LETTRES DE BAYLE
Kou n a inst^rt*^ dans ses Mémoires et opuscules, que six des lettres qu'il avait reçues de Bayle. Ce sont celles qui portent les dates des ... février, ... mars et ÏO décembre 1690, 13 et 21 février, i5 août 1696; elles se trouvent aux pages 2^5 et i76 du tome I; 13, 67, 73, 76, du tome II, et se rapportent au Dialogue (f Ansion et d'Eugène, aux Psaumes de Dom Antonio et à la traduction de V Histoire d^ Espagne, de Mariana. Il faut y jouter un alinéa dans la lettre du 18 mai 1691, relatif à VHistoire de F Académie de peinture (t. II, p. 16).
Nous n'avons nous-mêmes cité dans nos notes que quelques paragraphes des autres lettres de Bayle. à Rou. Pour compléter notre publication, nous croyons devoir reproduire ici ces lettres, au nombre de vingt-six, d'après l'édition la plus estimée, celle donnée en 1729, par Des Maizcaux, avec des remarques (Amsterdam, 8 vol. in-12).
A M, Hou, à paris.
A Sedan, le 21 novembre 1679.
Voici ma première lettre, mon cher Monsieur ; car les deux autres ne doivent être comptées que pour des rôles de commissions. J'en suis si persuadé, que Je ne puis me dispenser du style dont on se sert dans les commencements; comme est, par exemple, que je suis arrivé en bonne santé, ex que je n'ai pas voulu manquer, dès mon arrivée, de vous assurer que je vous aime et vous estime de toutes mes forces, aussi bien quand l'ai le malheur de ne vous voir pas, que quand j'ai l'avantage de jouir de votre agréable conversation.
On m'a trouvé en si bon état, au prix de ce que j'étois lorsque je partis
338 LEITRES IIE BATLG
d'ici, que quand j'ai voulu dire â certaines personnes que j'avais une impatience extrême de les revoir, on m'a dit en riant qu'il y paraissoit à mon visage, et que c'éloient des Tables toutes pures ; qu'on n'acquiert pas de l'embonpoint dans les lieux d'où on a tant de hâte de partir. Je vous assur«, Honsieur, qu'on a eu raison de croire qu'il ne me tardolt pas de parlir ic Paris, et que je m'en seiilois arracher avec unn espèce de violence. L'aimable compagnie de chez M. Puel, que vous étiez venu augmenter û considérablement, avoit pour moi des cbarmcs bien doux : le repos dont Je jouissob, k travail insupportable qui m'altendoit kl, les réflexions que je fabois sur la perle de votre présence, de nos entretiens de table et d'après souper, m'ool fait quitter Paris avec regret, il faut que j'en convienne; et peu s'en faut queje ne l'aie avoué a tous reux que J'ai revus ici. Tout cela n'empi'che |ia* que Je ne sois, â Sedan, dans l'occupation Jusqu'aux oreilles-, et il n'est pas Jusqu'à ma migraine, qui m'avoit épargné trois mois durant a l'aris, ijui ne soil revenue à moi plus furieuse que jamais.
Je vous dis cela, alin que vous soyez d'autant plus porté à me plaindre, et que vous engagiez à me plaindre aussi toutes les personnes pour lesquelles Je vous ai demandé quelques compliments bien tournés. Je contioue 4 vous demander les mêmes offices, avec celte circonstance de nouveau, que xtuu témoigniez à tous en général, et â chacun en particulier, le plaisir cxlrtae que m'a donné l'endroit de votre lettre oft vous m'assurez qu'on me bit rbonncur de se souvenir de moi. J'aurai, au premier jour, à vous remercier de tant de choses, que ce sera prudemment fait à moi di>- ne laisser pas aeramuler les remerclments. Ainsi, vous agréerez que Je m'aeqtfU* dBM « billet des actions de grâces qui vous sont dues pour les livres de la biblio- Ihèque de M. Briot.
Ayez la bonté de donner à H. Caria les Gazettes de France, dqxiis k S8 octobre deniier : Je vous les renverrai, sans faute, sept ou huit jours après. Quand vous m'écrirez, vous me ferez iriaisir d'y mêler quelques nouvelles, soit de livres, soit de pièces de tbéilre. Tout est bon en province. Je sols, etc.
A M. Koa, à la Hâte.
K Rotterdin, le U juillet less.
Vous aurei sujet de vous plaindre de moi, mon cher Konsieor, de tf |(ie Je ne vous al pts renercM du présent que vous m'avez fait de votit
A JiAii HOU (1683). 339
livre (0; car je ne compte {Mis pour un acte de remerdment ce que Je vous en dis chez M. Jurieu. Je me réservols à parler amplement de tout cela quand vous seriez sorti. Je vous attendis à mon logis; je vous allai chercher chez M. de Beaumont; mais ce fut sans vous pouvoir joindre. Depuis ce temps-là, j'ai cru aller de jour en jour à la Haye; mais je m'aperçois, enfin, que je laisse passer bien du temps, sans trouver le loisir de faire cette agréable promenade; et je me résous de vous écrire par H. GlaudCi qui la fera aujourd'hui.
En deux mots, mon cher Monsieur, je vous remercie très humblement de votre présent : je l'ai lu et relu avec bien de la satisfaction, quoiqu'il n'eût point tout à fait pour moi la grâce de la nouveauté, puisque vous m'en aviez lu la plupart, avant que de mettre au net votre composition. J'ai trouvé les additions que vous n'aviez pas encore faites la dernière fois que vous m'en lûtes quelque chose ; je les ai trouvées, dis-je, très fortes, et très bien poussées; savoir l'affaire de la reine d'Ecosse, etc. Vous me ferez plaisir de m'apprendre la manière dont nos adversaires en parlent en France, lorsque vous en aurez su quelque chose.
J'appris hier, avec bien du plaisir, que Son Altesse a donné tout de nouveau sa parole à M. Jurieu pour vous. Je me souviens que M. Jurieu m'a dit que la première fols qu'il vit M. Ilalewyn, votre bon et illustre ami, il lui demanda des nouvelles de l'autre professeur (2) : cela fait que je me sens d'autant plus de désir d'être connu de lui, et de lui faire la révérence. Je vous arrête pour être mon introducteur, s'il vous plaît, la première fois que j'irai ù la Haye.
Ouaud vous irez à la Sale, je vous prie de dire à Du Perler qu'il apporte là tuus les bons livres qu'il a chez lui ; parce que je dois aller bientôt à la Haye, et que si j'en trouve de bons, je lui en achèterai beaucoup. Tout à vous, mon cher Monsieur.
A M. Rou*
A Rotterdam, le 22 octobre 4682.
Je ne pensois pas que vous dussiez vous en retourner dès hier même, mon cher Monsieur, et je fus bien mortifié quand j'appris, à l'issue du se-
(1) Remarquet sur C Histoire du Caivinitme de M» Maimbourg; imprimées à la Haye eu IGSi. In-12.
(i) M. Daylc lui-même.
840 LttriB m une
MBd prMie,(|ueTotra retour à taHaye ■epriroit daplaUrde voase»tnteUr qHdqne temps. Je voulols voua desuBder t'A cat mi ^M taqpcliiu ft ta Haye les nannscrits que H. Chnde reçut de H. MaWiMii^ «tèLoàdres. D pardi, par une lettre de M. Habebonf t M. iwioi, ^m m: daide loi a écrit qall a laissé ses nsnDscrila dns ra coA» (<}. ' ' ie vostoisTooÉ dire anad qu'on m'a écrit ds Gendre qne YOsAmoffév yMtéléfii9rf|iiées,et béengofttéesrmaia ou m'a aseoré qse ee «"SH |b> damUn le Jeune qni a fait la manque de nos Pimanei, < nuoé; riuts Gondln^, comme 11 parait par le SS* livre de H. CMtpeHdeclioH;]BAii vous en biles Ufe «ne seconde édtfH,VDW fctm ce que i^est ptns «xaetement (S). Je sols, HôMkn, etc.
AU. HùU, A Rotterdam, le tt octobre («82.
Je vous suis iri-s obligé, mon cher Mousinir, de la boulé qne ras avei eue (le mVuvoyer votre criUqoe. Je pds vona dire, que sns écoaler les ritsons que l'amilJé luggërG en fneor des. chosea qui nona ont été earoyées par ceux pour qui nous sommw préoocopés, fal eiamiDé vos JteamrgWH ïii'vèremcnl, et les ni fort apjvonvées. Totre pénéttïtion k découvrir loot ee qui cboque le génie de notre langue, et la régularité de notre gnunmràre, mériteroit l'adoption du père Bouhours ; et siivous aviei épluché le style de l'historien du Cdtoinfjtne [3) avec la même régularité, vous eussiez pv donner au public des renurques fort instructives pour la parfaite Intelligence du français. Je vous prie de croire que c'est sans aucune Batterie.
