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tort. Sitôt que madame de Sommerdlck et M. Jorieu se furent joints au reudez-Tous qu'ils s'étoieot donné, on me vint dire que M. Jurieu désiroit de me parler ; et d'abord qu'il eût, & mon arrirce, mis la matière sur le tapis : « Je n*ai, dis-jot rîeii « i répondre moi-même sur les faits qu'on m'objecte; cela pas- « seroit pour marchandise de contrebande, personne ne pou- « yant être écouté dans sa propre cause. Yous plalt-il. Madame, « que M. de la Flatte réponde pour moi? il ne vous aauroit « être suspect, je ne l'ai point préparé, et c'est une vérité que « vous pouvez savoir de lui. » On le fait descendre, et moi, alors, prenant la parole : « Monsieur, lui dis-je, madame votre « mère est bien aise de savoir par vous-même à quoi je voos « occupe tous les jours, monsieur votre frère et vous, depuis que « vous êtes levés ; dites-le hardiment, vous souvenant toujours « de ce que je vous ai tant recommandé : qu'iï ne faut jamais « mentir. » Alors ils répondirent l'un après l'autre, selon mes diverses demandes, tous les articles que, pour éviter ce qu'il y auroit de trop languissant dans un narré plus à la lettrei je vais rapporter tout d'une suite : savoir que je les faisais prier INeu, puis lire un chapitre qui, étant achevé, je leur en faisois rendre compte, leur expliquant moi-même, après cela, les endroits difficiles qu'ils n'eussent pas pu entendre tout seuls et sans cette aide ; qu'ensuite je prenois occasion sur chaque matière de leur donner des leçons générales pour la conduite de la vie; de leur enseigner 1 histoire , la fable (1), la géographie, etc., selon que les textes dounoient lieu à chacune de ces choses; qu'après cela je leur faisois rendre raison de leur catéchisme, leur expliquant par son moyen les principaux points de la religion , leur marquant, selon que cela se rencontroit, ce qu'il y a de pernicieux dans les fausses sectes, et l'excellence toute visible de la véritable religion par-dessus elles toutes ; que tout
(1) La Fable ne se trouve point dans la Bible , mais elle a été imaginée sur quantité de faits Téri tables mentionnés dans la Bible: témoin Deuc^iitm , Ipki- Çé9ie, etc. [Sote de V auteur, ]
DB MADAKI DE SOHUIRMGK. 190
cela, fait ayant aucune réfection prise, je les faisois déjeuner, pnis se divertir un moment avant que de retourner au travail, après quoi je les exerçols sur la philosophie proportionnément à la capacité de leur esprit, et ainsi de Thistoire, de la fable et d» la géographie, en la manière qu'il a été dit ci-dessus.
M. Jurieu se doutant bien que toute cette kyrielle fiaisoit de la peine à Madame de Sonunerdick : « Beposez, reposez-vous, « Monsieur, dit-il au petit M. de la Platte; un si long discours « ne pourroit que vous incommoder, et on ne vous en deman- « doit pas tant. » Sur cela, je pris congé de la compagnie, et n'ai jamais pu savoir ce qui s'était passé entre madame de Sommerdick et M. Jurieu après cette divertissante scène ; mais, eomme quelques jours avant que la pièce se jou&t , madame de Sommerdick et moi (à F occasion de quelque autre malentendu qui me fit faire offre de me retirer si on ne s'acconunodoit pas de moi) nous étions demeurés d'accord qu'a la fin de janvier (1682) nous nous séparerions, on ne manqua pas, précisément au dernier jour de ce mois, de m'en envoyer le payement sans me faire dire le reste, mais que je compris fort bien ; de sorte que le lendemain matin j'allai prendre congé du mari et de la femme séparément, chacun Ceux étant dans sa chambre particulière. M. de Sommerdick ne balança point à me témoigner qu'il me regrettoit, et que, de tout son cœur, il eût désiré que madame sa fenune et moi n'en fussions pas venus à ces extrémités, nuûs qu'il ne doutoit pas que je ne jugeasse assez aisément de moi'méme qu'il n'étoit pas obligé à se brouiller avec sa femme à mon occasion. Pour ce qui est de madame de Sommerdick, elle me traita à la vérité assez honnêtement, jusqu'à souhaiter que je trouvasse quelque chose de plus avantageux pour ■oi que ce que j'avois eu chez elle; « comme, en effet (me dit- « elle d'un ton dont je ne fus pas la dupe), je ne doute pas « qa*un homme de votre mérite ne restera pas longtemps sur
• le pavé. — Madame, lui répondis- je aussitôt, il est vrai
• que vous m'avez comme Jeté par terre , et que, comme on
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« parle, je sois cassé; mais, ce qui me console, c*est qii*ben- « reusement les morceaux en sont bons. »
Quelque chose d*approchant de cela ne fut pas longtemps sans paraître; non-seulement je ne couchai pas sur le pavé, comme quelques gens Tcussent peut-être bien voulu; puisque dès le premier jour je fus généreusement recueilli par un honnête homme de mes anciennes connaissances à Pans, que j*arois avec plaisir retrouvé à la Haye en y arrivant, et chez qui je fréquentois volontiers, parce qu* outre son mérite personnel, la femme qu'il y avoit épousée ayant Tesprit un peu au-dessus du commun, rendoit leur commerce assez agréable. Ces obligeantes personnes donc, ou par leur inclination bienfaisante, qui est leur véritable caractère, ou parce qu'ils savoient bien qu*il n*y avoit rien à risquer avec moi, m'offrirent chez eux le plus amiablcment du monde, et leur plus belle chambre et leur table ; de sorte que de la manière qu'ils s'y prirent, il ne me fut pas possible de les refuser. Le sieur et la demoiselle de la Fosse sont ceux de qui je parle, tenant, comme je fais, qu'il j auroit de l'ingratitude à taire leur nom. Je passai chez eux neuf mois et demi avant que de changer d'état, quoique dès le commencement de ce dernier j'eusse tout sujet de bonnes espérances. Sou Altesse sérénissime Monsieur le prince d'Orange ayant promis à M. Jurieu, qui lui avoit dit quelque bien de moi, de penser à un établissement lorsqu'il s'en présenteroit occasion, de quoi je n'aurois qu'à le faire avertir. Ce prince, en effet, ne manqua pas à sa parole ; et comme il avoit eu la bonté de me faire dire qu'afin qu'il pût mieux réussir au dessein qu'il avoit de me procurer quelque emploi un peu considérable dans l'Etat, il étoit à propos de commencer par quelque autre moindre pour me fortifier dans la langue, une place de clerc dans le greffe de Leurs Hautes Puissances étant venue à vaquer, savoir celle du sieur Spanheim (1), promu au secrétariat de la
(i) Fils da fameux professeur à Leyden, et neveu de Tambassadeur da n» de Pnme k la cour d'Angleterre, [fiote de t auteur,]