ROU REÇOIT PLUSIEURS LETTRES
lit rhonneur de m'en écrire cette lettre ponr réponse à celle par laquelle je Favois informé de mon installation :
« A Versailles, le 31 mars 1689.
« J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vous ayez pris la peine de « m' écrire le 24 de ce mois. Elle me fait voir que tous conti- « nuez toujours d'ayoir de Tamitié pour moi; je vous en sois « tout à fait obligé, vous assurant qu'on ne peut en avoir pour « vous plus que j*en ai, ni souhaiter davantage que je fais de n vous en donner des marques. Je ne saurois assez me réjouir « avec vous de la charge que MM. les Etats généraux vous ont « donnée. Us ont reconnu votre mérite, et ils ne pouvoient « faire choix de personne qui fût capable de s'en acquitter « mieux que vous. 11 ne vous arrivera jamais tant de bonne « fortune que je vous en souhaite. C'est de quoi je vous prie, « Monsieur, d'être bien persuadé et de l'estime et de la consi- « dération particulière que j'ai pour vous.
« MOKTAUSIER. »
Cette lettre, comme je l'avois promis ci-devant (page 215), justifie assez celle pour laquelle M. Jurieu avoit tant de crainte, ainsi que je l'ai fait voir au même lieu.
^Environ un mois avant cette lettre de M. de Montamier, j'en a vois reçu deux autres sur le même pied de félicitatiou, de la part de MM. Ménage et Bayie, que je me crois obli^^é de rapporter ici par reconnaissance de l'honneur que ces deux illustres amis m'y fout; voici celle de M. Ménage :
« A Paris, ce vendredi ^5 février 168V. « Vous ne doutez pas, je m'assure, Monsieur, après toutes « les obligations que je vous ai, que je ne prenne toute la part « que je dois dans votre nouvelle dignité ; et ce n>st que pour « satisfaire à la coutume que je vous écris pour vous le témoi* « gner, et pour vous dire que si vous aviez toutes les dignités « que je vous souhaite, vous auriez à peu près toutes celles que « vous méritez. Je pense vous avoii* mandé que mon Malherbe
DB FRLICITATION. 293
« est achevé d*imprimcr, que je vous eu destine un exemplaire « et que je suis seulement en peine d'une voie pour vous le faire « tenir. Quand mon Anti-Baillet sera en état d'ôtrepublié, je vous « prie d*en donner de ma part à mes amis de Hollande, parmi « lesquels M. Guper (1) ne sera pas oublié. Adieu, mon cher « Monsieur, honorez-moi toujours de votre bienveillance; je « crois, 3[onsieur, n'en être pas indigue, si c'est la mériter que « d'avoir pour vous toute sorte d'estime et de considération . « Le tout vôtre à l'ordinaire.
J'ai plus de trente autres lettres de M. Ménage, dans plusieurs desquelles il se trouve bien des traits de littérature, que je ne mets point ici, parce que ce seroit couper le fil de ma narration ; mais je pourrai les donner ci-après par voie de supplément avec quelques autres pièces que le défaut de mémoire m'a fait oublier. Je viens à la lettre de félicitation de M. Bayle.
« A Rotterdam, le 24 février 1689.
« Dès hier au soir, mon très cher Monsieur, j'aurois eu l'hon- - nour de vous écrire pour vous témoigner ma joie de la charge « qui vous a été donnée si justement, et de quoi j'avois été « averti chez M. Jurieu le jour précédent; je vous eusse, dis-je, « témoigné dès hier au soir l'intérêt intime que je prends à
• cette justice qu'on a rendue à votre mérite si le mauvais « temps ne m'eût empêché de revenir assez tôt au logis, ayant « été diner à un quart de lieue d'ici. Je trouvai à mon retour « votre lettre qui me fut d'autant plus agréable que vous m'y « confirmâtes la bonne nouvelle que j'avois déjà apprise. Ce « fut on très sensible surcroît de joie pour moi que de con-
• naître que vous êtes persuadé que je prends part d'une façon « ftingoliëre à tout ce qui vous concerne. Jouissez longtemps, « mon cher Monsieur, et avec tous les agréments et tous les
> Chsi probablement Gisbert Cuper^ boai^'nestrs de De venter, dont il est question dan» les Leltret de Bayle, et qui passait pour un grand latiniste.
39i nVCORB LA a SRDrCTIOIf BLUDRK. »
« avantages possibles, de votre nouvelle dignité, qui est égale- « ment un témoignage de la bonne opinion que nos souverains « ont conçue de votre capacité et de votre probité.
