Il n'y a personne avec qui vous puissiez « entretenir plus de commerce qu'avec lui et avec M. Carlo Dati, qui est « sous -secrétaire.... »
le texte de cette lettre se trouve dans les Mescolanze.
— PAGE U7, LIGNES 6, 7 Ct 8. —
Cette lettre est celle du 40 Juin 4657, dont nous venons de citer le passage sur Lo Smunio.
Dictionnaire étymologique ou Origines de ia langue française. Paris, 4630, in-f«.
Miscellanea. Paris, 46:j2, în-4".
Ces mots de Balzac sont tirés de to lettre à Ménage, placée en tête du traité intitulé Le Barbon^ qu'il lui a dédié, et qui parut à Paris, en 4648, in-8^ Rou aurait pu ajouter que dans cette même lettre Balzac s'exprime aussi en ces termes sur la fie de Mamurra : « Je ne crois pas que les satires de
• Yarron, qui fut nommé le plus docte de tous les Romains, fussent ni plus <t doctes ni plus romaines. Je crois pour le moins que depuis la mort de
• l'empereur Claude, de ridicule mémoire, on n'avoit point su rire en latin » si bien et si agréablement que vous Tavez fait. En ce temps-là la philoso- « pbie de Sénèque voulut s'égayer, comme depuis peu la vôtre s'est réjouie. " Mais l'importance est que vous avez communiqué votre Joie aux plus « graves de nos sénateurs et aux plus vénérables de nos prélats. Vous avez « déridé le front des sévères, et avez mis les tristes en belle bumeur. Je dis « davantage : quoique la matière que vous avez cboisie soit moins de la « c<)ur que du collège, vous l'avez traitée de telle sorte qu'elle a mérité la « curiosité des cavaliers et des dames; et quelqu'un me mande de Paris « gi^on ne sauroit faire plus de plaisir à tout ce beau monde que de n lui faire voir votre Mamurra en langue vulgaire. Mon Barbon seroit
f beureux d'être de sa suite V0U9 lui faites trop d'bonneur de le dé-
<« sirer » •
Bnyle, mclltour Juge encore que Balzac, dU qu'il ne (TOtl pas qne V^nagi^ ail Jamais rien fail où l'éruditioii, l'es|irit et la poUt^so de langa{!i! aient mieux paru ensemble. Ménage n'avait que vingt-quatre ans lorsqu'il coinpo.sa, en IGDG, celle vie de Mamurra qui fui son premier ouvrage, et où il déploya inllnimeni de savoir et de verve. ■ La latinité en est exquise, dit Sallengre, on croirait lire quelque ancien. L'ironie y est parfailemenl soutenue d'un bout k l'autre; il n'y a pas une ligne, pas une phrase, pas un niot qui ne porte coup : l'érudition et l'esprit y marchent d'un pas égal. » — « Je ne me tasâp point, disait encore Balzac dans une th in, lettres, de lire la vie de Mamurra, je l'ai trouvée plus b«lle H plu& nuuvellila dixième Tois que la premîËre. "
Quant au Barbon de Balzac, Ménage dit que ce n'était pas son meillenr ouvrage, et Bayie trouve bien que le style en est trop sérieux» que la pUi- Hanterlen'y est pas tournée avec as.seï de facilita et de gaieté, mais il ^oule (|ue le ridicule de la pédanterie y est marqué vivement et heureusement par des caractères très singuliers. Nous en citerons un passage :
'• 11 (le Barbon) avoil entrepris d'écrire l'histoire des premiers troubles; et si de bonne fortune une fluxion, qui lui tomba sur la main droite, n'eût arrftf l'impétuosité de sa plume, il n'y eût pas eu assez de papier en Pranre, pour continuer ce qu'il avoit commencé. Il étoit déjà au quiniâème ou au s4>iiièRir volume, eln'éloil pasencorc & la cinquième ou i h slxlémeannëe. Il emidoyoll les sept premiers livres eu ia seule conjuration d'Ambo'ise; et la nudmlrr chose que faisoiL la Kenaudie dans ses assemblées secrètes, étoit de faire boire du sang bumatn â ses compat^ons, en Jurant par les mânes de OUlina l'I de Célliégus. Le colloque de Poissy emiwrloil l;i nmitiê d'iiuc .lei;»!'-, bien que le ministre Bëze s'excusât de ce qu'il avoit parlé si peu, et que le cardinal de Lorraine remit la partie i une autre fols. La harangue du cônaélable de Montmorency en la plaine de Saint-Denis durolt beaucoup plus qw ne dura la bataille. Entre autres présages de sa mort, Il racoutoit que le malin de la fatale journée, voulant lire une dépêche, ses lunettes eurent de la peine k s'ajuster k son nez, et que le Jour auparavant dînant eo fesito, ils se trouvèrent treize a table, et qu'un plat fit verser une salière. D ne w contenlolt pas de dire qu'on lui fil de magniUques obsèques et une éloquente oraison funèbre : 11 étoU plus exact que le maître des cérànooies, et plus long que l'orateur qui parla. Il mesuroit et coupoit lul-mèrae toutes les aunet de velours noir, dont on tendit les parob de Notre-Dame, L ooBf toit el allumoit tous les cierges de la chapelle ardente -, et au lieu de Ciirr l'abrégé de ce qui fut récité k la louange du grand connétable^ ce qui fat récité n'est que l'abrégé de ce qu'il en écrivoit... >
