INTRODUCTION. XXJ
chaiiij savoir s'il commence dès 1 700 ou seulement en 1701 , insérée dans VHisioire des Ouvrages des savants^ par Basnage de Beauval. (Décembre 1699.)
Un mémoire sur la question : Lequel des rois de Perse il faut entendre par l'Âssuérus mentionné au livre d'Esther^ chap. Xet suivants. {Ouvrages des savants. Mars 1706.) La lettre anonyme insérée à la page 323 du même recueil (juillet 1706), est également de Rou.
Une dissertation anonyme sur les septante Semaines de Daniel. {Ouvrages des savants. Juillet 1706.)
Une dissertation sur les deux Caton, le Majeur ou le Censeur, et le Mineur ou le Préleur, autrement dit TUtique. [Ouvrages des savants. Mars 1706.)
Réponse a une lettre de M. de La Placette, pasteur de TEglise française de Copenhague, sur quelques questions de chronologie, a la suite d'une dissertation sur les Semaines <le Daniel. {Nouvelles de la République des lettres. Mars 1709.) Notre auteur possédait une grande érudition, surtout en matière de chronologie : ses Tablettes et ses articles dans les revues du temps en fournissent la preuve, et nous pourrions en outre renvoyer au témoignage de plusieurs savants. Bayle le consultait ^souvent sur des questions de celte nature. (Voir les lellres de Bayle à Rou des 3 et 10 avril et 8 mai 1700.)
« J'ai eu du plaisir ù voir dans les journaux de M. de « Beauval, » lui écrivait Rapin-Thoyras, «les savantes dis- M serlalions que vous avez faites, sur des matières dont peu « de personnes sont capables de pénétrer les difficultés, et i< moins encore de les dénouer avec la clarté et la facilité « dont vous lo faites. Je ne doute pas qu'elles ne vous fas- « sent honneur parmi le moiule savant. » — « Tout est là
«IV nrrnoïKMrnoK.
larités de style, qu'on serait tenté de Inî reprocher, auraient disparu s'il avait pu revoir lui-môme son travail (1). On remarque aussi chez lui beaucoup de ces vieilles locutions françaises et de ces expressions surannées, qu'entretenait chez la plupart des réformés du dix-septième siècle, l'habitude de se servir des anciennes versions de la Bible et des Psaumes (2) .
Enfin, puisqu'il s'agit d'un réfugié, il est juste de rappeler ici cette réflexion mêlée d'amertume que le sentiment de l'exil inspira au plus éloquent d'entre eux : « Il est diftf ficile, dit Saurin, que ceux qui ont sacrifié leur patrie à <c leur religion, parlent leur langue avec pureté (3). »
Rou se piquait cependant de bien écrire, et plusieurs de ses contemporains louaient son style. Seulement, Bayle, qui
(1) On lit en reganl do la première pa^ du 2* volume, sur Tune des feuilles de .NMiverture intérieure du manuscrit, ce qui suit, de la main du fils de l'auteur:
« Le premier volume de ces Mémoires, commencé fe i4 de juin 17!0, /W achetée (i /e 18 septembre 1710, ri six heures du matin.
« />» second volume fut. commencé le 8 octohi^ 1710, e/ ncheré h 21 nrnl 1711. 9 comme il parait [Hir la date qui est au tedos de V ancienne couverture,
« IjT tout a été arhei'é le%\ avril 1711. Sat cno, >»
\i) La Bible en usapre dans les Kprlises r<Hbnn<^ du royaume et lur" de ivre en « fils dans les familles^ avait, on nVn peut doutei*, invétéré, pour ainsi dire, Vet- « prit du vieux français dans le lanpapre de ces prot'*sUints [^\\ïf la prraiid»^ émigm- H tion disppTsa en Allemajcue, en HolLinde, en Angleterre). Tel est auwi le vrai <( fon<l de c4i qu'on appelle le style, vi qu'on ferait mieux d'appeler le langage ré- « fugié, lequel n'est autre chose qu'un certain cnsi^mble de locutions vieilli«'s ou H improprement appliquées, de constnictions embarrassées et de tours elliptiques tt obscurs, en tout, l'usage d'une syntix»» dr^venue incorreclo et d'un vocibulain» « suranné...