J'aurois pris ta liberlé de montrer cette composition aux demotsellea que TOUS avei exceptées in p«;io, tant ]e l'ai trouvée propre i vous faire bean-
(1) M. Uaimbourg, cousin «tu jésuite Maimbourg, après avoir embrassé et «n- Buite quille la religion réformée en France, passa en Angleterre l'an icai poor rentrer dans l'Egliso protestante, et y porta quelques manuscrits de sa bçon. On en imprima un en Hollande, en 1883, intitulÉ : Examen du premier Trailé dt controverse du P. Louis Main^ourg, intitulé : Méthode pacifique pour mmnter tans dispute les protestants à ta vraie foi, sur te point de Ctucharistie, au nçel de la contestaiion toucHanl In perpétuité de la foi du même mgsière. Voya dtns le Dictionnaire de M. Bajlg l'article Uaimbourg, rem. E, et les Lettres dvniies de M. Simon, 1. 1, lettre Vil, page 77 de k !• édit., 1701, et tome II, lettre IXXin, pageiSlde l'âdition de ITOt. (iVo(« de Des lHai:eaia.)
(t) Voir ci-après, p. 3C3.
(S) H. Uaimboui?.
A ncAN Rou (1684). 3Vi
coup d'honneur. Mais comme il fût venu par là à la connaissance de M. Jurieu, que M. le N** s'occupe à des pièces de galanterie, Je n'ai rien montré. Vous savez bien qu'il vaut mieux que M. Jurieu, et tous les ministres, qui seront bientôt les examinateurs de l'auteur, ignorent absolument qu'il travaille sur cette matière. Cela peut avoir ses usages. Mais peut-être l'auteur eût-il été fâché contre moi, s'il eût su un jour que j'aurois été cause qu'on sût ce que vous avez bien voulu que Je fusse. L'éloge qui est à la fin pour l'aimable sœur est fort bien tourné. Il n'eût pas été nécessaire de m'apprendre la réservation mentale, ou plutôt in petto, que vous avez faite : car Je ne crois pas qu'il y ait à Rotterdam de ces esprits sophistes qui inspirèrent à M. de Balzac tant de raisonnements et d'exclamations contre,
Elle dit qu'Uranie est seule aimable et belle.
Je suis tout à vous, mon cher Monsieur.
^ M. Hou.
A Rotterdam, le 4684.
Je vous dois une réparation dans les formes, mon cher Monsieur, puisque j'ai été à la Haye sans avoir l'honneur de vous voir. C'est assurément une faute très criminelle; mais je ne laisse pas d'espérer que vous ne m'en ferez pas un crime, quand vous saurez que le sujet de mon voyage étoit uniquement une affaire qui occupa tout le temps que Je pus demeurer k la Haye.
Je priai M. de Beaumont de vous faire un million d'excuses de ma part. Nous parlâmes de V Esprit de M. Arnaud; et il me dit que vous aviez fort bien Jugé que je n'en étols pas l'auteur (4). Je ne crois pas qu'il soit fort nécessaire de désabuser le mon^e ; car si quelqu'un me le pouvoit imputer pendant quelques pages, il connattrolt peu après, à mille marques, qu'il vient de meilleure main, n y a bien de la délicatesse et du savoir dans cette pièce, et cent choses de quoi s'applaudir; mais plus il y en a, plus faut<il être sol-
(1) UEiprit de M, Amaud, tiré de sa conduite et des écrits de /m et de ses discipleSf particulièrement de t Apologie pour les catholiques. Ouvrage oit ton trouvera quantité (F observations et de pièces cttn'euses utilet à la connaissance de r histoire ecclésiastique du temps. Deventer, Rotterdam, 1C84, in-12, 9 vol. Voy. le jugemeut que If. Bayle a fait de cet ouvrage dans son Dictionnaire, à Tarticle Amauld {Antoine), rem. E. (ATo/e de Des Maizeaux.)
n% unais 01 lATiB
cnendêDepu dérober la gloire qui en doit rerenlr à l'aotaur (l). Aini non cdier MoDsieiir, si yoiib trooTia des gens qoi cmssent qoo ce fliit noi, déBabiisei4es, ]e tous en conjure. Quand ?oas en Tiendrlaiini TOUS ne risqneriei rien, le tons emroyii, il y a enriron den mois, flople des vers satiriQDes contre M. Colbert, qoi sont dans l'onvragn. Je ne sais si M. de Beaomont les reçut. Je suis» ete.
P. & On imprine id une réponse I H* Bmeys, dont l'auteur m'a prié de vous donner un exempisire. Je le ferai en son temps.
^ilf. Bou.
A Rotterdam, le 48 octolire 4684.
J'ai eu une incroyable satisfaction, mon cher Monsieur, d'apprendre par YOtre lettre l'état de votre santé, et l'honneur que vous me faites de vons souvenir de mol. Je vous assure qu'il y a très peu de personnes an monde pour qui f aie autant de considération que pour vous, et I la prospérité de qui Je sols aussi sensible qu'à la vôtre. Tous ne pouviez guère mien vov adresser qu'à moi en ce pays, pour savoir les NowœUei de la BépMÊqm ijifitUfif, puisque Je me suis chargé d'en composer un petit livre, ipd se distribue tous les mois. J'ai commencé par celui de Mon 4684. Je vous les eusse tous envoyés, si Je n'avols su qu'on m'avcrit déjà prévenu. Vous avet tant d'amis à la Haye, qui sachant votre goût s'empressent à vous senir selon cela, qu'il serolt bien difficile qu'un homme de Rotterdam, aussi enseveli que Je le suis dans les livres, depuis cette nouvelle entreprise, leur pût gaper le devant. Puisqu'on vous a envoyé mes NouveUes^ on vous a appris tout ce que Je sais de nouveau de ce cOté-là ; ainsi Je vous y renvoie. Je vous dirai seulement que le livre de M. Jurieu contre le Renversement de la Morale n'est pas encore achevé d'imprimer : il vous en promet un exemplaire, dès qu'il en aura. On imprime un autre ouvrage de sa façon, qai s'intitule Pr^^tf^r^f légitimes contre P Eglise romaine. Ce sera un grosln4«. Je ne sache pas que la querelle de MM. Huet et Despréaux ait eu aucune suite. M. du Rondel se porte bien, et vous salue de tout son cœur. J'ai souvent de ses nouvelles. Il sera ravi de voir les Relations que vous nous avez promises. Je prie Dieu de vous conserver précieusement. Je suis, etc.
(1) M. Jurieu.
A JBAN ROU (1686). 348
A M. Hou.
A Rotterdam, le 3 août 46S5.
Je ne reçns qu'hier les NouveUet de Juillet, mon clier Monsieur» et J'en préptre dès aujourd'hui un exemplaire pour yous Teoroyer, si J'en trouve l'occasion, comme on me le fait espérer.
J'y Joins ces lignes, pour vous apprendre que Je reçus mardi dernier une lettre fort civile de M. de Visé, auteur du Mercure G<Biant^ qui me prie d'agréer qu'il m'envole chaque mois son Mercure par la voie qu'il me plaira de lui indiquer. J'ai su même, qu'en attendant, il a fait porter chez M. Janiçon le Mois de juin et les deux tomes du Carrousel. J'ai appris aussi que c'étolt l'eifet d'une proposition qu'un tiers lui avolt conseillée, que nous fissions échange de nos Mereures. Or voici ce que Je voudrols savoir de vous : de quelle voie vous vous servez pour faire venir celui de madame la princesse, combien cela coûte de port, et enfin si l'exemplaire qu'on me donnera ne pourroit pas servir au lieu de celui que S. A. R. fait venir : car pourvu que J'aie la lecture, et même en courant, de la pièce. J'en abandonne de bon cœur la propriété. Un petit mot de réponse sur cela, à votre loisir, afin que Je puisse me régler pour Indiquer la vole qu'on me demande. Tout k vous, mon cher Monsieur.
Vin.
j4 m, Rou,
A Rotterdam, le 9 février 4686.
