‹ Mémoires inédits et opuscules, publChapitre 85 sur 178 · ROU DRESSE US PROJET · texte numérisé non relu

ROU DRESSE US PROJET

n'ayant jamais vaqué à de telles fonctions , il oflrit à son client de lui fournir un substitut qui avoit souvent passé par ces sortes d'emplois ; et je fus celui sur qui il jeta les yeux, donnant à cet homme un billet pour m'être rendu, et par lequel j'étois prié de dresser le projet requis. Je fis ce que je pus pour m'en défendre; mais enfin je ne pus résister; et voici ce que je fis :

PROJET DRESSÉ POUR lIdUCATION D'UN JEUNE SEIGNEUR.

Ma pensée seroit d'inspirer particulièrement à mon élève la crainte de Dieu et l'amour de la religion, non dans un esprit de partialité et de cob* troverse, mais dans celui d'une piété sincère et solide; en quoi pourtant Je n'entrerois qu'autant que le i)ère et la mère le jugeroient ù propos, cl suivant leurs propres vues (4).

Pour cet effet, j'accoutumerois le Jeune homme, non seulement à prier soigneusement Dieu tous les matins et les soirs, et à lire sa Parole ; maie le matin, après cette lecture faite, Je lui ferois rendre compte du profit qui! en auroit fait, ajoutant à ses remarques particulières une explication succincte, mais moelleuse, du but général du saint auteur dans chaque chapitre, dont Je tirerois divers enseignements propres à former l'esprit et les mœurs, et à édifier et nourrir la conscience, faisant de perpétuelles applications par rapport tantôt à la religion, tantôt à la morale^ tantôt à V histoire^ tantôt à la politique^ tantôt à la philosophie, etc., selon la nature des différents sujets que la matière me présenteroit.

Cet exercice achevé, j'y Joindrois, du moins pour les premières années, une demi -heure de catéchisme raisonné, mais encore sans affectation de controverse, et regardant toujours la religion comme purement chrétienne, afin d'inculquer et d'affermir puissamment dans un jeune cœur cette grande et importante vérité, qu'il y a un Dieu qui voit tout, qui peut tout, et ù qui tout se doit rapporter, et de graver profondément son amour et sa crainte sur cette tendre écorce.

Après le déjeuner, que ces deux articles précéderoient toujours, je desHnerois une couple d'heures à ce (|ui s'appelle les études , pour donner au jeune homme une raisonnable connaissance de la langue latine, dont Je lui ferois parcourir, selon ses forces, et à proportion de son avancement, les auteurs les plus graves et les plus polis ; non d'une manière pédante, et de collège, mais par rapport aux usages solides qu'un homme bien né en pi*ut faire, soit pour l'intelligence des meilleurs ouvrages des anciens, soit pour l'exercice des emplois et des charges à quoi l'on peut être appelé : des négociations, des ambassades, et (outre ces grandes vuesj pour fournir agréable-

(1 ) Cest (luo io pèr(* et la mère étoient d«» communion diffd^ronU», lo fièr*» lullif'ri^n t't la nirr» ralvinist»». \Snft' tlt* fauteur.]

POUR L'KbUCATlUN D'lN JELNË SBlGNEtR. 301

menl à une conversalion solide, sans affectation de latin et de grec, en sorte qu'on paraisse plutôt un bomme raisonnable qu*un homme savant, un esprit bien fait qu'un docteur; étant une cbose constante, qu'il est beaucoup moins nécessaire de savoir les livres que de savoir le monde; et là-dessus. Je Toudrois en particulier ne point ac(;outumer une jeunesse à s'entêter de ses sentiments, et à vouloir toujours soutenir sa tbèse, maisà cbercber uniquement la vérité et le bon sens partout.

L'après-dinée seroit employée à l'étude de Vhistoire, de la géographie, du bUuon, des mathématiques ^ et à la lecture des poètes; sur le premier desquels articles je ferois faire de perpétuelles réflexions et applications pour la conduite de la vie et pour la formation des mœurs, inspirant toujours à mon élève des sentiments d'amour pour la vertu, et d'borreur pour l'injustice et pour le vice ; je tâcherois, en un mot, d'élever son cœur à la belle gloire, et d'éclairer son esprit des connaissances les plus convenables à la noblesse. Je me servirois principalement de la géographie pour faire repasser sur chaque endroit, ou de ville distinguée, ou ûefleuve, ou de lac, ou de mwUagne, et ainsi du reste, tout ce qu'il y a de plus curieux dans l'histoire ancienne et moderne et dans les poètes, même dans la Fable, puisqu'elle a aussi ses usages, et qu'il ne la faut pas ignorer. Je ferois à mesure passer en revue tout ce que chacune de ces choses a jamais eu de plus mémorables et de plus singuliers événements; montrant à l'occasion, et par la situation des lieux, les divers étages par lesquels le monde a passé, les différentes monarchies et républiques qui se sont élevées, avec la variété de leor gouvernement, de leurs lois, de leurs coutumes, de leurs mcsurs; les divers intérêts des nations et des princes; quels sont les principaux de ces derniers qui subsistent présentement, ce qu'il y a de plus distingué dans leurs maisons; les grandes actions qui s'y sont faites, mais particulièrement les grands exemples de vertu ou de vice par lesquels chacun d'eux s'est fait remarquer, afln d'enflammer le cœur de l'amour de l'une et de l'exécration de l'autre, mais bien moins par l'envisagement des récompenses et des peines, dont la proposition n'est pourtant pas inutile, (|ue |)ar de vifs sentiments de conscience et une forte persuasion de cœur.

Il n'y a pas d'autre usage à faire du blason et des mathématiques que œtal auquel ces choses sont naturellement destinées; mais pour les poètes^ Je tire rois en partie de leur lecture le même fruit que de l'application à la géographie, aux différences près d'une étude à l'autre, et selon leurs divers égards.

Comme 11 faut donner du relâche à l'esprit dans toute sorte d'emplois, d'occupations et d'états, je voudrois, sans doute, laisser au jeune homme les beures nécessaires à un délassement raisonnable; mais comme un prudent économe sait mettre tout à protit, et que d'ailleurs c'est de l'abus des plaisirs qu'on en vient quelquefois à dégénérer dans la débauche et dans les %ices, je tâcherois de rendre à mon élève ses propres divertissements utiles. P^ur cet effet, je les lui dispenserois de surle. par ces manières de cartes si

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