APPENDICI. 391
Voici une anecdote qui se rapporte à Guillaume du Bellay, sire de Langey, Tauteur des Mémoires :
«c ... Mais qu'advint-il à un autre gentilhomme de marque, du vivant de M. de Langeay ? Ce seigneur, comme chascun sçait qu'il estoit fort amateur des lettres et des gens lettrez, avoit convié, deux diverses fois, quelques siens amis au disner, avec promesse de leur donner d'un bon épigramme à l'entrée de table : à quoy ce bon gentilhomme ayant pris garde, et estant retourné en son logis, commence à faire la guerre à son cuisinier» luy disant qu'il n'estolt qu'une beste auprès du cuisinier de M. de Langeay, et qu'il lui fauldroit fendre les pieds et l'envoyer paistre. Ce povre cuisinier, tout csperdu, trouve moyen en la Un d'entendre dont venoit le mescontentement de son maistre ; et ayant sceu que c'estoit pource qu'on ne le servoit point d'épigrammes à l'entrée de table , comme M. de Langeay en estoit servi, commence à feuilleter tous les registres culsinaux et toutes ses vieilles Chartres, tous les mémoriaulx de saupiquets et sahnlgondis; et, non content de cela, s'adresse à tous ceux de sa profession desquels il espéroit en sçavoir quelques nouvelles, et finablement au cuisinier mesme de M. Langeay, lequel cuisinier eut sa part de l'estonnement : et ainsi que ces deux officiers estoyent sur ces termes, survint un gentilhomme qui aida à achever la farce, à laquelle toute la cour prit un singulier, plaisir. J'ai raconté ces deux histoires (lesquelles Je tien de bon lieu, et toutes-fois aucuns racontent la première un peu autrement) pour monstrer la pitié que c*est de courtisans qui n'ont point de lettres, et en quel danger ils exposent leur honneur, au moins à l'endroict de ceux qui réputent l'ignorance k déshonneur, au lieu qu'ils se veulent faire valoir par leur langage nouvellement forgé. De ma part je puis asseurer avoir ouy souventes fois, en bonne compagnie, de la bouche de ceux qui plus s'escoutoyent parler et pensoyer le mieulx pindarizer, des mots escorchez, les uns du latin, les autres de Titalien, auxquels il n'y avoit pas moins A rire qu'aux Athéniens et Lacédémoniens; et toutesfois, pour leur qualité que Je respectois, je ne leur osois faire tant de bien que de les redresser. » (Conformité du langage français avec le grec, par Henri Estienne.)
. . . Riolé et plolé comme une chandelle <^« /lois. ..—C'est-à-dire, barriolé. Cette locution proverbiale se trouve aussi dans les lettres de madame de Sévigné.
F, M. Malhurin... Je le donnai au public soas le tUff de Pkiills* i^ VwciBn. —
On ignorait jusqu'à ce jour quel était l'auteur île eni ouvrage publié â h Haye en 1687, chM Abraham Troyel (In-U de î98 p.), sons le UIm df : Les Feuilles de Jigaier, ou I anité des excuses de ceux qui ont turrombé sous la persécution. Nous apprenons ici qu'il 6Uit de Malburin, et QU^ Roii en full'édltpur. Il est devenu Irfs rare- Nous en donnerons quHqi exirails d'après l'exemplaire que possède la Biblloihi^que ImpOriile (miAD 2, 1203J.
l/aviB au lecteur, écrit par Rou, commence ainsi : « C'est onc ruriu « Tort ordinaire ù un lecteur que de connaître l'auteur d'un ouvrage, a « ]c ne pais la saUsfaire au sujet de celui-d. C'est comme une espèce d'CM • Tant trouvé dont le pËre, pendant quelque temps, m'a été absolument !•«
■ connu ; et quoique par la suite j'aie fait là-dessus quelques découvcrtnj] ^ Je ne suis pas en droit d'y donner plus de lumières. Voici naivcmMii fl
ilfcns toute la vérité d'une confession comment la chose s'est passée, r ■ Un gentilhomme que je ne connaissois point m'apporta, sur la tl •fannéc dcmiËre, un assez gros paquet comme de lettres, mais delà f d'un petit livre. J'y trouvai en effet huit ou dix feuilles manuscrites d f on pouvoil faire un raisonnable volume, et parmi r^s feuilles, une lettre^ ï a obli^L'aiite, que je me donnerois bien du garde de la produire, si d'nn ' « cAlé }e le^Os ibooltunent résolu de Mre m» w», et nnfi de TtÊÊu « k rendre un compte Qdtie et naturel de toute riflgémAé dn ebvea-
■ stances qui regardent l'ouvrage que Je publie. ■ ( Sidt la lettre de b page 196 qnl se trouve Id reproduite teituellement, aind que la Dole et tes observations qui l'accompagnent.)