Je vous remercie très humblement, mon cher Monsieur, de l'écrit que vous m'avez communiqué (4). Il est beau et bon, et digne de son auteur, et Je voudrols bien en pouvoir orner mes Nouvelles^ mais deux ou trois raisons m'en empêchent. La première est que J'ai dessein, comme Je l'ai insinué dans un des Mois précédents, de donner de temps en temps un livret extraordinaire, qui sera un recueil de diverses pièces fugitives, que Je n'aurai pu Insérer dans les NouœUet ordinaires. Je m'y suis engagé auprès de
(1) La Séduction éludée, ou Lettres de M. Vévéque de Meaux àun deies diocésains (11. de Vrillac), qui t^est sauvé de la persécution; avec tes réponses qui lui ont été faites, dont la principale est restée sans réplique.
UnniBS DS BAYIE
liicn des personnes que je ainûdf re, dont Je n'ai pas employé cf- qai m'ea éU)ll venu -, et comme je n'a! point publié leurs petites pièces, je nie suU ri'-solu de réserver toutes les autres semblables pour un livret i part, il'iutant plus qu'on a critiqué que j'aie inséré des pièces tout l'nlitres , comnid lu Discours de M. l'abbé de la Chambre, une Lettre de M. Spon, elc. J'excepte ce qui regarde une Expérience anatomlque, chimique, etc., car ixi Rories de choses sont fort désirées ; et comme mou Journal en est asseï stérile, je n'en laisse guère passer quand il m'en tombe entre les mains. Il faudroit donc, mon cher Mousieur, que votre ouvrage attendit mes A'dhvelles extraordinaires, mais je craindrois que ce neTùt trop attendre (l). La seconde raison est qu'on m'a conseille d'éviter le plus qu'il ura po»- §ib1e les matières de controverse. Il n'est pas possible de te faire quand U» livres sont publics. Biais, diroU-on, il Tallolt les éviter à l'éKord d'une lettre manuscrite, dont tous les noms sont supprimés , et celui du prélat ftqii on écrit, et celui du répondant. Cela m'oblige de vous dire que, si vou* b Tailes imprimer, je crois que vous ferez bien de n'en pas supprimer ni tes noms, ni les dates; car les lecteurs seront tout autrement curieux quand ils sauront que cela re^rde M. l'évt'^ue de .Meaux.
Ma troisième raison est que ce Mois-d et celui qui vient seront pleins, malgré que J'en aie, de matières de controverse, des IKres très consUrta> blés qui vont paraître, ou qui viennent d'éclore, ne me penneUani pas ih fuir la touche. Nons allons voir tout k la fois dans tm mois deux livres df M. Jurieu, qui me feront deux gros articles. Sans cela, mon cber UoDsteur, }e passerois sur les deux autres raisons, en considération de la bonté dir voire pièce, et de l'amlUé comme de l'estime très particulière que J'ai pour vous.
Je suis très fâché que tant de circonstances contraires me privent de Ta- TUtage que Je me pnx^rerois par votre écrit} mais puisqu'il n'y a poiM d'autre remède, je vous le renvoie aujourd'hui, aSn que vous le fassiei !■primer sans retardement.
J'ai été ravi que les Tablit de H. Talleots m'aient fourni une oecaaha de parler des vdtres. Comme elles sont en anglais, Je n'ai pu les lire ; om ae les a laissées quelques Jours , mais on me les a redemandées aprts cela, et ainsi je ne saurais vous les procurer. Comme vous êtes 1« pffiii ta date, Jene doute pas qu'on ne vous aie cop)é(2). Jesuis,Xonslear,voae,elc■ (l) II. Ba^le n'eiéCDte point te dessein qu'il avnit de donner de temps en tmpt un supplément k son joonial, quoiqu'il en eAt averti le public k la flndn Sa»velltt de nui IfiSS. [Note de Dei Maiieaux.)
(3) Le dernier paragraphe de cette lettre «J'ai été ravi, ■ etc., setTMiwîMprimé dans tes JftOnoirvirf^Jlo». Voy. t. I, p. 917.
A M. Rou.
A Rotterdam, le 47 février 4686.
En liomme qui n'a pas trop de loisir» mon cher Monsieur, Je ne vous écris qu'un billet, pour vous remercier de toutes les douceurs obligeantes que vous m'avez écrites. Mais malgré ma brièveté, Je vous fais souvenir que nos conventions ne sont pas cela. Si vous voulez m'honorer d'une de vos lettres, ce doit être pour me donner vos bons avis, et vos Judicieuses critiques, et non pas pour m'encenser.
On m'a dit que vous soupçonnez M. de Larroque d'être l'auteur de la critique des Dialogues de M. l'abbé de Dangeau (4). Il est parti de Paris le dixième de ce mois, pour venir en ce pays-ci. Il pourra vous désabuser lui-même. Je suis très sincèrement, etc.
A M, Rou.
A Rotterdam, le 49 avril 4686.
Je ne manquai pas, mon cher Monsieur, d'écrire hier à M. Rainssant, et de lui représenter vivement tous vos griefs; le priant même instamment de laisser la chose où elle étoit, plutôt que de Venfoumery comme il dit. Je ne sais s'il en fera quelque chose. Il me dit dans sa lettre, que, dans l'état où sont les affaires de notre parti, dont on voudroit même abolir la mémoire, il n'y a point d'apparence que l'on rende à leur auteur des Tables qui n'ont été interdites que parce qu'elles favorisoient les protestants. Il regarde donc comme une chose infaisable de vous les faire rendre en l'état où elles étoient; et, néanmoins, comme il trouve que le public en doit profiter, il croit qu'on les fera corriger, et qu'après cela elles seront rendues publiques; et tout le mieux qu'il croit pouvoir faire pour vous, est quelque dédommagement.
Je vois fort bien qu'il regarde cela comme le seul moyen de vous procurer
quelque avantage ; et Je ne sais si M. de Hontausier osera s'empresser pour
(1) Apologie cTun tour nouveau pour les quatre dialogues de M. F abbé de Dangeau, lecteur du roi : !• sur Fimmortalité de Fâme ; î* sur texittence de Dieu ; n^ntrla Providence; 4* sur la religion, Cologne (la Haye), 1685, iu-12. If. Jurieu est Taiiteiir de cette critique. {Note de Des Mniteour.)
3U umts M làm
le tout; Je veax dire, pour la reddition des piancbes. J'en doute ftety eC sa Mis s'il nxA mieux que Too les remette dans un galeias, que de foos en fidre avoir quelque graUflcation. Outre que si on a nne fois tnrinoé va puissanees, qu'après lès corrections des endroits trop inignenots, fonmge sera très utHe au public» il sera fort malaisé de les fidte remettre dans n grenieri sirtont y ayant ai^arence que oemqni travaBlerûnt à In dmae y tn»Yeronl bien leur compte; outre eeta, dlHSf Monsienr, ee n'est pas me espiranoe trop produrine que celle de notre rétabUssement. Ainsi Cyies bien réflexion s'il ne taudroU pas mieux tenir quelque dwse de d'attendre nn avenir incertain, levons dis œbià vous; car àM. J'en parle comme si absolument vous aindeB ndenx n'ÉvoIr rte, ei qnfèa brisait la destinée de vos lUIea aux événements de la Pravideoee.
Pour ce qui concerne H. de Jaucouri, Mrs de M. le manmfai de VHm^ non» J'anrote eu Uen de la Joie en reqpvant Yotre lettre par son nMiycn, de l'assurer de mes très bumbles services. Je nfestfaneroto très lienrenx de lui en pouvoir rendre quelqu'un par rapport I ses études. Je ne sais si ta cbose sera possible : Il n'y a nulle place cbes M. van der Horsi, mm bOle. Toutes ses cbambres sont pleines. Mais si M. de Jaucourt demeoroit M, Je ticberois de ménager quelques moments à certaines beures dn Joor pov des entreliens de pbilosopbie avec lui. J'ai très peu de loisir, oomiM voai saves) mais pour des personnes d'un tel nom, et d'une distinction si vénérable I tous les protestants, il fiudroit bien faire des efforts. Je suis, eic
À M. Rôti.
A Rotterdam, le ?4 mai 1686.
J'ai lu avec un plaisir extrême, mon cher Monsieur, tous les manuscritf que vous m'avez c;ommuniqués. Ils sont écrits, et avec beaucoup de pureté, et avec force, et avec zèle : j'en pourrois dire beaucoup plus de bien si Je voulols égaler, par mes expressions, ce que j'en pense.
Voici ce que j'ai reçu ce matin de M. Rainssant, dont je n'avois eu aucune nouvelle depuis la lettre que vous savez. Je vous copie mot à mot ce qBH m'écrit, tant sur le chapitre de M. Du Vivier que sur le votre. Faites-le loi savoir, je vous conjure.