« A la fin du règne de Louis XIV, il y a deux littératures en prés«^nce et près- « que en rivalité : l'une royale en quelque sortt', qui réimit toutes l«^s grâces élé- « gantes, recherche la maj«»sté, la |K>litesse et l'aisanc»; l'autre, l)our^'eoise et fa- « milière, a la vigueur, r.'issurano» de la liberté, oi quelquefois la chaleur du seii- M tinu'nt; maiscll<' est généralement lourde, souvent vulgaire, et plus vive par les il i<lé<»s que p:ir la façon de les exprimer. L'une fleurit h La rour et tlans Paris; o l'autre camps pour ainsi dire, à la frontière, et n'a pas encore de foyer. » A. SayfHis, Histoire de la littérntuje française à rétranger, T. II, p 373-375.:
(.1) Vove/. (Ji. WeivH, Hittoirp ilet refngiéi prfpfeHnntXj T. Il, p. 97.
lîrrRODCCTlON. XXV
d*ordinaire, ainsi qu'on Ta vu par nos citations, lui adressait des éloges, lui reprochait quelquefois de se servir d'expressions trop fleuries, et lui rappelait a que le goût du siècle était d'aimer le naturel dans le discours. »
Plusieurs fois nous avons été tenté d'abréger, de couper
certaines phrases, d'en modifier la forme, tout en restant
fidèle au sens primitif; mais la crainte d'altérer, en aucune
manière, la pensée de l'auteur, et la responsabilité de notre
tâche nous ont arrêté. C'est aussi ce qui nous a empêché
de supprimer quelques fragments de ces Mémoires, qui,
comme son Dialogue (ÏArislon et d* Eugène, sa Dissertation
twr l'Ambroisie: ou ^a traduction, du latin de Ménage, de
la Vie de Gargilius Mamurra^ nous ont paru n'offrir aujour-
d1iui qu'un intérêt fort secondaire. Nous avons préféré
donner Tœuvre de Rou, telle qu'il Ta laissée lui-môme,
avec ses particularités et ses imperfections. Mais, tout en
reproduisant avec une scrupuleuse exactitude le texte ori-
i^nal , nous nous sommes permis quelques rectifications de
détail dans l'orthographe, telles que la substitution des let-:.
très eu à un û seul, et le remplacement des y par des t. A
nos yeuXy ces formes abrévialives et surannées compliquaient
inutilement la lecture.
Nous avons cru, en même temps, devoir être sobre de notes, et ne présenter que celles qui pouvaient avoir une utilité réelle pour l'intelligence ou l'éclaircissement du texte; nous avons eu soin d'indiquer par une mention toutes les notes qui ont été faites par l'auteur lui-même, ou par son fils.
On ne peut méconnaître l'importance du manuscrit que nous publions an point de vue de l'hisloiro des mœurs, do la biographie, de la lillérainre ; mais nous sommes sur-
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toul frappé do l'enseignement élevé qui en ressort. On y voit un homme droit et sincère , dont la vie fut hérissée de didicultés et de pièges, et qui ne perdit jamais, d'après son propre langage, la confiance en Dieu, la crainte du Sel* gneur, a co chef de toute science. » Plusieurs fois, Rou se trouva déçu dans ses plus chères espérances, plusieurs fois il fut au moment de tout perdre ; cependant, avec Taide de Dieu, vers qui son ccQur était habituellement tourné, il obtint, après une vie agitée , un asile où il passa tranquille* ment le reste de ses jours.
Ses Mémoires sont éminemment propres à montrer ce qu'était un bon huguenot du XVIP siècle, un peu vert parfois, mais convaincu et tolérant. Le fond de son caractère religieux est tout entier dans celte note du tome II, p. 314, que nous croyons devoir reproduire ici : « Il (Claude Le Petit) croyoit que ma religion me feroit approuver toutes les railleries mal entendues qu'il faisoit de la Vierge et des saints, de quoi j'étois bien éloigné, ayant toujours tenu pour principe que , quelque religion qu'on professe , il en faut de bonne foi remplir tous les devoirs; car quant au reste, j'ai toujours été fort éloigné d'approuver toutes les superstitions romaines. »
Nous avons cru servir la cause du protestantisme français, non i)a3 seulement en rappelant quelques faiLs historiques, mais en faisant ressortir ces principes chrétiens, en mettant eo lumière cette piété simple et naïve, dont l'histoire des prolestants offre de si nombreux exemples. On trouve cet qualités chez tous ces grands hommes , qu'animait une croyaoce sincère, lesColigny, les Duplessis-Mornay, les Rohan ; elles honorent également la carrière plus modeste de Rou.