Rou termine ainsi : ■ C'est tout ce que J'ai i dire sur l'ouvrage qse Je
■ publie aujourd'hui, me contentant d'ajouter que si le titre qui paraît m <i frontlsi^ce du livre iUi Feuillet de figuier, etc.) tMiiKirmtitcelià^
■ règne au haut de toutes les pages (Adam sous le figuier on les Déter-
■ teurt lani excuse), c'est que je l'ai changé de mou chef dans le coan de
■ llmpresslon, suivant la permission que J'en ai eue, et cela pour Aicr n
■ sens faux qui auroit résulté de l'équivoque du premier tour qu'oq avoil > pris. •
Le titre métaphorique du livre se trouve expliqué par les lignes de la page 33, adressées i ceux qui prétendent avoir abjuré de boucbe, bob de cœur : ■ Après tout, pour te faire voir que lu te couvres de FXLtu.n k
■ FiGuiiB, con^dère que Jésus^brisi ne dit pas seulement : Quùvnqme me « reniera, mais il ajoute : devant les hommes, etc. •
■ tiDM
On reconnaît dans l'ouvrage celte forte conviction, cette ferveur de dévouement, qui porta l'auteur à rentrer en France après la Révocation, pour y réveiller les consciences, au péril de sa propre vie. La mort était à ses yeux préférable à Tapostasie, et il aurait pu prendre pour épigraphe de son livre cet admirable vers de Juvénal :
Et propfer vitam Vivendi perdere causas.
Voici quelques passages propres à faire connaître Tesprit et le ton de celte véhémente et pathétique exhortation d'un martyr :
« Il y a beaucoup de gens qui ont recours à d'autres excuses, ils en trouvent une foule dans leur abjuration, et parcequ'elle est indirecte, ambiguë, involontaire, et suspendue sur divers sens, il leur semble que leur conscience doit être en repos: il est faux néanmoins ce repos, il est mortel; réveillons donc cette conscience en la convainquant de la fausseté des raisons sur lesquelles on s'endort et s'endurcit.
« J'avoue qu'on n'a jamais vu des abjurations si monstrueuses; la violence, la fourberie et le sacrilège les rendent dignes de la haine du ciel et de la terre.
« Je dis la violence ; car qui ne sait que les prêtres, l'abjuration à la main, ont paru à la tête des soldats pour la faire recevoir, à peu près comme Judas, qui guida les soldats romains qui étoient destinés pour se saisir de Jésus- Christ ; ou bien que les dragons ont entraîné ces misérables victimes dans les malsons des prêtres, ou dans leurs églises, et que c'est là, où, le couteau à la gorge, ils leur ont fait souscrire à leurs abjurations, poussant même leur cruauté plus loin que les ariens et les eusébiens, qui employèrent la violence dans le concile de Tyr, pour obliger les pasteurs à souscrire à la condamnation de saint Athanase. L'on raconte des miracles delà douceur de M. de3alcs ; si l'on en croit la bulle de sa canonisation, il a gagné par là soixante-douze mille dévoyés, et le cardinal Du Perron avoit coutume de dire qu'il n'étolt point d'hérétique qu'il ne convainquît par son raisonnement, mais que pour les convertir, il falloitla douceur de cetévêque. Cela étoit bon pour le commencement de c^ siècle, mais présentement l'on est plus rafUné, et la mission dragonne fait plus de merveilles que les raisonnements et tes douceurs des cardinaux et des évêques. Cette violence est de notoriété publique; cependant, ù prodige de cruauté et d'impudence! il y a plusieurs endroits où, changeant ces abjurations, l'on a fait mettre dans les dernières que l'on avoit signé et changé volontairement. Achab est toujours Achab, Rome est toujours Rome, car qui ipore que les grecs ne souscrivirent au formulaire des latins que par égards humains, d'où vient que ceux de Florence et qui signèrent ce que les latins voulurent, ne furent pas de retour dans leur pays, qu'ils révoquèrent ce qu'ils avoient fait. Cependant, les papistes.