Extrait d'une lettre de M. Rainssant*
<c Vous me feriez beaucoup de plaisir de donner avis k M. Du Vivier, que
A JBAH Rou (8689). 347
ff J'ai fiait tout ce qu6 ]*aipu pour obtenir ce qu'il souliaite; mais toutes mes « tentatives ont été inutiles ; cependant, omnêm movi lapédem^ Deot ipio$ « adii. J'ai fait, en un mot, tout ce qu'on peut attendre d'un ami.
« Quant à M. Rou, Je n'ai pas eu meilleur succès de mes démarclies. La « diversité de religion est un obstacle invincible, surtout en ce temps. »
XÏI.
/4 M. Rou,
A Rotterdam, le juin 4 686,
Je n'ai pu trouver aucune voie Jusqu'ici, mon cher Monsieuri pour vous envoyer les Nouvelles de mai. Je les Joins à ces vers, qu'on m*a prié de vous rendre.
M. Rainssant m'a écrit que M. le duc de Montausier lui a parlé de vos Tables en homme bien intentionné pour vous, et qu'il lui a répondu qu'il en falloit parler à M. le chancelier, de qui elles dépendoicnt uniquement. Je crois que vous devez engager ce duc â en parler à M. le chancelier. Tout à vous.
XÎII.
A M, Rou.
A Rotterdam, le 27 février 1689.
fl vous en coûtera bon, mon cher Monsieur, de m'avolr appris les nouvelles qui me concernent dans la lettre de Mademoiselle 0... ; car voici le troisième port de lettre qu'il vous en coûte à ce sujet. Je voudrois avoir pu tout enfermer dans le paquet d'hier, mais il ne me fut pas possible.
Vous pouvez être assuré, mon cher Monsieur, qu'ftme qui vive ne saura rien de ce que vous me marquez, et que vous serez en cela servi ponctuellement. J'ai été fort satisfait de la latinité (4), où il parait un air d'abondance fleurie, et qui promet une distinction avantageuse des lettres de semblable caractère, où l'on fait trop entrer le style négligé de la chancellerie. H est vrai qu'il faut tenir un milieu, ce me semble, entre la politesse dont les se-
(1) If. Rou étant obligé par sa charge d'écrire des lettres d*Etat en latin, avoit ^voyé un essai de son style à M. Bayle, pour savoir son sentiment.
i 960 lETIHtS UE B*1LE
M. Jurïcua toujours trouva cela rude, el qu'il a souvent usé du fimiahi quelques exclamations en cbaire/apostropbant la Divinité. En particulier , jr DC vois pas que la raison que nous allësuons ordinairemeiil, et dont vxui vous voua servez, soit bonne- C'est que Dieu a lui-mâme adopl^ le Tu, ci que Jésus-Christ l'a inséré dans l'Oraison, qui nous doit servir de nodilc; car cela serait bon à dire, si dans les langues liébraiquc, syriaque, fc'rccqw! et kline, ic t ous cbl été en usage de l'inférieur au supérieur, comme il l'est aujourd'hui on français. Il ne Tant donc pas dire, qu'il y a tonjoim eu parmi les peuples un Tu de religion et de piété; car andennement Ir aingulier se donnoit en tout temps et en tout lieu â toutes sortes d'objet», uipt^îeurs et inférieurs. Mais vans avez raison de dire que depuis que 1» langues ont adopté ie fous envers les supérieurs, el ceux qu'on traite dillemcnt ou en cérémonie, on n'a pas laissé de retenir le ruco cerlaiiuciii par exemple, dans les vers, et dans les prières. Encore y a-t-U toujours eu de» poètes qui ont employés le / ous, et des prières ou le / out a Hé ptrelilcmenl employé. Quoi qu'il en |o ne saurais voir la moindre ombre de mystère en ce que Dieu dans s. oie s'est déaigiié (utr Tu et Toi; cir la langue dont il se servoit ne coni uoit point d'autre usage; Il falloil passer par la, ou exposer l'Ecriture a a moquerie qu'excitent les ^raKsl Bolécismes et à barbarismes.
Au reste, Ibs Allemands et les Flamands se choquent bien plus du Tu qw les Français ; et J'ai ouï dire que l'on n'oscroil quasi s'en servir envers In servantes, tant cela est ufTcnsanl. Ce que Je crois, c'est que b terathiaboo du pluriel et du singulier n'est guère différenle dans les verlrei Ma deu\ pertotmet; mais 11 est certain que les artisans même qui s'eotre-pailetf, ■ A un, se servent des termes qui veuleut dire [>o<u/aUe>, vmu dites, 4m k même sens que s'ils adressoient ces expressions à cent personnes.
Je ne vois proprement de bonne raison (^e l'usage de nos adversaîRs tians leurs vers aux rois, et dans les versions des Piaumei; et !« nium qu'en a données Desmarets dans sa préface du Clovii, el M. Godew imt la préface de son IVouveau Testament. Ces deux passages ont été cités |ir M. Colomiés dans sa Rome proteitante, livre où il nous Justifie sar (Brents choses par le témoignage de nos adversaires. On y peut joindre la pré&ce du Quinte-Curce de Vaugelas, où l'on voit la raison pourquoi, dan la harangues de cet historien, on met lantAt Vvui, lantAt Âi. 11 me laable fC M. de Scudéri en dit aussi qudque chose dans la préface d« ViOntn £aMa;mals jem m'en sonviens pas bien. J'ai quelque chose dan mes r^ eneils, que Je n'ai Jamais pn retrouver, par où II parait que, dès le sIMe le Pline le Jeune, 11 se Jetoit quelques semences du Faua, pour flatter va snL L'usage en étoit établi envers les grands, ut sMcle de Tbéodoae, gmI v
A JBAN ROU (1690). 349
M. Ancillon (1). Je crois qu*il sera assez galant homme pour ne pas désapprouver votre avis; car, si d'un côté, vous lui montrez avec force que vous avez raison, vous y mêlerez, sans doute, de l'autre, la pilule bien dorée; cl quand un auteur se fâche, après cela à son dam et tant pis pour lui. Je suis, etc.
A M. Rou.
A Rotterdam, le 10 octobre 1690.
Je suis très fâché, mon cher Monsieur, que vous n'ayez pas reçu la lettre où je vous faisois l'apologie de mon retour de la Haye; sans avoir eu le bonheur de vous voir.
Vous avez épluché le style de M. Ancillon avec la dernière exactitude ; et vos Remarques sont assurément bien fondées, et conformes aux préceptes de nos meilleurs maîtres, les Rouhours, les Corneilles, et leur devancier Vaugelas. Vous rendez en cela un très grand service à ce Jeune auteur, et Je ne doute pas qu'il n'y paraisse au premier écrit qu'il fera.
Une des Incongruités que vous lui marquez, qui est, par exemple, de mettre partagea^ où il faut partageât^ est un vice du pays messin, et de Sedan (2); et comme Je l'ai vue en divers livres, il faut qu'elle soit commune à plus d'une province. J'ai remarqué que dans la première page vous ap« pelez mode le prétérit et le participe; cependant ce n*est pas cela que les grammairiens nomment ainsi. En un autre lieu, vous appelez prétérit défini^ j'aimai ; et prétérit indéfini, j'ai aimé : je crois que c'est tout le contraire.
Mais pour venir ù ce que vdtis me témoignez être plus important et plus pressé (3), Je vous dirai en général, mon cher Monsieur, .que quoique je ne voie rien de condamnable dans notre usage de tutoyer Dieu, et que je ne voulusse pas même qu'on le changeât puisqu'il a déjà tant duré ; je ne trouve point que nous le puissions bien justifler ; et Je sais même que
(1) Hifftoxre de rétablissement des Français réftigiés dans les Etais de son Al' t esse électorale de Brandebourg. Berlin. 1690. in-8.
(i) Partagea pour partageât n'est ni un vice du langage messin^ ni, je pense, un ▼ice du langage do Sedan; mais bien une incongruité de gens qui ne savent ni grammaire, ni syntaxe. Le vice du langage de Metz est, non pas d'écrire partagea an lieu de partageât, mais de ne pas faire sentir le / final de ce dernier mot dans le discours, lorsque ce mot est suivi d'une voyelle. [Remarque do M. le Duchat.]
(3) Voir la dissertation ci-dessus, p. 2.
A RoUerdaiii, le il outubn- t6<K>.
