DISSERTATION SUR I/AMBROSIE
A M, Mutel.
Vous donnerez les mains plus que jamais, mon cher Monsieur, à la réflexion de notre illustre ami , le cher M. Gousset, quHl est malaisé de critiquer un autour vivant, après que vous aurez vu ce que j'ai à dire sur votre censure de ma prétendue méprise au sujet de Vambrosie; car \t ne doute nullement que, comme votre observation est, principalement à un égard, très judicieuse, vous n'ayez cru que, si jamais aucune critique pouvoit être à l'abri de toute réfutation, ce devoit être une aussi bien fondée en apprirence qu'est la vôtre ; et cependant, je crois vous en pouvoir opposer une qui vous fera peut-être renchérir sur la remarque de notre ami , et dire de plu> que lui, mais sur le ton de votre humilité ordinaire, qu'il est dangereux d en savoir tant quand on ne sait pas tout. Voici en deux mots ce que c'est :
Je n'ignorois pas, Monsieur, comme vous pouvez croire, ni le 76rv«« nu Néxrap icfvcxàu du IV« livre de riliade (v. 2 et 3) , ni le i/A6/;«»ii»:« wA^««»«, etc., du V'' de rOdyssée (v. 95) , à quoi, si vous voulez, j'ajouterai par surabondance de droit ce que Lucien a dit , que le nectar étoit le breuvage des dieux ^ et leur manger de Vambrosie; et je tombe d'accord , pour couper court, qu'en pays grec et latin ambrosie ne signifie que la viande des dieux : mais n'auriez-vous point ignoré, vous, mon cher Monsieur, qu'en bachiquois, et selon l'usage auquel nos tins gourmets ont transplanté ce mot, il
Ml y a peu de tempt» qu'une discussion Umtc semblable et roulant sur !« mimes points s'tîst 6\csi\Q entre la Revue des Deux-Mondes et VAthenfrum frou^'f, et a donné lieu k une i^lémique assez vive (V(»ir VAthenœum fronçais du ÎC mai 1855). Il y aurait là un rapprochement curieux à faire, <i IVTiiditii«n d- nolh*auleur aiu'Jiil pu «'tre de qu«>lque iH»ids d.ins la qu«^lion.
ET l' AMBROISIE. 297
jU|;nifio breuvage aussi bien que vlawle? Je premlrai donc la liberté de vous dire qu'amfrrofi^, eu français, s'emploie en deux sens, le propre et le figuré. Dans le propre^ il ne veut dire que viande ; mais dans le figuré , il emporte également viande et breuvage : ce distinguo^ au reste, n'est point de ma tète, et j'ai mes auteurs en main. Hgurémenty dit Puretière dans son dictionnaire, on appelle ambrosie quelque manger ou boisson excellente: Cest du nectar^ dit-on^ cest de t ambrosie, 1m, moindre de ses boissons^ dit Montreuil, page 421 , passoit t ambrosie. Et avant Puretière, Montreuil, ni pas un de nos g^ourmets, Pline avoit donné au raisin l'épithète A'ambro' tiaquej ambrosiaca uva (Plin. XIV, 3).
Il est bon de savoir encore, autant du moins qu'on peut raisonner sur des fables, que, même en prenant Vambrosie pour une viande, celte viande n'a été imaginée que comme un mets liquide, à peu près comme nos blancmanger, nos brouets et nos gelées, lesquels, avant que d'être reposés, ne sont qu'une espèce de liqueur, ce qui a fait que presque tous les poètes qui ont parlé de Vambrosie, l'ont {Représentée sous l'idée d'un suc, parce qu'en effet une essence spirituelle, comme celle des immortels, ne devoit pas se nourrir d'une viande grossière comme font les humains. Examinez, de grâce, ce qu'ils en disent tous.
...SpARGTT^ti^ (il est bon de remarquer bion la propriété de ce ternie)
sPARcrr^N^ salubreif
Ambrotiœ svcCsOS, etc (Virg. jEneid.y XII, 418.)
Hcec ait, et liquidim ambroriœ diffudit odorem. (Georg, IV, 415.) Amftrosiœ succo saturas prœsepibus altis, etc. {Metamorph, II, 120.) llujus et OMbraxios avûfn hihit aure lepores. (Balzac, sur la mort de madame Des Loges.) Nectarei'M ambrosiœ dulcis qwp spirut odorem, (Quint., Stoa.) Ambrosioqce SI5I- pueruin complexa ferocem, etc. (Claudianus, De nupt,
lîonorii.)
sur lequel endroit Faft^r remanpie, dans son Thésaurus^ etc., qu'AUBROsii-s SIX rs estcommequi diroit amrrosia difpluens ; et le père la Rue, dans son VirgUe ad usum Delphini, dit, sur le 71 « vers de la 5* églogue, que le nect/ir, a la vérité, est communément le breuvage des dieux, comme Vambrosie est leur manger, mais que souvent-, néanmoins, on les prend tun pour Poutre. De là vient ambrosius siccus et comx ambrosix, sive unguento deorum oblUœ, comme dit le docte Servius, en faisant à peu près la même remarque dont Je me prévaux ici; Je veux dire, en montrant que les anciens employèrent le mot ^'ambrosie à d'autres usages qu'à celui de viande, et 41^ usages en matières Taïuides. C'est ce qui a fait dire à quelques poètes que Thétis, pour consumer tout ce qu'il pouvait y avoir de mortel en Achille, le niettoit la nuit sous la rendre chaude, et le jour Voignoit d'ambrosie ; et à Plularque, que .Minene lui coula des gouttes de nectar et d'ambrosie, viïyant qu'il ne vouloit point manger. Enfin, c'est dans cette vue que Desprirl(*s a dit de Passerai :