3M APfBmMGI.
voulant Mre toir qae les graos av oiem ligné par conBaiaaanwi de et par ira libre moa? emeot de leur Toieiilé, leur fideotanidivi atéarin: c Cet ada anUMOtlqiie qae J'ai M de na proflBsdoB de fol et de m pn- « meaaeyafacjaremaiit, aprèa ravoir In et rein, Je M ^isnd «DiMiab«MM « de nui propre main. »
« Quelque fnrlmiee qu'ait été cette vlolencei il eat aAr oéanBOina «pi'eUe n'eût pas eu un si grand succès, si elle n'eût pas été aocorapagnée d*UBe profonde dsslmulation; d'où vient que pourninere ta réaiatipflBfN Vm oppoaolt aux dragons« U n'est point de tour qu'on n'ait emphvfd pow flvmer œs abjuîntlons. Tantût on les augroentolt, tantAt on les dtndmioil. Dav le village, les uns ont signé une abjuration, et dans |a ville ron en a ligaé une dUEtoente. Il y a eu des abjurations pour les paysans et les ardaaaa, il y enaeo d'autres pour les bourgeois et les gens de lettres, et las boUbs en ont signé de diflérentes. Presque chacun a été l*arddtecte de aoe al^nation. Celle que l'Eglise proposoU autrefois était simple, nniCorme, ddie, et il n'y avolt rien qui fût capable de l'obliger à se radoucir sur ee s^Jet. U$ ariens voulolent venir parmi les orthodoxes, à condition qn^ 6tasseat le terme cmmAikmiid de l'al^uration qu'ils esigeolent d'eux; isaislln^ e« ni prtMBWO ni menace qui les pût obliger à rayer ee mot, et rœ a Jptsm^ décrié la lâche complaisance qu'eut le oopcDe de Htaiinl cuMlénÉl, bien que ce dumgement ne fût que d'une simple lettre. LUgUae ronmlne a^ pas ces délicatesses ni ces scrupules; tout est bon, pourvu qa'èlto viwel ses Bns; or, elle est bien assurée que dans quelqu'un de ces mots à deni ententes qu'elle fait (i;lisser dans rabjuration, elle aura droit d'exiger deson nouveau converti ce qu'elle voudra, croyant avee Sanchez, ou faisant voir au moins par sa pratique, quil est permis d'user de termes amMgus^ en les faisant entendre en un autre sens qu'on ne les entend soi-même {Op. mor.f p. 2, t. 5, c. 6, n. 13). En e£fet, ces pauvres gens n'ont pas donoé dans le piège, que les convertisseurs leur ont découvert tous les niysti^resde rabjurallon. Ces abjurations voilées étoient comme ces œufs d'aspic dont parle Esaïe, qui cacboient le poison, et ces abjurations découvertes ont été comme ces œufs écrasés d'où l'on voyoit sortir une vipère.
« Par ces abjurations, non-seulement ils dressent des pièges à la vérité, à la simplicité et à la conscience, mais ils forcent de plus à prendre le nom de Dieu en vain, en sûoutant sacrilège sur sacrilège, ils donnent à ces prosélytes l'absolution de leurs pécbès. Quoi ! est-il possible que vous accordiez à des gens que vous regardez comme des scbismatiques et des hérétiques la rémission de leurs crimes? Il ne serviroit de rien de dire que par leur abjuration ils ont été transplantés dans votre Eglise ; car comment y seroient-Us passés, puisque la plupart ne savent pas votre doctrine, et quand tous la sauroleoL
peut-on changer dans un moment ? Mais ce qui est convaincant, c'est que vous ne pouvez pas donner qu'ils ne soient les mêmes. Les dragons que vous employez pour les obliger à faire quelque acte de votre religion, leur tristesse, leur abattement, leurs plaintes, leurs larmes, leurs paroles, leurs cris, tout conspire à faire voir qu'ils ne sont rien moins que papistes...
« Mais si l'on considère les suites de ces abjurations, on ne sauroit con- (*^voir rien de plus sacrilège, car pour ne parler pas de leurs autres mystères, ne forcM-on pas ces gens par des dragons à communier ? Quelle impiété! quel blasphème!... » (P. 428 à 435.)
• ... Chacun a son excuse. J'irois bien loin si Je les rapportois toutes; cependant il ne faut pas que J'oublie celle-ci, il est de la dernière importance que Je l'examine. C'est qu'il y a des gens qui ont fait mettre dans leur abjuration, que ce qu'ils font est par obéissance à la volonté du roi.