Je suis bien aise, mon trè^ clier Moniteur, de ce que vou& m'écri^n il raisonné sur le préIMt indéfini et cur le déjini; car pour le tpti pn qw du mode, c'esi pure inadvertance. Je vois que vous avez vos raisons et n» autorités, pour appeler préWm'i indéfini, f ai aimé; et défini, j'aimai; H je conviens avec vous qu'on peut rai&ounablemeni prendre ce [tani, H qw |ieut-étre vouloir disputer contre, ne seroit qu'une pure logomachie. Oqnll y a de certain, ce me semble, c'est qu'on peut trouver aisémeol des nlsout pour soutenir que/o( aime est \tparfaitd^ni; H j'aimai, Yindé/im.l.n voici une. J'ai aimé dénote le pané, purement et simplement; cl Kowm vous dites l'ort bien, absolule loqvendo, j'aimai désigne le temps /iom, avec un rapport confus à un jour ou h un autre : il enrerme bien un érénenient qui n'est plus présent, mais il se peut aussilùt rapporter ii hier qu'i avant-hier; ainsi il emporte le temps passé avec une relation, ou, conw disent les logiciens, avec une connotation vagae et con/use d'un teiiiià temps passé, qui n'est pas plutôt celui-ci que celui-11. J'ai aimi tsi dés^ql J de cette connotation vague, et se trouve par conséquent destiné k marqw 1 pleinement, rondement, et définitivement, pour ainsi dire, le t^mps qd ifcA I plus; et si nous y faisons une exception, comme quand nous disons : J'ai » ai^jourd'hui monsieur un tel, ce n'est que pour une seule espèce, on pIMU portion de temps, qui est en partie passée et en partie présatU. Ainsi, c'a! toujours quelque chose de flxe, oulefempipouéengénéral, ou OBedetB parties en particulier. Au lieu que /aimai n'est Jamais dégagé on d'ane porte passée du temps, ou d'une autre i l'infini; comme quand on dit : U» vmtseau, ga»lgu£ homme, ce n'est ni celui-ci, ni celui-là, c'est un iMUddua» vagtim. Hais quand on dit : L'homme, on marque une espèce d'uÉaal lu et déterminée, sans rien de vague.
Cela étant, ]e crois que la raison n'est guère capable de pronoDCfr li-<les- SUS', il faut recourir i l'autorité et i l'usage des grammairiens; et franckement, Je ne sais pas trop bien qui l'emporteroil; et ii pourroit biea tut, qu'ayant cru que/ai aime dit quelque chose de moins vague qne /râMi, j'ai Jugé que c'étoit/oiaim^que les grammairiens appeloientprâMt^ fini; mais que j'ai compté sans l'Iiôle, c'est-A-dire sans consulter si efeliv^nent ils se réglolent sur la raison qui me faisoit juger; ou si sans nbai.
A JEAN Rou (t690). 353
ou bien pour des raisons différenles et aussi bonnes que la mienne, ils se servoient d'une autre dénomination (4).
Je vois, par la Grammaire française d'Antoine Oudin, qu'il est tout à rail couronne à Cbiflet : je n'ai point celle que MM. de Port-Royal ont faite pour la langue française en particulier, outre ce qu'ils appellent Grammaire générale et raisotmée^ ni celle de Maupas et d'autres petits maîtres; ainsi je ne puis pas déterminer ce qui en est. Mais je conjecture qu'ils font comme Oudin et Cbiflet ; et qu'ainsi, mon cber Monsieur, vous devez laisser la cbose comme vous l'aviez mise.
J'apprends tous les jours qu'il n'est rien de si aisé que de se tromper, quand on juge sur des apparences, et sans vérifier sur les lieux ce de quoi on veut juger. Une autre fois, je vous promets d'être beaucoup plus drcon* spect , surtout quand il s'agira de s'écarter de ce que je verrai employé dans vos écrits. Je suis, mon très cher Monsieur, votre, etc.
XVIÎÎ.
A M, Rou,
A Rotterdam, le 4«'' novembre 4690.
Je viens, mon trèscher Monsieur, d'ouvrir l'/^i^/otre aitique du Nouveau Testament de M. Simon, à l'endroit où il examine les versions françaises qui en ont été faites. Le hasard a fait que, cherchant à m'amuser en attendant le libraire, j'ai pris ce livre*, mais l'amitié a été cause que, voyant à l'ouverture du livre ce qui concerne le père Amelote, et la version de Mons^ j'ai cherché avec dessein si M. Godeau se trouverait parmi les traducteurs français. Je l'y ai trouvé, comme ayant publié une version du Nouveau Testament^ qui tient le milieu entre la paraphrase, et l'attachement total à la lettre. Vous verrez que M. Simon y critique, entre autres choses, l'usage du Toi^ que M. Godeau a préféré à (^lui du Vous^ à l'égard de Dieu. J'ai cru qu'il étoit important que vous fussiez averti de cela, puisque vous pourrez vous faire honneur de maintenir le goût et le jugement de M. Godeau, coDtre ce nouveau critique (2). Je suis, etc.
(1) M. Tabbc Reprnier Desnuirais, dans son Tmité de la Grammait-e française (page m. 836, 387), dit que^e fit est V\ prétérit indéfini; eifai fait, le préléril défini; et que c'est aussi le netttinient de l'auteur de la Grammaire génét-ale et raiêonnée, (Sote de Des Maizeaux,) (ï) Voir ci-d<.'ssus, p. î «n 3^7.
UfTTRES DB UILK
A RoUerdBtn, le U Aéeettàm tSM.iÉ
Apparemmetii, mon très cber Monsieur, ce billet ne vous tirtsra pas dr peine; car vous aurez reçu ma réponse ce malin pour le plus tard. Vtm^ trouverez que je me range â votre parti, sur la queslion que vous ni'atei proposée, savoir que /owir'e, masculin, est bon; quoique /oudre, fénUnlu, comme vous le reconnaissez, soit plus ordinaire (1); el pcul-Ctr<; qu'eu stilr d'inscriptions et de devises, Boubours lui-même doniieroit la pn^fëreocc, s'il étoit consulté [ce que je soubalterois que vous fissiez faire), ijtyudre, masculin : s'agissant de cette Dgure avec laquelle les anciens peintres et sculpteurs représenloienl Jupiter; quand même il rejetteroit, comme trop subtile, la distinction de sceptre et i'e^et du tceptre. Ji^ vois que du Ryt-T, dui» Mkt, exeniplcR, se sert même du mtuculi», itonr l'^et dti tceptre. Je sois lours, etc.
4 Roiterdani, le iSmalISSI.
Je me senis donné l'bouwnr de vous éciire , mon très cber Monsiew, dta le levdemtin que le livre ob H> Juriev me (ralte si mal passa son n» yenx, pour vous nurqner le déplaisir inconcevable où Je me trOBve d'étn oUf gé t écrire contre lai. Mais coanne je croyois dans an Jour ou deax do»lier au paUte un abrégé de réponse, pour dis^r ce qu'U nooale tonduai lapnjetdepalx, elTOOsen envoyer un exemplaire, je diférai k verser dMs 'votre coeur le regret où Je me troave, ef â vous supplier très bombl^MM de pUlBdre ma destinée, sans que Je prétende exiger de vous la moindre décMMloa de ce <ine tous Jugei du procédé de M. Jurleu, dans le IIvr <|d1] vient de publier contre Y Avis aux Ré/ugtit, et dans l'auto a« PwWr qa! y a mis i la léte^ non plus que de mon procédé dans la réponse que j'v prépare. EUe sera plus longue que Je n'avois cru d'abord ; et c'est poatqaa elle paraîtra beaucoup plus tard que Je ne pensois. Je vous en CDTcmi ■
(I) Le Dictionnaire ds rAcadémie Craoçaùe m féminin. (Voir ci-dessoe, p. t9 et fis.)
K que ce bM CM a
A JEAN BOU (lfi91). 365
exemplaire la semaine prochaine ; car apparemment elle sera prête pour ce temps-là. Quoique je n'exige point que tous portiez jugement, je vous permets néanmoins de me dire librement, et avec toute sorte d'ouverture de cœur» tout ce que vous désapprouverez dans ma défense; et vous me ferez même beaucoup de plaisir.
Entre les choses que je trouve les plus Ûcheuses pour moi dans cette grande rupture avec M. Jurieu, et qui va faire rire nos ennemis en France, je mets la peur que J'ai que votre amitié pour moi ne s'altère beaucoup. Mais tftchons de démentir la maxime : Qux mm sunt (deniuni tertio y non sunt idem inter $e. Nous ne sommes pas tous deux amis de M. Jurieu. Vous Tètes, et il est mon ennemi; mais soyons pourtant amis ensemble, vous et moi. Vous le pourrez, sans rien faire contre ce que vous lui devez; puisque je ne demauderai Jamais aucune chose qui ait du rapport aux différends que J'ai, et que Je pourrai avoir avec lui.
