‹ Mémoires inédits et opuscules, publChapitre 31 sur 178 · LE PROPHÈTE · texte numérisé non relu

LE PROPHÈTE

séquent les prophètes aussi. « Oh! Monsieur, s'écria-t-il, que « me dites-TOus là, qu'il n'y a plus de prophètes depuis Jésus- « Christ? Et le prophète Agabus, que deviendra-t-il? » J'avoue que cette saillie me fit rire , et cependant je lui expliquai comment l'afihirc du prophète Agabus se deyoit entendre , et lui dis en deux mots , ne jugeant pas à propos de pousser là cette matière jusqu'au plus loin , que le mot de prophète se pouvoit prendre en plus d'un sens ; que le temps de prophètes et de prophétie se pouvoit ranger sous quatre classes : 1 ^ le temps aVant Jésus-Christ manifesté en chair, avant Jean-Baptiste, etc.; 2* ce temps de Jésus-Christ, de Jean-Baptiste, etc. ; 3" le temps des apôtres, et de cette sorte de prophètes dont il est parlé dans les Actes (XI, 27 et 28 ) ; 4"" et enfin, le temps de la nouvelle économie, en laquelle le nom de prophète est conféré généralement à tous les ministres de l'Evangile. Que, suivant cela, quand j'avois dit que « le temps des prophètes avoit ces- « se, » je n'entendois parler que de la dernière de mes quatre classes, en laquelle, effectivement, il ne se trouve plus de prophètes de l'ordre des trois premières. Et, pour ne pas aller pins loin que je prétendois, en cas que M. le Prophète se voulût comprendre dans cette quatrième classe, je prétendois, dis-je, l'en exclure suffisamment en lui représentant que la principale marque de véritable prophète étoit de savoir prédire Favenir, connue par exemple avoit fait Agabus, qui signifia par l'Esprit la famine qui devoit arriver sous Claude César (Actes XI, 28) ; sur quoi je lui disois : Si vous voulez , Monnear, que je vous regarde comme un véritable prophète, prédisez-moi l'avenir, etc. Et comme il eut la bouche close, j'en demeurai là avec lui. Je dois pourtant , avant que d'aller plus loin, ajouter ici deux mots par rapport à Agabus , et sur ce que j'avois avancé que depuis Jésus-Christ il n'y avoit plus eu de prophètes. C'est que j'entendois parler de ces prophètes dans toutes les formes, comme sont ceux dont nous avons les livres ramassés dans le corps du Vieux Testament, ce qui est un ordre

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40 prophètes (1 ) , lequel p'est point parvenq jusqu'au tempq de Jéi^uM^luist , et qu>U un mpt le prophète Agabu8 ne nous AYoit point laissé de ces sortes d'écrits q^i caractérisent les grands et Téritables prophètes, au rang desquels on ne 8anro{t mettre Agahus , qui est tout ce que j-ayois youlu dire.

On t YU jusqu'ici quelques traits qui ne caractérisent pas mal up|re prophète; peut-être ne sera-t-on p^s f Aché que j'y en fyoute deux autrea. Cquupe tous les Bastillars lui aroient laissé prepdi^ la liberté d'epti^E à toute heure dans leur chamfarfii quelque considérable cpmpaguie qui put Tenir h chacun sur le pied de visite, jamais il ne manquoit de s*7 rendre, sans aucune demaude de permission (ce qu'on lui laissoit foire tant ppuc ne se pas commettre h quelque vacarme avec une espèce de fuUy que parce que oa présence et ses forces étoient une espèce d# divertissement que chacun étoit bien aise de donner aux pepr sonnes qui lui rendoient visite). Com^e il n^avoit pas grande habitude avec l'argent, l'habit qu'il avoit sur le corps étoit fort délabré, foute de moyen pour s'en donner un plus hoie nête ; cette réduction faisant une espèce de honte à son peti^ orgueil, dont il ue manquait pas , il s'avisa qn jour, et celi| dans denx vues en même temps, de se faire faire une longue chemise sans aucunes fentes aux deux côtés, laquelle lui peu? dant depuis le cou où elle étoit boutonnée, jusqu'au plus bas des pieds, lui procuroit tout à la fois deux grandes commodiT tés, savoir, que par là toute la malpropreté de ses guenilles était cachée, et que d'ailleurs cette parure sembloit tenir quelque air de ^a majesté des prophètes qui d'ordinaire sont reprétsentes avec des robes blanches, lesquelles mémo pour monter à quelque chose de plus haut et de plus auguste, sont dans le

(1) Et quû deviendra donc Vap^rc saint Jean, qui a écrit TApocalypsc, qui €t{ un livre tout plein do prophéties, et écrit, selon Topinion commune, sous T^mpirc do Domitien, et lonprtemiw aprôs Agnhus ? Sans iku-Ut d«» saint Paul et de saint Pierre qui ont aussi laissé des propUélics par écrit. [Cette notu est i^robabtemepi di) fils do ^a^teur.]