« Je ne veux point remarquer que ce commandement que le roi de France a fait de changer est d'autant plus irrégulier qu'il l'a fait ft des gens dont la liberté de religion étoit fondée sur des édits et des déclarations, non-seulement de ses aïeux, mais de lui-même; édits et déclarations sur quoi, comme sur un fondement inébranlable, l'on se croyoit d'autant plus assuré qu'ils étoient munis et contenus de sa parole royale, car pour me servir des termes d'un jésuite, « qu'y a-t-il dans la société cif>il6 qui doine être plus inviolable que la parois d^un grand roi? • (Hist. des Crois., I. IV.) Ce commandement, qui renverse sa parole, aussi bien que tous les édits et toutes les déclarations qui nous avoient été données, ne sauroient avoir de succès. Tant de gens qui sont dans les prisons, dans les couvents, dans les galères; tant de gens qui ont été pendus, brûlés et qui ont passé au fll de Tepée; tant de gens qui sortent du royaume; tant de gens qui gémissent; tout ne publie-t-il pas que ce grand roi ne réussira point? PeiTace le terme de lâche : à Dieu ne plaise que Je renferme dans cette idée un roi si redoutable, mais je ne fais que transcrire, voici le Jugement d'un jésuite: ff Ces lâches princes qui ne croient pas être obligés de se soumettre à la ioiqv^ils se sont faite eux-mêmes, en dowMmt solennellement leur foi, ne gagnent bien souvent par leur tromperie que la honte d'avoir fait inutilement, en manquant de parole, une action tout à fait indigne dun honnête homme, » {Hist. des Crois., 1. 11, p. 459 à 464.)
«... Mais les rois. Insistent quelques-uns, n'ont-ils pas puissance sur la conscience? Saint Paul n'esl-il pas formel et exprès sur ce sujet? Cest pourquoi, dit-il, Ufaut être sujets, non-seulement pour fire, mais aussi pour la conscience (Rom. XII, 3). Si cela est vrai, nous n'avons donc pas tort d'avoir obéi au roi sur le sujet de notre religion, puisque nous lui (levons être sii^ets pour la conscience.
« Jamais paroles n'ont fait tant de bruit que celles-ci en font aujourd'hui en France. Les ecclésiastiques les font entrer dans leurs conversations et dans leurs prônes, et les laïques ne parlent presque que de cela; c'est un oracle dont on n'avoitouï la voix que dans ces derniers temps, et ce mystère étant découvert, il se trouve que saint Paul est le garant des actions du roi de France, et que ce prince, en forçant la conscience, ne s'est servi que du droit que Tapôtre lui donne.
« Siècle heureux, qui, comme un soleil, nous découvre non-seulement ce que nous n'avions pas vu dans saint Paul, mais aussi ce que nous n'a>iotts pas aperçu dans David. Ce prophète dit au psaume XXIV : Qui est Bai de gloire f J'avoue que J'eusse cru satisfaire à cet interrogatoire en disant: C'est Christ, c'est Dieu ; ou, pour me servir des paroles de David: Cett tEtemelfort et puissant ^ V Etemel puissant en batailles; et si Ton m'eût redemandé : Qui est ce Roi de gloire! j'eusse répondu une seconde fois avec le prophète : Cest ^Etemel des armées^ c*est lui qui est Is Roi de gloire. Bévue cependant! bévue 1 erreur ! grossièreté ! si nous en croyons des religieux ; car par ce Roi de gloire, ils soutiennent dans des thèses qu'il faut entendre le Roi de France, cest r Etemel fort et puissant^ dont parle David, cest t Eternel puissant en bataille^ c'est l^ Etemel des armées^ c'est ce Roi de France, qui est le Roi de gloire (4). Et de peur que l'on ne crût qu'il y eût de l'exagération dans ces expressions, ils disent sans détour qu'il le faut appeler véritablement le Roi de gloire, fort et puissant en bataille. Le prophète ne demande que deux fois : Qtù est ce Hoi de gloiref Mais ces habiles et pénétrants religieux sont si entêtés et si pleins de d^ couverte, qu'ils répondent douze fois : C'est Louis le Grand. Louis le Grand, en qui, selon eux, l'on voit reluire les linéaments de la très sainte Trijiitéy Louis le Grand qui est un i^rodige de la grâce de Dieu, et dont la sagesse est un argument qui tout seul suffit pour convaincre les athées,
« Je frémis, je tremble, j'ai de l'horreur en rapportant ces blasphèmes; et ne pouvant plus m'arrèter sur un sujet où mon Dieu est si fort outrage, je m'écrie contre cette société, p§r une raison plus forte que Tibère contre le sénat : O les grands esclaves! (2) Revenons donc à saint Paul. (P. t67 ù 170.)
« ... Je vous demande, mes frères, si, ayant été contraints d'aller à l'Eglise romaine comme à une place publique, pour prendre une nouvelle épouse, je vous demande si vous avez pris par la main cette femme que saint Jean appHle la grande paillarde (Apoc. XVII); si, la tenant par Va main, vous vous êtes fait voir au monde dans cet étal. Je vous interroge.