J'avoue que j'ai assez bonne opinion du public, pour espérer de me justifier pleinement, tant sur l'accusation calomnieuse de la cabale^ que sur l'autre accusation, non moins calomnieuse de VJvisaux Réfugiés \ et ie vous dirai ingénument que j'ai été surpris que M. Jurieu ait employé de si petites raisons pour ce dernier article. Mais fl ne faut pas vous préoccuper; vous en jugerez mieux vous-même la semaine qui vient. Je suis avec toute sorte d'attacJiement, mon très cher Monsieur, votre etc.
J M. Hou.
A Rotterdam, le 48 mai 4694.
Je vous renvoie, mon très cher Monsieur, le morceau (4}
Quant à ma réponse (i), Je n'ai pas (xu devoir cacher au public que M. Jurieu est mon accusateur. Il est vrai qu'il ne s*est pas nommé dans son écrit; mais il ne se cache à personne d'en être l'auteur. II Ta mis entre les mains de quelques-uns de nos magistrats. Il a même donné un mémoire
(1) La première partie de cette lettre est imprimée ci-dessus^ page 16.
(t) La Cabote chimérique ou Réfutation de F Histoire fabuleute et des calomnies qvton vient de publier malieieuiement touchant un certain projet de paix, dont Cexamen d'un libelle intitulé , etc. Avis important aux réfugiés sur leur prochain retour en France. Rotterdam^ 1691^ in-li. M. Bayle en donna, la même annéc^ une seconde édition^ imprimée aussi à Rotterdam (sous le nom de Cologne), qui est beaucoup plus ample et plus exacte que la première. ;
LETTKSS IiE BiTLE
InsDUScHl à notr^ bailli, aOn qu'on informât conire moi, selon la iténw-
\ verte qu'il a |iub1iée de noire pn'tendue cabale : il a lâché île iwrter le
t Consistoire flamand il soUidlcr avec lui pour ces informations. Lui, n im-
L demoiselle sa femme, ne parlent dans les compagnies que de la dteouvette
I Ott celte cabale. Ainsi on a tout lieu de croire qu'il ne veni pas fiire dénon-
k dateur anonyme. D'ailleurs, Il n'eût de rien seni de se cunlenlvr de le de-
I signer, parce que les désignations lui eussent été tellement propres, que ni
1 France, ni ailleurs, personne ne l'eût méconnu; non plus que personne
D me méconnait aux désignalions qu'il fait de moi. Je vous le répèti; encorr.
* avec la dernière sincérité, mon très cher Monsieur, ce qui me fàclic le plu»
I dans cette querelle, c'est le triomphe que nos ennemis en tireront. Mais
i toute personne équitable verra que ce n'est pas mol qui suis dans le tijrt.
I S'il ne s'agissoil que de perdre, sans flétrissure, le poste (|ue J'occupe, <k
. bon CŒur Je sacrillerois cela a la cbarité et â l'intérêt du corps. .Mais il s'afil
I de l'honneur) il s'agit de passer pour Irallre, conspirateur dEtat, iavpit.
\ athée; il s'agitet de vie et d'honneur. C'est une occasion où, si J'épar^Hibi
I mon adversaire, Je fortilierois les soupçons contre mon innocence. De plus.
) r II faut bien se garder de croire que les inlérëts de notre cause depenilenl
I ' de la réputation de nos écrivains -, et rien ne sauroil nous faire plus de Ion
I dans le public que de dissimuler les fautes d'un ministre, et de les laisser
' Impunies, sous prétexte qu'il auroil fait des livres contre l'Eglise romaiiM'.
iU. Basnage n'en a-t-il pas fait d'excellents ;' et M. Jiirieu ne m'a-l-il pi>
avoué qu'il le regardait comme cdtii, de tout lei mbitëlreM r^/kgUt, fil
étoU le plui cap(A{e de défendre notre cause? Cependant M. Jnriei ai
laisse pas de le mettre de la conspiration tramée, a ce qu'il dit, dans ce
pays en faveur de la France, pour exciter ici et en Angleterre une révoltf
générale ; ce qui seroit le comble de tous les crimes.
Ainsi, mon cher Monsieur, séparons toujours, comme M. Jurien iKMisy exhorte, Vœucre de Dieu, des mamaitea gualUét de l'ouvrier. Wa. selon lut, s'est servi pour la délivrance de l'Angleterre, de l'am&Ufon et it tnéco^enlement de qitelgues milords : il se peut servir aussi, pour fortifler les siens dans la foi, de la plume de gens passionnés et vindîcilik. Jusqu'il employer tout ce que la calomnie ]>eut imaginer de plus iofeiBil contre leurs ennemis.
Mais vous Jugerez mieux de tout, quand vous aurez )u mon Jpologk. k vous demande toujours la continuation de votre amitié; mais non losaideti de la restriclion nécessaire, utqve ad arat. Je suis, etc.
A IRAN ROII (1700). 337
./ M. Roii,
A Rotterdam, le 28 mai 1693.
N'ayant pu trouver une voie d'ami, mou très dier Monsieur, depuis que mon prélude de réponse (1) est aclievé d'imprimer, c'est-à-dire depuis mercredi dernier, Je n'ai pu vous envoyer l'exemplaire promis qu'avec ceux que M. Leers fait partir aujourd'tiui pour la Haye. Ce ne sera encore que trop tôt, puisque apparemment cet ouvrage ne vous plaira pas. Mais mettezvous à ma place , et dites-vous , je vous prie, ce que vous feriez contre M. Jurieu même, s'il vous accusoit de trahir VEiat^ et de communiquer à tennemi les plus importantes et les plus secrètes délibérations. L^épar* gneriez-vous ? Si vous pesez bien cela, vous ne me blAmerez point. Je suis, etc.
XWIL
./ Af. nou.
A Rotterdam, le 3 avril 1700 (2).
J'espère, mon très clier Monsieur, que vous aurez deviné la raison pourquoi Je ne me suis point donné Tlionneur de répondre à votre dernière lettre, où vous me proposiez la dilDculté que vous aviez rencontrée dans les marges du Thuanus restitutus (3). 11 m'a été impossible d'en trouver la solution, n'ayant pu confronter ensemble les diverses éditions de M. de Thou; et je ne sais même si, en les confrontant, on pourroit ùter les embarras, où il semble que ceux qui ont donné le Thuanus restitutus se sont jetés par leurs citations (i).
{\] La Cabale chimérique, otc.
(i) Dans l'édition in-fol. de 1730, t. IV, p. 79, ceiUi IoUtp, qui est la 343% est (laUV) du 1*' avril.
(8) Thuaniu restitutus, sive Sylloge locorum variorum m Hitioria illustristinn riri Jacobi Augutti Thuani hadenut denderatorum, Amstelodami^ 1668^in-12. Ce recueil est non-seulement fort conAis^ mais aussi très défectueux; in quo restitut multo etiani plura possunt, comme le remarque M. Titiut dans l'écrit intitulé: Viri illustris Jacobi Augusti voluminum hitttnicorum recensio, imprimé à Dantzici^ en 1685, in-4*; et réimprimé en Hollande^ in-ii, sous le nom de Dantzick, 1685. {Sote de Des Maizeaux,)
(4) « De la manière que parie M. Baylc en cet endroit, il parait if^rer qui étoit
358 LETTHES DE BATLE
Que mon silence ne vous fasse point condamner, je vous en conjure, U liberté que Je prends de vous consuller aujourd'hui. Ma seconde édit'um est priisentement à la fln de la lettre G ; el la plupart des articles Guise »ont déjà réimprimés. Je remarque cela, afln que, si votre commodité le pcrmci. Je puisse avoir votre réponse par le retour de M. Leers, qui ira mardi |irochain à la Haye, et en renendra le même jour. Je vous demande la grîce dr marquer {mais c'est en cas que la cliosc ne vous coûte point) en i|uel tcmpfi sont mortes les deux sœurs du duc de Guise, chef des ret]elles de Napics! L'une étoit abbesse de îilontmartre -, l'autre vivoit dans lu monde (t }. Je ni* saurols plus me souvenir dans quel tome du Mercure Calant ja vh les dbliosiliODs tesiamentaires de mademoiselle de Guise; mais j'ai quelque ldèi> confuse que c'«sl vers l'an 1 690(2). Nos nouvellistes ont parlé depuispea iTuo procès, si je ne me trompe, entre le prince de Coudé et le prince de BerguM, où II s'agit de la validité du mariage de ce duc de Guise avec la comtesse de tlossu. Ils ont dit que le Parlement de Paris ne l'a pas reconnu bon, quoique la cour de Rome l'eût déclaré valable et légitime. SI vous pouvez mliidiquer quelque date, ou quelque circonstance sur celte affaire (3J, vous obligerez sensiblement votre, etc.