gloifc du paradU, F^ppi^reil des justes sauq^é^ et des v|ng|qqatr^ ancieus (el|. IV, p. 4) dont par}e l'ApopftlyB^e. Yqftà un des traits que j'avois promis : en voici un autre. Oq ^ pu içor: marquer que le pit)pbëte, nonobstapt spu e^p^ce dp folie, p'étoit pourtap^ pas topt h fait destitué de seps e\ d'esppit; pfi^^ son esprit avoit parfois quelque chose de malip ; j^ nie cppf enterai d'en rapporter cet exemple. Gomme i^ n^ti^toit tqpjopfs. son nez partout, un jour qp'il aperçut de sa fenêtre le marquis de Pomenar assis sp)! un b^nc d% la cour avec ^ çéfèbpe A(f(* dame de Bretonvilliers qui lui étpit veppe rep4re vis^^p, et qp| aToit miepx aimé prendre Tair en ce lieu-là, à 1§ faveuf d'un beau temps qu'il faisoit alors, que d'être enfermée dans upp chambre aypp un bqpune , il se mit à une de ses fonctions de prophète, et ouvrant sa vitre, témoigna que l'Esprit lui avoit mis ^if ccppr de parler des choses magnifiques de Dieu (Act . II, 4 et 1 1 }; et là-dessps U prit un texte pour servir de matière à sa prédicatipu, qui fut celpi dp saint Paq) sur les devoirs dp véritablç é vaque (1 Km. III, 2), « quql'évêque soit irrépréhensible. ^ U pe 4itp^ là-dp^sus d^s choses tout à fait méprisables ; car coippxe ^aps 9^ heures de loisir il lisoit perpétuelleippnt npp-seulppient^ sa Bible, mais quantité d'autres livres qu'il sp faisoit préf^r par le premier venu, et que d'ailleurs il avoit une méfpoirp a4mirable, cette lecture et cette niémoire lui fournissoicnt qui^ptité de bonnes choses. Mais enfin son esprit malicieux }ui aya^l^ (ait lâcher quelques traits qui Qrent craindre au mapquis de Pmnenar que ce fou, en allant plus loin, ne fit de la peinp &* madame de Bretonvilliers : « Prophète, lui crpi-t-il, qu'est-ce que ta nous viens prôner là, et quel texte mal entepdu os-tu pris? n n'y a point ici d'évéqpe pour profiter de tes leçops, et quant à nous, nous n'en avons que fai^e. — Ohl ^opsf^ur, répondit le prophète, je sois bien ce que je flis : s'il n'y p pqint ici d*évéqueSt il peut y avoir des évêclfesses. » Je laisse à peu ser ce que devinrent M. de Pomenar et madapie d^ B^^tnpviUiers; mais ils voplurpnt montrer qu'ils ne faisoiept pA^

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grande attention à ce qui venoit d'être dit. Madame de Bretonvilliers surtout dit au marquis qu'il se faisoit tard, et ils se séparèrent.

J'ai à dire un mot sur la singularité des divertissements que quelques-uns se donnoieht dans la cour de la fiastille, lorsqu'on n'avoit rien de meilleur à faire; je n'en choisirai qu'un, tant pour n'être pas trop ennuyeux dans mes descriptions, que parce que celui que j'ai en vue fut l'occasion d'une petite brouillerie entre le jeune M^ntandré et moi, laquelle, au bout de quelques semaines, donna matière à une réconciliation, qui, le plue heureusement du monde, fut suivie de mon élargissement.

Dans un état de prison^ on se fait des plaisirs, dont onauroit honte en toute autre situation ; le marquis de Pomenar, Montandré le fils et quelques autres se divertissoient à faire monter sur la terrasse (qui ce jour-là a voit été libre à cause de quelques dames qui avoicnt témoigné de la curiosité pour cette vue), un grand barbet tout au haut d'une des tours^ et de là le précipiter dans le fossé qui environne le château, pour voir si à la faveur de l'eau dont ce fossé étoit rempli, il se pourroit sauver. Le barbet revint de là d'un air triomphant, et Montandré le rejette une seconde fois ; il se sauve encore et revient tout joyeux, comme pour renouveler ce beau plaisir tant à lui qu'à ceux qui se le donnoiont à ses dépens; il revint encore cette seconde fois; mais ùla troisième il y demeura. Je ne pus m'empécher de témoigner mon étouncment d'un jeu de cette nature, et 3Iontandré voulant assez mal à [)ropos me faire comme une leçon sur le peu d'égards que je témoignois pour M. le marquis, lequel étant mêlé là aussi bien que lui, ne se montroit pourtant pas si délicat que moi, ne Ten ayant pas repris comme je m'étois ingéré de le faire, je lui répliquai que quand je lui verrois faire des actions où un marquis se pourroit raisonnablement plaire, je n'y trouverois jamais rien à redire, mais que je ne pouvois pas avoii* la même complaisance pour

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