OCCASION DR SON ÉLAHGISSKITENT
Nous passâmes là tout ce jouret le suivant (c'est-à-dire le samedi et le dimanche) jusque vers le soir que nous retournâmes àParis.
n est juste ici, avant que d'aller plus loin, de dire deux mots sur l'occasion de mon élargissement et comment cette grâce m*étoit précisément arrivée en un temps comme celui-là. La dévotion de ce jour n'étoit pas particulière à nous autres réformés ; messieurs de l'Eglise romaine se fout tous les ans une grande affaire de piété en la fôte du vendredi saint ; c'est d'ailleurs la solennité de Pâques, vénérable à tous les chrétiens ; et ceux de la communion romaine ont toujours à la bouche en ce temps-là les mots célèbres de faire sœi bon jour. Il n'y avoit pas longtemps que je m'étois donné Thonneur d'écrire à monsieur le duc de Montausier, pour le prier de jjenser à moi; et il m' avoit répondu de le laisser faire, qu'ily^ensoit assez de luimême; mais qu'il étoit obligé de prendre son temps. Ce temps qu'il avoit en vue étoit celui des bonnes fêtes, lesquelles approchoient^ temps auquel il est bien plus sûr de toucher le roi. M. de Montausier lui parla donc et le mit sur le chapitre des bonnes œuvres, auxquelles il faut particulièrement s'appliquer dans ses dévotions, et peut-être lui mit-il devant les yeux ce que Dieu dit en Esaïe (LTIII, 5, etc.): « Est-ce là ce que je demande « que l'homme afiQige son âme pendant un jour? Est-ce en « courbant sa tête comme le jonc, etc.? Appelleras-tu cela jour « acceptable à l'Eternel? n'est-ce pas plutôt que tu dénoues « les liens, que tu délies les cordages... que tu laisses aller « francs ceux qui sont foulés? » Quoi qu'il en soit, mon illustre patron, mon éloquent exoratcur (qu'on me pardonne ce mot) obtint en ma faveur la lettre de cachet sur laquelle je sortis, conune je l'ai marqué, et il l'envoya dès le même jour, ce qui fit que M. de Bezemaux la reçut si tard ; car M. de Montausier, n'ayant pas voulu attendre au lendemain, fit sur les trois heures après-midi partir un de ses gens en poste tout exprès pour cela.
On peut croire que dès le lundi matin je partis pour me rendre incessamment auprès de celui à qui j'avois de si étroites
90 ROU lUmBnClE le duc de HOIfTAtSlRR.
obligations. Lcyalct de chambre (le sieur Robin) ne me Yitpils plus tôt que, sans aucun avertissement, il m'ouvre la chambre de son maître^ à qui je ne dis pas autre chose sinon que j'étois là pour le remercier. « Me remercier! me dit-il, et saTex-vons « bien que c'est moi qui vous arois fait mettre là? — C'est aussi, ^ Monsieur, lui repartis-je, justement pour cela que je tous r6- « mercie. — Ah! reprit-il, vous le prenez bien, et je vous en k sais bon gré; oui, c'étoit en effet pour votre bien que j'avois « pris le coup sur moi; il falloit nécessairement que vous allas- « siez là, et j'aimois bien mieux que ce fût de ma main que tous « y fussiez mené que de celle de tout autre, parce qu'au moins « étois-je sûr de vous en tirer en temps et lieu. Au reste, con- « tinua-t-il, comment vous a-t-on traité là, car je voud avois « bien recommandé ? — Parfaitement bien. Monsieur, et c*ë8t « un second article de remerclment que j'allois toucher, si vous « m'en aviez donné le temps. Aussi M. de BezematUL m'a-t-il « fort chargé en me congédiant de lui rendre ce témoignage « auprès de vous, et de vous assurer fort de ses respects. » it voulus là-dessus prendre congé de mon bienfaiteur ; mais 11 Toulut que j'eusse l'hobneur de dîner avec lui, et j'eus en effet celui de me trpuver à sa table parmi des chapeaux ronges et des. cordons bleus, non sans quelque admiration de tous les assistants, qui savoient fort bien qui j'étois et de qnel lieu j'étois fraîchement sorti.
Lorsque je quittai cet obligeant seigneur, il eut la bonté de me dire qu'il n'étoitpas content de ne me voir encore jouir que de ma liberté, et que s'il j avoit moyen, il vouloit aussi tirer de clôture d'autres captifs qui me regardoient, entendant parier de mes cuivres; mais que cela ne se puuvoit pas faire tout d'nn eoup, et qu'après quelques jours de patience il en parleroit an roi. Il le fit enfin ; mais la tentative ne lui réussit pas, et il m*en témoigna obligeamment son chagrin par une lettre que je me dispenserai de rapporter ici, parce que j'en ai assez d'antres plus importantes, qu'il me faudhi plus indispensablement in-
IL R£Nb tiSITE A M. DB LA RETNIE. Ol
sérer dâfas ces Mémoiîes^ et qu'il n'eât pas raisodnabte de les trop èharger.
Le lendemain dé iûà tisite ters M. de MoUtatlsielr^ j*en alldi pareillement rendre une à M. de la Be^nië, Qui, à la Sollicitation de ce seigneur^ lu'atoit aussi fort recommandé au goûterneur de lu Bastille ; Je lui dis qu'un des principaux chagrins que j'atois eus, pendant les premiers jours de ma détention^ étoit de tt'aToir pas eu Thonneur de le toir pour être examiné par loi, comme je m'en étois flatté^ espérant qu'intégre magistrat, comme il étolt^ il feroit justice à mes raisons, que je préteudois 6ti*e fort bonues, par rapport aux injustes accusations qu'où me faisoit. Il me répondit qu'il n'iguoroit pas Une bonne partie de ce que je lui disois; qu'il ayoit appelé auprès de lui tin abbé de ses parents fort éclaiik} et fort équitable, pour lUi faire examiner mon outrage et lui en dire son sëntimetit, et il me fit cotinaltre que cet ecclésiastique le regardoit & peu préi^ du même teil qu'on terra tout à Theore que fit depuis le satant M. Pétitpiedj dotit Je parlerai ci-après. Que cepeiidant j'étdlè toujours blâmable de n'dtoir pas assez considéré que je tratail^ lois pour M. le dauphin, ce qui detOit m'obliger aUx plUS grandes précautions. Sût qUbi je lui dis qiie j'àtois obserté dans tous les endroits Un peu délicats de mon outrage, démarquer mes autorités et les sources où je puisois, et qu'on toyoit par-ci par-là que les articles qui poutoient faire le plus de peine étoierit fcités tantôt de Baronius, tantôt du jésuite Labbé, tantôt de M. de Hézeraj ; que si donc on consultoit par exemple Baroilias^ on trouteroit qu'il dit de plusieurs papes deS choses encore bien plus outrées que celles dont je les taxois, et sur lesquelles Je gardois bien plus de modération que lui. « Ohl « Monsieur, me dit M. de La Bcynie^ croyez-tons que cela tous « mette ft eoutert? Baronius est comme un enfant de la mai- • son, il peut dire hardiment ce qu'il lui plalt^ ne poutant être « suspect ; au lieu que vous êtes un étranger. Un père, mécon- « tcnt de 6011 flls, le traite de maraud et de coquin^ mais il iife