‹ Mémoires inédits et opuscules, publChapitre 35 sur 178 · IL DONNE DES LEÇONS · texte numérisé non relu

IL DONNE DES LEÇONS

« Toudroit pas qu'un autre que lui se donnât la même liberté. » Je ne voulus pas par respect insister trop là-dessus auprès de M. de la Beynie. Mais il voyoit sufBsamment par quelle barrière j*étois retenu, et il m'en sut bon gré, me disant qu'il n'ignoroit pas tout à fait ce que je pouvois alléguer pour ma justification ; m'apprit lui-même le témoignage que son savant abbé lui en avoit rendu, et qu'aussi, tant par un principe d'équité que pour faire plaisir à mon illustre patron, il s'étoit abstenu de faire rompre mes planches, se contentant, pour l'obéissance qu'il devoit aux ordres du roi, de les tenir en lieu où il n'en pourroit pas être fait aucun abus ; et qu'il avoit pris ce partilà en ma faveur, afin que, comme la volonté des rois, aussi bien que celle des autres hommes, est ambulatoire, si les puissants amis qu'il voyoit bien que j'avois en cour, pouvoient obtenir de Sa ïlajesté la révocation de ses ordres, il eût en son particulier la satisfaction d'avoir contribué par la prudence de ses précautions au rétablissement de mon ouvrage et à la restitation.de mon bien. Gela dit, et moi le remerciant de toutes ses bontés, en prenant congé de lui, il me reconduisit à travers sa cour jusqu'à la porte de la rue.

Tous ces devoirs ainsi préalablement rendus à ceux à qui je les devois, et moi attendant le secours qu'il plairoit au bon Dieu de m'envoyer, suivant le précepte de David :

Or donc, aitends toujours patiemment

Le Seigneur Dieu ; soutiens jusques au bout, etc.

mes amis me firent songer aux innocents moyens de suppléer par tout ce que je pourrois trouver en moi de talents et d'industrie à la nudité, où ma persécution m'avoit réduit. Us me témoignèrent que plusieurs personnes de considération les avoient sondés pour savoir si, dans le fâcheux loisir où je me trouvois, je ne serois pas bien aise de donner de mon temps à quelque belle jeunesse de qualité, qui, sans que je fusse mis sur le pied de maître d'école, put recevoir de moi une raisonnable teinture, par voie de conversation et de simples visites de plai-

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