(1) La morale de Tacite \ de ta /îaflfn'f. par Ancolol tl'" la Hoii^<:ii. .
(2) TacitP, .-1////^., ni.
répondez-moi, avez-vous pris la livrée de Teropire romain ? Tavez-vous retenue? En ce cas, vous voilà semblables à ces moines et à Léon (1). Ainsi ne prétendez pas vous sauver à la faveur d'une contrainte qui damne.
« Il est vrai qu'ouvrant la boucbe à Eléazar, on y mit de la chair de pourceau, mais il publia hautement qu'il n'en goûteroit pas, el il préféra une mort cruelle à la vie qu*on lui promettoit, s'il faisoit seulement semblant d'en manger. Dans cette contrainte qui vous a entraînés à la messe, avez-vous crié que vous ne goûteriez pas de ses viandes ? A-t-on ouvert votre bouche par force pour y mettre leur hostie? Après l'avoir reçue, avezvous craint ces feux que l'on a allumés pour consumer <:eux de vos frères qui i'avoient ou jetée ou cachée?
<c Jérémie est entraîné dans l'Egypte, mais il n'y est pas plus tcH que je l'entends déclamer hautement contre les dieux de ce pays-là. Vous trouvant dans cette Egypte spirituelle, qu'avez-vous dit? Qu'avez-vousfait? Avez-vous crié contre ses images ? Avez-vous protesté que l'on ne vous reverroit plus dans ces lieux? Y étes-vous allés depuis? En un mot, avezvous imité Eléazar et Jérémie? En ce cas-là, cette contrainte vous justifie.
« L'on me diargeoitde crimes digne» de mort, disent quelques personnes, et Ton m'en a promis l'abolition si je changeois. Que ne feroit-on point pour sauver sa vie et pour se délivrer de la honte du supplice?
V H est vrai que j'ai vu des faussaires et des banqueroutiers délivrés de leur révolte (abjuration) de la peine qu'ils méritoient. J'ai vu une lettre de M. le marquis de Louvois, ordonnant à un capitaine d'ouvrir la prison à un déserteur qui avoit changé, et l'on sait qu'il y a eu des duellistes qui se sont sauvés par cette porte. Cependant ce sont des crimes irrémissibles en France, tant il est vrai que l'on estime que le changement est d'une si grande vertu, qu'il purifie de tout péché. Cette conduite me fait souvenir deTrasamond, qui promettoit à ceux qui embrasseroient sa religion leur grâce, à l'égard même des crimes les plus capitaux (Procop., De belio vaud.^ 1. 1, c. 8).
n Mais que sert-il que le prince offre l'abolition des crimes, si Dieu la refuse? En conscience, croyez-vous que Dieu l'accorde à ceux qui sacrifient leur salut à la consenation d'une vie et d'un honneur terrestres ? Vous vous délivrez pour un temps d'une mort honteuse par un changement qui vous assujettit à une mort éternellement honteuse. Quel aveuglement! N'est-ce pas laisser la neige du Ubanpour la pierre d un champ? ^viT me servir des paroles d'un prophète » (Jér. XVIII, 44). (P. 256 à 259.)
(1) Allusion à un exemple liistoriquo qui vient U elrc cite U'a}»rcs Maiiubuur^'. Hift. des iconocL, l. 11.
WÊttÊê mlmÊm$mt qtm wMmm 4à jmM puii Mi |lit
H fliolliric ipoir iBMMT in Ffliipra
ItaB ai nM» iiCM fitlfli»GdA4liMÉM| Jeiftlfisini fMFiiAHK
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« UoD n'a aiMré, dtte»-YOi»i qneacM^iiiMà fM fiii AMii» ftl :4|Mli4i^€dir7 l/fB ii'taigiiJ mw<im pti f itti <Émii 4i|iliHpit&ie
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« ItBteiMiIpuite» l'euuMi dte^fM aimiiliWi tel miiij or MMm «n «* t M Ml iMmt» «• bPm M«VMtÉtlllÉi«MilK|i*^ mande A €6111 que rcmqq^lenovveiii&eoirirmiB^ ne eenlart pas tes les égUseï dee peplstee que les coadomltee le» oui irmapés? Ea efti, €( que Ton dit et ce que Ton fait devant les images donne des Idées d'adontion, mais si Justes, si précises et si naturelles, que Ton ne saaroit regarder que comme une imposture les efforts que Ton fait pour s'en défendre.
c( 11 est vrai que M. de Condom, qu'on appelle présentement M. de Meaux a affecté une grande douceur et de la sincérité mène dans la position de son livre; mais en vérité, il parait que ce n'étoitquedes pour ensorceler plus adroitement le monde; car cet évéque ne vienl-fl pas d'écrire dans une lettre pastorale qu'il adresse aux nouveaux calholii|M5 de son diocèse que pi^rsonne n'a souffert en France? Void ses propres mois: Loin d'avoir souffert des tourments, vous n'en avez pas seulement tHitendu parler; J'entends dire la mOme chose aux autres évêques.
