PORTRAIT
clit qa*il les habsoit) de loi faire feire un magnifique manteau d*écaiiate avec une riche broderie d*or le long des pentes et sur les bords du collet ; et de foire mettre ce nouvel ajustement, par le valet de chambre, en la place d'un vieux bouracan qu'il n*avoit point honte de mettre tous les jours sur ses épaules, et cela au grand haussement des épaules de tout le monde ; et d'abandonner cette vilaine houppelande aux valets, en cas qu'ils ne rougissent pas eux-mêmes de s'en revêtir. Le riche manteau s'achève, et on procède à sa substitution en la place de la vieille mandille. Cela se fit le soir, après que M. de Sommerdick fut couché ; le lendemain il se lève et vit sans doute Téclatante étoffe et la superbe broderie, mais ne fit pas sanblant de rien ( 1 ) ; puis s'étant fait habiller auprès d'un grand fèu et étant prêt à sortir : « Donnez-moi mon manteau, » dit-il à son valet de chambre. Le valet lui apporte le manteau qui lui étoit destiné; sur quoi M. de Sommerdick : « Je vous demande « mon manteau, vous dis-je. — Monsieur, je n'en trouve pas « d'autre que celui-là. — Allez me le chercher, reprend M. de « Sommerdick, je veux qu'U se trouve. » Le valet, fort embarrassé, revient dire « qu'il ne se retrouve nulle part. » Alors BI. de Sommerdick, prenant le riche manteau, le jette tout brandi dans le feu, sans que le valet de chambre os&t y porter la main, et ainsi le manteau fut entièrement consumé.
(1) Notre auteur parait avoir ici oublié la rôgls de grammaire que BéUso démontre si doctoralement à Martine :
De poi mit avec rien tu fait U récidire,
Et e^est, comme on t*a dit, trop d'une nëgatÎTe.
Rou eût; sans douto^ à Timprcssion, corrigâ cette faute et quelquat autres que nous laissons subsister d'après \o manuscrit.
(t) Rou rapporte ici un autre trait fort propre à montrer en effet que, comme il l'avait avancé, « la morale de M. de Sommerdick nVtait pas des plus rigides, • et il donne naïvement à ce si^et quelques détails qu'il serait impossible (la ne pas omettre sans choquer les bienséances modernes, sauf, bien entendu, à restituer te passage (pour un certain nombre d'exemplaires), dans une feuille additionoeile q>écialO| s'il 7 a lieu. Nous aurons ainsi concilié notre devoir d'éditeuri fldélaw avec le respect des convenances que nous impose une notable partie de nos lecteurs.
DE ■• DB SOMMBRmOK. IM
Gomme la transplantation de M. de Sommerdick en paya éloigné, et la tragique fin qu'il y fit ont quelque chose de trop singulier pour n'en rien dire ; et que les motifs qui contrit* buèrent à Tun et à Tautre, achèveront ce qui manque à Tespèce de portrait que je vieùd de timcer de ce seigneur hoUan* dais, je finirai par là son article.
J'ai déjà fait voir comment M. de Sommerdick ne se plaisoit point à la cour, et je dirai à cette heure que cette aversion lui avoit fait prêter Toreille à une proposition qui lui fut adressée pour aller en France en qualité d'ambassadeur des Etats; mi^ dame sa femme en particulier souhaitoit passionnément que cette affaire réussit. Le charmant faste d'aller paraître en France, sa patrie, en qualité de madame l'ambassadrice, avoit quelque chose qui flattoit agréablement en elle le petit amourpropre ; mais une difficulté se rencontroit dans cette affaire, qui ne fut pas un léger obstacle à son succès. Encore que M. de Sommerdick eût assez de penchant pour l'ambassade, il ne la vouloit cependant accepter qu'à condition d'être installé dans le corps des nobles de Hollande, et c'est à quoi ce corps ne vouloit nullement consentir.
On ne contcstoit pas à M. de Sommerdick sa noblesse particulière : son grand-père, François d*Aerssen, autrefois ambassadeur extraordinaire en France, avoit été anobli par le roi Henri FV (1), et dans les lettres de créance qu'il eût fallu expédier au petit-fils, on ne lui auroit pas refusé le titre de mar^ quU de la Noclâ (2) ; mais il s'agissoit d'une agrégation au corps des nobles de Hollande, qui est d'un grand éclat dans les sept
(1) François d'Aersens succéda en 1598 à Levin Caluard, comme résident des EtaU de Hollande auprès du roi Henri IV^ et continua à occuper cette charge jusqu'en 1609, où il fut reconnu en qualité d'ambassadeur. Henri IV l'anoblit et le fit dwTalier et baron, ce qui fut cause qu'ensuite il fUt reçu en Hollande entre les Boblet de la province. (Du Maurier, Mémoires pour servira l'histoire de Hollande,)
(1) Son père même. Corneille Aersens, deuxième du nom et gouverneur de Nimègue, avoit été fait noble de Hollande ; mais comme cette dignité n'est point héréditaire, elle avoit fini en lui et n^étoit point passée Jusqu'au marquis de la Nocle, «m fils. [Note de fauteur.]
192 M. DI âOimERDICK^ GOUVIRNBUR DB SURINAM.
provinces, et c'est un honneur que les intéressés ne lui touloient pas conférer, parce que plus le nombre est grand dans le corps, moins ce corps est considéré. Madame de Sommerdick avoit du chagin de cet entêtement de son mari, et elle ne souhaitoit rien davantage que de le voir s*en désister ; elle me fit un jour rhonneur de s'en ouvrir à moi, et sur ce qu'elle avoit remarqué qu'il m'écoutoit assez volontiers et même déféroit quelquefois à mes avis, elle me pria de le vouloir tourner lè-dessus. Je me hasardai donc de lui en dire quelque chose, mais sa roideur fut inflexible ; en un mot, l'ambassade n'eut pas de lieu, et elle tomba sur la tète de M. de Wassenaer Sterrenberg,
Ce coup ayant donc manqué de la sorte, l'affaire de Surinam se présenta. Il y avoit longtemps qu'on travaiUoit pour y envoyer un gouverneur, et M. de Sommerdick, ou tàté sur l'article, ou peut-être ayant lui-même recherché ce poste, l'obtint fort aisément. Il se trouvoit là trois choses qui ne le chatonilloient pas peu : le faste de gouverneur, l'éloignement d'une cour où il avoit à essuyer mille déboires, et enfin l'espérance d'un gain considérable, ce qui n'étoit pas un faible aimant pour un homme aussi intéressé que lui.
Ce fut, si je m'en souviens bien, vers la fin de juillet 1683, que M. de Sommerdick s'embarqua pour Surinam (1), malgré tous les efforts de sa belle épouse à l'en détourner, et qui aussi, en revanche , refusa constamment de le suivre, quoiqu'il fit assez mine de l'en solliciter, ce que j'exprime de la sorte parce que je crois avoir de bonnes raisons pour croire que, sur ce fait, il y avoit de sa part plus de grimace que de véritable empressement .
Au bout d'environ cinq ans, depuis l'arrivée de M. de Sommerdick au lieu de son gouvernement, s' étant, par ses manières hautaines et dures, fait perdre le respect par la plupart
(11 Le docteur Poitevin mourut dans ce voyage; on jeta le corps ea mer, on boulet de canon aux pieds. [Soie de fauteur,]