« On vient de nous critiquer à Paris vous et moi, mais moins « que M. Jurieu, dans une Réponse d'un nouveau converti à la « lettre d'un réfugié, laquelle Réponse on prétend être d*on
« élève ou prosélyte de M. Pélisson L'ouvrage dont je vous
« parle est court et assez mal écrit , mais outrageant pour le « parti; on Fa réimprimé en ce pays. Je suis animitus et me^ « dullitus^ mon très cher Monsieur, votre très humble et très « obéissant serviteur. -^
« ËAYLE. »
Cette Réponse d'un nouveau converti, etc., dont parie H. Bayle, ne roule que sur la prétendue réfutation de trois des principaux auteurs (comme il parle) d'entre les réfugiés (lesquels, pour cet effet, cet auteur de Réponse appelle en plus d'un endroit leurs oracles) y en ce qui concerne le supplice infligé à Servet par MM. de Genève. Ces trois auteurs sont M. Bayhy à l'occasion de sa Critique générale; M. Jurieu^ par rapport à son Apologie de la Réformationy et moiy au sujet de ma Séduction éludée, Non-seulement je suis de l'avis de M. Baj1e que cet ouvrage est mal écrit, mais je trouve de plus, pour ce qui me regarde, que cet auteur me reproche, mais à faux, ce dont lui seul est très certainement coupable, se contentant de dire en termes généraux et sans aucune preuve que je me suis écarté du véritable point de la question, ce que je lui nie fortement, comme tout lecteur impartial s'en pourra convaincre, puisque je ne juge pas à propos de disputer contre des gens sans pudeur et sans aucune bonne foi. J'aimerois mieux que cet auteur ne m'eût point mis au rang des oracles de nos réfugiés, ni ne m'eût point traité d'î/n de leurs meilleurs auteurs^ et qu'il ne m'eût pas accusé avec aussi peu de fondement qu'U a fait, de avoir éludé le véritable point de la question. Mais tant pis pour lui, s'il est un calomniateur.
LES LBTTRIS DE B4YLE. 895
Pendant que je suis sur M. Bayle, je dirai des lettres que j*ai de lui, comme j*ai fait à Tégard de celles de M. Ménage, que j*en ai un très grand nombre qui concernent la littérature et la critique, dont je pourrai parler ci-après par voie de supplément à ces Hémoires, et qui s'en doute seront fort bien reçues des lecteurs; cependant je passe à de nouvelles matières.
Vers le milieu de Tannée 1690, M. Blutel (1), ministre réfugié à Dort, le plus ancien de mes amis, et avec qui j*ai toujours eu un assez grand commerce, m'écrivit une lettre fort obligeante sur quelques ouvrages de ma façon qu'il m'avoit demandés, et voulant se justifier d'une complaisance trop flatteuse que je lui reprochois pour tout ce qui sortoit de ma plume, il prit de là occasion de s'éclaircir avec moi sur un scrupule qui lui étolt venu d'une apparence de quiproquo de ma part, au sujet de Yambrosie que je lui paraissois confondre avec le nectar des dieux, et voici comment il s'en expliqua :
« Pour moi (dit M. Mutel dans sa lettre du 3 juillet 1690}, « puisqu'il vous plaît de me taxer un peu d'honnête flatterie^ « contre mon naturel^ laissant à part la complaisance, je vous « dirai que je n'aurois jamais en effet donné mon approbation « à ce que j'ai lu s'il ne m'en avoit paru digne. Et afin de vous « faire mieux voir que ce n'est pas trop mon humeur d'encen- « ser les gens à tout propos, lisez ces lignes : Prenez garde, « mon cher Monsieur, que vous, qui accusez les autres si aisé- « ment de mauvais goût, ne vous fassiez à la cour une affaire « considérable, de parler si bassement que vous faites de ce « qui se sert pour être présenté devant la première et la meil- « leure reine du monde. Dites-moi encore, je vous prie, si « votre palais est fort fin lorsque vous prenez de l'ambrosiê « pour du nectar. Nous autres, qui ne sommes nullement poètes, « y mettions toujours quelque petite différence; ctj'avois cru,
t Pftrtni 1<« ministres protestants réfuf^lés présents au synode tenu à Rotterdam m 1CM, on Toit le nom de François Mutel, pasteur de ITtHiM de Coussy (ne de France) ; c'est probablement celui dont il est ici question.