P. S. Je ne vous parle point du plaisir très instructif que me donnent le» Mémoires que voas insérez de temps en temps dans \t% jotimauœ ; je voudrois ([ue vous le flssiez chaque mois.
Je me souviens, ou je t^^rois me souvenir, qu'il est dit dans un Etat de lo Franco de l'an 1656, ou environ, que .M. du Hailier, qui fut marécbal Ae France, avait épituié Charlotte des F.isars, maltreuf de Itmri //', rt emvitêdu cardUial de Guise; ce qui avait fait du tort à ee M. du Uatlier. J'ai VEtat de la France Imprimé en 1657 : cela n'y est poiaij nab seulement que ce maréchal de France épousa Charlotte des EsBars. SI tom me ponvlei donner quelque lumiCre li-deaius, vous m'obUgorlea itfainient(().
a l'aateor du Thaamare^iilutm; je lui appris d£« lors que c'etoit H. de Wicqw- « fort, si fameux par ses excellents ouvrages, et par sa dlagrtoe anprtt im lâit a Hautes Puissances ses maîtres, de qui il tenoit la charp dont je sois n*lu ao- « jourd'bui. n [Cette remarque est de M. Hou.] {Note de Dei Mattatat.]
(l)Sons le nom de duchesse de Ou Ise. Elle mourut en mars ISU.—Vbtk te* te DieUomtafre critique l'article Guiie (Heorl de Lorraine, dnode), Oh da OhIb de Lorraine, duc de Guise, rem. H. (Nrrfe de Des Uaiseimë.)
(t) Vojes te même article, ibid.
(S) Tout cela est délaitté dans un mémoire communiqué à U. Bay)p, ti iaak* dans la rem. C. de l'article du cardintd dt Guite (l^uii de lamine), aux Mettions (If* l'édil. de 1701. {Note de Des Mai:eaiu:.)
(i) Voyei la lettre RUivanle k U. Rou, du 10 d'avril 17».
A lEAN ROU (1700). 369
XXVIU.
A M. Rou.
A Rotterdam, le 10 a?rU 1700.
Je vous ai bien de l'obligation, mon cher Monsieur, de la bonté que vous avez eue de m'écrire tant de bonnes et de belles choses; mais prenez garde qu'en m'apprenant que vous avez fait tant de riches amas historiques et généalogiques, vous ne soyez exposé à mes importunités, et que Je recoure trop souvent à votre oracle.
Je ne crois point que M. Bernard se soit trompé dans son Histoire abrégée de t Europe (4), en donnant à mademoiselle de Guise la qualité de duchesse^ car on la lui donne dans VEiat de la France^ imprimé en 4684. 11 fallut, sans doute, qu'elle obtint des lettres pour cela : car si le ducl.u de Guise étoit un flef masculin, elle l'eût dû posséder dès l'année 4 66i, que son frère mourut sans enfants; son frère, dis-Je, qui n'avoit point de frères : et nous savons néanmoins que leur neveu fut duc de Guise, et qu'étant mort en 4674, le fils, qu'il avoit laissé de la fille de Gaston de France, fut censé duc de Guise; et il est certain que Mademoiselle de Guise n'a été qualifiée duchesse que depuis que son petit-neveu fut décédé ep 4675. Il est certain aussi que Tabbesse de Montmartre, sa sœur, est morte; car dans VEtat de la France^ imprimé en 4697, on marque que l'abbesse de ce nom est une fille du prince d'Harcourt.
Il n'est pas nécessaire de chercher ce que ]e vous disois de Charlotte des Essars; Je puis citer un livre imprimé, que J'ai recouvré depuis deux Jours, et où J'ai vu qu'elle eut des enfants du cardinal de Guise (2). Autant que Je puis en rappeler les idées, VEtat de la France^ imprimé en 1650 ou en>iron, parloit du mariage de cette Cbariotte, maltresse de Henri lY, et depuis de ce cardinal, avec M. du Hallier, au chapitre des Maréehmx de France^ et à l'article du maréchal de VHôpiialy ou bien à l'artlcio en enfants naturels de Henri IV : et vous remarquerez, sll vous platt, qu'en ce temps-là' \Etat de la France parioit non-seulement des maré-
(1) Cétoit une espèce de Journal qui le publioit tom les mois sous oe titrai Bis* toirt abrégée de f Europe, où ton voit tout ce qui s€ paê»e de considérable dam let Etats, danM la amiet, dans la nature, dans lâi arti et dûm lês êciêneêt, M. Bernard le commença au mois de juillet 16S6, et le continua Jusqu'au mois de décembre 16SS. Gela (ait 5 volumes in-ii, imprimés à Leyde. {Note de Du Mai' zeaux.)
(i) Voyes Tarticle du cardinal de Guùe (L.ouis de Lorraine), rem. B, et etini (lu maréchal de V Hôpital (François de) , rem. Z. {Soie de Des Mmteaux.)
360 LETtnfa de jik\lt
ctiaux vivants ; mais aussi de ceux qui éloient morts depuis sept ou hdt années. C'est ce que j'ai vu dans YF.lat de la France, imprimé en lAST. Ltt maréchal de l'HApilal vivoit encore. J'ai vu tout de nouveau son ulicie. Je n'y ai point trouvé son mariage avec CharloUe des Essars^ mais Je l'ai trouvé dans le père Anselme, qui n'observe point que cette Cliailoiii' eiU élé maîtresse, ni du cardinal de Guise, ni de Henri IV (I). Une chose m'embarrasse : ]e ne comprends pas ce que nous ont dit les nouvelli&m, que M. le prince de Condé d'aujourd'hui dispute la succession de madrmolselle de Guise, du chef de sa femme. Le Mercure historique, du mcis de février dernier, nous apprend qu'il l'a disputée au prince de Bergues. qui se fondoil sur le mariage de la comtesse de Bossu (9).
Ce que Itf. Le Clerc a répondu à votre objection n'a aucune ombre de wlidilÉ; et il faut ranger cela entre les exemples de ceux qui aiment aàtax que l'on connaisse par leurs répliques qu'ils ont lort, que par leur silence (3).
Si vous n'étiez pas venu à bout de !a question, que vous me propOMn. sur un endroit de Mariana, je me presserois d'y satisfaire, quoique non travail de commande et journalier ne me permette aucune diversion. \out> avez raison d'appeler cela un m à ronger {i). Je ne pense pas que, dan* un profond loisir, j'en pusse bien parler; privé que Je suis des livres neixssaires. Je me ferois peul-étre fort, sans trop présumer, d'en lronv«r Ir dénomment, si je pouvois passer une quinzaine d'apr^s-dinées dans la bittUolbéque de M. l'archevêque de Reims, ou du cardinal Maurin, uu dttj L Jésuites du collège de Qermont, et semblables : mais sans de tels M^oont]
(1) VoTei, dam le Supplémêia du Dictionnave cntUpie, l'article Ettmr (Char lotte des), rem. AA, où H. Bayle rectifie uns fyite qu'il «voit faite d'tfrt» k père Aniebne, au sujet de cette dame, dans l'article du maréchal de )'Hdp(«(. (Note de Dei Maiieaux.)
(!) Vofei la lettre prâc^ente à H. Rou, du S ayril, remarque 9-
(>) M. Le Qerc ayant remarqué, dant aoa ParrhonVuio, qœ Vittorio Siri tëtài trmnpé, lonqull aToit dit dan* «es Menutrù reeondUe, que le ■<»"p'iin (Loui* XIV) naquit {fittfiaito] A Paris au mois de décembre, au lieu qu'il naquit à SûntGW' main en Laye au mois de septembre; U. Rou critiqua cette remarque, et fit râ' que Siri ne parldt pas dans cet endroit de la naissance du dauphin, nuis de n CMiception. On inséra In Mémoire de U. Rou, avec la râpome de II. Le Oat, dans les Nouvelle* de la République dei lettres, septembre 16M, articles V et Tl, pa^. IIS et SUIT. (Noie de Det Maizeaux.)
(4) Uariana, dans son IK* livre, chap. XIV, confond tdlement, ortraïaddKrenti endroita, les denx Andronict, Il et lll, soisante^winième et maatïdizièma empereurs d'Orient, qu'il n'y a point de lecteur qui ne juge d'abord qv cet hisUrien prend le diange dans zea endroits-l&; mais U. Bon troaia otfa moyen de débrouiller tout es chaos, comme cela parait par la lettre que H. b;!^ lui écrit le 8 mai ITDD. {Note de DeiMmitaux.i
je me vois contraint à cliaque moment de rendre les armes. Je suis, mon cher Monsieur, tout à vous animitus et meduUitus.