« Juste ciel ! est-il possible qu'un honnête homme puisse écrire une chosr aussi notoirement fausse, et qu'il n'ait pas appréhendé cette sentence de condamnation : Malheur à ceux qui font passer pour doux ce qui est oiner ! (Es. 5. j Cet évoque me proteste qu'il n*y a presque pas de dJlfér»¥ entre ma religion et la siepne, et comment veut-il que Je le croie.
. APPBMDIGl. 399
je le Tois mentir devant tout Israël? L'on a déjà fait voir dans des livres (1 } que Ton a souffert dans son diocèse autant que dans les autres (2); )'ai vu une troupe de gens, où il n'y avolt pas seulement des hommes, mais des enfants, qui avoient tout quitté pour fuir la violence que les dragons y exerçoient. Mais je veux que cela ne soit pas : se peut-il au moins que ces nouveaux catholiques n'aient pas seulement entendu parler de tourments ? Quoi! le diocèse de Meaux est-il un lieu inaccessible aux cris et aux rugissements? EsMl comme cette montagne fameuse, où le repos règne si fort, que la poussière ne change pas même de place dans le temps que les tempêtes font les plus grands ravages dans les campagnes? On a oui «n Hama une voix, une lamentation, un pleur et un grand gémissement (Matth. â); oui, en Rama, mais non pas à Meaux, que les prisonniers brûlent dans leurs cachots; que les femmes et les filles se plaignent dans leurs couvents; que les galériens sous leurs chaînes fassent un grand bruit; que les gens dévorés, battus, entraînés par les dragons hurient; que les martyrs étant sabrés dans les lieux où ils étoient assemblés pour prier Dieu ; que sur les échafauds el au milieu des feux ils poussent des voix lamentables : ces bruits, ces plaintes, ces hurlements, ces lamentations ne vont pas jusqu'à ces nouveaux catholiques ; vous n'en avez pas, dit cet évéque, seulement entendu parler. Que dis-]e, jusqu'à eux? Ils ne vont lias même jusqu'aux autres diocèses, si l'on en croit M. de Meaux ; car, ajoute-t-il, fai entendu dhe la même chose €tux autres évéques.
*( Voilà donc tous les autres diocèses dans de profondes pâmoisons, ou, |X)ur mieux dire, voilà bien des gens qui ferment leurs oreilles, pour ne point ouïr le cri du pauvre. Toute rEurope sait les tourments que l'on a employés en France, et voici des évoques qui demeurent dans le royaume qui ne l'ont pas seulement entendu dire* Fiez-voiLs à ces prélats après cela : ils vous prêchent que la religion que vous professiez est fausse, et que celle que vous avez embrassée est la véritable ; croyez ces messieurs qui soutiennent qu'ils n'ont pas entendu parier d'aucun tourment, eux dont les maisons ruinées, les villes désertes, les provinces saccagées, les prisons, les couvents, les galères, les hommes estropiés, les femmes violées, les gi bets el les corps morts traînés et déchirés publient la cruauté , et une
(I) Allusion aux célèbres Lettres jtnMnralen de Junou, (|ui venaient de paraître, et où celle de Bossuct se trouve réfutée de point en {«int. Voir ausai les Héflexwtw Jtur la cruelle jter^fécuiion que wu/fre rEgliae tx formée de Friuice, etc, In-18. g. 1. 1686^ i' partie.
(i) Voir les documents publiés sous ce litre : Bossuet et lu révocation de tEdit de Nantes, ôaix* le Semeur, iS février 1849, et le Bulletin do la Société d'histoire du ProtestatUime françw, de 1855, U IV, p. 1 13 et S18.
ft «rf I la iiMok. * ae ^«i«ler ^> à <at «aMt. ^ M. «iMnk M- Mita4ri%9«af0aait ^tmUmmmitWm q»iii»i|ilii|lii,
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' leur i;l)fli:(iiivjiiu-ii(l'ui)t laussi'li-tltjiiivos \eu\, \ijs oreilles, vos iilfit^i el VOtrv ruine sont in lémolns liifiiillihlcs ! Ne saviez-vou^ pas que les radguclsscmeiits wiDt les voies ordinaires dont se servent les liéréliques pour miluire rscllement les lid^les? C'esL ainsi que Démophile et Forlunalien délwi-
ï vbërent Libétius, car ils lui dirent qu'ils ne comprenoienl pas comment un
PJxiBinic de son métitv pouvoit s'obstioer si looglemiis dans son malbnir ir une cblroère qal ne subsisle que dans rimaginallon du simple peuple^.>
f (Hier., De tcrip. eccl. in Jorhtn.)
— vnr.t 211, LicxE iî. —
.adifunte reine Marie...— Vmk, reine d'.\flgleteiTe,)illpdfJacmn fetfeninii' de lliiilliiiime III, diTéd^r â Kensinglot le iS déienilm' tWi.
— PAGE S3;>, LICNE 33. —
Sur la papeue Jeanne. — Voir tout ce que dit Bajle sur celle hîfloiR ■< forgée par des prêtres et des moines au sein du papisme, ei éaat Je» de Caurres, docleur catholique, ne doutoit nullement. ■ Les proiettMt passaient pour obstinés bu su]et de ce c«nte ridicule et scaadalcKX: wm ce sont des auteurs protestants, et qui plos est des ministm. les nrm Ha .Moulbi, les David Blondel, les Jacques Lenbnl, qui en ont ^*<Wi>^ bit Justice. (Voir la Biographie wHverteile, article Bekoit III.)
Le savant docteur catholique dp Launoy, dont il est question dans ta me soh'ante (sur ta page S41), avance dans son ouvrage {De ■■cfcn'lifc' megamtit ùryumenti, Paris, 46ô0, in-S") que de son tmps U aaimt 4e ta papesse Jeanne était encore debout (entre Léon IV et Benok Ht}. CalMà^ protestant, lui eu ayant témoigné sa surprise, de Laonoy taî Rp«A ■ qu'étant i Vienne en 46U, il avoit \a de ses pn^xvs yeu ta staac * ta papesse ai nac des papes, el qu'ainsi il ne dootott pcrist qne reax dr V^m
n'en eussent fait à croire à Baronius. » ( L'abbé Labouderie , Biographie wUversette^ article de Launoy.)
(Voir aussi, tome 1, page 107.)
V. de Launoi/f docteur de Sorbonne, et les deux DeniSj V.iréopagite et le Parisien... — Jean de Launoy, docteur en théologie, savant laborieux et critique intrépide. Il détrompa de plusieurs erreurs, et surtout de l'existence de plusieurs saints {yo\\a\te,SiècledeIjouuXirj. Il était né en 4603 à Valdérir., diocèse de Coutances, etmourut à Paris le 4 0 mars 1 678. On l'appelait de son temps le Dénicheur de saints. « Il étoit redoutable au cid^et à la terre , a dit Doro Bonaventure d'Argonne ; il a plus détrôné de saints du Paradis que dix papes n'en ont canonisé. Tout lui faisait orobmge dans le Martyrologe, et il recherchait tous les saints les uns après les autres, comme en France on recherche la noblesse. Le curé de Saint-Eustache de Paris disait : Quand je rencontre le docteur de Launoy y je le salue jusqu'à terre et ne lui parle jamais que le chapeau à la main , et avec bien de t humilité ; tant fai peur qull ne m'ôte mon saint Eustache^ qui ne tiédit à rien. »
« M. Godefroy , historiographe de France , le rencontrant un jour de l'an, de grand matin : « Bon Jour et bon an (lui dit-il), quel saint déniche* ^ rez-vous dudel cette année ? — Je n'en déniche point de véritables (ré- « pondit le docteur) , mais ceux que l'ignorance et la crédulité populaire y n ont placés sans l'aveu ni de Dieu ni des savants. >
Il avait surtout rayé de son calendrier sainte Catherine, vierge et martyre ; et le jour de la fête de cette sainte il ne manquait pas de dire une messe de Requiem.
M. de Launoy étant à Basville, chez le premier président de Lamoignon, ce magistrat lui dit : « Au moins n'allez pas faire de mal à notre saint Yon. <* — Comment lui en ferais-je ? répondit le caustique docteur ; je n*ai pas « même l'honneur de le connaître. » {Pièces intéressantes et peu connues, fMur servir à l'histoire et à la littérature. In-42, 4790, t. VIII, p. 493.)
L'abbé Labouderie , dans son article de la Biographie universelle, précité, rend toute justice au docteur de Launoy, qui fit preuve, dit-il, notamment pour ce qui concerne la tradition de saint Denis FAréopagite, - d'une judicieuse critique et d'un noble courage... Il dévoila la fausseté d'une mul- II 26
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En tout cas, bon nombre de saints que de Lannoy avait HinUU» «'«M
l.pn akandonuù la partie fl ont iiroltié des rëvoluiioos pour reprendre ior
l empire. Voir dans yjtmwiire hltlorlgue pour l'année i gQï, publié par ia
I foeUU de mutolre de France, me curieuse Utle générait de» SabOt.
y^aprei le miiTlyroUigf- universel de c/mstelaln. Elle occupe IH5 p«fm,
Ifl pDurlanl qucliiucs pursouiies peuvent i-ncore réclauier puur leur saioi d