P. S. J'avois ouï dire quelque chose de ce mariage de conscience de Montrésor, dont vous m'assurez, et je n'y avois pas fait attention ; mais depuis ce que vous m'en avez écrit, j'y ai eu plus d'égard (1).
// ^f. Hou.
A Rotterdam, le 8 mai 4700.
Ce que vous eûtes la bonté de me marquer, mon cher Monsieur, à l'égard du temps de la mort de mademoiselle de Guise, m'ouvrit une route, qui me fit trouver plusieurs choses qui m'accommodoient, et que je n'eusse pu trouver sans cela. Je vous en renouvelle mes remerclments très humbles. Vous verrez que ce n'est pas sans raison, que je vous ai prédit que vous vous attireriez souvent les importunités de mes consultations, en répondant si bien à mes premières demandes. Je renouvelle aujourd'hui mes questions ; et c'est une suite de ma précédente curiosité.
J'ai eu deux ou trois auteurs imprimés à alléguer, louchant les amours de Charlotte des Essarts et du cardinal de Guise. 11 en eut cinq enfants, trois flis et deux filles. J'ai lu depuis, en un autre endroit, qu'elle fut mattresse d'un archevêque d'Auch, depuis la mort de ce cardinal, et avant que d'épouser M. du Hallier, qui fut ensuite le maréchal de THôpital. Ce maréchal épousa en secondes noces Françoise Mignot, dont les aventures sont si singulières. Voilà des paroles de Moréri, qui ont été supprimées dans l'édition de Paris 4699. Je sais, en gros, que cette maréchale de l'Hôpital fut une aventurière (2) ; et je crois même avoir ouï dire, que H. Talon, avocat général, en fut amoureux. Si vous vous souvenez de quelque chose là-dessus, je vous supplie de m'en faire part. J*en aurai besoin pour la fin de la semaine prochaine.
11 m'a été impossible d'essayer mes forces sur la question de votre dernière lettre, dont vous avez enfin trouvé vous-même la solution, dans vos belles Notes sur Mariana. Je fus bien affligé, en lisant l'endroit ou vous
(1) Voyez rarticle du duc de Guise (Henri de Lorraine), fils de Charles, duc de Guise, rem. H, où M. Bayle rapporte ce que l'auteur du Mercure historique et politique a dit de ce mariage de conscience de madcmobtelle de Guise avec M. de Montrésor. (No/e de Den Maizeaux.)
(i) Voyez Particle du maréchal de VHôpital (François de), rem. Z.
362 LETTRES riB BATLB
dites que c?t ouvrage ne paruUra pas si t6i. Je suis affama (le ie wûti publie, el je voudrois ffu'll le fût avant que l'on réimprimAt l'articlr de» Jésuite dans mon Dictionnaire, afin que, ex vltupublico. Je pusse faire une addition a ce que J'aidéjâ annoncé, tiré do Journal de M. d« Beaiival. Souf frei, mon cher Monsieur, que Je tous exhorte à yous hâter d'enrichir lu république des lettres de cet excellent ouvrage, et si propre à vons immortaliser (1). Je suis, avec toute l'estime imaginable, mon trt-s cher Hod^hit. votre, etc.
J M. Htm.
A Rotterdam, le 3 juillet MM-
On vient dt; m'envoyer, de cbci M. Baanace, voire lettre du 30 du qh^ dernier, mon très cher Monsieur. Je l'ai iue avec tout le plaUlr que vos leltrf!> m'ont toujours Tait gofller, et tout aussilât J'ai cunsulli) une vieille éttilkw que J'ai EpittolarumJamlUarium de l'i^lrarque. Cette édition est de Ltoii, i 001 , ln-â°. On voit au titre Franeiâci Pelrarcttx, etc. Elle fut fatie sur un manuscrit, qu'un certain Jean Chasas, natif de niraus, communiqua au libraire. La préface, faite par rélrarque, est marquiic au titre PetrarcJim: ri loujours au eommencement de chaque lettre, on écrit Petrarcha. Cependant cela ne prouve rien, parce que le copixle du ce manuscrit a \i» hultK un origioai, au l'aupiraiion avoît été iDaérée par abua. C« qu'il ; ■ de ptH fort en que le Tbomasitii, dans son Pelrareha redMvut, rapporta ma l'inscription qui est au l>as de l'efBgle de Pétrarque , i Padoue, dans u lin public : primcisau Petrarcha, etc. Le Tbomulnl u sert toitjQurt de l'aspiralioD , et 11 s'en JusIiSe dan» un chapitre II part, oH U cite de savaMs hommes, qui soutenaient (ainsi que voua le prétendes) qu'il iÈli(ài écrire frtrarça; mais 11 ré)iond diverses cbosea, et entre autres qu'un mannaorit da Vatican, qui lui a été communiqué et qui est de la main de Pétrarque, porte le nom de ce poêle avec aspiration. Le Gàanaldo, qui, comme vous lavo, a fait en Italien des notes sur les poésies italiennes de Pétrarque, le aoane toujours, et Ion même qu'il fait sa vie, Petrarcha.
Pour ce qui est des vers léonins que vous m'alléguez, mon trts cfeer Monsieur, permetiei-moi de vous dire qu'ils ne sont pas une bonne preuve; car le poète, pour trouver sa rime, a pu retrancher la lettre A. Les iranes Imprimées de Pétrarque, en latin, ne sont point parmi mes liTres; maisje
(l) Vojez ci-demu, p. 67, la lettre I U. Bon, du 11 févriw 16H.
conjecture, par ce qu'en dit la Bibliothèque de Gesner, que son nom y est avec l'aspiration. Cela ne prouve rien encore, parce que les libraires auront pu suivre une orthographe gâtée par les copistes. La décision dépend des manuscrits originaux de Pétrarque , ou de quelque contemporain qui l'eût connu particulièrement (0*
J'sjoute que notre terminaison Pétrarque favorise l'aspiration ; car si le mot italien eût été Petrarca, nous eussions dit Pétrarche; comme ^'arca^ arche; de tnarca, marche, etc. (2); mais vous pouvez très bien répondre à cela, que l'aspiration y a été introduite depuis longtemps sur la fausse conformité de ce nom avec les exemples que vous me citez, Uonarcha^ etc. Votre critique de Moréri est très Juste.
A l'égard de VEnigme^ vous me permettrez, selon votre bonté ordinaire, de vous répondre simplement, Davus sum, non OEdipus, Votre savant y trouve, si Je ne me trompe, la pierre philosophais Pour moi, J'aurois besoin d'y rêver bien des semaines, si Je voulois remplir ces lettres initiales; et après tout, Je serois bien incertain, si J'aurois trouvé la pie au nid.
Je vous rends mille grâces, mon très cher Monsieur, de l'honneur de votre souvenir, et Je vous supplie de croire que Je suis très absolument à vous, et votre très humble, etc.
(i) Cette première partie de la lettre a été donnée par Rou^ ci-dessus p. 307, mais non ce qui suit.
(2) Voici la remarque que M. Rou a faite sur ces paroles de M. Bayle. « J*ob- M serverai^ dit-il^ avec tout le ménagement qui est dû à la mémoire de cet habile « homme^ et d'aiUeurs mon ancien ami, qu'il n'avoit pas assez fait réflexion sur « ce qu'il avance ici. 1" Il y parait mettre en balance Talternative de Tortho- M pn^aphe italienne sur le nom Petrarca, ce qui n'a aucun fondement ; avoit-il « oublié ce que je lui venois de dire^ et qui est incontestable, que les italiens, <c hors les mots tirés du latin ou du grec, ne se servent poin^ de la lettre H; et « qu'ils ne le font points en tout cas, dans les terminaisons, puisqu'ils l'ôtent c< m^me des mots grecs et latins, comme il parait dans Monarca, Patriarca, etc. o En un mot, Petrarcha ne s'est jamais dit en italien, mais seulement Petrarca. « 2* M. Bayle prétend que si le mot italien eût été Petrarca, nous eussions dit Peu trarche, comme d'arca, arche; de marca, marche, etc.; mais cette conséquence « n'est pas bonne, par la raison que nous avons des ca latins traduits par que et M non pas par che: comme, par exemple, Respublica, République; Spelunca, u Spélonque, vieux mot français à la vérité, mais qui, quoi qu'U en soit, s'est dit « autrefois comme il seroit facile de le justifier. De même, truncare, tronquer; « communicare, communiquer ; implicare, impliquer, et une infinité d'autres. {Note (le Des Maizcaux, à qui Rou avait communiqué les lettres qu'il avait reçues de Bayle. On voit que cette note est l'équivalent de l'observation ci-dessus, p. 808, note 3).